Médaille
N°1 pour apprendre & réviser du collège au lycée.
Marianne

Conforme au programme
officiel 2018 - 2019

Germinie Lacerteux, Edmond et Jules de Goncourt
Fiche de lecture

Contexte

Les frères Goncourt se sont inspirés de leur domestique Rose pour écrire l’histoire de Germinie. À la mort de Rose, ils découvrirent en effet qu’elle menait une double vie. Ce point de départ réaliste est l’occasion pour eux d’explorer un monde qui n’était jusque-là que très peu présent dans le roman : celui de la pauvreté, de la misère sociale, économique et morale. Le réalisme de leur écriture et la peinture sombre d’une femme tourmentée et malheureuse sombrant peu à peu dans la débauche a scandalisé une partie des lecteurs de l’époque. Mais c’est également ce qui a marqué les contemporains des Goncourt et l’histoire de la littérature.

Edmond et Jules de Goncourt

1865

Germinie Lacerteux

Genre

Roman

Personnages

Germinie Lacerteux : Issue d’un milieu pauvre, elle est très seule et cherche à combler son besoin d’affection. Intelligente et fine, à la fois austère et passionnée, c’est une nature réservée qu’aucun être ne connaît réellement.

Mlle de Varandeuil : La patronne de Germinie. Aristocrate qui ne s’est jamais mariée, elle vit seule et est indépendante. Au fil des années, elle s’attache beaucoup à Germinie.

Mme Jupillon : Crémière, elle tient une boutique près de chez Mlle de Varandeuil. C’est une femme joyeuse et bonne vivante, mais qui profite secrètement de Germinie dont elle est devenue l’amie.

Bibi Jupillon : Le fils de Mme Jupillon. Une fois devenu adulte, Germinie et lui vivent une liaison secrète. Il est le grand amour de Germine et la cause de sa perte.

Adèle : Amie et voisine de Germinie. Cette femme gaie, quelque peu médisante mais sans malveillance, fait découvrir à Germinie l’alcool et les mauvais lieux.

Gautruche : Ouvrier alcoolique et joyeux qui devient l’amant de Germinie.

Thèmes

La passion : La passion amoureuse domine l’essentiel du roman. L’apparition et l’évolution de l’amour de Germinie pour Bibi est décrit méticuleusement, presque scientifiquement, étape par étape. Une fois cet amour connu de Germinie et de son amant, c’est d’une folie ou d’une maladie qu’il semble s’agir : l’amour est ici une passion dévorante qui conduit l’héroïne à abandonner tout ce à quoi elle tient.

L’amour s’exprime aussi par la passion sensuelle, qui devient une forme de folie presque animale chez Germinie.

L’amour qui lie Germinie et Mlle de Varandeuil fait pendant à cette folie. Tout aussi inexplicable et étrange, l’attachement des deux femmes est profond et sincère.

Le réalisme : La volonté des frères Goncourt était de proposer une plongée réaliste dans un monde cru et vivant, encore jamais représenté dans le roman. Ils parviennent ainsi à faire entrer dans la littérature ce qui était jusque-là considéré comme bas et indigne d’une œuvre d’art. Ce projet est annoncé dès la préface, qui se présente comme un véritable manifeste du réalisme.

Résumé

Germinie Lacerteux est née en province dans un milieu pauvre. Son frère soutient financièrement la famille, mais lorsqu’il meurt, Germinie, qui a 14 ans, est envoyée à Paris où vivent ses sœurs. Celles-ci la placent dans un café pour qu’elle y travaille. Là, Germinie est violée par Joseph, un homme âgé, qui semble avoir des sentiments pour elle, mais suite à cette agression, elle le prend en horreur.
Germinie est enceinte mais accouche avant terme d’un enfant mort.

Elle travaille ensuite pour différentes personnes, qui parfois la prennent en amitié, parfois la traitent sans ménagement, jusqu’à ce qu’elle entre au service de Mlle de Varandeuil. Bien que celle-ci soit d’un abord rude, Germinie s’attache à elle et la veille soigneusement lorsqu’elle est malade.

Alors que Germinie ressent le désir de briser sa solitude, Mlle de Varandeuil lui dit expressément qu’elle ne la gardera pas si la jeune femme se marie. Germinie préfère conserver sa place.

Lorsque l’une de ses sœurs meurt en laissant une petite fille sans ressource, Germinie se prend d’une très vive affection pour sa nièce, à laquelle elle consacre tout son temps libre, ses pensées et son argent.

Quelques temps plus tard, son autre sœur et le mari de celle-ci, qui partent travailler en Afrique, proposent de prendre avec eux l’enfant et de l’élever. Bien que déchirée, Germinie accepte, poussée par sa patronne. Elle continue à envoyer de l’argent à sa famille en Afrique. Trois mois plus tard, elle reçoit la nouvelle de la mort de sa sœur. Sa loyauté est partagée entre sa nièce et sa patronne, à laquelle elle est jalousement attachée. Mais elle finit par apprendre que sa nièce est morte peu de temps après sa sœur, et que son beau-frère le lui cachait pour lui soutirer de l’argent.

