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La Princesse de Montpensier : une esthétique propre au genre de la nouvelle

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Introduction :

En France, la narration en prose connaît une évolution dans les années 1660. Jusqu’alors, les romans en vogue étaient longs et présentaient des intrigues compliquées ; leurs personnages évoluaient dans des cadres irréels ou éloignés dans le temps. Le réalisme n’y était pas systématiquement recherché et les écrivains avaient parfois recours au merveilleux ou à la mythologie. Les plus célèbres des romans de ce type sont L’Astrée d’Honoré d’Urfé et Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry. Mais dans la seconde moitié du XVIIe siècle apparaissent des récits courts à l’intrigue simplifiée ; leurs auteurs eux-mêmes les appellent « nouvelles », « histoires » ou « nouvelles historiques ». Cette évolution suppose un récit linéaire, à la structure claire et au rythme soutenu. La Princesse de Montpensier correspond précisément à ce nouveau genre littéraire.

Afin de distinguer dans cette œuvre les caractéristiques de la nouvelle en tant que récit bref, nous nous attacherons tout d’abord à la mise en place du cadre de l’action. Puis, nous verrons que la présentation des personnages est également typique du genre de la nouvelle. Nous verrons ensuite que le rythme du récit est bien souvent rapide, et enfin que l’auteur a régulièrement recours au style indirect.

La mise en place du cadre de l’action

La première phrase du texte donne un aperçu du rythme soutenu que madame de Lafayette tiendra, à quelques exceptions près, tout au long de son récit : « Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX, l’amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres, et d’en causer beaucoup dans son empire. »

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Astuce

« Ne laissait pas » signifie ici « ne manquait pas ».

En quelques mots, l’auteur fixe le cadre de l’action : l’époque (le règne de Charles IX, donc le XVIe siècle), le lieu (la France) et les principaux événements politiques qui marquent la société d’alors (la guerre civile). Elle annonce également le thème de la nouvelle : l’amour et ses désordres, et inscrit l’intrigue amoureuse dans l’Histoire, comme si la petite histoire était un reflet de la grande. De cette manière, elle suggère d’emblée que les personnages pourraient mourir d’amour et ouvre la possibilité d’une fin tragique. C’est donc beaucoup dire en peu de mots.

La présentation des personnages

Au début du récit, madame de Lafayette ne procède pas à de longues descriptions de ses personnages. Les informations essentielles suffisent. Au sujet, par exemple, de l’apparence de l’héroïne, il est seulement dit dans les premières lignes, qu’elle est « jeune » et « belle ». Or, ces deux termes sont relatifs et subjectifs.

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Définition

Relatif :

Est relatif ce qui ne peut être défini que par rapport à autre chose, comme « jeune » ou « vieux ».

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Définition

Subjectif :

Est subjectif ce qui relève d’une opinion.

On apprendra plus tard dans le récit qu’au début de l’histoire, la future princesse n’a que treize ans. En effet, elle qualifie sa passion pour le duc de Guise, né la même année qu’elle, de « faiblesse dont on a été capable à treize ans ».

Sa généalogie, elle aussi, est rapidement déclinée : elle est la fille unique du marquis de Mézières, ce qui fait d’elle un très bon parti. On peut faire les mêmes observations au sujet des personnages masculins : par exemple, Guise est présenté de manière diachronique avec seulement deux éléments d’information : il prendra plus tard le surnom de Balafré et deviendra ambitieux («  le duc de Guise, qui n’avait pas encore autant d’ambition qu’il en a eu depuis… »).

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Définition

Diachronique :

Qui tient compte de l’évolution dans le temps.

La dimension très succincte des ces présentations peut s’expliquer par le fait que ces personnages étaient encore assez connus du public contemporain de l’auteur et que des portraits d’eux étaient encore visibles. Pourtant, la même économie s’applique à Chabannes, personnage fictif. À sa première apparition dans le récit, il est dit de lui qu’il « était un homme d’un âge beaucoup plus avancé que lui [le Prince de Montpensier], et d’un mérite extraordinaire. » On notera le petit nombre et le manque de précision de ces données.

La présentation des personnages est donc très brève.

