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Le regret de la Terre, de Jules Supervielle

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Sujet de type brevet :

  • Observez la forme générale du texte : quelle première impression peut-on en déduire quant au sens du poème ?
  • Quels sont les compléments circonstanciels de temps présents au premier et dernier vers ? En quoi s’accordent-ils avec le principal temps du texte ?
  • Quelle expression est répétée à de multiples reprises dans le poème ? En quoi semble-t-elle faire écho au titre ?
  • Quel est le principal pronom personnel employé dans le poème ? Que peut-on en déduire sur le rapport qui unit le poète à son lecteur ?
  • Quel semble être le message principal de ce poème ? De quoi le lecteur est-il censé prendre conscience ?

Jules Supervielle est un poète un peu hors du temps et des modes. Il réfléchit ici sur le sens et le devenir de notre monde. Cet extrait du recueil Les Amis inconnus est intitulé « Le regret de la Terre ». C’est un texte qui nous demande de s’interroger sur soi-même pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.

« Un jour, quand nous dirons : "C’était le temps du soleil, Vous souvenez-vous, il éclairait la moindre ramille, Et aussi bien la femme âgée que la jeune fille étonnée, Il savait donner leur couleur aux objets dès qu’il se posait. Il suivait le cheval coureur et s’arrêtait avec lui, C’était le temps inoubliable où nous étions sur la Terre, Où cela faisait du bruit de faire tomber quelque chose, Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs, Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l’air Et lorsque le pas de l’ami s’avançait nous le savions, Nous ramassions aussi bien une fleur qu’un caillou poli, Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée, Ah ! c’est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant." »

Jules Supervielle, « Le regret de la Terre », Les Amis inconnus, 1934

Observez la forme générale du texte : quelle première impression peut-on en déduire quant au sens du poème ?

Ce poème n’a pas de structure particulière, n’est composé que d’une strophe et ne semble même pas rimer. Il s’agit pourtant d’une poésie, comme le laisse entendre la majuscule qui commence chaque ligne. En fait, il s’agit ici d’un poème en vers libres : le poète a choisi de s’affranchir des règles de la poésie classique pour laisser s’épanouir pleinement ses mots.

  • Plus de rimes, plus de métrique particulière, reste juste le langage, et son message.

On se rend bien compte que le vers libre est, par définition, un chant d’amour à la liberté poétique. Le sens du poème se voit donc ici affecté par sa forme : la liberté de l’homme, en même temps que celle du poète, constituera le cœur de ce texte.

Quels sont les compléments circonstanciels de temps présents au premier et dernier vers ? En quoi s’accordent-ils avec le principal temps du texte ?

Les compléments circonstanciels de temps sont : « un jour » qui débute le premier vers et « maintenant » qui achève le dernier. On a donc ici une véritable projection dans le futur, à travers laquelle le poète semble laisser la parole aux hommes de demain.

Le temps principalement employé dans le reste du texte va d’ailleurs dans ce sens : « c’était », « il éclairait », « il savait », « il se posait », « il suivait », « nous étions ».

  • Ces verbes sont à l’imparfait de l’indicatif, qui est le temps du souvenir.

Le poète semble donc se projeter dans l’avenir, pour y évoquer avec nostalgie le passé, soit notre présent.

Quelle expression est répétée à de multiples reprises dans le poème ? En quoi semble-t-elle faire écho au titre ?

« C’était le temps », présent au vers 1, revient à l’identique au vers 6. Au vers 12, l’expression est reprise avec une variation qui ne laisse que « le temps ».

  • Évoquant le temps qui passe, ce poème est en fait nostalgique, ce que suggéraient déjà les « regrets » présents dans le titre.

La nostalgie porte sur le départ de la Terre puisque le vers 6 parle de la vie sur Terre au passé : « C’était le temps inoubliable où nous étions sur la Terre ». Le poète interpelle son lecteur « Souvenez-vous » en lui remémorant le « soleil » et le « bruit », lui rappelant qu’il pouvait voir et entendre, ainsi que saisir les galets polis et les fleurs.

  • On en conclut que, dans le présent du poète, toutes ces choses sont devenues impossibles et qu’il les regrette. Partant de là, on peut faire une supposition : l’auteur est probablement décédé.

Dans ce nouveau contexte qui émerge, le poète se projette dans l’avenir, jusqu’à après sa mort. Une fois mort, il regrette la Terre, ainsi que la vie qui allait avec. D’où cette nostalgie de la lumière, du son, de la vie, que le titre « Le regret de la Terre » résume.

Quel est le principal pronom personnel employé dans le poème ? Que peut-on en déduire sur le rapport qui unit le poète à son lecteur ?

Le poète n’est pas seul : il s’adresse directement à un « nous », principal pronom personnel utilisé dans le texte. « nous dirons » ; « nous étions » ; « nous regardions » ; « nous le savions » ; « nous ramassions » ; « nous ne pouvions ». Les pronoms possessifs, qui vont de pair, sont aussi présents : « nos yeux » ; « nos oreilles » ; « nos mains ».

  • Finalement, le poète ne dit jamais « je » comme on a coutume de le lire ailleurs, mais toujours « nous ». Il inclut le lecteur dans son discours, pour mieux lui faire partager ses sentiments. Le poète parle de sa future mort, mais nous rappelle également qu’il ne sera pas le seul à la subir. Il nous rappelle que nous allons, nous aussi, mourir un jour. Ce poème est donc un memento mori.

Quel semble être le message principal de ce poème ? De quoi le lecteur est-il censé prendre conscience ?

Alors que l’on comprend à la lecture du poème qu’il nous rapelle notre condition de mortels, il y a de quoi s’interroger : quel est le véritable message ?

  • Car, pour un poème portant sur la mort, la plus large part des vers est tout de même fort positive. Cette ambiance joyeuse est rendue par :
  • les éléments naturels : « soleil », « ramille », « cheval », « fleur », « caillou poli » ;
  • les relations humaines : « femme agée », « jeune fille », « ami » ;
  • les sensations : « éclairait », « couleurs », « faisait du bruit », « regardions », « oreilles », « nuances » ;
  • le mouvement : « se posait », « suivait », « coureur », « s’arrêtait », « le pas », « s’avançait », « ramassions ».

Tous ces termes et expressions renvoient aux vivants et occupent la majeure partie du poème. Difficile donc, malgré la chute, de retenir uniquement un message pessimiste. Plus vraisemblablement, tout en sachant qu’elle a une fin, le poète apprécie pleinement la vie et incite son lecteur à en jouir tout autant.

Voilà donc le message que semble vouloir ici véhiculer Jules Supervielle : il faut profiter de la vie tant qu’on le peut, et apprécier toutes ces petits choses simples qui peuvent paraître sans importance.

Conclusion :

Jules Supervielle livre donc ici un poème résolument moderne, dégagé de toutes les contraintes formelles de la poésie classique pour laisser libre cours à ses vers. En associant le lecteur à sa démarche, et en se projetant dans un avenir qui regarderait en arrière, la nostalgie dégagée en apparence par le texte se change en un véritable chant d’amour à la vie, sorte de carpe diem qui pousse à faire attention aux choses les plus simples et les plus insignifiantes.