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Barbara, de Jacques Prévert

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Sujet de type brevet :

Après une lecture attentive de « Barbara » de Jacques Prévert, vous rédigerez une réponse argumentée à chacune des questions suivantes.

  • Quelles sont les différentes parties du poème ? Délimitez-les précisément, en expliquant pourquoi et en leur donnant un titre.
  • Quelle figure de style le poète emploie-t-il dans la première moitié du poème ? Quel est son impact sur le lecteur ?
  • Quel élément propre à la nature revient sans cesse tout au long du poème ? Étudiez son évolution en effectuant des relevés précis.
  • Observez les vers 40-41, et les vers 52-53. Quelles sont les figures de style employées ici par le poète ? Quels sont leurs effets sur le texte, et sur l’histoire racontée ?
  • Au final, ce texte est-il un poème sur l’amour ou bien un poème sur la guerre ? Justifiez votre réponse en argumentant avec des exemples précis, tirés du texte.

Jacques Prévert, un poète du XXe siècle, a pris la plume pour se révolter contre les affres de la guerre. Un phénomène en particulier l’a inspiré ici : lors de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux bombardements ont intégralement détruit la ville de Brest. On en a dénombré plus de cent soixante, répartis sur quatre ans, entre  1940 et 1944.

« Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie ravie ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest Et je t’ai croisée rue de Siam Tu souriais Et moi je souriais de même Rappelle-toi Barbara Toi que je ne connaissais pas Toi qui ne me connaissais pas Rappelle-toi Rappelle-toi quand même ce jour-là N’oublie pas Un homme sous un porche s’abritait Et il a crié ton nom Barbara Et tu as couru vers lui sous la pluie Ruisselante ravie épanouie Et tu t’es jetée dans ses bras Rappelle-toi cela Barbara Et ne m’en veux pas si je te tutoie Je dis tu à tous ceux que j’aime Même si je ne les ai vus qu’une seule fois Je dis tu à tous ceux qui s’aiment Même si je ne les connais pas Rappelle-toi Barbara N’oublie pas Cette pluie sage et heureuse Sur ton visage heureux Sur cette ville heureuse Cette pluie sur la mer Sur l’arsenal Sur le bateau d’Ouessant Oh Barbara Quelle connerie la guerre Qu’es-tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer De feu d’acier de sang Et celui qui te serrait dans ses bras Amoureusement Est-il mort disparu ou bien encore vivant Oh Barbara Il pleut sans cesse sur Brest Comme il pleuvait avant Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé C’est une pluie de deuil terrible et désolée Ce n’est même plus l’orage De fer d’acier de sang Tout simplement des nuages Qui crèvent comme des chiens Des chiens qui disparaissent Au fil de l’eau sur Brest Et vont pourrir au loin Au loin très loin de Brest Dont il ne reste rien. »

Jacques Prévert, « Barbara », Paroles, 1946

Quelles sont les différentes parties du poème ? Délimitez-les précisément, en expliquant pourquoi et en leur donnant un titre.

La première partie va du vers 1 au vers 36, et concerne uniquement le personnage de Barbara. Ce passage raconte un épisode charmant auquel semble avoir assisté le poète : il croise dans la rue, sous la pluie, une jeune femme qui lui sourit. Il découvre qu’elle s’appelle Barbara quand il entend un homme l’appeler depuis un porche. Puis il les regarde se prendre dans les bras, sous la pluie.

  • Des retrouvailles amoureuses entre deux personnes que lui ne connaît pas, mais qui l’ont profondément ému.

Plusieurs titres sont possibles :

  • « Retrouvailles sous la pluie »,
  • ou bien encore « les amants d’un beau jour pluvieux ».
  • Bref, un titre qui va tourner autour de l’amour et de la pluie, qui sont au centre de cette petite histoire.

La deuxième partie va du vers 37 à 58. Les deux premiers vers de ce passage donnent le ton d’entrée de jeu :
« Oh Barbara / Quelle connerie la guerre ». Ainsi, tout le reste du poème va être construit à l’opposé de la première partie, et faire le point sur la destruction de Brest, engendrée par les bombardements. Le titre que l’on va poser va donc forcément être en rapport avec ce cataclysme. On pourrait mettre par exemple « La fin d’un monde » ou encore « Quand le ciel s’embrase » bref, quelque chose qui va évoquer l’horreur des bombardements.

