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Les Fausses Confidences, Marivaux
Fiche de lecture

Contexte

La première représentation des Fausses Confidences eut lieu le 16 mars 1737 à l’hôtel de Bourgogne (Théâtre-italien). Le premier titre était La Fausse Confidence. Ce n’est qu’un an plus tard, une fois la pièce reprise par la Comédie-Française qu’elle acquiert son titre définitif.

L’accueil fut timide mais la pièce gagna en popularité au fil des décennies. Elle est aujourd’hui la comédie de Marivaux la plus jouée avec Le Jeu de l’amour et du hasard. On y retrouve les grands thèmes qui firent le succès de ses comédies précédentes : le mariage, la ruse, l’amour impossible.

L’histoire, qui court sur trois actes, est extrêmement simple, comme si le dramaturge avait cherché à produire un concentré d’expérimentations théâtrales. Cette brièveté ne met que davantage en avant les ruses et les stratagèmes mis en place par un valet futé, soucieux de satisfaire les ambitions amoureuses de son maître.

Comédie de mœurs en prose dans laquelle l’ordre social est remis en cause, Les Fausses Confidences sont à la fois un portrait des mutations de la société qui mèneront aux contestations de la fin du siècle, et une démonstration de l’habileté de Marivaux à manier un langage tout en finesse et en ambiguïté.

Pierre Carlet de Chamberlain de Marivaux dit Marivaux

1737

Les Fausses Confidences

Genre

Théâtre

Personnages

Araminte : Fille de Madame Argante. Jeune et riche veuve, elle cherche un intendant pour gérer sa fortune. Préoccupée par son ascension sociale, elle envisage de se marier avec le Comte de Dorimont afin de devenir noble. Mais ces projets vont rapidement être chamboulés quand elle apprendra l’amour que son intendant éprouve pour elle. Cette passion lui offrira l’opportunité de s’émanciper de la tutelle maternelle et d’assumer ses désirs.

Dorante : Neveu de Monsieur Remy. Jeune homme désargenté qui cherche à se faire embaucher comme intendant par Araminte. Deux raisons l’y poussent : d’abord il aime passionnément Araminte, ensuite ce poste lui permettrait de juger de plus près de la fortune de cette dernière. Trop sentimental, il laissera à son valet Dubois le soin de mettre en place une série d’événements qui lui permettront de conquérir le cœur de la maîtresse de maison.

Monsieur Remy : Oncle de Dorante et procureur d’Araminte. Cupide, il cherche à faire épouser à son neveu une femme riche. Lorsque ce dernier refusera un bon parti, il laissera son oncle désemparé.

Madame Argante : Mère d’Araminte. Femme autoritaire et inflexible, elle représente la bonne morale de la société de l’époque. Elle n’apprécie pas du tout Dorante et envisage pour sa fille un mariage avec un bon parti : un homme noble et riche, comme le Comte. Elle ne parviendra pas à obtenir gain de cause.

Arlequin : Valet d’Araminte puis de Dorante. Personnage ridicule qui contribue à provoquer le rire, il est aussi, malgré lui, un intervenant récurrent dans l’exécution des ruses de Dubois.

Dubois : Ancien valet et intendant de Dorante. Il offre ses services à Araminte dans le but de favoriser le projet de Dorante d’épouser celle-ci. C’est lui qui fait avancer l’action et qui montre le plus de talent dans la tromperie, la fausse confidence et le mensonge. Intelligent, sournois, fin psychologue, il parvient à surmonter tous les obstacles pour mener à bien ses intérêts et ceux de son maître.

Marton : Suivante d’Araminte. Elle est préoccupée par le sort de sa maîtresse mais aussi par son propre avenir sentimental et financier, ce qui est source de fameux quiproquos. Rouage dans le plan de Dubois, elle est aussi un cœur à prendre pour le valet.

Le Comte : Prétendant d’Araminte. Homme riche ayant déjà bien vécu, amoureux d’Araminte et soucieux de régler un procès en cours avec elle, il souhaite l’épouser. Mais les ruses de Dubois vont mettre fin à ses ambitions matrimoniales.

Thèmes

Ruse : Toute la pièce repose sur les stratégies des uns et des autres pour parvenir à leurs fins. Entre mensonges grossiers, ironie perpétuelle et confidences fallacieuses, tous les coups sont permis pour confondre autrui et faire perdre de vue la vérité et le bon sens.

