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Le rapport au père - extrait de L’homme qui m’aimait tout bas, d’Eric Fottorino

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Sujet de type brevet :

  • Quel est l’âge du narrateur au moment des faits ? À votre avis, est-ce au même âge qu’il raconte cette histoire ? Du coup, comment appelle-t-on ce type de texte ?
  • À quel temps est raconté l’essentiel de cette histoire ? Quelle est la valeur de ce temps ?
  • En quoi le beau-père est-il un héros aux yeux du narrateur ? Citez le texte pour justifier.
  • De quelle façon le beau-père rassure-t-il l’enfant, ainsi que sa famille ? Expliquez la plaisanterie qu’il fait au narrateur, et indiquez via quel type de discours elle est rapportée.
  • À votre avis, quelle portée symbolique peut-on donner à cet acte du beau-père ? Quels semblent être ses relations avec le narrateur ?

Dans ce texte écrit en 2009, le narrateur passe ses vacances à Royan, avec sa mère et son beau-père Michel Fottorino, qui vient de l’adopter.

« Il est d’autant mieux devenu mon père que, de toutes mes forces et de toutes mes peurs, j’ai voulu devenir son fils. […] Cette fois, nous nageons. Plutôt je me noie sans m’en apercevoir. J’ai dix ans, nous sommes à la Pointe Espagnole, en famille un dimanche d’été, baignade non-surveillée. Ma petite planche en bois, le nez dressé pour prendre les vagues, glisse vers le large. Les courants m’emportent. Je n’entends pas vos cris. Je m’éloigne. Je n’ai pas la moindre idée du danger. Quand je lutterai pour revenir vers le rivage, ce sera trop tard. Je revois très précisément mon père à travers le rideau épais des années. Il s’est élancé du bord et a plongé comme un javelot, tête la première. Soudain entre la crête des vagues, il est là. Comment a-t-il fait pour me rejoindre si vite ? Il parle calmement, n’a pas le souffle coupé. Il doit avoir la force de Johnny Weissmuller dans Tarzan. Pour maman là-bas sur le sable, nous ne sommes que deux petits points dans un gouffre bleu. Je la vois qui court puis s’effondre, son ventre rond en avant car il y a François dedans, mon cadeau d’anniversaire pour le mois d’août. C’est une scène sans paroles, seulement bruitée par la houle. Je devine que maman pleure, qu’elle nous voit déjà par le fond, papa et moi. Des gens l’entourent. Elle tient son visage entre ses mains. Mon père, serein, continue de me parler, il m’invite à bien respirer, à rester tranquille. Mais je ne suis pas affolé puisqu’il est là. La confiance est une forme d’inconscience. Après, je saurai que chaque année des enfants et aussi des adultes périssent dans ces courants. Je n’ai pas eu peur, mon père m’a rejoint, on est revenus sans encombre sur le sable. On avait dérivé loin des serviettes et de ma mère paniquée. Sauvés. Mon père a son petit sourire, il nous console. Il y a bien assez d’eau salée dans l’océan, pourquoi le grossir de nos larmes. Pour oublier nos frayeurs, Zoune préparera un "complet poisson" si parfumé qu’on sucera jusqu’aux arêtes, on mangera des sorbets de chez le glacier Judici, des sucres d’orge dont la pâte pend comme un long serpent paresseux au-dessus des tables de marbre du confiseur Tamisier. Dès demain on se retrouvera sur la plage de Pontaillac. »

Éric Fottorino, L’homme qui m’aimait tout bas, 2009

Quel est l’âge du narrateur au moment des faits ? À votre avis, est-ce au même âge qu’il raconte cette histoire ? Du coup, comment appelle-t-on ce type de texte ?

Au moment des faits, le narrateur a « dix ans » et lui et sa famille sont « à la Pointe Espagnole […] un dimanche d’été ».
En revanche, le narrateur de l’histoire n’est pas cet enfant de dix ans mais l’auteur, à savoir l’Éric Fottorino adulte, en 2009. On le comprend lorsqu’il dit : « Je revois très précisément mon père à travers le rideau épais des années ».

  • Ce récit est donc une autobiographie et les événements narrés ont réellement eu lieu.

À quel temps est raconté l’essentiel de cette histoire ? Quelle est la valeur de ce temps ?

Une autobiographie est d’ordinaire écrite au passé (on emploierait alors l’imparfait, le passé composé et le passé simple). Ici, curieusement, les verbes du texte sont pour la plupart conjugués au présent de l’indicatif :
« nous nageons » ; « je me noie » ; « les courants m’emportent » ; « je n’entends pas » ; « je m’éloigne ».

Mais le présent de l’indicatif n’est pas ici un présent d’énonciation. C’est un présent de narration, qui vise à immerger le lecteur dans une action passée comme si elle se déroulait dans le présent.

  • Ce texte est donc bien ancré dans le passé, même si cela ne se voit pas.

En quoi le beau-père est-il un héros aux yeux du narrateur ? Citez le texte pour justifier.

