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Protagoras, Platon
Fiche de lecture

Contexte

Protagoras est l’un des premiers dialogues philosophiques rédigés par Platon et serait donc une œuvre de jeunesse. Comme quasiment tous les dialogues écrits par Platon, le personnage essentiel est Socrate, qui a été le maître de Platon. Ce dialogue se déroule probablement entre -432 et -430, avant que n’éclate la guerre du Péloponnèse.

Ce dialogue, qui est également appelé Les Sophistes, est une description du milieu des sophistes, dont il constitue aussi la critique. Les sophistes étaient des orateurs et professeurs de rhétorique et d’art oratoire dans la Grèce antique. Ils tenaient leur pouvoir de leur maîtrise du discours. Platon s’est constamment opposé à eux : pour lui en effet, les sophistes ne cherchent jamais la vérité mais uniquement à persuader leur auditoire et à avoir ainsi l’ascendant sur les foules.

dit Platon

390 av. J.-C.

Protagoras

Genre

Dialogue philosophique

Personnages

Socrate : Philosophe professant dans les rues auprès de jeunes gens de l’élite athénienne.

Hippocrate : Un jeune ami de Socrate.

Protagoras : Sophiste très réputé qui a beaucoup voyagé et qui s’est enrichi par les leçons qu’il dispense.

Hippias : Sophiste également très connu et très savant.

Callias : Riche athénien chez qui a lieu le dialogue. C’est un ami des sophistes.

Alcibiade : Grand homme politique athénien qui, dans sa jeunesse, était un disciple de Socrate.

Thèmes

La vertu : La vertu est le sujet principal de ce dialogue. On y lit que la vertu est liée au savoir : la vertu est avant tout connaissance de ce sur quoi elle porte. Socrate associe donc vertu et science, ce qui lui permet d’affirmer que nul ne commet le mal volontairement. Ainsi, lorsqu’un homme est injuste ou mauvais, c’est qu’il ne sait pas où se situe le bien, pour lui-même comme pour les autres.

Le courage : Le courage est discuté plus longuement que les autres formes de vertu. C’est en effet une qualité essentielle dans la société athénienne.

La maïeutique : Ce dialogue a également l’intérêt de présenter clairement la méthode socratique, qu’il appelle maïeutique : il s’agit de parvenir à la vérité par le dialogue. Une étape importante de cette méthode est la définition : Socrate cherche à définir chaque nouveau terme ou concept. On ne peut en effet réfléchir ni discuter tant qu’on ne s’est pas accordé sur la signification des termes. Le dialogue permet en outre de mettre une pensée à l’épreuve par les questions que l’interlocuteur pose à celui qui parle.

Résumé

Dans le prologue, Socrate est prié par un ami de répéter la conversation qu’il a eu la veille avec Protagoras.

Socrate commence son récit.

Le jeune Hippocrate est venu au petit matin chez lui pour annoncer l’arrivée à Athènes du sophiste Protagoras. Il voudrait s’en faire le disciple. Socrate propose de discuter cette résolution.

Il demande donc à Hippocrate si celui-ci connaît vraiment Protagoras, s’il sait ce qu’est l’enseignement d’un sophiste. Hippocrate ne sait répondre.

Socrate et lui se rendent alors chez Callias, chez lequel, outre Protagoras, logent d’autres sophistes et leurs disciples. Il y a notamment Hippias d’Elis et Prodicos de Céos. Protagoras se promène avec ses amis et disciples.

Socrate lui demande quelle est la nature de son enseignement. Protagoras répond que la sophistique est à la base du progrès et de la vertu politique. Socrate propose alors une première objection : il doute qu’on puisse enseigner la vertu comme on peut enseigner une activité quelconque. Il fait remarquer que les grands politiques ne savent pas la transmettre à leurs fils.

Pour répondre à Socrate, Protagoras raconte le mythe de Prométhée et d’Épiméthée. Épiméthée était chargé par les dieux de distribuer les qualités physiques parmi les êtres vivants, mais celui-ci a oublié les hommes, qui sont restés nus et privés d’armes. Prométhée, frère d’Épiméthée, répare cette erreur en allant voler le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Zeus accorde alors aux hommes le sentiment de la justice.