Cupidité : L’argent est au cœur de l’intrigue. L’appât du gain est la principal source de motivation des valets bien sûr, mais le sujet est également au cœur des projets de mariage : entre le Comte et Araminte, entre Dorante et la femme riche que veut lui faire rencontrer Monsieur Remy. Mais l’amour aura le dernier mot sur l’avarice.

Mariage : La comédie de Marivaux interroge la possibilité du remariage d’une veuve. D’abord rituel contraignant pour elle, le mariage devient pour Araminte un moyen de gagner sa liberté puisqu’elle est maintenant libre de choisir qui elle veut.

Noblesse : Araminte cherche à devenir noble et à s’enrichir au début de la pièce. Sa mère l’y encourage d’ailleurs vivement. Mais, en peignant un comte opportuniste et vénal, et en faisant abandonner ses projets initiaux à Araminte, la pièce invite à une critique péjorative du comportement de la noblesse, dont les actes sont guidés par l’hypocrisie.

Servitude : Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce sont les valets et non les maîtres qui conduisent l’action et font rire le spectateur. Arlequin est principalement sur scène pour faire rire le spectateur. Mais Dubois s’inscrit plutôt dans une tradition, digne du XVIIIe siècle, qui consiste à faire du valet un homme en quête d’individualité et de liberté. Bien que Marivaux relance de pièce en pièce ce questionnement sur la servitude, il apparaît que sa pièce est conservatrice dans le sens où l’ordre des choses et l’autorité ne sont jamais vraiment remis en question.

Résumé

Acte I

Scène 1

Dorante se rend chez Araminte pour y être reçu et obtenir le poste d’intendant.

Scène 2

Dorante est amoureux de cette riche veuve et le spectateur comprend qu’il élabore un plan pour réussir à l’épouser. Il compte sur les ruses de son valet Dubois, qui tient beaucoup à son ancien maître quoique celui-ci n’ait plus d’argent.

Scène 3

Monsieur Remy veut marier Dorante avec Marton, fille de bonne famille et suivante d’Araminte, pour que son neveu s’enrichisse.

Scène 4

Monsieur Remy souhaite que les fiançailles aient lieu immédiatement, mais Dorante est réticent tandis que Marton se réjouit.

Scène 5

Dorante fait croire à Marton qu’il l’apprécie, uniquement dans le but de ne pas la voir interférer en sa défaveur auprès d’Araminte.

Scène 6

Araminte hésite à embaucher Dorante comme intendant car elle a peur que cela ne soit trop visible qu’il lui plaît. C’est Marton qui va encourager Araminte à franchir le pas, car elle est aussi séduite par le jeune homme.

Scène 7

Bien qu’on lui ait conseillé quelqu’un d’autre, Araminte accepte d’engager Dorante. Elle le prévient cependant qu’elle ne pourra pas en faire un homme riche, mais Dorante lui affirme en retour sa joie. Arlequin entre au service du jeune homme.

Scène 8

Araminte et Marton peinent à expliquer à Arlequin sa nouvelle condition alors que celui-ci fait semblant de ne pas comprendre.

Scène 9

Arlequin voudrait que Dorante lui verse un salaire supplémentaire.

Scène 10

Madame Argante cherche à convaincre sa fille d’épouser le Comte de Dorimont. Araminte pourrait ainsi s’élever socialement. Madame Argante voudrait que Dorante dise à Araminte qu’en cas de procès elle serait perdante.

Scène 11

Pour ne pas avoir à exécuter les consignes de la vieille femme, Dorante essaie de ranger Marton de son côté. La suivante lui apprend que le Comte lui a promis mille écus (à Marton) si son mariage avec Araminte a bel et bien lieu. Elle espère ainsi convaincre Dorante du bien fondé de ce mariage puisqi’ayant prévu d’épouser le jeune homme, il profiterait également de cet argent.

Scène 12

Araminte confie à Dorante que sa mère veut lui faire épouser le Comte. Dorante en profite pour rapporter à Araminte ce que Madame Argante lui a demandé de faire. Il entre ainsi dans les bonnes grâces de la jeune veuve.

Scène 13

Dubois fait semblant de ne pas connaître Dorante et vient transmettre une information uniquement à sa maîtresse.

