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Le Pied de momie, Théophile Gautier
Fiche de lecture

Contexte

Le pied de momie est une nouvelle fantastique de Théophile Gautier qui paraît pour la première fois en septembre 1840 dans le mensuel Le Musée des familles (un des premiers périodiques illustrés du XIXe siècles qui publiait des nouvelles, des récits de voyages, des romans-feuilletons, etc.).
Avec Le pied de momie, Gautier écrit son troisième récit égyptien, après Un repas au désert d’Égypte (1831) et Une nuit de Cléopâtre (1838).
Si Théophile Gautier ne découvrira l’Égypte de ses propres yeux qu’en 1869 à l’occasion de l’inauguration du canal de Suez, ce pays le fascine et l’inspire pourtant depuis les débuts de sa carrière littéraire, comme en témoigne cette nouvelle. L’Égypte évoque en fait l’Orient : cet exotisme inspire la plupart des artistes romantiques du XIXe siècle qui, empreints de mélancolie, rêvent d’un ailleurs inaccessible et idéalisé qu’il projettent dans les pays lointains tels que l’Égypte, qui devient un sujet artistique à la mode.

Théophile Gautier

1840

Le Pied de momie

Genre

Fantastique

Personnages

Le narrateur : Jeune dandy de 27 ans qui a l’habitude de fréquenter les magasins d’Antiquité de Paris. Il achète le pied de momie, qui va lui permettre de rencontrer sa propriétaire, la princesse Hermonthis, venue du passé.

L’antiquaire : C’est un vieil homme, à la figure étrange et qui ressemble à un hibou. C’est un très bon commerçant : il essaie de vendre plusieurs objets au narrateur, avant qu’il ne trouve le pied de momie et négocie le prix de cette pièce d’exception.

La princesse Hermonthis : Elle est la momie à laquelle le pied qu’achète le narrateur appartient. Elle est « d’une beauté parfaite et rappelant le type égyptien le plus pur » qui séduit immédiatement le narrateur. Après être apparue auprès du narrateur pour récupérer son pied, elle amène son bienfaiteur dans l’Égypte ancienne pour lui présenter son père.

Le Pharaon Xixouthros : Père de la princesse Hermonthis, à l’allure impressionnante et admirable d’un roi. Il est très reconnaissant envers le narrateur qui a rendu son pied à sa fille car il était très affecté par cette mutilation.

Alfred : Ami du narrateur qui vient le sortir de son rêve pour aller contempler une collection de tableau.

Thèmes

L’Orient et l’Égypte : Dans cette nouvelle, Gautier exploite le thème romantique de l’Orient, qui ponctue toute son œuvre littéraire mais plus généralement la littérature romantique du XIXe siècle. Ici, il met en scène l’Égypte antique qui le fascine et qu’il mettra plusieurs fois à l’honneur comme dans Le Roman de la momie en 1858. Sous la plume romantique de Gautier, l’Orient est toujours synonyme de beautés idéales et exotiques, de parfums suaves, de chaleur, de sensualité et de poésie. Il représente un ailleurs meilleur vers lequel tend désespérément l’être mélancolique qui s’évade d’une réalité décevante en s'abandonnant à rêver.

Le fantastique : Gautier instaure tout d’abord le registre fantastique en décrivant l’apparition de la momie de la princesse Hermonthis, et le voyage dans le temps et l’espace que le narrateur effectue avec la princesse. Mais le brusque réveil du narrateur par son ami Alphonse suggère que tout cela n’était qu’un rêve, et tous les phénomènes fantastiques et inexpliqués développés depuis le début du récit sont réinterprétés avec rationalité. Pourtant, Gautier termine sa nouvelle sur un phénomène inexpliqué, réintroduisant ainsi du fantastique, puisque la petite figurine en pâte verte que la princesse avait déposée sur les papiers du narrateur est toujours présente à la place du pied de momie.

