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La structure du récit dans La Princesse de Montpensier

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Introduction :

La Princesse de Montpensier est construite sur une intrigue unique qui progresse de manière chronologique. Sa structure est donc simple et typique du genre de la nouvelle. Mais elle présente l’intérêt et la caractéristique d’être déterminée par les relations entre le cadre historique et l’intrigue amoureuse ; il existe en effet entre la grande et la petite histoire des relations étroites.

Nous verrons dans un premier temps comment le cadre historique et l’intrigue amoureuse sont reliés par une thématique commune, celle de la guerre, puis comment les événements historiques déterminent et influencent l’histoire d’amour entre la princesse et le duc de Guise.

Une guerre menée sur les deux fronts

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Rappel

Le récit de madame de Lafayette propose une histoire d’amour fictive inscrite dans un contexte historique réel.

Il existe de nombreux parallèles et des correspondances entre ces deux éléments constitutifs du récit :

  • l’histoire de la nouvelle (les amours de Guise et de la princesse et les conséquences sur les autres personnages masculins amoureux de la même femme),
  • et l’Histoire (les guerres de Religion sous le règne de Charles IX ; les mariages de sang noble et royal).

La première phrase du texte en témoigne :

« Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX, l’amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordre, et d’en causer beaucoup dans son empire. »

Cet incipit souligne la thématique commune aux deux niveaux du récit : la guerre. Le même mot « désordre » vaut pour les deux. Il existe simultanément deux champs de bataille : la France et, au sein de celle-ci, l’« empire » de l’amour.

En effet, l’amour, à lui seul, entraîne différents conflits : il existe d’abord un conflit, plus ou moins larvé, entre rivaux. Le duc de Guise, qui souhaitait épouser la fille du marquis de Mézières, ressent un vif « ressentiment » à l’annonce de l’union de celle-ci avec le prince de Montpensier. Le texte nous dit qu’« il s’emporta avec tant de violence, en présence même du jeune prince de Montpensier qu’il en naquit entre eux une haine qui ne finit qu’avec la vie. » et plus loin, que « Le prince de Montpensier […] le haïssait, et comme son ennemi particulier, et comme celui de sa maison ».

Le duc d’Anjou, frère du roi Charles IX, quand il obtient la preuve, au cours du ballet des Maures, que la princesse qu’il aime a donné son cœur à Guise, est agité par un mélange de « jalousie », de « dépit », de « rage » et de « haine » pour Guise qui, en plus, souhaite épouser sa sœur Marguerite.

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Définition

Ballet des Maures :

Danse effectuée par des danseurs portant des masques d’hommes noirs appelés « Maures » à l’époque.

Il le menace de mort :

« C’est trop, lui dit-il, d’oser lever les yeux jusqu’à ma sœur, et de m’ôter ma maîtresse. La considération du roi m’empêche d’éclater ; mais souvenez-vous que la perte de votre vie sera peut-être la moindre chose dont je punirai quelque jour votre témérité. »

Le conflit amoureux est également intérieur : les personnages sont mus par des forces opposées.

Par exemple, Chabannes tombe éperdument amoureux de la princesse mais il se promet de ne jamais laisser transparaître ses sentiments. Cependant, au bout d’un an, il éprouve le besoin de lui parler. Il résiste autant qu’il le peut car il a honte et finit par céder « après tous les combats qui ont accoutumé de se faire en pareilles occasions. »
Le vocabulaire employé appartient au champ lexical de la guerre. Il réapparaît plus tard dans le récit : le duc de Guise a demandé à Chabannes de lui arranger une entrevue avec la princesse. Chabannes accepte mais il est « combattu de ses propres sentiments. » Son devoir de fidélité à la princesse et son amour entrent en contradiction dans une lutte intérieure.

La thématique du combat est aussi présente quand il s’agit, malgré toutes les difficultés rencontrées, de persuader l’autre qu’on l’aime. Guise veut, par intérêt, épouser Marguerite, la sœur du roi. La princesse en est jalouse car elle croit qu’il est animé d’une passion sincère pour Madame (Marguerite, la sœur du roi). Cette jalousie lui permet de réfréner sa passion car elle tente de se persuader que Guise n’est pas fiable :

« Cette jalousie servait à la princesse de Montpensier à défendre le reste de son cœur contre les soins du duc de Guise, qui en avait déjà gagné la plus grande partie. »

  • Le lexique de la guerre est encore une fois bien présent.

