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Hiroshima mon amour, Marguerite Duras
Fiche de lecture

Contexte

Hiroshima mon amour est un film d'Alain Resnais sorti en 1959 et appartenant au courant de la nouvelle vague.

Le scénario a été écrit par Marguerite Duras, sur la suggestion d'Alain Resnais. L'idée initiale des producteurs était de réaliser un documentaire sur les bombardements atomiques au Japon. Mais Alain Resnais s'éloigne de cette ligne directive et cherche au contraire à s'écarter du genre du documentaire. Avec l'aide de Marguerite Duras, le propos du film mêle finalement histoire d'amour et catastrophes historiques, à une époque où le besoin de comprendre les atrocités de la guerre se fait sentir.

Alain Resnais suit de près le travail de rédaction de Marguerite Duras et lui demande de constituer des biographies précises de ses personnages : la matière inventée par Duras déborde largement celle représentée dans le film, selon le souhait de Resnais lui-même.

Au moment du tournage, qui se déroulait au Japon, le réalisateur et la scénariste, restée en France, sont en contact permanent : le travail d'élaboration a continué jusque dans la période de tournage, presque au jour le jour. Marguerite Duras envoyait alors non pas des pages écrites mais des enregistrements des répliques et dialogues qu'elle imaginait pour le film.

Le style de Marguerite Duras marque fortement ce film, où errance, dialogues, souvenirs et rencontre amoureuse s'entrecroisent, contribuant à faire de Hiroshima mon amour une œuvre novatrice considérée comme un véritable chef-d'œuvre du cinéma.

Marguerite Donnadieu dit Marguerite Duras

1960

Hiroshima mon amour

Genre

Scénario

Personnages

L’actrice française : On ne connaît pas son nom. On connaît d’ailleurs peu de choses d’elle : elle doit avoir une trentaine d’années, elle est mariée et elle a des enfants. Sa famille l’attend en France. Pendant la guerre, dans sa jeunesse à Nevers, elle a eu une histoire d’amour avec un soldat allemand.

L’architecte japonais : C’est un homme d’une trentaine d’années. Il est marié mais sa femme est absente au moment du film. Il est moins bavard que la jeune femme. Il a connu les horreurs de la bombe atomique et ne veut pas en parler.

Thèmes

L’Histoire : L’Histoire est le thème le plus évident d’Hiroshima mon amour, sous la forme de deux événements tragiques du XXe siècle : la guerre qui s’est déroulée en France, et les bombes atomiques larguées sur le Japon. Les deux catastrophes sont mises en parallèle dans le film, suggérant ainsi non pas une équivalence dans l’horreur mais une absence de signification profonde et légitime à ces événements meurtriers.

La mémoire : La mémoire et l’oubli sont le thèmes profonds d’Hiroshima mon amour. Les personnages sont hantés par des souvenirs dont ils ne parviennent pas à se libérer et dont ils ne savent que faire. Pour y faire face, ils prétendent ne se souvenir de rien. Il leur faut la présence de l’autre pour que le souvenir intime et douloureux devienne une histoire intelligible dont ils peuvent enfin porter le poids.

L’amour : L’amour, la rencontre amoureuse et la sexualité sont les autres dimensions essentielles du film et du scénario de Duras. Les personnages sans nom ni identité permettent, du fait qu’ils soient vidés de toute psychologie, de représenter le désir dans son essence. Duras et Resnais ont voulu montrer une réelle rencontre entre deux êtres qui parviennent à se voir, se parler et se toucher malgré, ou peut-être grâce à leurs différences.

Résumé

La rencontre amoureuse

En août 1957, à Hiroshima, une actrice française joue dans un film sur la paix. Son travail est terminé, elle s’apprête à rentrer en France rejoindre son mari et ses enfants. Elle rencontre alors un architecte japonais, et ils vivent ensemble une brève histoire d’amour.

Alors qu’ils sont enlacés dans une chambre d’hôtel, la jeune femme lui parle de ce qu’elle a vu et compris à Hiroshima. L’homme lui affirme au contraire : « Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien. »

La jeune femme raconte les détails atroces qu’elle a observé au musée d’Hiroshima, les « peaux humaines flottantes » ou les « chevelures anonymes que les femmes de Hiroshima retrouvaient tout entière tombées le matin, au réveil. » Elle s’est également rendue à l’hôpital où elle a vu les rescapés terriblement blessés. « Je sais tout », dit la française. « Rien. Tu ne sais rien », répond le japonais.

Nevers pendant la Seconde Guerre mondiale

La jeune femme se souvient de son passé, qu’elle veut taire, qu’elle voudrait oublier mais qui la hante. Elle évoque Nevers sous les bombardements, une ville ennuyeuse et morne. Mais c’était aussi pour elle la ville de son amour de jeunesse pour un soldat allemand, amour interdit.

Plus tard, le soldat allemand est abattu par la Résistance et agonise « toute la journée et puis toute la nuit suivante » auprès de la jeune femme.

À la Libération, la répression s’abat sur elle : elle est tondue par les résistants, rejetée par tous, y compris par ses parents qui la cachent pendant plusieurs mois dans une cave. Lorsque ses cheveux ont repoussés, elle part à Paris où elle pourra se faire oublier et commencer une nouvelle vie.

La jeune femme confie à son amant japonais le récit de ce traumatisme.

Quitter Hiroshima

Le tournage du film sur Hiroshima met en scène une manifestation contre l’armement nucléaire. La foule est immense, les pancartes se multiplient. On ne sait plus ce qui relève d’un authentique message politique ou d’une communication publicitaire.

La jeune femme veut rentrer en France. Toute la nuit, son amant japonais la cherche dans la ville. Il essaie de la convaincre de rester. Elle est convaincue à la fois de la nécessité de rentrer et de l’importance de rester.

Au dernier moment, l’évidence s’impose à elle et elle reste au Japon.

Citation

« Tu me tues.
Tu me fais du bien.
J’ai le temps.
Je t’en prie.
Dévore-moi. »

« Apprendre la durée exacte du temps. Savoir comment le temps, parfois, se précipite puis sa lente retombée inutile et qu’il faut néanmoins endurer, c’est aussi ça, sans doute, apprendre l’intelligence. »

« Quatre fois au musée à Hiroshima. J’ai regardé les gens. J’ai regardé moi-même pensivement, le fer. Le fer brûlé. Le fer brisé, le fer devenu vulnérable comme la chair. J’ai vu des capsules en bouquet : qui y aurait pensé ? Des peaux humaines flottantes, survivantes, encore dans la fraîcheur de leurs souffrances. Des pierres. Des pierres brûlées. Des pierres éclatées. Des chevelures anonymes que les femmes de Hiroshima retrouvaient tout entières tombées le matin, au réveil. »

« LUI
- Tu n’as rien vu. Rien. Chien amputé. Gens, enfants. Plaies. Enfants brulés hurlant.

ELLE
- … du quinzième jour aussi. Hiroshima se recouvrit de fleurs. Ce n’étaient partout que bleuets et glaïeuls, et volubilis et belles d’un jour qui renaissaient des cendres avec une extraordinaire vigueur, inconnue jusque-là chez les fleurs.

ELLE
- Je n’ai rien inventé.

LUI
- Tu as tout inventé.

[…]

ELLE (bas)
- Écoute… Je sais… Je sais tout. Ça a continué.

LUI
- Rien. Tu ne sais rien. »