La confusion entre le rêve et la réalité : Dans ce récit, Gautier brouille les pistes en réalisant une parfaite et troublante superposition entre le rêve et la réalité. Le rêve du narrateur est décrit avec tant de vraisemblance que le lecteur est incapable de faire la part des choses. Cette difficulté est accentuée par le dénouement ambigu de la nouvelle : lorsque Alfred vient réveiller le narrateur, le lecteur est en droit de croire que toutes les péripéties extraordinaires qui ont été racontées n’étaient que les fruits d’une imagination, d’un rêve. Toutefois, le narrateur retrouve la figurine déposée par la princesse Hermonthis sur son bureau. La confusion entre le rêve et la réalité est alors rétablie, et l'auteur s’amuse de laisser son lecteur dans un questionnement qui restera sans réponse. Cette interférence du rêve et de la réalité renforce la dimension fantastique de la nouvelle.

L’amour impossible d’une beauté idéale : Le narrateur tombe immédiatement sous le charme de la princesse Hermonthis, si bien qu’il ose demander à son père, le Pharaon Xixouthros, la main de fille. Comme nombre de personnages de Gautier, le narrateur, dandy parisien mélancolique, est amoureux d’une beauté idéale et inaccessible puisque la princesse Hermonthis est une apparition ou bien un songe.

Résumé

Le magasin d’antiquités

La nouvelle s’ouvre sur l’entrée du narrateur dans un de ces nombreux magasins d’antiquités dans Paris. Le narrateur balaie du regard la boutique, qui regorge d’une multitude d’objets de curiosité hétéroclites appartenant à diverses époques et civilisations, puis il découvre le marchand. Après avoir fait une description pittoresque de la boutique, Gautier dresse le portrait du marchand : un « vieux drôle » aux cheveux blancs, affichant un teint de peau saumon-clair, avec de petits yeux jaunes, un nez crochu et des mains maigres et tremblantes dont les ongles ressemblent à des griffes. L’atmosphère et le décor que décrit l’auteur sont tout aussi étranges que la figure de l’antiquaire dont les traits physiques l'assimilent à un hibou.

La découverte du pied de momie

Celui-ci interpelle soudain le narrateur pour essayer de lui vendre une arme. Mais cette fois, le narrateur recherche un objet qui lui servirait de serre-papier. Le marchand étale aussitôt devant lui plusieurs objets, comme des bronzes antiques qui pourraient remplir cette fonction. Tandis que le narrateur hésite entre un dragon de porcelaine et un fétiche mexicain, son attention est attirée par un pied posé près d’eux, qu’il soupçonne d’être un fragment de Vénus antique en bronze. Lorsqu’il le prend en mains, il est surpris de sa légèreté et comprend alors que ce n’est pas un pied en métal mais bien un pied de momie dont on pouvait encore, malgré les bandages, distinguer le grain de peau. Le narrateur est séduit par la beauté du pied, et il ne tarde pas exprimer au marchand son souhait de l’acheter. Le marchand trouve son idée bien saugrenue de vouloir utiliser cette pièce d’exception en guise de serre-papier, car il s’agit du véritable pied de la princesse Hermonthis. Le narrateur parvient finalement à négocier le pied pour cinq louis, mais le marchand le prévient : « Le vieux Pharaon ne sera pas content, il aimait sa fille, ce cher homme. » Content de son acquisition, aussitôt rentré chez lui, le narrateur pose le pied sur une liasse de papier.

