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La Princesse de Montpensier : un roman d’amour traditionnel

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Introduction :

On retrouve dans La Princesse de Montpensier tous les ingrédients traditionnels du roman d’amour : ils consistent en l’utilisation de scènes types et de certaines thématiques liées au motif amoureux. Cependant, ces topoï (thèmes récurrents et attendus dans un genre littéraire) sont déclinés en fonction de l’époque et du milieu social dans lequel l’héroïne évolue : l’amour, tel qu’il est vécu par la princesse et ses prétendants, est en effet conditionné par le cadre historique de l’intrigue.

Nous étudierons donc dans un premier temps les scènes traditionnelles du roman d’amour qui sont présentes dans la nouvelle, puis les thématiques qui leur sont associées, en montrant en quoi elles sont en partie déterminées par l’appartenance des personnages à la noblesse de cour du XVIe siècle.

Les scènes propres au roman d’amour

Les scènes de première rencontre

La scène de rencontre est un ingrédient traditionnel des romans d’amour. La spécificité de la scène de rencontre dans La Princesse de Montpensier est qu’elle est double : le duc d’Anjou et Guise sont ensemble quand ils voient la princesse assise sur une barque. Anjou la découvre et Guise retrouve celle qu’il a aimée quand ils étaient enfants. Même s’ils se connaissent déjà, on peut parler de rencontre entre les deux héros car ils ne se sont pas vus depuis trois ans.

Le duc de Guise reconnaît la princesse mais la trouve changée :

« Le duc de Guise la reconnut d’abord, malgré le changement avantageux qui s’était fait en elle depuis les trois années qu’il ne l’avait vue. »

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Astuce

« D’abord » signifie ici « tout de suite ».

On peut imaginer que ces trois ans ont suivi le mariage de la princesse. Celui-ci a eu lieu, d’après les historiens, en 1566 ; elle avait alors seize ans. Au moment de ces retrouvailles, la princesse doit donc avoir dix-neuf ou vingt ans. Guise est aussi surpris qu’Anjou, comme s’il découvrait la jeune femme ; l’adjectif est employé deux fois :

« Ils ne furent pas moins surpris des charmes de son esprit, qu’ils l’avaient été de sa beauté ; et ils ne purent s’empêcher de lui faire connaître qu’ils en étaient extraordinairement surpris. »

Les scènes d’aveu et de confidence

Il existe plusieurs formes d’aveux, qu’ils soient explicites, c’est-à-dire formulés clairement, ou implicites. Les sentiments peuvent être aussi révélés à une tierce personne et on parlera alors plutôt de confidences.

Les aveux explicites

Le comte de Chabannes avoue son amour à la princesse après des années de silence parce qu’il ne peut plus taire sa passion :

« L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres : il lui donna l’envie de parler […] il osa lui dire qu’il l’aimait. »

Le duc de Guise, lui, avoue son amour à la princesse dans le but de garder leur amour secret. Cet aveu est donc explicite et intéressé :

« Je vais vous surprendre, madame, lui dit-il, et vous déplaire en vous apprenant que j’ai toujours conservé cette passion qui vous a été connue autrefois, et qu’elle est si fort augmentée, en vous revoyant, que votre sévérité, la haine de M. le prince de Montpensier et la concurrence du premier prince du royaume ne sauraient lui ôter un moment de sa violence. »

Les confidences

La princesse se confie plusieurs fois à Chabannes sur ses sentiments pour le duc de Guise. Ces confidences, rapportées au discours indirect ou au discours narrativisé, offrent des informations au lecteur tout en permettant de sauvegarder la bienséance, car une femme bien née, à l’époque, ne doit pas avouer son amour à la personne concernée :

« La confiance s’augmenta de part et d’autre, et à tel point du côté de la princesse de Montpensier qu’elle lui apprit l’inclination qu’elle avait eue pour M. de Guise, mais elle lui apprit aussi en même temps qu’elle était presque éteinte »

« elle lui reparla, quand l’occasion en fit naître le discours, de l’inclination qu’elle avait eue pour M. de Guise, et la renommée commençant lors à publier les grandes qualités qui paraissaient en ce prince, elle lui avoua qu’elle en sentait de la joie, et qu’elle était bien aise de voir qu’il méritait les sentiments qu’elle avait eus pour lui. »