Socrate félicite son interlocuteur pour ce beau discours. Puis il lui demande quelle est l’essence de la vertu. Est-ce que la vertu est une chose unique, dont justice, sagesse et pitié seraient des parties ? Ou bien s’agit-il à chaque fois de vertus distinctes ?

Protagoras affirme que la vertu est une, mais qu’elle se compose de cinq parties : la justice, la piété, la tempérance, la sagesse et le courage.

Mais Socrate objecte : la justice est également pieuse, la tempérance est également sage, ce qui montre que toutes ces qualités sont bien une seule et même chose.

Protagoras est agacé par les objections de Socrate.

Cette fois-ci, c’est Protagoras qui pose des questions à Socrate. Il change de sujet et décide de faire porter la discussion sur la poésie, qui est selon lui un élément important de l’éducation. Grâce à des exemples poétiques, Socrate affirme qu’on ne peut être vertueux constamment, c’est-à-dire incarner entièrement la vertu. On peut seulement l’être dans un contexte donné.

Protagoras revient sur la question des différentes parties de la vertu. Il soutient que le courage n’a rien de commun avec les autres parties. On peut ainsi être courageux en étant injuste ou impie.

Socrate rétorque que le courage qui provient de la folie n’est plus du courage. Ce qui distingue le courage de la témérité, c’est justement la sagesse.

Socrate finit en démontrant que les vertus sont des sciences : le courage est ainsi la science de ce qu’il y a à craindre ou à ne pas craindre. Si les vertus sont des sciences, c’est donc qu’elles peuvent s’enseigner.

Socrate conclut en soulignant avec amusement qu’il soutient maintenant la thèse opposée à celle qui était la sienne au début, tandis que Protagoras, à l’inverse, soutient maintenant que les vertus ne peuvent s’enseigner.

Citation

« Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles. Quand le temps que le destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre d’un mélange de terre et de feu et des éléments qui s’allient au feu et à la terre. Quand le moment de les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Épiméthée de les pourvoir et d’attribuer à chacun les qualités appropriées. Mais Épiméthée demanda à Prométhée de lui laisser faire seul le partage. »

« Qu’entendez-vous donc par ce que nous avons appelé jusqu’ici être vaincu par le plaisir ? Voici comment je leur répondrais : écoutez, nous allons tâcher, Protagoras et moi, de vous l’expliquer. N’est-il pas vrai, mes amis, que cela vous arrive dans les cas suivants, par exemple dans le cas fréquent où vous vous laissez vaincre par le manger, le boire, l’amour, qui sont choses agréables ? Vous avez beau connaître que ces choses sont mauvaises, vous les faites quand même. Ils en conviendraient. »

« Les hommes mauvais, s’ils se trouvent dans ce genre de situation (le mal ou le bien avec sa famille, patrie ou autre…) regardent avec joie la méchanceté de leurs parents ou de leur patrie, qu’ils exhibent et mettent en accusation, par leurs critiques, afin que les hommes ne puissent les critiquer pour leur négligence et les en blâmer, si bien qu’ils peuvent multiplier les critiques à leur égard et ajouter de leur plein gré des motifs d’inimitié à ceux que leur dictait la nécessité ; les hommes de valeur, en revanche, ferment les yeux, se contraignent à être élogieux, et s’ils s’emportent à cause des torts que leurs parents ou leur patrie leur font souffrir, ils se calment et se réconcilient avec eux, en exigeant encore d’eux-mêmes d’aimer les leurs et de les louer. »

« Protagoras me répondit : “Je loue, Socrate, ton ardeur et ta manière de traiter les questions. Car, sans parler des autres défauts dont je me flatte d’être exempt, je suis le moins envieux des hommes. Aussi ai-je dit souvent de toi que, de tous ceux que je rencontre, tu es celui que j’estime le plus, et que je te mets bien au-dessus de ceux de ton âge, j’ajoute que je ne serais pas étonné si tu te plaçais un jour au rang des sages illustres. Quant à ces questions, nous les traiterons, si tu veux, une autre fois, pour le moment, j’ai autre chose de pressé à faire.
- Va donc, dis-je, si tel est ton plaisir, aussi bien il y a longtemps que, moi aussi, je devrais être rendu où j’avais dessein d’aller, mais je suis resté pour faire plaisir au beau Callias.”
Après avoir ainsi parlé et écouté tour à tour, nous nous séparâmes. »