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Préface de Cromwell, Victor Hugo
Fiche de lecture

Contexte

C’est à 25 ans que Victor Hugo rédige la préface de son drame Cromwell. Si l’auteur est jeune, il n’est pas novice et a notamment déjà publié plusieurs recueils poétiques. Pour autant, la scène lui est encore assez étrangère. En ce début du XIXe siècle, le théâtre français est tributaire de la tradition classique, réduite pour la majeure partie aux règles de bienséance et des trois unités, qui définit la limite entre pièce noble (comédie et tragédie telles que jouées par la Comédie-Française) et théâtre populaire (mélodrame ou vaudeville bourgeois). Parce qu’il touche toutes les couches de la population, le théâtre est un outil politique et à ce titre, subit une censure ferme qui ne laisse passer que les œuvres nouvelles les plus inoffensives. Les préceptes énoncés dans la préface de Cromwell, l’affirmation par Hugo d’un refus de toutes les formes codifiées et limitatives, sont donc un véritable défi. Si Cromwell, trop imposant, n’est jamais joué, le drame romantique prend son essor avec Hernani (1830), au grand dam des tenants de l’esthétique classique.

Victor Hugo

1827

Préface de Cromwell

Genre

Essai

Personnages

Thèmes

Critique du théâtre des règles : À nouvelle époque, nouvelle tonalité poétique et nécessité d’une forme neuve. Hugo s’élève fortement contre les règles héritées du théâtre classique qui prônent une forme d’imitation qui n’a rien à voir avec la nature ou la vérité.

Le drame, genre moderne : Le drame permet l’alliance de tonalités, de motifs, d’actions contraires qui s’ennoblissent mutuellement. Il ne se contente pas du sublime, comme la tragédie, ou du grotesque, comme la comédie, mais réunit les deux pour créer une œuvre qui exprime toutes les nuances de l’âme humaine.

Le romantisme : Hugo n’invente pas le romantisme, pas plus que le drame. Mais il pose l’un comme composante indissociable de l’autre, et inversement. Le romantisme entend s’inspirer de la Nature, en représenter tous les transports et par là, participer à une révélation de l’âme à elle-même.

La figure du poète : Hugo récuse la position du poète comme imitateur. L’artiste ne doit pas se limiter à un travail mimétique, mais au contraire, mettre son génie personnel à l’épreuve du monde et de l’art. Il est créateur en même temps que voix, et en cela, touche au divin.

Résumé

Les trois temps de l’Histoire

L’histoire de l’humanité se divise en trois temps, correspondant à un âge de la société :

  • les temps primitifs, enfance rêvée de l’humanité païenne, où l’homme ne fait qu’un avec la nature et dont l’ode lyrique est la forme poétique ;
  • les temps antiques, qui voient naître les nations et l’Histoire, et dont l’expression est l’épopée ;
  • les temps modernes, âge du christianisme et de la poésie de vérité qui permet de saisir l’humain dans toute sa complexité, y compris sa laideur. C’est le drame.

Le sublime et le grotesque

L’âge moderne se définit par la reconnaissance du grotesque et son introduction dans l’art au même titre que le sublime, qu’il révèle par contraste. C’est « un point de départ d’où l’on s’élève vers le beau avec une perception plus fraîche et plus excitée. » Hugo dresse alors une rapide histoire des arts depuis l’antiquité à la lumière du grotesque et du sens qu’il apporte. Il en arrive à l’affirmation que le drame est « la poésie complète », qui réunit sublime et grotesque pour exprimer au mieux la vérité. Son plus illustre représentant est Shakespeare.

Théorie du drame

Hugo commence par démontrer l’inanité des anciennes règles, à l’exception de l’unité d’action : « la cage des unités ne renferme qu’un squelette. » Par là, il revient sur la question fondamentale de l’imitation dans les arts et en appelle à la liberté de l’artiste. Le drame n’est pas une imitation, mais un concentré de vie, une représentation intense et concentrée de la nature, dont l’un des effets est la « couleur locale ». Pour autant, son mode d’expression privilégié doit être le vers, l’alexandrin en particulier, non pas figé mais « osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche ». Il faut donc faire usage d’une langue vivante.

Présentation du drame Cromwell

Hugo revient sur le personnage central de son drame, Oliver Cromwell (homme politique anglais, 1599-1658), personnage complexe alliant les contraires et saisi à un moment riche – d’un point de vue dramatique – dans sa vie et dans l’Histoire. L’auteur sait que ce drame est injouable en l’état, tant par sa longueur qu’à cause du « goût français ». Il appelle donc de ses vœux un renouvellement de la pensée critique, afin qu’elle soit plus sensible au génie de l’auteur qu’à ses talents d’imitateurs des règles.

Citation

« Les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques. L’ode chante l’éternité, l’épopée solennise l’histoire, le drame peint la vie. »

« Le théâtre est un point d’optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l’histoire, dans la vie, dans l’homme, tout doit et peut s’y réfléchir, mais sous la baguette magique de l’art. »

« […] dans la poésie nouvelle, tandis que le sublime représentera l’âme telle qu’elle est, épurée par la morale chrétienne, [le grotesque] jouera le rôle de la bête humaine. »

« […] la langue française n’est pas fixée et ne se fixera point. Une langue ne se fixe pas. »