« Il ne put s’empêcher de lui demander l’effet qu’avait produit sur elle la vue du duc de Guise. Elle lui apprit qu’elle en avait été troublée, par la honte de l’inclination qu’elle lui avait autrefois témoignée, qu’elle l’avait trouvé beaucoup mieux fait qu’il n’était en ce temps-là, et que même il lui avait paru qu’il lui voulait persuader qu’il l’aimait encore, mais elle l’assura en même temps que rien ne pouvait ébranler la résolution qu’elle avait prise de ne s’engager jamais. »

« Mais quel fut son étonnement et sa douleur quand il trouva que cette impatience n’allait qu’à lui conter qu’elle était passionnément aimée du duc de Guise et qu’elle ne l’aimait pas moins ! Sa douleur ne lui permit pas de répondre ; mais cette princesse, qui était pleine de sa passion et qui trouvait un soulagement extrême à lui en parler, ne prit pas garde à son silence, et se mit à lui conter jusques aux plus petites circonstances de son aventure et lui dit comme le duc de Guise et elles étaient convenus de recevoir leurs lettres par son moyen »

  • Ces confidences permettent au lecteur de bien saisir l’évolution des sentiments chez la princesse.

Le duc d’Anjou, lui, avoue son attirance pour la princesse au duc de Guise sans savoir qu’ils sont rivaux :

« Le duc d’Anjou lui avoua qu’il n’avait encore rien vu qui lui parût comparable à la princesse de Montpensier et qu’il sentait bien que sa vue lui pourrait être dangereuse s’il y était souvent exposé ».

Les aveux implicites

La princesse trahit sa passion pour le duc de Guise en se mettant en colère quand elle apprend qu’il envisage de se marier avec Marguerite, la sœur du roi :

« un jour que le duc de Guise la rencontra chez sa sœur un peu éloignée des autres et qu’il lui voulut parler de sa passion, elle l’interrompit brusquement et lui dit d’un ton qui marquait sa colère : “Je ne comprends pas qu’il faille, sur le fondement d’une faiblesse dont on a été capable à treize ans, avoir l’audace de faire l’amoureux d’une personne comme moi, et surtout quand on l’est d’une autre au su de toute la cour.” Le duc de Guise, qui avait beaucoup d’esprit et qui était fort amoureux, n’eut besoin de consulter personne pour entendre tout ce que signifiaient les paroles de la princesse ».

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Astuce

« Entendre » signifie ici « comprendre ».

Les aveux contournés et pudiques

Après le quiproquo du ballet des Maures où la princesse croit parler à Guise alors qu’elle s’adresse à Anjou et l’incompréhension qui en découle entre les deux amants vient le moment où tout s’éclaire et se pardonne. Il faut souligner la pudeur et la retenue de la princesse quand elle admet aimer le duc :

« Cette belle princesse ne put refuser son cœur à un homme qui l’avait possédé autrefois, et qui venait de tout abandonner pour elle. Elle consentit donc à recevoir ses vœux, et lui permit de croire qu’elle n’était pas insensible à sa passion. »

Le récit, tout comme les propos de la princesse, contient une litote pour atténuer l’aveu.

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Définition

Litote :

Figure de style qui consiste à utiliser une formule négative pour exprimer une affirmation, par exemple dire « je ne te hais point » à la place de « je t’aime ».

  • « Ne put refuser » signifie ici « donna » et « elle n’était pas insensible » signifie « elle était sensible ».
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À retenir

Les aveux féminins sont donc contournés, les femmes devant conserver de la modération et de la retenue. Les aveux masculins, eux, ne sont pas soumis à la même réserve.

Les thématiques traditionnelles du roman d’amour

La vue, le regard, les yeux

Le champ lexical de la vue est très fourni dans la nouvelle.

Le regard joue un rôle particulièrement important dans les rencontres. La simple vision de la princesse provoque l’amour. On remarque qu’elle est souvent décrite à travers le regard des hommes, c’est-à-dire telle qu’ils la perçoivent, selon un point de vue interne. Les exemples sont très nombreux :

« le duc de Guise, qui la voyait souvent, et qui voyait en elle les commencements d’une grande beauté, en devint amoureux »

« [Guise et Anjou] aperçurent un petit bateau qui était arrêté au milieu de la rivière, et, comme elle n’était pas large, ils distinguèrent aisément dans ce bateau trois ou quatre femmes, et une entre autres qui leur sembla fort belle »

« voyant madame de Montpensier si belle »

« Chabannes, de son côté, regardait avec admiration tant de beauté, d’esprit et de vertu qui paraissaient en cette jeune princesse. »

Les sentiments de la princesse aussi passent par la vue :

« elle distingua encore plutôt le duc de Guise : sa vue lui apporta un trouble qui la fit un peu rougir et qui la fit paraître aux yeux de ces princes dans une beauté qu’ils crurent surnaturelle. »

Le thème des yeux et du regard est si important que l’expression « lever les yeux vers » est employée par Anjou au sens de « prétendre aimer ou épouser ». Ainsi, il dit à Guise : « C’est trop d’oser lever les yeux jusqu’à ma sœur, et de m’ôter ma maîtresse. »

Il existe aussi un jeu complexe de regards dans le monde de la cour où évoluent les personnages. Les êtres s’observent et certains sont observés alors même qu’ils observent eux aussi.