L’apparition de la princesse Hermonthis

Après avoir dîné avec des amis et être revenu à son domicile, le narrateur tombe dans un état de somnolence qui glisse progressivement vers le songe. Dans son rêve, le narrateur se trouve dans sa chambre, où tout a « l’air endormi et tranquille », mais il a cette impression que quelque chose de bizarre va arriver. Bientôt, il entend des bruits étranges dans son intérieur et remarque que le pied de la momie s’agite en sautillant sur la pile de papiers où il l’avait posé. La frayeur du narrateur s’accentue lorsqu’il voit ses rideaux remuer et qu’il entend un « piétinement comme d’une personne qui sauterait à cloche-pied ». Une jeune fille d’une grande beauté, de type égyptien, sort de derrière les rideaux. Le narrateur est subjugué par sa beauté, et il remarque aussitôt que l’apparition ne se tient que sur un seul pied. La jeune fille se dirige vers la table où frétille le pied de momie qui sautille de plus en plus au fur et à mesure qu’elle s’en approche. Il s’agit bien de la princesse Hermonthis qui regarde son pied coupé avec une grande tristesse. Une conversation en langue cophte ancienne s’ouvre entre la princesse et son pied. Le pied explique qu’il ne peut pas se livrer à elle puisqu’il a été acheté. Il ajoute que le marchand savait très bien ce qu’il faisait et que vendre son pied était un moyen pour lui de se venger de la princesse, qui avait refusé de l’épouser. La princesse déplore alors de n’avoir aucune richesse pour racheter son pied puisque son tombeau a été pillé. Le narrateur s’écrie aussitôt qu’il souhaite rendre son pied à la princesse de bonne grâce. La princesse reprend dès lors son pied pour le rendre à sa cheville. Après avoir fait quelques pas dans la pièce, pleine de reconnaissance, elle propose au narrateur de l’accompagner chez son père. Le narrateur enfile aussitôt une robe de chambre qui lui donne un « air très pharaonesque » et des babouches turques. Avant de partir, Hermonthis pose une petite figurine de pâte verte qu’elle avait autour du coup sur la pile de papiers pour remplacer le serre-papier.

Le voyage dans l’Égypte ancienne et la rencontre du Pharaon Xixouthros

Les deux personnages se retrouvent à filer dans un milieu fluide et grisâtre, où des silhouettes défilent de part et d’autres puis arrivent en un éclair de temps en Égypte. Hermonthis guide le narrateur dans une pyramide à l’aide d’une torche, avant d‘arriver dans une vaste salle dans laquelle Hermonthis salue quelques momies de sa connaissance. Le narrateur découvre que tous les Pharaons sont présents, accompagnés de leurs peuples. Hermonthis présente le narrateur à son père, le roi Xixouthros, en lui annonçant la bonne nouvelle. Après être sorti de sa somnolence, le roi exprime sa reconnaissance en demandant au narrateur ce qu’il souhaite recevoir en récompense. Celui-ci demande alors la main de la princesse. Même si la princesse Hermonthis ne semble pas trouver cette requête si inconvenante, le roi Xixouthros, très surpris par cette audace, explique au narrateur qu’il ne peut pas donner sa fille âgée de trente siècles à un jeune homme de vingt-sept ans. De plus, il souhaite pour sa fille un mari qui dure, alors que les hommes d’aujourd’hui ne savent pas se conserver. Pour montrer au narrateur toute sa vigueur, due à sa bonne conservation, le roi s’avance vers le narrateur pour lui serrer la main. Cette poignée de main énergique sort le narrateur de son rêve.

Le retour à la réalité

Il se retrouve nez à nez avec son ami Alfred, qui le secouait en le tirant par le bras pour le réveiller. Il est plus de midi alors que les deux amis ont prévu d’aller voir les tableaux espagnols du peintre Alexandre-Marie Aguado. Après s’être habillé dans la précipitation, le narrateur va chercher le document qui les autorise à aller contempler la collection de tableaux, et il est stupéfait de trouver à la place du pied de momie la petite figurine de pâte verte que la princesse Hermonthis avait déposée.

