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Antigone, Sophocle
Fiche de lecture

Contexte

Antigone est une tragédie grecque écrite par Sophocle en 441 av. J.-C. Elle s’inscrit dans le cycle des pièces thébaines (de la ville de Thèbes), constitué de trois pièces (Œdipe roi, Œdipe à Colone et Antigone) qui racontent le destin tragique d’Œdipe et de ses descendants. Antigone est la dernière pièce de la trilogie, même si Sophocle l’a écrite en premier.

La figure d’Antigone a inspiré bien d’autres dramaturges qui ont adapté ce sujet tragique : Robert Garnier à la fin du XVIe siècle (Antigone, ou la Piété, 1580), Jean de Rotrou qui en a fait une tragédie baroque en 1639, Jean Racine dans La Thébaïde (1664) ou encore Jean Anouilh qui reprit le mythe d’Antigone en 1944 en réécrivant la tragédie de Sophocle à la lumière du contexte contemporain de la Seconde Guerre mondiale.

Sophocle

441 av. J.-C.

Antigone

Genre

Tragédie grecque

Personnages

Antigone : Fille d’Œdipe, elle est la sœur d’Ismène, d’Étéocle et de Polynice. Antigone refuse de laisser son frère Polynice sans sépulture car ce serait le déshonorer et aller à l’encontre des lois divines. Antigone est un personnage déterminé, son esprit d’indépendance lui donnera le courage de ne pas se détourner de son projet et d’affronter la mort.

Ismène : Contrairement à sa sœur Antigone, Ismène craint de violer les lois de la cité. Moins révoltée et plus raisonnée que sa sœur, elle est incapable de désobéir et d’agir à ses côtés.

Créon : Oncle d’Étéocle, il devient roi de Thèbes après la mort des frères jumeaux Étéocle et Polynice. Aveuglé par son orgueil, il entend faire respecter son pouvoir souverain et refuse qu’une femme (Antigone) fasse la loi. Il ne reviendra sur son jugement que trop tard.

Chœur de vieillards thébains : Ce sont des conseillers du roi de Thèbes.

Un garde : Il s’agit du garde qui informe Créon que son édit a été violé et qui lui livre la coupable, Antigone.

Hémon : Il est le fils de Créon et d’Eurydice. Il tente de raisonner son père en lui demandant de revenir sur son jugement et d’épargner Antigone, sa fiancée.

Le Coryphée : Le chef du chœur

Tirésias : Devin, il vient prédire à Créon de grands malheurs s’il ne sort pas de son obstination en revenant sur ses paroles.

Eurydice : Épouse de Créon, elle se donne la mort lorsqu’elle apprend que son fils Hémon a perdu la vie à cause de l’orgueil de son époux.

Un messager : Serviteur de Créon, il vient raconter la mort d’Hémon et d’Antigone au palais.

Un messager du palais : À la fin de la pièce, il annonce à Créon le suicide de son épouse Eurydice.

Thèmes

L’opposition entre les lois divines et les lois humaines : L’opposition entre Créon et Antigone symbolise l’opposition entre les lois divines et les lois humaines. Antigone entend faire respecter les lois divines au péril de sa vie en désobéissant au roi, tandis que Créon veut faire respecter les lois de la cité en imposant son pouvoir souverain. Ce sont deux visions de la justice qui s’opposent : la justice des dieux et la justice des hommes.

La fatalité : Comme dans toute tragédie grecque, la fatalité réduit le héros ou l’héroïne à un destin tragique. Ici, Antigone ne peut échapper au destin tragique d’Œdipe et de sa famille :

« Heureux qui jusqu’en son vieil âge ignore le goût du malheur !
Quand une fois le ciel a frappé la maison,
La ruine de proche en proche
Gagne et n’épargne pas un seul des descendants. » (Deuxième épisode, Chant du Chœur).

