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Aux Champs, Guy de Maupassant
Fiche de lecture

Contexte

La nouvelle intitulée Aux champs est publiée pour la première fois le 31 octobre 1882 dans Le Gaulois, un journal littéraire et politique avec lequel Maupassant collabora à de nombreuses reprises, puisque plusieurs de ces nouvelles et chroniques furent publiées dans ce quotidien.
En 1883, Aux champs paraît au sein d’un recueil de nouvelles intitulée Les contes de la bécasse.
Ce récit compte parmi les nouvelles réalistes de Guy de Maupassant, dans lesquelles l’auteur s’applique à décrire la société de son époque, aussi bien le milieu bourgeois que le milieu campagnard.

Guy de Maupassant

1882

Aux Champs

Genre

Nouvelle

Personnages

La famille Tuvache : M. et Mme Tuvache sont paysans et ont quatre enfants, dont Charlot Tuvache, leur plus jeune garçon que le couple d’Hubières souhaite adopter.

La famille Vallin : Voisins de la famille Tuvache, M. et Mme Vallin sont aussi paysans et ont également quatre enfants. Jean Vallin est le plus jeune d’entre eux. C’est lui que le couple de bourgeois va finalement adopter.

Mme d’Hubières : Elle est l’épouse d’Henri d’Hubières. Le couple de bourgeois n’a pas d’enfants et Mme d’Hubières désire ardemment fonder une famille en adoptant un enfant.

M. Henri d’Hubières : Il est le mari de Mme d’Hubières. Il semble céder à tous les désirs de sa femme.

Thèmes

La pauvreté : Les deux familles paysannes vivent dans la misère. C’est justement cette situation qui va pousser les Vallin à accepter le marché du couple de bourgeois en vendant leur fils, dans l’espoir de vivre plus confortablement grâce à la pension promise. C’est aussi la rudesse de la situation misérable des Tuvache qui nourrit la jalousie de Charlot.
La nouvelle est d’ailleurs ponctuée de termes qui appartiennent au lexique de la pauvreté.

La jalousie : En voyant la réussite et la belle situation de Jean Vallin, Charlot ressent un sentiment de jalousie et d’injustice parce que c’est lui que le couple d’Hubières souhaitait adopter avant que ses parents refusent de le vendre. Charlot envie donc cette vie confortable qui aurait pu être la sienne.

La famille : La famille est au centre de la nouvelle parce que celle-ci met en scène deux familles paysannes, mais aussi le couple d’Hubières qui cherche désespérément à fonder une famille en achetant un enfant. Si les d’Hubières parviennent finalement à constituer une famille en adoptant Jean, leur passage aura suffi à détruire l’équilibre et la sérénité qui régnait dans les deux familles de paysans.

Le réalisme : Dans cette nouvelle comme dans d’autres, Maupassant rend compte de la société de son temps en décrivant avec réalisme le quotidien de familles de paysans, la difficulté du travail de la terre, la misère de la vie à la campagne. Ici, il renforce ce réalisme en employant le patois paysan dans les dialogues qui donnent la paroles aux Tuvache et aux Vallin.

La Normandie : Région natale de Maupassant, la Normandie sert souvent de cadre aux histoires qu’il raconte. Les descriptions des paysages et des modes de vie locaux y tiennent une place majeure, en particulier dans cette nouvelle réaliste dans laquelle l’auteur plonge son lecteur dans la campagne normande à la rencontre de deux familles de paysans de la région.

Résumé

Présentation des personnages et de leur quotidien

La nouvelle se déroule au pied d’une colline où se trouvent deux chaumières semblables et voisines, dans lesquelles habitent deux familles de paysans qui vivent difficilement du travail de la terre. La première demeure abrite la famille Tuvache, composée de trois filles et un garçon, tandis que la seconde demeure est occupée par les Vallin qui ont une fille et trois garçons. Les deux familles sont si proches que les mères ont pris pour habitude de réunir les huit enfants pour chaque repas.

La rencontre du couple d’Hubières (élément perturbateur)

Un après-midi d’août, une voiture s’arrête devant les deux chaumières. Mme Henri d’Hubières, qui était au volant de la voiture, s’élance vers le groupe d’enfants pour les embrasser tant elle les trouve admirablement beaux. Elle se montre particulièrement affectueuse avec le dernier garçon des Tuvache et va jusqu’à avouer qu’elle voudrait en avoir un comme lui.
Mme d’Hubières revient la semaine suivante puis de plus en plus fréquemment, les poches pleines de friandises et de sous, pour passer du temps avec les enfants.