Citation

Portrait de l’antiquaire :
« C’était une singulière figure que celle du marchand : un crâne immense, poli comme un genou, entouré d’une maigre auréole de cheveux blancs que faisait ressortir plus vivement le ton saumon-clair de la peau, lui donnait un faux air de bonhomie patriarcale, corrigée, du reste, par le scintillement de deux petits yeux jaunes qui tremblotaient dans leur orbite comme deux louis d’or sur du vif-argent. La courbure du nez avait une silhouette aquiline qui rappelait le type oriental ou juif. Ses mains, maigres, fluettes, veinées, pleines de nerfs en saillie comme les cordes d’un manche à violon, onglées de griffes semblables à celles qui terminent les ailes membraneuses des chauves-souris, avaient un mouvement d’oscillation sénile, inquiétant à voir ; mais ces mains agitées de tics fiévreux devenaient plus fermes que des tenailles d’acier ou des pinces de homard dès qu’elles soulevaient quelque objet précieux, une coupe d’onyx, un verre de Venise ou un plateau de cristal de Bohême ; ce vieux drôle avait un air si profondément rabbinique et cabalistique qu’on l’eût brûlé sur la mine, il y a trois siècles. »

Description du pied de momie lorsque le narrateur l’examine : « Je fus surpris de sa légèreté ; ce n’était pas un pied de métal, mais bien un pied de chair, un pied embaumé, un pied de momie : en regardant de près, l’on pouvait distinguer le grain de la peau et la gaufrure presque imperceptible imprimée par la trame des bandelettes. Les doigts étaient fins, délicats, terminés par des ongles parfaits, purs et transparents comme des agates ; le pouce, un peu séparé, contrariait heureusement le plan des autres doigts à la manière antique et lui donnait une attitude dégagée, une sveltesse de pied d’oiseau ; la plante, à peine rayée de quelques hachures invisibles, montrait qu’elle n’avait jamais touché la terre, et ne s’était trouvée en contact qu’avec les plus fines nattes de roseaux du Nil et les plus moelleux tapis de peaux de panthères. »

Portrait de la princesse Hermonthis :
« C’était une jeune fille, café au lait très foncé, comme la bayadère Amani, d’une beauté parfaite et rappelant le type égyptien le plus pur ; elle avait des yeux taillés en amande avec des coins relevés et des sourcils tellement noirs qu’ils paraissaient bleus, son nez était d’une coupe délicate, presque grecque pour la finesse, et l’on aurait pu la prendre pour une statue de bronze de Corinthe, si la proéminence des pommettes et l’épanouissement un peu africain de la bouche n’eussent fait reconnaître, à n’en pas douter, la race hiéroglyphique des bords du Nil.
Ses bras minces et tournés en fuseau, comme ceux des très jeunes filles, étaient cerclés d’espèces d’emprises de métal et de tours de verroterie ; ses cheveux étaient nattés en cordelettes, et sur sa poitrine pendait une idole en pâte verte que son fouet à sept branches faisait reconnaître pour l’Isis, conductrice des âmes ; une plaque d’or scintillait à son front, et quelques traces de fard perçaient sous les teintes de cuivre de ses joues. »

Le narrateur est introduit par la princesse Hermonthis dans une vaste salle où sont réunis les Pharaons de l’Égypte ancienne :
« Je vis, assis sur des trônes, les rois des races souterraines : c’étaient de grands vieillards secs, ridés, parcheminés, noirs de naphte et de bitume, coiffés de pschents d’or, bardés de pectoraux et de hausse-cols, constellés de pierreries avec des yeux d’une fixité de sphinx et de longues barbes blanchies par la neige des siècles ; derrière eux, leurs peuples embaumés se tenaient debout dans les poses roides et contraintes de l’art égyptien, gardant éternellement l’attitude prescrite par le codex hiératique ; derrière les peuples miaulaient, battaient de l’aile et ricanaient les chats, les ibis et les crocodiles contemporains, rendus plus monstrueux encore par leur emmaillotage de bandelettes.
Tous les Pharaons étaient là, Chéops, Chephrenès, Psammetichus, Sésostris, Amenoteph, tous les noirs dominateurs des pyramides et des syringes ; sur une estrade plus élevée siégeaient le roi Chronos et Xixouthros, qui fut contemporain du déluge, et Tubal-Caïn, qui le précéda. »