Si on étudie les différentes occurrences du verbe « défendre » ou « se défendre » sous toutes ses formes dans la nouvelle, on remarque que ce verbe, outre ses emplois au sens de « interdire » et de « se justifier », est employé sept fois, dont une fois dans un sens militaire (défendre une ville) et trois fois de manière imagée dans un contexte sentimental : « défendre l’entrée de son cœur », « défendre le reste de son cœur » et « se défendre de tant de charmes ».

  • Les vocabulaires amoureux et guerrier sont donc mêlés.

L’intrigue passionnelle soumise aux soubresauts de l’Histoire

Ce sont les périodes de combats ou d’arrêts des combats qui rapprochent ou éloignent les personnages et font évoluer leurs sentiments. Par exemple, l’amour de Chabannes est dû au fait qu’il passe deux années seul avec la princesse dans le château de Champigny : « il ne put se défendre de tant de charmes qu’il voyait tous les jours de si près. »
Or, ces deux années – dans la chronologie de la nouvelle – correspondent à la deuxième guerre de Religion. Le prince, lui, est sur le front et éloigné de sa femme, ce qui ne favorise en aucun cas une relation amoureuse entre les époux et même les éloigne. Le texte est clair sur ce point : à son retour de la guerre, le prince demande à Chabannes des nouvelles de son épouse « qui lui était quasi une personne inconnue, par le peu de temps qu’il avait demeuré avec elle. »

De même, les périodes de paix ou de trêves rapprochent physiquement le duc de Guise et le duc d’Anjou de la princesse. C’est au cours d’une trêve interrompant la troisième guerre qu’ils rencontrent la princesse sur un bateau et en profitent pour passer deux jours chez elle : les sentiments de Guise en sont ravivés ; ceux d’Anjou naissent.
Après la paix concluant cette guerre, toute la cour se retrouve à Paris. Or, le prince de Montpensier y a installé sa femme pendant les opérations militaires pour la protéger. Cette proximité intensifie encore les sentiments des deux hommes pour la princesse et ceux de la princesse pour Guise.

D’autres événements historiques les mettent en contact : le mariage du père du prince de Montpensier avec Catherine-Marie de Lorraine, la sœur d'Henri de Guise, les oblige à se voir fréquemment (« La nouvelle alliance de leurs maisons lui donnait occasion de lui parler souvent ») ; le mariage du roi Charles IX avec Élisabeth d’Autriche, la fille de l’empereur Maximilien, remplit la cour de fêtes et de réjouissances où ils se retrouvent. C’est à cette occasion que le roi fait donner un ballet, où dansent Madame et toutes les princesses, dont la princesse de Montpensier. Le duc d’Anjou et le duc de Guise y dansent également. Le mariage de Madame avec le roi de Navarre, futur Henri IV, à Blois, est une nouvelle occasion de promiscuité entre Guise et la princesse.

On peut compléter cette étude en ajoutant que même les séparations dues à la reprise de la guerre renforcent les sentiments de la princesse pour Guise car il y accomplit des exploits. C’est au cours de la troisième guerre de Religion qu’il « commença à avoir des emplois considérables et à faire connaître qu’il passait de beaucoup les grandes espérances qu’on avait conçues de lui. » Il défend vaillamment la ville de Poitiers ; de ce fait, « la renommée commençant alors à publier les grandes qualités qui paraissaient en ce prince, [la princesse] avoua [à Chabannes] qu’elle en sentait de la joie, et qu’elle était bien aise de voir qu’il méritait les sentiments qu’elle avait eus pour lui. »

Enfin, la Saint-Barthélemy, qui suit de peu le rendez-vous secret entre Guise et la princesse, entraîne la fin de la passion du duc et l’isolement total puis la mort de la jeune femme. Guise est tout d’abord occupé par son désir de profiter de ce massacre pour venger la mort de son père, tué par des protestants en 1563, puis par l’exaltation d’avoir atteint son but ; il oublie donc la princesse. Chabannes a fui Champigny après que le prince l’a trouvé dans la chambre de sa femme et il se fait tuer. Le prince, qui ne fait plus confiance à son épouse, s’en éloigne. Celle-ci en mourra : « Elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami qui fut jamais. Elle mourut peu de jours après, dans la fleur de l’âge. »

La frise ci-dessous récapitule ces périodes et événements historiques en les datant – ce que ne fait jamais madame de Lafayette – et en les mettant en rapport avec la progression de l’intrigue amoureuse.

Alt texte

Conclusion :

Dans La Princesse de Montpensier, le cadre historique n’est donc pas un simple décor ; il interagit avec l’histoire des personnages et la conditionne. C’est ce qui rend cette nouvelle unique dans toute l’œuvre de madame de Lafayette.