La proposition d’adoption du couple d’Hubières

Un matin, elle et son mari vont à la rencontre des parents Tuvache pour leur expliquer que, n’ayant eux-mêmes pas d’enfants, ils aimeraient adopter le petit Charlot. M. Henri d’Hubières prend soin d’assurer aux parents de ce dernier qu’ils pourront continuer à voir leur fils. Il précise encore que sa femme et lui veulent faire de lui leur héritier, et qu’ils s’engagent, de plus, à envoyer une rente viagère de cent francs par mois en guise de compensation. Furieux, les parents Tuvache refusent cette proposition en affirmant qu’ils ne vendront pas leur fils. Mme d’Hubières, en pleurs et agacée de ne pouvoir avoir ce qu’elle désire, décide de faire la même proposition aux Vallin pour leur acheter leur petit Jean. Cette fois, Mme d’Hubières fait preuve de plus de précaution et d’astuce en parlant aux parents du bonheur et de la réussite qui seraient par là offerts à leur garçon. Les Vallin finissent par accepter le marché après avoir négocié une rente plus élevée.

Le retour de Jean Vallin après 20 ans d’absence

Après cet épisode, les deux familles se sont fâchées et la mère Tuvache ne manque jamais une occasion de dénoncer les Vallin en répétant qu’elle, au moins, avait refusé de vendre son enfant. De leur côté, les Vallin vivent plus confortablement grâce à leur pension, ce qui augmente la fureur des Tuvache toujours miséreux. Après le départ du fils aîné et le décès du second, Charlot, âgé de 21 ans, doit aider son père pour nourrir sa mère et ses deux sœurs cadettes.

Un matin, un jeune homme remarquablement vêtu arrive dans une belle voiture. C’est Jean Vallin. Ses parents sont très surpris de retrouver leur fils et sont si fiers de voir sa réussite qu’ils vont le montrer à tout le village. Le soir venu, alors que les Vallin fêtent le retour de Jean, Charlot, qui avait observé toute cette agitation dans la journée, avoue à ses parents ne pas comprendre pourquoi ils ont laissé prendre le petit Vallin. En proie à la jalousie, et insensible face aux larmes et aux justifications de ses parents, il en vient à leur reprocher de ne pas l’avoir vendu. Voyant la belle situation de Jean, Charlot l’envie désespérément : « J’aimerais mieux n’être point né que d’être c’que j’suis. Quand j’ai vu l’autre, tantôt, mon sang n’a fait qu’un tour. Je m’suis dit : ‟- V’là c’que j’serais maintenant.” » Charlot décide de quitter ses parents pour refaire sa vie ailleurs plutôt que de rester avec eux dans cette misère et leur reprocher chaque jour de l’avoir privé d’une vie meilleure.

Citation

Premières lignes de la nouvelle :

« Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d’une colline, proches d’une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir. Les deux aînés avaient six ans et les deux cadets quinze mois environ ; les mariages, et, ensuite les naissances, s’étaient produites à peu près simultanément dans l’une et l’autre maison. »

M. d’Hubières prend le relais de sa femme pour expliquer aux Tuvache le marché qu’ils leur proposent :

« Ma femme s’est mal expliquée. Nous voulons l’adopter, mais il reviendra vous voir. S’il tourne bien, comme tout porte à le croire, il sera notre héritier. Si nous avions, par hasard, des enfants, il partagerait également avec eux. Mais s’il ne répondait pas à nos soins, nous lui donnerions, à sa majorité, une somme de vingt mille francs, qui sera immédiatement déposée en son nom chez un notaire. Et, comme on a aussi pensé à vous, on vous servira jusqu'à votre mort, une rente de cent francs par mois. Avez-vous bien compris ? »

Réponse de la mère Tuvache à Monsieur et Madame d’Hubières qui viennent de lui proposer d’acheter leur petit Charlot :

« - Vous voulez que j’vous vendions Charlot ? Ah ! mais non ; c’est pas des choses qu’on d’mande à une mère, çà ! Ah ! mais non ! Ce s’rait une abomination. »

Mme d’Hubières emmène le petit Jean Vallin après que ses parents ont accepté de le vendre au couple de bourgeois, rassurée et ravie d’avoir obtenu, comme d’habitude, ce qu’elle voulait :

« Et la jeune femme, radieuse, emporta le marmot hurlant, comme on emporte un bibelot désiré d’un magasin. »