Quelle figure de style le poète emploie-t-il dans la première moitié du poème ? Quel est son impact sur le lecteur ?

La première partie du poème est l’histoire d’amour tournant autour du personnage de Barbara. En relisant cette première partie, on s’aperçoit rapidement que de nombreux vers se font écho les uns aux autres. Ainsi, le premier vers, dans lequel on peut lire « Rappelle-toi Barbara » revient à de nombreuses reprises. On le retrouve à l’identique au vers 6, 11, 23 et 29. C’est le même vers, repris cinq fois.

  • Il s’agit d’une anaphore, soit une répétition placée en début de proposition ou de vers, qui marque une insistance évidente du poète.

On trouve aussi aux vers 14 et 15 l’impératif « rappelle-toi », donc deux fois de plus, mais sans le nom de Barbara. Enfin, aux vers 16 et 30, une anaphore proche apparaît, dans laquelle le poète clame à l’impératif « n’oublie pas ».

On se rend donc compte que ces multiples anaphores, en plus de créer des renvois dans le poème comme un jeu de miroirs, participent à véhiculer le message principal du poète, qui est un appel au souvenir.

  • C’est ce que l’on appelle le devoir de mémoire.

Jacques Prévert écrit ce poème pour fixer cet épisode lugubre sur le papier, pour le rendre, en quelques sortes, éternel. À travers ce texte, le lecteur est donc enjoint, tout comme Barbara, à ne pas oublier.

Quel élément propre à la nature revient sans cesse tout au long du poème ? Étudiez son évolution en effectuant des relevés précis.

L’élément naturel récurrent est la pluie : « Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là / Et tu marchais souriante / Épanouie ravie ruisselante ». Le contraste est ici saisissant : le temps est – a priori – triste au possible, mais le personnage de Barbara sourit. C’est sans doute pour ça que le poète la remarque en premier lieu.

Voici les occurrences de la pluie dans cette première partie du texte :

  • « Il pleuvait sans cesse » (2) ;
  • « Sous la pluie » (5) ;
  • « Il pleuvait sans cesse » (7) ;
  • « sous la pluie » (20) ;
  • « Cette pluie sage et heureuse » (31) ;
  • « Cette pluie sur la mer » (34).

On remarque rapidement que la pluie est toujours associée à quelque chose d’anodin, voire de bénin ou même de positif. Ces répétitions incessantes, cette redondance du terme « pluie » rappelle d’une certaine façon la répétitivité des gouttes de pluie elles-mêmes, qui tombent incessamment. Elles sont de plus à chaque fois associées à des adjectifs qualificatifs mélioratifs, comme « souriante / Épanouie ravie ».

Le poète se permet ensuite de lever les derniers doutes, en qualifiant cette pluie de « sage et heureuse » faisant ainsi une personnification, laquelle renvoie une image plus que positive de la pluie, qui serait source de bienfaits, et de bonheur. La dernière itération de cette première partie va également dans ce sens : quoi de plus inoffensif, en effet, qu’une « pluie sur la mer » ?

Pourtant, l’image de la pluie va se modifier dans la seconde partie du texte, pour mieux mettre en exergue les changements du monde autour des deux amants et mieux illustrer la destruction complète de la ville de Brest.

Ainsi, la pluie change : « Il pleut sans cesse sur Brest / Comme il pleuvait avant / Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé / C’est une pluie de deuil terrible et désolée ». On a ici l’illustration parfaite que la pluie renforce l’impact émotionnel d’une scène, que ce soit dans le bonheur ou dans le malheur.

Si, quand tout allait bien, cette pluie paraissait charmante, « sage et heureuse », elle ne fait à présent qu’ajouter à la désolation de la ville après les bombardements : une « pluie […] désolée », nous dit le poète. Donc, qui apporte le malheur. Une pluie « de deuil », donc, qui apporte la mort.

