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Sujet bac ES/S - Annale français 2017 - Corrigé - Question de corpus
Fiche annale

Question de corpus
Les personnages de ces romans sont-ils touchés de la même manière par l’univers fictif qu’ils découvrent ?

L’action des trois textes du corpus se situe autour des débuts du cinéma. L’extrait de Du côté de chez Swann de Marcel Proust, paru en 1913, renvoie à la fin du XIXe siècle, quand le narrateur était enfant : le cinéma n’existait pas encore mais son « ancêtre », la lanterne magique, permettait de projeter des images sur un écran ou un mur. Dans l’extrait d’Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras, publié en 1951, de même que dans l’extrait du Premier homme d’Albert Camus, publié de façon posthume en 1994, l’action se situe dans les années 1920 : les personnages se rendent dans ces salles de cinéma qui ont fait leur apparition depuis peu. Ces différents personnages ont en commun de découvrir un univers fictif par des images projetées. Voyons s’ils sont touchés de la même manière par cette expérience.

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Astuce

Après avoir présenté les textes du corpus et la question, développez la réponse de façon construite et finissez par une courte conclusion.

Dans les trois textes, on remarque que les personnages sont fascinés, absorbés par l’univers fictif qu’ils découvrent, au point que la fiction se confond avec le réel.
En effet, dans l’extrait de Du côté de chez Swann, le personnage de Golo semble passer réellement dans la chambre du narrateur : « Golo s’arrêtait un instant pour écouter avec tristesse le boniment lu à haute voix par ma grand-tante » (l. 22-23). L’enfant perçoit même sa chambre différemment, comme un lieu étranger : « maintenant je ne la reconnaissais plus », « comme dans une chambre d’hôtel ou de “chalet”, où je fusse arrivé pour la première fois en descendant de chemin de fer » (l. 12-13).
Dans l’extrait d’Un barrage contre le Pacifique, le récit entamé au passé (« ne trouva pas », l. 1 ; « n’était pas commencée », l. 2 ; etc.) passe au présent de narration au moment de raconter le film : « C’est une femme jeune et belle » (l. 12). Ainsi le personnage, de même que le lecteur, se trouve plongé dans la fiction, comme s’il en était directement témoin, comme si elle se déroulait sous ses yeux, au point qu’il est prêt à lui parler : « on a envie de la prévenir » (l. 22).
Dans l’extrait du Premier homme, ce sont les spectateurs des « bancs » qui s’adressent au héros comme si celui-ci pouvait les entendre : « Le héros continuait de cheminer superbement malgré les avertissements vociférés des spectateurs des “bancs” » (l. 15-17).

En revanche, les sentiments suscités par l’univers fictif découvert diffèrent selon les personnages.
Dans le texte de Proust, ces sentiments sont négatifs. Le narrateur éprouve de la tristesse et de l’angoisse : « ma tristesse n’en était qu’accrue » (l. 9), « j’y étais inquiet » (l. 12), « la pauvre Geneviève » (l. 16).
Au contraire, dans les textes de Duras et de Camus, le film provoque des réactions très positives. Suzanne ressent en effet une grande joie : « Suzanne […] se mit à pleurer de bonheur » (l. 4-5). De même, la fiction suscite un grand enthousiasme chez la grand-mère de Jacques comme les spectateurs des « bancs », la curiosité de ceux-ci étant notamment entretenue par l’interruption des aventures des héros à la fin de la séance : « La grand-mère aimait particulièrement ces films en tranches dont chaque épisode se terminait en suspens » (l. 11-12) ; « ce qui expliquait que tant de spectateurs, arabes et français, revinssent la semaine d’après » (l. 18-19).

Les personnages de ces romans sont donc touchés de façon à la fois similaire et différente par l’univers fictif qu’ils découvrent : si tous se laissent absorber au point de ne plus distinguer réalité et fiction, les sentiments qu’ils ressentent varient de la tristesse au bonheur selon les cas.