Fiche de lecture
Le Misanthrope, Molière
Contexte

Il s’agit de la seizième pièce de Molière, représentée trente-quatre fois au cours de l’année 1666. L’œuvre reçoit un accueil assez mitigé, ce qui s’explique peut-être par l’aspect sombre et introspectif de la pièce, qui tranche avec les autres comédies de Molière. Le personnage d’Alceste souffre de la solitude tout en haïssant la société, et la satire passe au second plan, donnant à cette pièce une atmosphère plus proche du drame que de la comédie. Le sous-titre de la pièce, L’Atrabilaire amoureux, fait d’ailleurs directement référence à cette mélancolie qui imprègne l’œuvre. En effet, un atrabilaire est une personne qui, étymologiquement, souffre d’un excès de bile noire. Dans la théorie médiévale des humeurs, ce déséquilibre entraîne irritabilité et tristesse. Cette référence rapproche Alceste d’un autre grand mélancolique de l’histoire du théâtre, Hamlet.

Personnages

Alceste : Personnage principal de la pièce, il méprise les nobles et leur hypocrisie. Il est amoureux de Célimène.
Philinte : Fidèle ami d’Alceste, il n’a de cesse de tenter de le ramener à la raison.
Oronte : Marquis épris de poésie, il courtise Célimène.
Célimène : Jeune femme pleine de verve, elle joue un double jeu et mène tous ses prétendants en bateau.
Éliante : C’est la cousine de Célimène, plus sage et pondérée.
Arsinoé : Elle cherche à aider Alceste en décrédibilisant Célimène. C’est une prude et une hypocrite.
Acaste : Acaste est un jeune marquis, lui aussi prétendant de Célimène.
Clitandre : Comme Acaste, le jeune noble a l’intention de séduire Célimène.
Basque : C’est le valet de Célimène.
Du Bois : Le valet d’Alceste.

Thèmes

L’amour : Principal ressort de la comédie, contrairement aux codes du genre, les amoureux ne surmontent pas les obstacles qui se présentent devant eux. Au contraire, les errements de Célimène conduisent même à une rupture définitive. La jeune femme, au début entourée de prétendants, se retrouve seule.
La flatterie et l’hypocrisie : Avec Le Misanthrope, Molière met en lumière un problème de société : par la satire, il critique les rapports sociaux biaisés par l’ambition et le goût pour les commérages. Au-delà de l’aspect comique du sujet, la pièce aborde une question d’éthique.

Résumé

La pièce raconte l’histoire des amours contrariées d’Alceste, amoureux d’une jeune femme pleine de gaieté à la langue bien pendue, qui ne cesse de tourner en dérision son caractère ombrageux. Découvrant l’infidélité de son amante, il décide de s’isoler définitivement de la société humaine.

Acte I

Scène 1

Dans un salon aristocratique, Philinte et son ami Alceste se disputent, ce dernier reprochant au premier de se comporter trop amicalement avec un homme qu’il connaît à peine. Pour lui, la politesse n’est que de l’hypocrisie. Philinte le tourne en dérision en lui rappelant qu’il est amoureux d’une commère, Célimène.

Scène 2

Oronte, un jeune marquis, entre en scène. Il flatte Alceste à l’excès et lui fait écouter malgré lui un sonnet qu’il a composé. Philinte se montre élogieux, tandis qu’Alceste répond par une critique détaillée qui offense le marquis.

Scène 3

Alors qu’il a déjà un procès intenté contre lui, Alceste est maintenant mêlé à une affaire d’honneur. Malgré la mauvaise humeur de son ami, Philinte le suit.

Acte II

Scène 1

Alceste raccompagne Célimène chez elle, l’accablant de ses reproches et de sa jalousie. La jeune femme ne fait qu’en rire. Il s’apprête à lui parler de mariage lorsque le valet de Célimène entre en scène.

Scène 2

Basque, le valet, informe les amants de l’arrivée d’Acaste, un jeune noble en vue à la cour.

Scène 3

Malgré les protestations d’Alceste, Célimène est déterminée à accueillir le jeune marquis.

Scène 4

Basque annonce maintenant l’arrivée d’un autre marquis, Clitandre. Célimène empêche Alceste de s’éclipser.

Scène 5

Philinte arrive, accompagné d’Éliante, la cousine de Célimène. Alceste écoute Célimène lancer des traits d’esprits sur leurs connaissances, et finit par se mettre en colère contre les flatteurs et les médisances, mais on se moque de lui.

Scène 6

Un policier entre pour informer Alceste de sa convocation au tribunal suite à sa brouille avec Oronte. Alceste sort, déterminé à revenir au plus vite pour pouvoir faire sa proposition à Célimène.