Scène 14

Fausse confidence de grande ampleur : Dubois fait mine de vouloir quitter le service d’Araminte. En effet, il dit avoir reconnu son ancien maître et prétend que celui-ci serait fou amoureux de la jeune femme. Le portrait de Dubois est flatteur sous ses allures désobligeantes. Araminte est flattée et souhaite garder et son valet, et son intendant.

Scène 15

Araminte est troublée par cette confidence. Elle ne sait plus si elle doit épouser ou non le Comte, mais se résigne et reste sur ses premières intentions.

Scène 16

Dubois rassure Dorante.

Scène 17

Nouvelle fausse confidence : Dubois dit à Marton que Dorante veut épouser Araminte.

Acte II

Scène 1

Araminte et Dorante se testent : Araminte promet de garder Dorante si elle se marie, et Dorante feint de vouloir éloigner Dubois car il ne voudrait pas qu’il médise de lui. Araminte insite pour garder le valet à ses côtés.

Scène 2

Monsieur Remy veut que Dorante quitte le service d’Araminte pour se marier avec une riche jeune femme. Mais (sous le regard d’Araminte présente durant toute la scène) Dorante refuse nettement la proposition. Ce refus lui vaut les moqueries et la déception de son oncle.

Scène 3

Monsieur Remy présente la situation à Marton qui trouve que le refus de ce mariage est justifié. Se méprenant sur les intentions de Dorante dont il ignore la passion secrète, il affirme à Marton que c’est elle qui est à l’origine de ce refus.

Scène 4

Le Comte regrette que l’intendant qu’il avait conseillé à Araminte ne soit pas embauché. Il cherche à savoir, auprès de Marton, si Dorante se rangera du côté de ses intérêts. Il se montre prêt à le soudoyer.

Scène 5

Arlequin annonce l’entrée d’un garçon joaillier.

Scène 6

Un garçon survient dans la maison avec une boîte destinée à Araminte, et dans laquelle se trouve un portrait de jeune femme.

Scène 7

Marton croit que c’est un portrait d’elle qu’a fait Dorante. Elle reprend le médaillon.

Scène 8

Marton remercie Dorante. Le jeune homme est heureux de sa ruse (« Tout a réussi »).

Scène 9

Devant Araminte, le Comte et Marton se dispute la propriété du portrait. Quand il apparaît que c’est Araminte qui est peinte, celle-ci est émue et Marton vexée. Dorante réussit ainsi à montrer indirectement son amour à Araminte.

Scène 10

Dubois dispute Arlequin à propos d’un portrait d’Araminte retrouvé dans la chambre de son maître et qu’il ne faudrait pas laisser là.

Scène 11

Tandis que Madame Argante reproche à sa fille d’avoir mal choisi son intendant, le Comte renonce à attaquer Araminte en justice. Araminte veut l’avis de Dubois pour juger de Dorante.

Scène 12

Araminte reproche à Dubois son esclandre à propos du tableau, puis sa confidence tantôt faite. Dubois dit qu’il voudrait voir Dorante renvoyé. Araminte veut tendre un piège à Dorante pour juger de la nature de sa relation avec Marton et pour essayer de comprendre de qui il est véritablement épris.

Scène 13

Araminte charge Dorante d’écrire un billet pour annoncer au Comte qu’elle accepte de se marier avec lui et qu’elle renonce à tout procès. C’est bien sûr une ruse. C’est une épreuve difficile pour l’intendant.

Scène 14

Marton demande à Araminte si elle peut épouser Dorante.

Scène 15

Dorante dit qu’il n’a pas refusé cette demande pour ne pas se fâcher avec la suivante de sa maîtresse et rester dans les bonnes grâce de la première et de la seconde. Il assure à Araminte qu’il n’aime pas Marton. La veuve demande à Dorante de regarder le portrait pour qu’il avoue ses sentiments. Dorante tombe au genou d’Araminte mais Marton les surprend. Araminte est très gênée de cette irruption.

Scène 16

Dubois est curieux et cherche à savoir si Dorante a avoué sa passion. Araminte lui demande de ne plus s’en mêler en lui mentant délibérément sur ce qu’il vient de se produire.

Scène 17

Dubois refuse d’éclaircir la situation aux yeux de Dorante et lui demande de se rendre dans le jardin.

Acte III

Scène 1

Dorante trouve que Dubois va trop vite. Mais Dubois décide tout de même de faire envoyer une lettre à Araminte par l’entremise d’Arlequin.