L’amour fraternel : Antigone viole l’édit royal pour respecter la justice divine, mais aussi par amour fraternel car elle sait que ses parents étant morts, ce frère perdu ne pourra jamais être remplacé :
« Je me suis dit que, veuve, je me remarierais et que, si je perdais mon fils, mon second époux me rendrait mère à nouveau, mais un frère, maintenant que mes parents ne sont plus sur la terre, je n’ai plus d’espoir qu’il m’en naisse un autre. Je n’ai pas considéré autre chose quand je t’ai honorée particulièrement, ô chère tête fraternelle ! » (Quatrième épisode)

Le courage : Antigone fait preuve d’un courage et d’une détermination sans faille. Son esprit d’indépendance lui donne la force de se dresser seule et jusqu’à la mort face à Créon et aux lois de la cité.

L’orgueil : Le personnage de Créon est tout aussi obstiné que celui d’Antigone. Mais ce qui motive son obstination est son orgueil d’homme et de souverain qui va le conduire à adopter une attitude particulièrement tyrannique. Ce caractère, dont il ne se détournera que trop tard, précipite la fin de la pièce de Sophocle dans le tragique.

Résumé

Après l’exil d’Œdipe, ses fils jumeaux, Étéocle et Polynice, se disputent le trône de Thèbes où ils devaient régner alternativement. Étéocle devait provisoirement conserver le pouvoir avec l’aide de son oncle Créon et de sa mère Jocaste. Mais Polynice a fait une alliance avec les Argiens pour assiéger Thèbes. Les deux frères trouvent alors la mort dans le combat qui les oppose. Créon devient roi de Thèbes et refuse toute sépulture à Polynice alors qu’il a donné des funérailles officielles à Étéocle.
Le début de la pièce se déroule sur une place à Thèbes devant le palais des Labdacides.

Prologue

Ismène retrouve sa sœur Antigone, qui lui a donné rendez-vous hors du palais au milieu de la nuit pour pouvoir lui parler secrètement. Antigone expose à Ismène son projet d’enterrer elle-même son frère Polynice, car elle ne supporte pas qu’il soit ainsi abandonné et qu’il tombe en disgrâce alors qu’Étéocle a été honoré en étant enseveli selon le rite. Antigone exprime sa détermination, même si cela revient à aller à l’encontre de l’ordre royal de Créon, et demande à Ismène d’agir avec elle pour prouver qu’elle est toujours fidèle à sa race. Mais Ismène lui répond qu’elle est incapable d’aller à l’encontre des lois de la cité et de s’exposer à la peine de mort. Ismène tente en vain de dissuader sa sœur, mais pour Antigone les lois divines sont supérieures aux lois humaines et les dieux exigent une sépulture pour Polynice. Ismène laisse donc Antigone partir et accomplir son destin : « Pars, puisque tu l’as résolu. C’est une folie, sache-le bien ; mais tu sais aimer ceux que tu aimes. »
Ce dialogue est suivi par l’entrée du Chœur qui revient sur le combat qui a opposé Étéocle et Polynice pour le trône de Thèbes : « Seuls, les princes maudits, les deux frères germains, affrontés lance contre lance, prirent chacun sa part d’une commune mort. »

Premier épisode

Le roi Créon décrit au Chœur de vieillard thébains, ses conseillers, la politique qu’il souhaite mettre en œuvre maintenant que le pouvoir souverain lui revient : « Quiconque assume la direction d’un État, s’il a d’autres soucis que le bien public et se laisse clouer la langue par je ne sais quelle timidité, je dis - et je l’ai toujours dit - que c’est le pire des lâches. » Il affirme que ce sont ces principes qui lui ont dicté l’édit public interdisant à tout citoyen de pleurer Polynice et de l'honorer d’un tombeau.
Un garde intervient pour annoncer au roi Créon que son édit a été violé puisque le corps de Polynice a été recouvert avec de la terre conformément aux rites. Comme le craignait le garde en venant annoncer cette nouvelle au roi, Créon, dans sa colère, soupçonne le garde d’avoir enseveli le corps lui-même. Il lui ordonne de trouver un coupable qui pourra l’innocenter sous peine d’être exécuté lui-même.
Le premier épisode se termine sur le Chant du Chœur qui loue l’intelligence et le génie universel de cette merveille qu’est l’homme, mais qui face à ses contradictions est capable du bien comme du mal.