Un rythme de récit souvent rapide

La nouvelle débute en 1563 puisque l’héroïne a treize ans. Elle se termine après le massacre de la Saint-Barthélemy qui se produit en 1572. Ce qui accélère la mort de la princesse, c’est l’aventure du duc de Guise et de la marquise de Noirmoutier ; or, on sait que cette passion commença en 1587 et que Guise fut assassiné un an plus tard. Ainsi, on peut situer le décès de la princesse entre 1587 et 1588. Le récit couvre donc une période de 24 ou 25 ans, ce qui paraît beaucoup au regard de sa brièveté.

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À retenir

Les événements sont narrés de manière chronologique et se succèdent rapidement.

L’étude de l’incipit en est révélatrice : en quelques lignes sont abordés les promesses de mariage entre l’héroïne et le jeune frère de Guise, l’amour de Guise et de la princesse, le revirement de la famille de Mézières, le mariage de l’héroïne avec le prince, le début de la deuxième guerre de Religion et le départ du jeune couple pour le château de Champigny.

Mais les moments clés de l’action se détachent. L’histoire d’amour entre la princesse et Guise bénéficie d’épisodes développés puisqu’il s’agit du thème central de la nouvelle. On en compte deux, à la fonction dramatique très importante.

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Définition

Fonction dramatique :

On dit d’un épisode qu’il a une fonction dramatique – du grec drama, « l’action » – quand il fait progresser l’action de manière significative.

Le premier moment clé correspond à la rencontre de Guise et d’Anjou avec la princesse alors qu’elle assiste, sur un bateau, à une pêche au saumon. On distingue cet épisode par le connecteur de temps « Un jour qu’il revenait à Loches ». L’épisode dure deux jours car Guise et Anjou veulent par tous les moyens rester auprès de la princesse. Ce moment relance la passion entre Guise et la princesse, amorce celle d’Anjou, éveille la jalousie chez le prince et attriste et inquiète Chabannes qui anticipe les conséquences de cette aventure ; il a déjà compris que « ce commencement de roman ne serait pas sans suite. »

Le second moment clé se trouve à la fin de la nouvelle ; c’est le rendez-vous secret entre le duc de Guise et la princesse, organisé à Champigny par Chabannes à la demande de Guise. Il commence à partir de : « Le duc de Guise s’en alla à la campagne » et se conclut avec départ du prince pour Paris. La période couverte est d’une journée et se prolonge tard dans la nuit, à une heure « où le Prince de Montpensier […] par malheur, était éveillé ». Guise demande à Chabannes de parler en son nom à la princesse et dans la soirée, Chabannes va le chercher. « Quand onze heures approchèrent », la princesse donne ses ordres à ses servantes pour tout organiser. Ce rendez-vous raté, qui coïncide avec les préparatifs de la Saint-Barthélemy, entraîne la ruine des personnages : la mort de Chabannes puis de la princesse.

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À retenir

Ces deux épisodes clés encadrent donc l’action : ils correspondent à son début et à sa conclusion.

Le recours fréquent au style indirect

La plupart du temps, quand il s’agit de rapporter les dialogues des personnages, madame de Lafayette a recours au style indirect ou au discours narrativisé.

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Définition

Discours indirect :

Au discours indirect, les paroles deviennent complément d’un verbe synonyme de « dire ».

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Définition

Discours narrativisé :

Dans le discours narrativisé, les paroles sont relatées comme un événement ou un fait mis sur le même plan que les autres.

Cela permet à l’auteur de résumer la teneur des propos et évite de ralentir la narration. Par exemple, lorsqu’au début, le narrateur décrit les relations de confiance qui s’installent entre la princesse et Chabannes, on peut lire : « elle lui apprit l’inclination qu’elle avait eue pour M. de Guise ». Il s’agit ici de discours narrativisé. Quelques lignes au-dessous, l’aveu de Chabannes est rapporté au style indirect : « Il osa lui dire qu’il l’aimait. »

Conclusion :

La Princesse de Montpensier appartient donc bien au genre, nouveau au XVIIe siècle, de la nouvelle ; sa narration en présente toutes les caractéristiques : rapidité du rythme dans le récit et dans la présentation des personnages, choix restreint d’épisodes détaillés, recours fréquent aux propos rapportés. L’œuvre la plus célèbre de madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, s’inscrira elle aussi dans cette esthétique de la brièveté et de la concision.