Ce jeu de regards est d’autant plus intéressant que le regard trahit les émotions et les sentiments des personnages. Ainsi, la princesse observe Guise qui parle à Marguerite, la sœur du roi ; Anjou l’observe à ce moment-là et lit dans ses yeux ce qu’elle ressent :

« Le duc d'Anjou les observait soigneusement l'un et l'autre, les yeux de cette princesse laissaient voir malgré elle quelque chagrin lorsque le duc de Guise parlait à Madame. »

La thématique du secret

Le mariage n’étant pas conditionné par l’amour entre deux êtres, la passion se vit en dehors de l’union officielle et de manière cachée. Le thème du secret est donc intrinsèquement lié à celui de la passion. Il s’agit, pour tous ceux qui aiment la princesse de manière interdite, d’éviter la jalousie de son mari. Mais la discrétion est rendue difficile par le fait que, à la cour, tout le monde regarde tout le monde. Il faut donc éviter de se trahir et de donner des preuves d’amour. C’est pourquoi Guise dit à la princesse :

« Il aurait été plus respectueux de vous […] faire connaître [ma passion] par mes actions que par mes paroles ; mais, madame, mes actions l’auraient apprise à d’autres aussi bien qu’à vous, et je souhaite que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous adorer. »

  • On en arrive donc à un paradoxe qui veut que, pour se cacher, il faut avouer ses sentiments à la personne aimée sans attendre qu’elle ne les devine.

Guise doit également se cacher d’Anjou qui est le frère du roi et a du pouvoir : « il lui était très important de ne pas découvrir son amour à ce prince. »

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Astuce

« Découvrir » signifie ici « montrer », « laisser voir ».

Il est d’autant plus important de préserver le secret que l’amour de Guise est sincère : « ce duc, qui commençait à se faire une affaire sérieuse de son amour, n’en voulut rien avouer [à Anjou]. »

Anjou, après avoir découvert le lien entre Guise et la princesse, cherche à se venger. Son premier plaisir est d’annoncer qu’il connait la vérité : « Il ne put toutefois se refuser le plaisir de lui apprendre qu’il savait le secret de son amour », puis il cherche à discréditer Guise auprès du roi, compromettant gravement ses velléités de mariage avec Marguerite :

« Dès le même soir, le duc d’Anjou lui rendit toutes sortes de mauvais offices auprès du roi [Charles IX]. Il lui persuada que jamais Madame ne consentirait d’être mariée avec le roi de Navarre, avec qui on proposait de la marier, tant que l’on souffrirait que le duc de Guise l’approchât ; et qu’il était honteux de souffrir qu’un de ses sujets, pour satisfaire à sa vanité, apportât de l’obstacle à une chose qui devait donner la paix à la France. »

Guise est donc publiquement humilié par le roi :

« Le duc […] dit [au roi] qu’il venait pour lui rendre ses très humbles services : à quoi le roi répliqua, qu’il n’avait pas besoin de ceux qu’il lui rendait, et se tourna, sans le regarder. »

Enfin, Anjou cherche à le discréditer auprès de la princesse :

« Le duc d’Anjou […] espéra de les brouiller, et, se mettant auprès d’elle : c’est pour votre intérêt, madame, plutôt que pour le mien, lui dit-il, que je m’en vais vous apprendre que le duc de Guise ne mérite pas que vous l’ayez choisi à mon préjudice. Ne m’interrompez point, je vous prie, pour me dire le contraire d’une vérité que je ne sais que trop. Il vous trompe, madame, et vous sacrifie à ma sœur. »

Conclusion :

La Princesse de Montpensier réunit donc les thèmes traditionnels du roman d’amour. Le cadre historique de la nouvelle en amplifie cependant la portée, les interdits de l’amour étant plus forts au XVIe siècle et à la cour de ce temps-là qu’à notre époque.