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L’Âge d’homme, Michel Leiris
Fiche de lecture

Contexte

L’Âge d’homme est précédé d’un essai intitulé « De la littérature considérée comme une tauromachie » dans lequel Michel Leiris explique que toute littérature est vaine si elle ne se met pas en danger comme le torero face aux cornes du taureau : « Ce qui se passe dans l’écriture n’est-il pas dénué de valeur si cela reste esthétique, anodin, dépourvu de sanction, s’il n’y a rien, dans le fait d’écrire une œuvre, qui soit l’équivalent de ce qu’est pour le torero la corne acérée du taureau qui seule confère une valeur humaine à son art. »

C’est ce qu’il essaie de faire dans ce livre. Il vient de terminer une psychanalyse de plusieurs années et, s’il n’est pas libéré de ses complexes, cette cure lui a appris à se dévoiler et se comprendre, à rejeter retenu et pudeur. Il décide de poursuivre seul ce travail en écrivant ses souvenirs d’enfance, ses élucubrations, ses peurs et ses désirs. Il s’agit d’une démarche nouvelle, dans laquelle l’auteur se met en danger dans l’écriture et s’expose à une mort morale. « Mettre à nu certaines obsessions d’ordre sentimental, ou sexuel, confesser publiquement certaines des déficiences ou des lâchetés qui lui font le plus honte, tel fut pour l’auteur le moyen d’introduire ne fût-ce que l’ombre d’une corne de taureau dans une œuvre littéraire ».

Leiris ne procède pas ici de façon chronologique mais par association d’idées et de souvenirs, tout se disposant comme « de la limaille autour des branches d’un aimant ». Sa technique est donc proche de celle de la psychanalyse, qui pratique la libre association d’idées.

Michel Leiris

1939

L’Âge d’homme

Genre

Récit autobiographique

Personnages

Michel Leiris : Michel Leiris est à la fois l’auteur, le narrateur et l’objet de son livre. On ne peut pas exactement parler de personnage puisqu’il s’agit d’une personne réelle. Leiris essaie justement de dépasser le statut de personnage et de parvenir à une réelle compréhension de lui-même. Il est celui qui se connaît le mieux, et pourtant encore ignorant de ses propres fonctionnements, qu’il cherche à découvrir au fil de l’écriture.

Thèmes

La confession : La confession est à la fois le genre et le thème principal de ce livre. C’est en effet une véritable confession que Leiris veut faire ici, dans toute sa complexité, sa difficulté et en payant le prix inévitable de l’humiliation :
« Par on côté humiliant, joint à ce qu’elle [la confession] comporte simultanément de scandaleux et d’exhibitionniste, je me conduis toujours comme une espèce de maudit que poursuit éternellement sa punition, qui en souffre, mais qui ne souhaite rien tant que pousser à son comble cette malédiction. »

Les femmes, l’amour et la sexualité : Les femmes, l’amour, la sexualité sont certainement la principale source des confessions de Leiris. Son objectif est double : tout dire, y compris ce qui est gênant et compromettant, dans un souci quasi scientifique d’observation, qui rappelle que Leiris était ethnologue ; mais aussi essayer de faire une cartographie de sa conception de l’amour et de la sexualité.

La psychanalyse : La psychanalyse, les rêves et les souvenirs ont également une grande importance dans l’écriture de ce livre, qui se présente d’ailleurs comme une longue rêverie faite sur le divan du psychanalyste. À travers un éparpillement de souvenirs, d’impressions, de choses lues, vues ou entendues, Leiris cherche comment se met en place l’unité du moi, puisque ce n’est que depuis un moi unifié que l’on peut écrire.

Résumé

Introduction

Le livre commence par un portrait physique de l’auteur. Il cherche ensuite à distinguer quelques thèmes qui figurent parmi ses obsessions intimes : la vieillesse et la mort, le surnaturel (qu’il appelle « surnature »), l’infini, l’âme… C’est à partir de ces souvenirs et thématiques qu’il va élaborer les parties suivantes. Chacun des chapitres commence par une citation qui sert de point de départ ou d’écho au récit de Leiris.

Tragiques

Leiris évoque son rapport au théâtre et à l’opéra, et développe particulièrement la question des tragédies. C’est l’occasion de rappeler les représentations particulièrement marquantes auxquelles il a pu assister dans sa vie : Roméo et Juliette, Faust, Hamlet, Les contes d'Hoffmann.

Antiquités

Les objets et les personnages de l’Antiquités suscitent en Leiris une véritable fascination. La figure des « femmes antiques » est ainsi la source de rêveries, et peu à peu, au cours de ce chapitre, Leiris entrecroise les thèmes de l’antiquité et de la sexualité : on comprend en effet que les thèmes antiques sont propices pour Leiris à des fantasmes érotiques.

Lucrèce

Lucrèce, héroïne de l’antiquité romaine, s’est suicidée devant son père et son mari après avoir été violée.
À travers l’évocation de femmes blessées, Leiris parle de l’acte sexuel, qui est évoqué dans sa part de cruauté et de sadisme qui, tout comme dans la tauromachie, doivent permettre de faire surgir la vérité profonde d’une expérience unique.

Judith

Pour sauver son peuple menacé par Holopherne, Judith, héroïne de l’Ancien Testament, séduit Holopherne puis lui tranche la tête. Après avoir, dans la chapitre précédent, parlé de « femmes blessées », Leiris évoque ici, grâce à cette figure, les femmes fortes et parfois dangereuses qu’il a connues.

La tête d’Holopherne

Leiris se présente ici en homme blessé, parfois par les autres, souvent par lui-même, qu’il s’agisse de blessures physiques ou morales.

Lucrèce et Judith

Leiris évoque une troisième figure, celle de Cléopâtre, censée réunir celles de Lucrèce et de Judith. Ces trois personnages, longuement analysés, sont l’occasion de réflexions sur la mort, la sexualité, la terreur, la douceur et la cruauté. Il explique également les ressorts de sa vie amoureuse : il lui faut éprouver terreur ou pitié pour la femme qu’il aime.

Amours d’Holopherne

Leiris parle de ses deux vraies expériences amoureuses. La première concerne Kay, une femme dont on ne sait rien. La deuxième est celle qu’il continue à vivre, avec la femme qu’il a épousée. Le mariage a coïncidé pour lui avec la pratique de l’écriture.

La radeau de la méduse

Leiris, en partant du tableau de Géricault Le radeau de la méduse, évoque plusieurs courtes psychanalyses qu’il a effectuées.

Citation

« Je viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains coupés court afin d’éviter qu’ils ondulent par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. »

Introduction

« Une des grandes énigmes de mes premières années, en dehors de l'énigme de la naissance, fut le mécanisme de la descente des jouets de Noël à travers la cheminée. J'échafaudais des raisonnements byzantins à propos des jouets trop grands pour pouvoir logiquement passer dans la cheminée, le Père Noël les ayant lâchés d'en haut. »

Introduction

« Si l’antiquité est par excellence l’époque où l’on n’avait pas de vêtement, elle est aussi, sous un autre aspect, celle des femmes à longues robes ou simarres, telles Lucrèce et Judith qui, lorsqu’elles ne sont pas nues, sont enveloppées de grandes chemises de nuit. »

Antiquités

« À propos de l’acte amoureux – ou plutôt de la couche qui en est le théâtre – j’emploierais volontiers l’expression “terrain de vérité” par laquelle, en tauromachie, l’on désigne l’arène, c'est-à-dire le lieu du combat. »

Lucrèce