Germinie se lie d’amitié avec Mme Jupillon, qui tient une crèmerie. Mme Jupillon a un fils, Bibi, qu’elle prétend avoir eu avec son mari décédé. Germinie s’attache à l’enfant, dont elle s’occupe année après année, le comblant d’attentions et de cadeaux.

Bibi, qui a grandi et qui est devenu un homme, est sorti de la pension où il vivait alors. Il entame une liaison avec Adèle, une femme qui vit dans le même immeuble que Germinie et Mlle de Varandeuil. Dans son effort pour s’interposer entre Bibi et Adèle, Germinie devient l’objet des désirs naissants du jeune homme.
Bien qu’elle ne veuille pas s’abandonner à cet amour, elle est ranimée par ces nouveaux sentiments.

Comme le service auprès de sa patronne lui demande peu de temps, Germinie passe une grande partie de ses journées et de ses soirées chez Mme Jupillon. Elle y fait la cuisine et le ménage afin d’être proche de Bibi.
Au printemps, Germinie et Bibi Jupillon vont presque chaque soir se promener dans la campagne bordant Paris. Mme Jupillon semble partager le secret de cette étrange relation, et plus encore l’encourager, donnant à Germinie l’assurance de toute son affection. En réalité, c’est pour la crémière le moyen d’avoir près d’elle une domestique qui ne lui coûte rien.

Peu à peu, Jupillon se détache de Germinie et se met à fréquenter les bals et les femmes. Ne pouvant l’en détourner, Germinie le suit au bal où elle reste dans un coin à l’attendre. Les habitants du quartiers remarquent alors l’amour que Germinie porte au jeune homme et l’attachement humiliant qu’elle manifeste. Elle perd sa bonne réputation.

Germinie achète pour Jupillon, qui voudrait s’établir, un magasin de ganterie. Elle a dépensé pour lui toutes ses économies. Germinie et Jupillon deviennent amants.

Germinie est tombée enceinte et s’en réjouie. Bien qu’il ne soit pas enchanté, Jupillon accepte la situation.

Germinie accouche dans une maternité misérable, puis elle place l’enfant à la campagne chez une nourrice. Elle ne dit rien à sa patronne. Jupillon et elle vont très régulièrement voir leur fille et la regarder grandir.

La fille de Germinie tombe grièvement malade, mais Germinie ne trouve pas de prétexte à donner à sa patronne pour s’éclipser et aller la voir. L’enfant meurt au bout de quelques jours et Germinie est désespérée.

Mme Jupillon a fait venir près d’elle une nièce pour l’aider. A côté de la jeune fille, vive et coquette, Germinie est vieille et pesante. Germinie est terriblement jalouse de la jeune fille.

Un soir, Germinie confie à Mme Jupillon que son fils et elle ont eu un enfant. Mais la crémière n’a pas la réaction attendue : elle est furieuse et réprouve cette relation. Elle trouve Germinie trop vieille pour son fils puisqu’ils ont une dizaine d’années de différence.

Germinie sombre dans la tristesse. Mlle de Varandeuil cherche à savoir ce qui la préoccupe ainsi, mais Germinie ne lui dit rien.

Jupillon a été tiré au sort pour faire son service militaire. Le seul moyen d’y échapper est de payer un homme pour prendre sa place, mais sa mère et lui n’ont plus assez d’argent. Jupillon imagine une solution : il faudrait se réconcilier avec Germinie et lui demander l’argent. Germinie s’endette pour rassembler la somme nécessaire et ce sacrifice la lie plus étroitement encore à Jupillon.
Mais Jupillon ne l’aime pas et fréquente une autre jeune femme. Germinie, qui le sait, se met à boire. À nouveau enceinte, elle fait une fausse couche et manque de mourir.

Commence alors pour Germinie une double vie : à côté de son service auprès de sa patronne, elle mène une vie de décadence. Honteuse de ses inconduites, elle se sent coupable et croit ne pas mériter la tendresse de Mlle de Varandeuil. Elle ne supporte pas ce mensonge mais ne sait pas comment faire autrement. Tout son argent et son esprit sont consacrés à Jupillon, elle se dépouille peu à peu de sa dignité. Germinie a même commencé à voler un peu d’argent à sa maîtresse.

Germinie ne prend plus soin d’elle et devient sale. Elle ne travaille presque plus et laisse le désordre et la saleté s’installer chez Mlle de Varandeuil. Celle-ci essaie de la faire réagir, mais, très attachée à sa domestique qu’elle croit malade, elle se résigne.

