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Histoire d’un voyage fait en la terre de Brésil, Jean de Léry
Fiche de lecture

Contexte

Jean de Léry, qui s’est converti à la Réforme, a fait la connaissance de Calvin à Genève où il s’était réfugié. C’est celui-ci qui le pousse à partir dans la France Antarctique, colonie français de la baie de Rio de Janeiro. Jean de Léry et ses compagnons cohabitent avec les indiens Tupinambas dont il va décrire le mode de vie et la culture dans son récit de voyage.

Jean de Léry restera du 7 mars 1557 au 4 janvier 1558 en « terre du Brésil », mais ça n’est que vingt ans plus tard que parait le récit de ce séjour lointain. Dès son retour pourtant, ses amis lui avaient suggéré de coucher par écrit ses souvenirs et ses impressions, et il s’était effectivement attelé à la tâche, mais par deux fois il en perdit le manuscrit.

L’objectif de Jean de Léry était également de répondre à André Thevet, qui avait publié en 1557 La Cosmographie universelle où il décrivait le Brésil et ses habitants. Mais Thevet n’avait passé que peu de temps au Brésil, et il cherchait à faire porter sur les protestants la responsabilité de l’échec de la colonie française.

Une fois publié, l’Histoire d’un voyage fut un très grand succès, réédité cinq fois dans les années suivantes. Il suscita un grand intérêt de la part de ses contemporains, avides de découvrir de nouvelles manières de vivre, et ouvrit la voie à de nombreuses réflexions sur l’homme et son rapport à la civilisation.

Jean de Léry

1578

Histoire d’un voyage fait en la terre de Brésil

Genre

Récit de voyage

Thèmes

La découverte : Le voyage et la découverte d’un autre monde très différent de celui dont vient Jean de Léry constituent le point de départ de son récit. L’auteur s’y montre un très bon observateur, capable non seulement de remarquer et de décrire les curiosités remarquables du Brésil, mais aussi d’organiser ses observations. On trouve en effet chez lui une vraie volonté de mettre en ordre ses réflexions, très visible dans le plan de son livre. Celui-ci suit non seulement un ordre chronologique, mais aussi un ordre logique, qui correspond à un ordre biblique : les animaux sont ainsi décrits par ordre d’importance, les animaux terrestres étant considérés comme ayant plus de valeur que les animaux aquatiques. Dans chaque rubrique, Jean de Léry s’efforce de faire des distinctions et des classifications : ainsi, il distingue les végétaux par la taille, et selon qu’ils sont comestibles ou vénéneux.

L’étude de l’humain : Mais le grand intérêt de son récit est également philosophique et moral. Jean de Léry se montre ici en véritable humaniste s’interrogeant sur la nature humaine. En examinant le mode de vie des Indiens, qu’il qualifie de « sauvages », il propose les premières lignes de ce qui deviendra au XVIIIe siècle le mythe du bon sauvage. En effet, malgré tous ses préjugés, il témoigne de l’admiration envers le mode de vie des Indiens qui n’ont pas la cruauté obstinée des Européens. En observant l’autre, ce peuple étranger, c’est également à une analyse des Européens qu’il se livre, la distance permettant de mieux percevoir ce que les Occidentaux ont d’étranges et de mauvais.

Résumé

Chapitres 1 et 2 : le départ

Jean de Léry commence par raconter les motivations de son voyage et l’organisation de cette entreprise. Il fait ensuite le récit de l’embarquement à Honfleur puis du voyage et de la traversée de l’océan.

Chapitres 3 à 5 : la découverte

Jean de Léry décrit ses premières rencontres et découvertes avec le nouveau monde : la faune et la flore, l’équateur et sa météo difficile, puis la terre du Brésil et ses habitants.

Chapitre 6 : l’arrivée

Jean de Léry et ses compagnons sont arrivés au fort de Coligny. Ils sont accueillis par Villegagnon. Ils observent la façon dont est gérée et gouvernée la colonie, et discutent à propos de religion.

Chapitres 7 à 13 : l’observation de la nature

Jean de Léry décrit méticuleusement le territoire qui l’entoure : la rivière Guanabara, le fort, les îles voisines. Puis, il observe les Indiens, qualifiés de sauvages, leurs corps et leurs ornements (chapitre 8).
Il répertorie la nourriture locale, faite à base de farine de racines et de mil, ainsi que les boissons (chapitre 9).
Il s’intéresse ensuite aux animaux terrestres (chapitre 10), aux oiseaux et aux insectes (chapitre 11) puis aux poissons et aux techniques de pêche (chapitre 12) et enfin aux végétaux (chapitre 13).

Chapitres 14 à 20 : l’observation des hommes

Jean de Léry passe maintenant à une étude plus proprement anthropologique de la population. Il s’intéresse à la vie guerrière des Indiens, à leurs armes et à leurs techniques, ainsi qu’à leur rapport aux prisonniers qui sont fréquemment dévorés (chapitres 14 et 15).
Il s’intéresse aux religions indiennes et déplore que les Indiens ignorent tout du Dieu chrétien (chapitre 16). Tel un ethnologue, il examine les coutumes de mariage et la manière dont on éduque les enfants (chapitres 17), puis les lois et les mœurs (chapitre 18), la médecine et le rapport à la mort (chapitre 19).
Jean de Léry ne s’intéresse pas uniquement aux Indiens pour eux-mêmes mais également à leurs relations avec les Européens ainsi qu’aux modes de communication entre Français et Brésiliens et aux questions de langue et de traduction (chapitre 20).

Chapitres 21 et 22 : le retour

Jean de Léry raconte son départ du Brésil et les grandes difficultés rencontrées durant la traversée du retour.

Citation

« Parce que, parmi les arbres les plus célèbres et désormais connus de nous, le bois de brésil, qui a donné son nom à cette terre, est des plus appréciés pour la teinture qu’on en tire, je commencerai ici par sa description. »

« Nous étant égarés au milieu des bois, alors que nous allions le long d’une profonde vallée, nous entendîmes le bruit et le trac d’une bête qui venait vers nous. Pensant que c’était quelque Sauvage, nous ne nous inquiétâmes pas et continuâmes notre chemin sans y prêter plus d’attention. Mais soudain, à droite, à environ trente pas de nous, nous aperçûmes sur le coteau un lézard, le corps plus gros que celui d’un homme, long de six à sept pieds, couverts d’écailles blanchâtres, âpres et raboteuses comme des coquilles d’huître. L’une des pattes avant levée, la tête dressée et les yeux étincelants, il s’arrêta tout net pour nous regarder. »

« Au reste, chose non moins étrange que difficile à croire à ceux qui ne l’ont vue, tant hommes, femmes qu’enfants, non seulement sans cacher aucunes parties de leurs corps, mais aussi sans montrer aucun signe d’en avoir honte ni vergogne, demeurent et vont coutumièrement aussi nus qu’ils sortent du ventre de leurs mères. »

« Touchant les immeubles de ce peuple, consistant en maisons, et (comme j’ai dit ailleurs) en beaucoup plus de très bonnes terres qu’il n’en faudrait pour les nourrir quant au premier, se trouvant tel village entre eux où il y a de cinq à six cents personnes, encore que plusieurs habitent en une même maison : tant y a que chaque famille (sans séparation toutefois de choses qui puissent empêcher qu’on ne voie d’un bout à l’autre de ces bâtiments, ordinairement longs de plus de soixante pas) ayant son rang à part, le mari a ses femmes et ses enfants séparés. »