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Sujet bac L - Annale français 2018 - Corrigé - Invention
Fiche annale

Invention
Imaginez la rencontre de Renée et de la Princesse de Clèves. Chacune défend sa conception de l’amour. Écrivez, en une cinquantaine de lignes, leur dialogue argumentatif.

Remarques préliminaires sur le sujet :

Ce sujet suppose d’avoir bien compris les deux textes et les deux points de vue opposés : celui de la Princesse de Clèves qui défend un amour unique, éternel, soumis aux exigences morales ; et celui de Renée, la vagabonde, plus indépendante, qui voit l’amour comme une soumission, une répétition qui n’apporte qu’un bonheur fragile et banal, et qui revendique sa liberté.

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Astuce

Il ne faudra pas oublier que chacune appartient à une époque différente. Pour autant, il faut créer une rencontre entre elles et choisir un lieu et un moment plutôt intemporels. Il convient donc d’éviter les passages trop descriptifs et le langage sera nécessairement soutenu.

Pour ce sujet, vous serez amené à rédiger des passages de dialogue. Il faut donc maîtriser ce type de discours (direct, indirect ou indirect libre), ainsi que l’ensemble des éléments de ponctuation (tirets, guillemets français…).

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Attention

Veillez à bien utiliser des guillemets français (« discours »), et non pas des guillemets anglais ("discours").

Veillez également à bien identifier le personnage qui parle et à varier le vocabulaire, en utilisant différents verbes illustrant la façon de parler par exemple : dire, ajouter, répondre, conclure, articuler, souffler, commenter, rétorquer, riposter, repartir (et pas répartir), expliquer, développer, hoqueter, crier, pleurer, blâmer, opposer, insister…

Les circonstances de la rencontre n’ont pas forcément besoin d’être évoquées et vous pouvez débuter directement par le dialogue. Le sujet qui les unit, c’est le renoncement à l’amour. Votre texte devra donc être argumentatif et présenter les deux points de vue.

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Attention

Attention à ne pas tomber dans le bavardage inutile : il ne s’agit pas de raconter des commérages !

Par ailleurs, cet exercice demande une production de qualité : orthographe, syntaxe et écriture doivent être impeccables.

Le devoir rédigé ci-dessous n’est qu’un exemple de ce que l’on pourrait rédiger. L’écriture d’invention, comme son nom l’indique, laisse une grande part de liberté dans la manière d’écrire le devoir, tant sur le style que sur le fond.

Invention :

Après quelques pas dans le jardin, Renée rompit le silence qui l’oppressait de plus en plus.

« Nous voilà réunies en un fort bel endroit que je trouve idéal pour échanger avec vous quelques pensées. M’autorisez-vous, Princesse, à vous parler franchement, à cœur ouvert ? »

La Princesse de Clèves sembla sortir de sa rêverie et, quoique stupéfaite de la question de sa compagne de promenade, elle fut surtout soulagée. Elle avait rarement l’occasion de s’épancher1 sur ses sentiments. Elle y consentit.

Renée s’enhardit2 alors en voyant les pommettes de la princesse se teinter de pourpre.

« Nous avons subi les mêmes tourments, ceux de la passion. Nous avons enduré les mêmes souffrances, pour avoir, un jour, aimé un homme. Regrettez-vous cet amour ? »

La Princesse n’hésita pas une seconde : « Non. »

Puis sentant qu’elle avait répondu un peu trop vivement, elle se reprit :
« L’amour est une passion, et par définition, une passion est une souffrance. Elle ne peut être évitée. Il ne sert donc à rien de regretter. Néanmoins, elle peut être contrôlée.
— J’ai choisi de rompre car je ne me sentais plus libre dans cet amour qui m’accaparait. Est-ce cela que vous appelez « contrôler » une passion ? Décider de vous-même, pour vous-même, de préférer votre liberté ?
— Ce n’est pas ce que j’endurais avec Monsieur de Nemours. Je renonçai à l’amour avant même qu’il ne préludât3. Pour la morale et la bienséance. Pour les convenances. Pour mon mari défunt.
— J’ai divorcé de mon mari et préféré quitter un amant qui me ravissait4 à moi-même. Je ne m’appartenais plus. Cet amour était emprisonnement. Pourquoi rester prisonnière d’un mari, décédé qui plus est ? »

Renée ne comprenait pas que la Princesse puisse rester attachée, pour une question de morale, à un homme qui n’était plus. Elle qui ne pouvait souffrir d’être attachée à un homme, vivant. Et la Princesse sentait bien qu’il y avait un abîme5 entre elle et Renée. Elle poursuivit malgré tout :

« Je me suis sacrifiée par amour. Je n’ai pas eu l’impression d’être enchaînée, si ce n’est à mes propres convictions. Mais pas à cause de Monsieur de Nemours. Il a subi, lui aussi, ma décision. Il s’y est plié par amour pour moi. Ce fut un moment plus que pénible de le voir face à moi et de maintenir, malgré mon transport6, mon discernement7.
— J’ai écrit une lettre à mon ami pour l’informer de ma décision. Je n’aurais pas eu votre courage face à lui. Mais c’était au nom de ma liberté. Je revendique le droit d’aimer et de n’en pas subir l’asservissement. Je lui ai rendu, à lui aussi, sa liberté.
— Votre ami n’a-t-il point subi votre décision ? Vous prétendez lui avoir rendu sa liberté, mais si sa liberté était de vous aimer, ne la lui avez-vous pas ôtée ? »

La hardiesse avec laquelle la Princesse de Clèves venait de la questionner troubla profondément Renée qui ne s’attendait visiblement pas à une telle repartie8. Elle songeait aux heures qui avaient suivi l’écriture de sa lettre. Aux jours où elle se promenait près du ruisseau, tentant de retrouver dans le bruissement de l’onde9, les sensations perdues. Il lui semblait qu’elle sentait poindre encore en elle les frôlements de la peau, la chaleur du corps aimé, la respiration caressante ou haletante.

« Je suis libre et vagabonde, mais malheureuse…, lâcha Renée, dans un souffle mélancolique.
— Je suis aussi malheureuse, mais je ne me sens point libre », conclut la Princesse.

1 s’épancher : s’exprimer, se libérer
2 s’enhardit : Fut encouragée
3 préludât : commençât
4 ravissait : enlevait
5 abîme : fossé, gouffre
6 transport : amour
7 discernement : raison
8 repartie : réponse
9 le bruissement de l’onde : le bruit de l’eau