Observez les vers 40-41 et 52-53. Quelles sont les figures de style employées ici par le poète ? Quels sont leurs effets sur le texte, et sur l’histoire racontée ?

La transformation de cette pluie est ce qui va amener le poème à basculer dans son véritable propos, la dénonciation des horreurs de la guerre. Ainsi, le poète nous dit aux vers 40 et 41 : « Sous cette pluie de fer / De feu d’acier de sang ». On voit là plusieurs figures de style réunies en une seule proposition :

  • une énumération : le fer, le feu, l’acier, le sang. Quatre éléments disparates et pourtant similaires, se rapportant tous plus ou moins au champ lexical de la bombe. Une bombe, faite « d’acier » et « de fer », qui par le « feu » de son explosion va répandre « le sang ». L’énumération de ces éléments permet d’en renforcer l’aspect destructeur. On a littéralement l’impression d’être englouti par la surabondance de ces éléments mortuaires ;
  • chacun des éléments est relié à la pluie du poème. On a donc, finalement, une pluie de fer, une pluie de feu, une pluie d’acier, une pluie de sang : quatre métaphores en une. Les fines gouttes d’eau inoffensives ont laissé leur place à des engins de mort, répandant partout autour d’eux la destruction et le sang. La quiétude, la douceur et le bonheur de cette première pluie sont ainsi remplacés par une souffrance omniprésente et envahissante.

L’image poétique se change en image de cauchemar. C’est d’ailleurs cette même image qui est reprise dans les vers 50 et 51 : « l’orage / De fer d’acier de sang » revient insister sur le cataclysme de ces bombardements. Ce n’est plus une simple pluie, mais bien un orage. Un orage de mort, dans lequel les nuages « crèvent comme des chiens ».

Ce texte est-il un poème sur l’amour, ou bien un poème sur la guerre ? Justifiez la réponse en argumentant avec des exemples précis, tirés du texte.

Prévert ne peut s’empêcher, pour mieux mettre en exergue les ravages de la guerre, de parler d’amour. Plutôt que de simplement blâmer les affres des conflits armés, il décide d’en mettre un en scène, en illustrant la perte de ce qui a été détruit.

Pour mieux faire passer son message au lecteur, il décompose son poème en deux parties :

  • une première qui parle de la vie, qui montre la beauté du monde, la simplicité d’une histoire d’amour sous un jour pluvieux : « tu as couru vers lui […] et tu t’es jetée dans ses bras ». Cette charmante image est en fait dédiée à « tous ceux qui s’aiment ».
  • Mais une fois cette image établie, Prévert la détruit dans la seconde partie de son poème.

Pour mieux montrer ce qui a été vraiment perdu dans ces bombardements il pose une série de questions rhétoriques :

  • « qu’es-tu devenue maintenant »,
  • « Et celui qui te serrait dans ses bras / Amoureusement / Est-il mort disparu ou bien encore vivant ».

C’est donc un poème sur l’amour et sur la guerre : il montre que la guerre est le sacrifice de l’amour, et que la destruction engendrée par ces bombardements va bien au-delà du simple matériel. Ce n’est donc pas une ville qui a été détruite, ce ne sont pas des bâtiments, ni des pierres. Ce n’est pas Brest. Ce sont des femmes et des hommes, ce sont des histoires d’amour, ce sont des sentiments. C’est la pluie qui a été pervertie, jusqu’à détruire Barbara, ainsi que son amant.

Conclusion :

Ce texte de Jacques Prévert est donc un poème engagé, qui lutte contre les affres de la guerre sous les traits d’une femme, et de ses sentiments, si simples et si humains. Pour mieux toucher le lecteur, le poète structure donc son histoire en deux parties : une première dans laquelle il construit sa vision poétique de Brest, et une seconde, où il détruit cette vision.

Cette construction d’une destruction se fait au gré de la pluie, qui change de couleur pour passer des bleus de la mer et du ciel aux rouges du feu et du sang. Les nombreuses anaphores achèvent d’imprimer un message dans l’esprit du lecteur : « rappelle-toi ». Prévert parvient ainsi à marquer les mémoires.