Un soir, Mlle de Varandeuil rentre chez elle d’un baptême où elle était allée et trouve Germinie endormie sur le lit de sa patronne. Germinie parle dans son sommeil et Mlle de Varandeuil l’écoute avec stupéfaction discuter avec un homme.

Germinie ne voit plus Jupillon. Elle se reprend, travaille à nouveau, s’occupe avec attention et dévouement de sa maitresse. Mais elle est rattrapée par ses désirs. Elle se remet à sortir avec Adèle et à boire, et rencontre un autre homme, Gautruche, un ouvrier joyeux et fêtard, quelque peu ivrogne. Ils deviennent amants.
Germinie fréquente les mauvais lieux, les bals et les bars.

Gautruche voudrait arrêter de boire et mener une autre vie. Il envisage d’épouser Germinie. Mais celle-ci lui rit au nez : elle ne quittera jamais sa patronne, dit-elle, et elle sait bien que Gautruche et elle ne s’aiment que parce qu’ils ne trouvent rien de mieux à faire. Cette conversation signe leur rupture.

Germinie multiplie alors les rencontres furtives avec des hommes qu’elle séduit dans la rue.

Un jour, elle rencontre par hasard Jupillon et lui demande l’argent qu’il lui doit. Il est gêné, mais prétend qu’il pourra le lui rendre d’ici quelques mois. Elle s’énerve contre lui et un agent de police les sépare. Après cette rencontre, elle est reprise par sa vieille passion et elle suit Jupillon dans la rue, où qu’il aille.
Elle passe une nuit à guetter sa porte et à écouter, une nuit à l’épier sous la pluie. Elle tombe malade mais ne se soigne pas. Mlle de Varandeuil fait venir un médecin qui diagnostique une pleurésie. Le médecin la suit tout l’hiver : elle n’est pas gravement atteinte, mais son corps est usé et fatigué. Il recommande un séjour à la campagne.

L’été venu, Mlle de Varandeuil décide d’aller passer un mois à la campagne avec Germinie dans l’espoir de lui redonner la santé. Mais l’été est pluvieux et Germinie est reprise par la maladie. À leur retour, le médecin détecte que les poumons sont attaqués et que Germinie n’a plus que quelques semaines à vivre.

Un jour, Germinie ne peut se lever et a le ventre enflé : c’est une péritonite et il faut l’hospitaliser. Elle entre à l’hôpital confiante et reçoit la visite de Mlle de Varandeuil, très inquiète et prévenante.

Un matin, Mlle de Varandeuil apprend la mort de sa domestique. Elle est extrêmement affectée. Le jour de l’enterrement, elle est trop malade pour s’y rendre.

Le portier de l’immeuble révèle à Mlle de Varandeuil que Germinie a laissé de nombreuses dettes et lui parle de sa vie secrète : ses amours, l’enfant qu’elle a eu, l’alcool, la vie nocturne. Mlle de Varandeuil est scandalisée. Elle passe une semaine pleine de rage et d’horreur, puis décide de pardonner à Germinie qu’elle aimait. Elle se rend au cimetière pour prier sur sa tombe : mais la tombe de Germinie n’est pas indiquée par une croix et il faut déduire son emplacement des dates indiquées sur les tombes voisines.

Citation

« En parlant mariage à Germinie, Mlle de Varandeuil touchait la cause du mal de Germinie. Elle mettait la main sur son ennui. L’irrégularité d’humeur de sa bonne, les dégoûts de sa vie, les langueurs, le vide et le mécontentement de son être, venaient de cette maladie que la médecine appelle la mélancolie des vierges. La souffrance de ses vingt-quatre ans était le désir ardent, irrité, poignant du mariage, de cette chose trop saintement honnête pour elle et qui lui semblait impossible devant l’aveu que sa probité de femme voulait faire de sa chute, de son indignité. Des pertes, des malheurs de famille venaient l’arracher à ses idées. »

« Jupillon souriait en dessous, se dandinait, ricanait en dedans. Toute sa personne laissait percer la joie lâche qu’ont les méchants à voir souffrir ceux qui souffrent de les aimer. »

« L'hiver de cette année dut assurer à Mlle de Varandeuil une part de paradis. Elle eut à subir tous les contrecoups du chagrin de sa bonne, le tourment de ses nerfs, la vengeance de ses humeurs contrariées, aigries, et où les approches du printemps allaient bientôt mettre cette espèce de folie méchante que donnent aux sensibilités maladives la saison critique, le travail de la nature, la fécondation inquiète et irritante de l'été. »

« Pardon, mademoiselle, mais permettez-moi de vous dire qu’à la soigner, vous êtes capable de vous rendre malade…
- Moi ?… Oh ! moi !… Et Mlle de Varandeuil fit le geste d’une personne dont la vie est toute donnée. »