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L’utilisation des sources au service de la fiction dans La Princesse de Montpensier

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Introduction :

Madame de Lafayette a vécu au XVIIe siècle, de 1634 à 1693, sous le règne de Louis XIV. La Princesse de Montpensier fut publiée anonymement en 1662. Si les personnages et les faits traités dans cette nouvelle ont bien souvent une réalité historique, l’intention de l’auteur n’est pas de faire œuvre d’historienne : il s’agit de s’appuyer sur une documentation précise pour la mettre au service d’un récit d’invention. Pour madame de Lafayette, la vérité qui compte le plus est celle du cœur humain.

Dans un premier temps, nous verrons que la fiction l’emporte sur l’Histoire dans la nouvelle, puis nous étudierons la manière dont madame de Lafayette s’arrange parfois avec l’Histoire pour le bien de l’intrigue.

La prédominance de la fiction sur l’Histoire

Dans l’édition originale, un avertissement du libraire au lecteur précède le texte de la nouvelle, comme un guide de lecture : l’éditeur y insiste sur la dimension fictive de la nouvelle.

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Définition

Avertissement du libraire :

Introduction de l’éditeur.

Il indique que si les personnages sont bien connus, les aventures contées ont été inventées par l’auteur « pour son divertissement ».

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Astuce

Sous sa plume, le mot « aventures » désigne l’intrigue amoureuse.

Il s’agit pour l’éditeur, peut-être à la demande de l’auteur, de ménager les descendants de ces personnages et de ne pas porter atteinte à leur réputation. Le récit est, selon ses termes, entièrement « fabuleux ».

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Définition

Fabuleux :

Mensonger.

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À retenir

Parmi les personnages de la nouvelle, il en est un de pure fiction : le comte de Chabannes. C’est pourtant l’un des personnages principaux.

Il y joue un rôle important, encore renforcé dans le film de Tavernier. Ainsi, c’est lui qui, à la fin de la nouvelle, organise la rencontre secrète entre la princesse de Montpensier et le duc de Guise, rencontre qui accélèrera la ruine de la princesse puisqu’elle y perdra tout : « l’estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami qui fut jamais » c’est-à-dire Chabannes lui-même, tué pendant la Saint-Barthélemy.

Il est aussi au centre des plus belles pages d’analyse psychologique du texte car l’auteur l’a doté d’une âme et de sentiments complexes et contradictoires : il aime la princesse mais fait tout pour la rapprocher de son mari ou de celui dont elle est amoureuse afin de la rendre heureuse.

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Astuce

L’importance accordée à ce personnage de fiction est un indice de la supériorité de la fiction sur l’Histoire dans le récit.

De manière générale, le cadre et les personnages historiques créent dans l’esprit du lecteur une certaine confusion, encore plus au XXIe siècle qu’au XVIIe siècle. À moins d’être un érudit en Histoire et de se documenter, il n’est pas évident de démêler le vrai du faux. Cela a pour avantage de donner de la crédibilité à des aventures entièrement inventées.

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À retenir

L’Histoire est donc mise au service de la fiction.

Dans ce but, madame de Lafayette n’hésite pas à manipuler ses sources.

Les petits arrangements avec l’Histoire

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À retenir

Madame de Lafayette utilise les lacunes de ses sources comme une page blanche sur laquelle elle peut inventer des aventures qu’aucun historien n’atteste.

Ainsi, la vie de la princesse de Montpensier n’est connue que dans ses grands traits, ce qui incite l’auteur à combler ces manques. Ainsi, pourquoi ne pas lui créer une passion jamais aboutie avec le duc de Guise qu’elle fréquenta vraiment puisque, comme le montrent la nouvelle et le film, un accord de mariage avait été conclu entre elle et le frère cadet de Guise ?

Autre exemple de ce procédé : dans la nouvelle et dans le film, Guise et le duc d’Anjou, en tournée d’inspection des places fortes à Loches, rencontrent la princesse alors qu’elle se trouve sur un bateau avec ses femmes. C’est une scène capitale qui relance l’amour entre les deux jeunes gens, et c’est également lors de cette scène que le duc d’Anjou tombe lui aussi amoureux de la princesse. Dans la chronologie des événements, cette scène se situe au cours de la troisième guerre de religion. Il y eut bien alors, comme le rapporte l’historien Davila, un arrêt temporaire des hostilités de juillet à octobre 1569, donc une période au cours de laquelle ces deux guerriers auraient pu procéder à une tournée dans la région. Mais aucune source n’en fait mention. Cet épisode, s’il peut être vraisemblable, est cependant fictif.

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À retenir

De même, la durée des événements est modifiée en fonction des besoins de la fiction.

Par exemple, l’indication chronologique fournie par madame de Lafayette lorsqu’elle écrit que « après deux années d’absence, la paix étant faite, le prince de Montpensier revint trouver la princesse sa femme, tout couvert de la gloire qu’il avait acquise au siège de Paris et à la bataille de Saint-Denis » est erronée. En effet, la guerre en question ne dura que six mois, comme indiqué plus haut. Mais il est important pour l’auteur d’insister sur l’éloignement des deux personnages, sur le fait que tout en étant mariés, ils ne se connaissent pas vraiment et sont comme des étrangers l’un pour l’autre.

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À retenir

Enfin, madame de Lafayette explique certains faits historiques par des motifs erronés mais qui servent sa fiction et la psychologie de ses personnages.

Par exemple, le duc de Guise se maria bel et bien avec Catherine de Clèves, princesse de Portien. Selon madame de Lafayette, il se résolut à ce mariage pour faire oublier à la princesse de Montpensier ses velléités de mariage avec la sœur du roi, Marguerite de Navarre, dont elle était jalouse. Dans la nouvelle, c’est donc par amour pour la princesse de Montpensier que Guise conclut ce mariage. Mais en réalité, ce fut pour échapper à la colère du roi. Cette réinterprétation de l’Histoire sert le récit de la passion entre la princesse et de Guise dans la nouvelle.

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À retenir

On voit donc que ce qui intéresse avant tout l’auteur de la nouvelle, ce sont les élans amoureux et les sentiments des personnages.

L’intrigue amoureuse, fictionnelle, l’emporte sur l’Histoire.

Conclusion :

L’art de madame de Lafayette dans La Princesse de Montpensier consiste donc en un savant dosage entre éléments historiques et éléments de fiction. Madame de Lafayette met au cœur de son bref récit la peinture des passions.

Les amours représentés sont de pures fictions mais illustrent aussi une forme de vérité : la vérité morale l’emporte sur la vérité historique. On parle de vérité morale dans une œuvre de fiction pour évoquer le fait que les personnages, même fictifs, sont dotés d’une psychologie, de sentiments et de réactions vraisemblables et profondément humains.