Acte III

Scène 1

Seuls dans le salon, les marquis Acaste et Clitandre se flattent chacun d’être le favori de Célimène, mais, beaux joueurs, ils conviennent de s’effacer au profit de l’autre en fonction de la préférence de Célimène.

Scène 2

Célimène, de retour, est surprise de les trouver là. Ils entendent un carrosse approcher.

Scène 3

Tandis qu’Arsinoé monte les escaliers, Célimène en fait un portrait peu flatteur aux deux marquis, qui se retirent.

Scène 4

Arsinoé entre, provoquant un changement immédiat dans les manières de Célimène. Arsinoé, puritaine, sous-entend que Célimène, sous ses allures d’élégante, mène une vie dissolue. Célimène répond avec un certain talent et lui montre qu’elle a très bien compris ou Arsinoé voulait en venir.

Scène 5

Lorsqu’Alceste arrive, Arsinoé le persuade de la raccompagner chez elle et attise son inquiétude en prétendant que Célimène lui est infidèle.

Acte IV

Scène 1

Philinte rapporte à Éliante qu’Oronte et Alceste se sont réconciliés, au moins en apparence. Philinte confie également à Éliante qu’elle convient sans doute mieux à Alceste que Célimène. Elle semble séduite par cette idée.

Scène 2

Alceste entre, furieux. Arsinoé lui a donné une lettre de Célimène adressée à Oronte : il est maintenant convaincu de sa trahison. Pour se venger, il tente de séduire Éliante, hésitante devant ce revirement.

Scène 3

À l’arrivée de Célimène, Philinte et Éliante s’éclipsent. Alceste l’accuse de l’avoir trahi, mais elle esquive habilement ses attaques et retourne la situation à son avantage. Alceste perd ses moyens et finit par se confondre en excuses tout en renouvelant ses promesses d’amour.

Scène 4

Le valet d’Alceste, Du Bois, vient lui annoncer qu’il a perdu son procès et qu’il pourrait être arrêté.

Acte V

Scène 1

Très amer, Alceste est déterminé à quitte la société mondaine et fuir avec Célimène, en dépit des reproches de Philinte.

Scène 2

Oronte et Alceste font front ensemble pour pousser Célimène à choisir l’un d’entre eux. Cette fois, Célimène ne parvient pas à se défiler et ne sait pas quoi répondre.

Scène 3

Célimène cherche conseil auprès d’Éliante, mais celle-ci lui conseille d’être honnête.

Scène 4

Les deux marquis, Acaste et Clitandre, arrivent en compagnie d’Arsinoé. Tous deux dévoilent des billets doux qu’ils ont reçus de la part de Célimène. Vexés et indignés, Acaste, Clitandre et Oronte quittent la pièce avec Arsinoé. Malgré l’ampleur de la trahison de Célimène, Alceste lui donne une dernière chance en lui offrant de venir vivre avec lui à la campagne. Après une courte réflexion, la jeune femme refuse. Alceste annonce qu’il la quitte et va se retirer dans la solitude. Finalement, Éliante donne sa main à Philinte, qui espère encore pouvoir convaincre Alceste de rester à Paris.

Citation

« ALCESTE :
Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode ;
Et je ne hais rien tant que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités avec tous font combat,
Et traitent du même air l’honnête homme et le fat. »

Acte I, scène 1
« ALCESTE :
Mais au moins dites-moi, Madame, par quel sort,
Votre Clitandre a l’heur de vous plaire si fort ?
Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime,
Appuyez-vous en lui l’honneur de votre estime ?
Est-ce par l’ongle long qu’il porte au petit doigt,
Qu’il s’est acquis, chez vous, l’estime où l’on le voit ?
Vous êtes-vous rendue, avec tout le beau monde,
Au mérite éclatant de sa perruque blonde ?
Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer ?
L’amas de ses rubans a-t-il su vous charmer ? »

Acte II, scène 1
« CÉLIMÈNE :
Madame, on peut, je crois, louer et blâmer tout ;
Et chacun a raison suivant l’âge ou le goût.
Il est une saison pour la galanterie,
Il en est une aussi propre à la pruderie.
On peut, par politique, en prendre le parti,
Quand de nos jeunes ans l’éclat est amorti ;
Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces.
Je ne dis pas qu’un jour je ne suive vos traces :
L’âge amènera tout ; et ce n’est pas le temps,
Madame, comme on sait, d’être prude à vingt ans. »

Acte III, scène 4
« ALCESTE :
Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements,
L’un pour l’autre à jamais garder ces sentiments !
Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices ;
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté. »

Acte V, scène 4