Médaille
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Conditions de vie inhumaines

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Énoncé

Document : Le camp d’Auschwitz-Birkenau

« La portière s’ouvrit avec fracas ; l’obscurité retentit d’ordres hurlés dans une langue étrangère, et de ces aboiements barbares naturels aux Allemands quand ils commandent, et qui semblent libérer une hargne séculaire. Nous découvrîmes un large quai, éclairé par des projecteurs. Un peu plus loin, une file de camions. Puis tout se tut à nouveau.

Quelqu’un traduisit les ordres : il fallait descendre les bagages et les déposer le long du train. En un instant, le quai fourmillait d’ombres ; mais nous avions peur de rompre le silence, et tous s’affairaient autour des bagages, se cherchaient, s’interpellaient, mais timidement, à mi-voix.

Une dizaine de SS, plantés sur leurs jambes écartées, se tenaient à distance, l’air indifférent. À un moment donné, ils s’approchèrent, et sans élever la voix, le visage impassible, ils se mirent à interroger certains d’entre eux en les prenant à part, rapidement. « Que âge ? En bonne santé ou malade ? » et, selon la réponse, ils nous indiquaient deux directions différentes […] En moins de dix minutes, je me trouvai faire partie du groupe des hommes valides. Ce qu’il advint des autres, femmes, enfants, vieillards, il nous fut impossible alors de le savoir : la nuit les engloutit, purement et simplement. Aujourd’hui pourtant, nous savons que ce tri rapide et sommaire avait servi à juger si nous étions capables ou non de travailler utilement pour le Reich ; nous savons que les camps de Buna-Monowitz et de Birkenau n'accueillirent respectivement que quatre-vingt–seize hommes et vingt-neuf femmes de notre convoi et que, deux jours plus tard, il ne restait de tous les autres – plus de cinq cents – aucun survivant. […]

Ainsi disparurent en un instant, par traîtrise, nos femmes, nos parents, nos enfants. […] A leur place surgirent alors, dans la lumière des lanternes, deux groupes d’étranges individus. Ils avançaient en rang par trois, d’un pas curieusement empêtré, la tête basse et les bras raides. Ils étaient coiffés d’un drôle de calot et vêtus d’une espèce de chemise rayée qu’on devinait crasseuse et déchirée en dépit de l’obscurité et de la distance. »

Primo Levi, Si c’est un homme

Quel sort était réservé aux juifs et aux Tziganes dès l’avancée des nazis en Europe ?