Ce n’est pas exactement aux yeux du narrateur que le beau-père est un héros mais aux yeux de l’enfant qu’il était. Néanmoins, cette admiration est tellement importante qu’elle a perduré jusqu’à l’âge adulte.

On voit que c’est l’enfant qui admire son beau-père car son jugement de valeur se base sur des références enfantines :

  • « il s’est élancé du bord et a plongé comme un javelot, tête la première » : toutes ces précisions en font un surhomme, le plongeon est parfait aux yeux de l’enfant qui ne peut en faire autant ;
  • « il doit avoir la force de Johnny Weissmuller dans Tarzan » : la référence est enfantine et familière. En littérature la force est en général associée à Hercule, un héros grec, mais un enfant ne va évidemment pas choisir cette comparaison-là, il va lui préférer un héros qu’il connait bien mieux.
  • Le beau-père est non seulement au dessus des enfants mais aussi au dessus des adultes puisque le narrateur apprend ensuite que « chaque année des enfants et aussi des adultes périssent dans ces courants. »

Par ailleurs, le sang-froid dont fait preuve le beau-père est montré à travers le champ lexical de la maîtrise de soi : « calmement » ; « serein » ; « rester tranquille » ; « la confiance ».

Cette bravoure se construit en contraste avec le personnage de la mère, gagné par le désespoir et l’affolement : « court », « s’effondre », « pleure », « tient son visage dans ses mains ». Visiblement, malgré le danger encouru par le narrateur, son beau-père ne perd jamais son calme, et gère la situation avec bravoure et sang-froid.

De plus, il est aussi celui qui sauve la femme (enceinte de surcroît) de sa détresse, et qui à la fin « console » tout le monde.

  • Tout au long du passage, il agit comme un héros au mépris de sa propre sécurité. Très impressionné, le narrateur adulte s’interroge encore : « Comment a-t-il fait […] ? »
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Astuce

En général, face à ce genre de question il y a plus d’une bonne réponse possible. Il faut donc prendre le soin de trouver plusieurs arguments, d’organiser la réponse, et ne surtout pas paraphraser le texte. Il faut repérer les éléments valables, comme des figures de style ou des champs lexicaux, et en proposer une interprétation.

De quelle façon le beau-père rassure-t-il l’enfant, ainsi que sa famille ? Expliquez la plaisanterie qu’il fait au narrateur, et indiquez via quel type de discours elle est rapportée.

Le beau-père rassure l’enfant par le biais d’une plaisanterie : « Mon père a son petit sourire, il nous console. Il y a bien assez d’eau salée dans l’océan, pourquoi le grossir de nos larmes. »

  • La plaisanterie trace un parallèle entre l’eau salée des larmes et celle de l’océan.

C’est bien le père qui la dit, mais au discours indirect libre, c’est pourquoi il n’y a pas de trace de dialogue (ni guillemets, ni tirets). Par le l’intermédiaire du discours indirect libre, les paroles du père sont reproduites à l’identique, mais c’est bien le narrateur qui parle.

À votre avis, quelle portée symbolique peut-on donner à l’acte du beau-père ? Quels semblent être ses relations avec le narrateur ?

Dans les familles recomposées la place du beau-père est parfois complexe. On sait que Michel Fottorino est le beau-père du narrateur. Or, ce dernier le désigne tout au long du texte en disant « mon père ».

  • La première phrase de l’extrait est à ce titre très forte : « Il est d’autant mieux devenu mon père que, de toutes mes forces et de toutes mes peurs, j’ai voulu devenir son fils. » On sent bien que le narrateur a établi des liens très forts avec celui qu’il nomme son père, tout simplement.

Quant à la portée symbolique de l’acte, le reproche qui peut être fait à un beau-parent, c’est que quelque part, il n’a pas participé à donner la vie à l’enfant. Mais Michel arrache des griffes de la mort son beau-fils, Éric. Il lui sauve la vie. D’une certaine, il lui donne donc la vie. C’est un peu comme une seconde naissance. Voilà, peut-être, la portée symbolique de cet acte.

  • En lui sauvant la vie, il devient définitivement son véritable père.
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Attention

Il faut garder à l’esprit que les questions de type brevet sont à chaque fois simples en apparence, mais qu’au fond, elles demandent un vrai travail d’analyse, et surtout de toujours se justifier en citant le texte.

Conclusion :

Nous avons vu ensemble en quoi ce texte constitue une autobiographie, puisque l’âge réel du narrateur se laisse entrevoir derrière la métaphore du « rideau épais des années ». C’est un texte qui utilise le présent de narration pour faire vivre au lecteur l’émotion dans son immédiateté.

Le beau-père du narrateur y est peint avec toute l’admiration que l’enfant lui porte, à travers des comparaisons flatteuses et un champ lexical du sang-froid omniprésent. Ils sont si proches que le narrateur emploie le discours indirect libre pour reprendre ses paroles, les faisant ainsi plus ou moins siennes. Enfin, la fusion entre ces deux êtres semble telle que le narrateur ne le désigne que sous un seul et unique vocable : « mon père ».