Scène 2

Marton veut faire renvoyer Dorante et demande à Dubois ce qu’il en pense. Dubois continue à dire qu’il le trouve incompétent.

Scène 3

Marton intercepte la lettre qu’Arlequin avait en sa possession.

Scène 4

Le Comte et Madame Argante sont outrés par les regards de l’intendant sur sa maîtresse. Ils veulent le faire renvoyer.

Scène 5

Monsieur Remy défend son neveu alors que le Comte et Madame Argante s’acharnent sur lui.

Scène 6

Madame Argante réclame le départ de Dorante car Araminte doit épouser un noble.

Scène 7

Quand Dorante demande à la veuve s’il est renvoyé, Araminte le confirme dans ses fonctions.

Scène 8

Le Comte prend, devant tous, lecture de la (fausse) lettre en possession de Marton et qui avait été confiée à Arlequin par Dorante. Nouvelle fausse confidence : Dorante souhaite quitter Paris dès le lendemain.

Scène 9

Araminte chasse Dubois car c’est lui qui a suggéré à Marton de prendre la lettre à Arlequin. Dubois est très fier de la parfaite réussite de sa combine.

Scène 10

Marton et Araminte se réconcilient.

Scène 11

Arlequin dénonce l’entourloupe de Marton au sujet de la lettre et demande que Dorante puisse se défendre.

Scène 12

Dorante avoue tout et Araminte lui pardonne car elle trouve son amour sincère. Dorante a donc réussi son projet en obtenant l’amour d’Araminte.

Scène 13

Le Comte renonce sans difficulté à épouser Araminte, Madame Argante ne décolère pas. Dubois se réjouit de son tour.

Citation

« DORANTE. — Pas le moindre mot. Il me présente de la meilleure foi du monde, en qualité d’intendant, à cette dame-ci dont je lui ai parlé, et dont il se trouve le procureur ; il ne sait point du tout que c’est toi qui m’as adressé à lui : il la prévint hier ; il m’a dit que je me rendisse ce matin ici, qu’il me présenterait à elle, qu’il y serait avant moi, ou que s’il n’y était pas encore, je demandasse une mademoiselle Marton ; voilà tout, et je n’aurais garde de lui confier notre projet, non plus qu’à personne : il me paraît extravagant, à moi qui m’y prête. Je n’en suis pourtant pas moins sensible à ta bonne volonté, Dubois. Tu m’as servi, je n’ai pu te garder, je n’ai pu même te bien récompenser de ton zèle ; malgré cela, il t’est venu dans l’esprit de faire ma fortune. En vérité, il n’est point de reconnaissance que je ne te doive. »

Acte I, scène 2

«  ARAMINTE. — Il est vrai, et tu me surprends à mon tour. Serait-il capable de quelque mauvaise action, que tu saches ? Est-ce que ce n’est pas un honnête homme ?
DUBOIS. — Lui ! Il n’y a point de plus brave homme dans toute la terre, il a peut-être plus d’honneur à lui tout seul que cinquante honnêtes gens ensemble. Oh ! c’est une probité merveilleuse ; il n’a peut-être pas son pareil. »

Acte I, scène 14

«  DORANTE. — Dans tout ce qui s’est passé chez vous, il n’y a rien de vrai que ma passion, qui est infinie, et que le portrait que j’ai fait. Tous les incidents qui sont arrivés partent de l’industrie d’un domestique qui savait mon amour, qui m’en plaint, qui, par le charme de l’espérance, du plaisir de vous voir, m’a, pour ainsi dire, forcé de consentir à son stratagème ; il voulait me faire valoir auprès de vous. Voilà, madame, ce que mon respect, mon amour et mon caractère ne me permettent pas de vous cacher. J’aime encore mieux regretter votre tendresse que de la devoir à l’artifice qui me l’a acquise. J’aime mieux votre haine que le remords d’avoir trompé ce que j’adore. »

Acte III, scène 12

«  MADAME ARGANTE. — Ah ! la belle chute ! ah ! ce maudit intendant ! Qu’il soit votre mari tant qu’il vous plaira ; mais il ne sera jamais mon gendre.
ARAMINTE. — Laissons passer sa colère, et finissons. (Ils sortent.)
DUBOIS. — Ouf ! ma gloire m’accable. Je mériterais bien d’appeler cette femme-là ma bru. »

Acte III, scène 13