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Dictionnaire philosophique, Voltaire
Fiche de lecture

Contexte

Le Dictionnaire philosophique de Voltaire voit le jour après une longue genèse. L’idée de rassembler en une somme unique tous les concepts philosophiques voit le jour aux alentours de 1750, à la cour de Frederic II de Prusse, qui compte Voltaire dans ses rangs. Il devait s’agir d’une œuvre collective, mais elle ne vit jamais le jour, une brouille entre Voltaire et son mécène Frédéric amène le premier à quitter la Prusse. Voltaire se voit alors proposer de rejoindre le projet d’encyclopédie de Diderot, ce qui l’enthousiasme mais va causer à nouveau des problèmes à cause de l’article Genève, qui va provoquer une énorme polémique auprès des protestants. Voltaire s’exile alors, emportant avec lui l’idée d’un ouvrage moins volumineux, donc plus efficace et accessible à tous.

En 1763, alors au en pleine grâce, il s’occupe de la défense du protestant toulousain Jean Calas, il réalise que le moment est venu de publier son ouvrage. Les conflits religieux ont laissé la société française diviser, l’Église catholique est en perte de vitesse, il est tant de faire souffler un vent de liberté dans les consciences. Il publiera alors son Dictionnaire sous le couvert de l’anonymat, se défendant même d’en être l’auteur (en accord avec sa maxime « Frappez et cachez votre main »). Bien lui en a pris car il échappa ainsi à l’opprobre et aux poursuites judiciaires. Il s’agit donc d’une arme contre l’infâme.

François-Marie Arouet dit Voltaire

1764

Dictionnaire philosophique

Genre

Dictionnaire

Personnages

Thèmes

Intolérance : Cette thématique imprègne la totalité de l’œuvre de Voltaire. La religion en est bien souvent à l’origine, servant de prétexte à toutes sorte de violences et d’exactions : « Chacun marche gaiement au crime sous la bannière de son saint » (« Guerre »).

Religion : On l’a vu, Voltaire n’est pas un croyant au sens traditionnel du terme (il est déiste, et croit donc en un Dieu sans adhérer à un quelconque dogme). Pour lui, la religion est, de par son caractère institutionnel, porteuse d’absurdité et d’obscurantisme. C’est un sujet majeur du Dictionnaire qui va concerner un grand nombre d’articles (« Papisme », « Religion », « Polythéisme »).

Politique : Autre grand sujet, qui va de pair avec la religion. Dans les articles l’évoquant, Voltaire mettra en avant les abus de pouvoir qui sont légion et « le détail n’en pourrait être contenu dans aucune bibliothèque ». Là encore, on retrouve l’impertinence de Voltaire et sa capacité à faire chuter les grands hommes de leur piédestal.

Philosophie : Voltaire en défend farouchement l’exercice alors qu’elle est toujours la première victime des rois et de Dieu. Il rappelle que son exercice est dangereux en évoquant le cas de Galilée et en fait un objet de gloire. Pour lui il s’agit d’une quête perpétuelle de vérité qui doit toujours prédominer dans nos sociétés modernes. Il considère la raison supérieure à toute autre considération et ambitionne de pourfendre superstitions et croyances aveugles.

Résumé

Le Dictionnaire obéit à une structure traditionnelle propre à son genre, alphabétique. Néanmoins, on peut y voir une envie de structuration plus personnelle. Ainsi, certains articles s’enchaînent de manière logique. Ainsi, « Anthropophage », qui fait suite à « Amour » commence ainsi : « Nous avons parlé de l’amour. Il est dur de passer de gens qui se baisent, à des gens qui se mangent ». On peut donc y voir une orientation du propos jusque dans la construction de l’ouvrage. Les entrées courent donc de la lettre A à la lettre Z, comme tout dictionnaire qui se respecte.

Mais avant cela, on a droit à nombre d’avertissements et d’introductions qui dépendent de l’édition. Voltaire se rétracte d’ailleurs sur une partie des propos tenus dans l’article « Justice » à l’encontre d’un magistrat d’Abbeville. Ces introductions reflètent les évolutions des diverses éditions et une démarche de réflexion de l’auteur sur son travail. Régulièrement augmenté de nouveaux articles, il finira par en comporter 118 en 1769 (contre 73 en 1764). Le ton changera également au fil du temps, se faisant plus caustique, voire violent, et laissant peu à peu la légèreté de côté.

Le livre est dense, bien que de format modeste. Les articles sont classés par ordre alphabétique mais ils échappent aux distinctions traditionnelles des dictionnaires. Il y a donc des entrées sur des personnes historiques (Théodose par exemple) ou mythiques (Abraham, Zoroastre) des noms communs (Vérité, Théologie), des concepts politiques (Théocratie) ou le règne animal (Abeilles). Les sujets sont donc nombreux et traités avec irrévérence. Voltaire tente, avec ce livre, de faire un résumé de sa pensée sur autant de sujets qu’il le peut.

Citation

« Écrivez filosofie ou philosophie, comme il vous plaira ; mais convenez que dès qu’elle paraît elle est persécutée. Les chiens à qui vous présentez un aliment pour lequel ils n’ont pas de goût vous mordent. »

« Philosophie »

« Il semble que Dieu ayant donné la raison aux hommes, cette raison doive les avertir de ne pas s’avilir à imiter les animaux, surtout quand la nature ne leur a donné ni armes pour tuer leurs semblables, ni instinct qui les porte à sucer leur sang. »

« Guerre »

« Celle [la religion] qui admettrait très-peu de dogmes inventés par la démence orgueilleuse, éternels sujets de dispute; celle qui enseignerait une morale pure, sur laquelle on ne disputât jamais ? »

« Religion »

« Ne vaudrait-il pas mieux faire gagner leur vie à dix mille gueux, en les occupant à des travaux utiles, que de faire bouillir le sang d’un saint pour les amuser ? Songez plutôt à faire bouillir leur marmite. »

« Superstition »