Deuxième épisode

Le garde revient un peu plus tard pour livrer Antigone au roi et lui expliquer que c’est elle la coupable. Après que les gardes ont mis de nouveau le cadavre de Polynice à nu, Antigone est apparue en lançant des cris et des lamentations, et a été surprise en train d’ensevelir de nouveau le corps. Antigone reconnaît sa culpabilité devant Créon. Elle assume avoir violé son édit public dont elle avait parfaitement connaissance pour respecter les lois divines et la justice des dieux qui lui ont dicté d’ensevelir le corps de son frère. Ne craignant que la justice divine, Antigone est satisfaite d’avoir accompli son devoir au risque d’être condamnée à mort.
Créon ne supporte pas qu’Antigone ait la prétention de se mettre au-dessus de la loi. Par orgueil, il ne veut pas renoncer à la punir et la laisser triompher : « Moi vivant, ce n’est pas une femme qui fera la loi. » Il soupçonne Ismène d’avoir comploté cette inhumation avec sa sœur et la fait venir, avant de déclarer avec fureur que les deux femmes n’échapperont pas à la peine capitale. Un dialogue véhément oppose Créon à Antigone. Créon reproche à Antigone d’avoir outragé Étéocle, qui était aussi son frère, en voulant honorer Polynice. Chacun d’eux considérant qu’il agit conformément à sa propre conception de la justice, les deux personnages gardent leur position avec obstination.
Ismène entre et déclare avoir agi avec sa sœur, parce qu’elle préfère mourir avec elle en subissant le courroux de Créon. Antigone lui reproche de s’approprier un ouvrage qui n’est pas le sien et de ne pas l’avoir aidée. Ismène tente de dissuader Créon de tuer Antigone car elle est fiancée à son fils, Hémon. Mais, impitoyable, le roi demande que l’on enferme les deux sœurs.
Le Chœur déplore la fatalité qui s’abat sur les descendants d’Œdipe.

Troisième épisode

Hémon se présente devant son père pour essayer de le raisonner. Il lui explique que tout le peuple de Thèbes plaint cette jeune femme condamnée à mort pour avoir donné une sépulture à son frère mort à la guerre. Hémon tente de faire comprendre à Créon qu’il défend l’intérêt de son père en lui conseillant de revenir sur son arrêt et de sauver Antigone, qui n’a agi que par amour fraternel et dans le respect des dieux.
Créon reste insensible aux arguments de son fils, auquel il reproche d’être insolent en prétendant faire preuve de sagesse malgré son jeune âge. Il entend bien faire respecter son pouvoir souverain et, dans un excès de colère, il exige que l’on amène Antigone pour lui donner la mort devant les yeux de son fiancé. Hémon finit par abandonner son père à sa folie et sort avant que n’apparaisse Antigone, pour ne pas avoir à souffrir le spectacle que son père veut lui infliger.
Après son départ, le Coryphée interroge Créon pour savoir ce qu’il souhaite faire. Il décide de ne pas punir Ismène, dont la main est innocente, mais réserve un supplice atroce à Antigone : il veut l’exiler dans un désert où elle sera emmurée vivante dans un caveau.

Quatrième épisode

Cet épisode s’ouvre sur les lamentations d’Antigone, qui sent la mort arriver. Elle dialogue avec le Coryphée sur son destin tragique et celui de sa famille. Alors qu’elle déplore la situation, le Coryphée rétorque qu’« on ne peut tolérer la désobéissance » et que c’est son « esprit d’indépendance” qui la perd. »
Créon reste insensible à ces complaintes et demande à ce que l’on emmène Antigone.
Le Chœur des vieillards thébains déplore la fatalité qui s’acharne sur la famille d’Antigone : « la puissance du destin est une terrible puissance ».

Cinquième épisode

Le devin Tirésias, que Créon a toujours écouté et respecté, se présente devant le roi pour lui prédire de grands malheurs pour lui et sa famille s’il ne revient pas sur sa décision. Il essaie de lui faire comprendre qu’Antigone a agi par piété divine et qu’il ne sert à rien de vouloir outrager un mort déjà mort en refusant une sépulture à Polynice.
Créon, obstiné et aveuglé par son orgueil, ne consent pas à suivre les conseils de Tirésias qui part sur le champ.
Pourtant, Créon commence à douter lorsque le Coryphée lui rappelle que les prédictions de Tirésias ont toujours été justes et qu’il devrait faire preuve de prudence. Créon consent enfin à suivre les conseils du Coryphée : libérer Antigone et dresser un tombeau à Polynice au plus vite, avant que le châtiment divin ne s’abatte. Créon part aussitôt avec quelques serviteurs pour délivrer Antigone lui-même.

Dernier épisode

Malheureusement, Créon a trop tardé à se dédire. Un messager vient annoncer qu’Hémon s’est suicidé. Eurydice, épouse de Créon et mère d’Hémon, sort du palais pour demander au messager de raconter ce qu’il s’est passé.
Alors que Créon et ses serviteurs étaient en train de laver les restes du cadavre de Polynice, des cris aigus se sont fait entendre. Créon crut reconnaître la voix de son fils, il ordonna que l’on perce immédiatement le caveau d’Antigone. Ils découvrirent Hémon gémissant près du corps inanimé d’Antigone, qui s’était pendue avec son écharpe. Créon supplia son fils de sortir du caveau mais celui-ci, fou de douleur, enfonça son épée dans sa poitrine et enlaça sa fiancée avant de mourir.
Avant que le messager n’ait terminé son récit, la reine Eurydice s’est retirée dans le palais. Alors que Créon s’apprête à faire de même, gémissant de douleur, le messager du palais vient lui annoncer que son épouse vient de se donner la mort. Créon appelle la mort pour qu’elle vienne le frapper lui aussi.

Citation

Antigone à Ismène lorsqu’elle lui expose son projet d’ensevelir Polynice malgré l’interdiction de Créon et qu’elle lui demande son soutien :

« Fais donc ce qu’il te plaira ; j’ensevelirai Polynice. Pour une telle cause, la mort me sera douce. Je reposerai auprès de mon frère chéri, pieusement criminelle. J’aurai plus longtemps à plaire à ceux de là-bas qu’aux gens d’ici. Là-bas, mon séjour n’aura point de fin. Libre à toi de mépriser ce qui a du prix au regard des dieux. »

Prologue

Antigone avouant ses actes à Créon :

« Non, le sort qui m’attend n’a rien qui me tourmente. Si j’avais dû laisser sans sépulture un corps que ma mère a mis au monde, je ne m’en serais jamais consolée ; maintenant, je ne me tourmente plus de rien. »

Deuxième épisode

Le devin Tirésias tente de raisonner Créon et lui demande de revenir sur son jugement :

« Tout le monde est sujet à se tromper, et l’on n’est point pour autant un insensé ni un malheureux, pourvu qu’on ne s’obstine pas dans sa faute. Mais entêtement se condamne à maladresse. »

Cinquième épisode

Conclusion du Coryphée :

« Ce qui compte avant tout, pour être heureux, c’est d’être sage. Et surtout il ne faut jamais manquer à la piété. Les présomptueux, de grands coups du sort leur font payer cher leur jactance et leur enseignent, mais un peu tard, la sagesse. »

Dernier épisode