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Des territoires d'Afrique australe transformés par les mobilités

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Introduction :

Le peuplement de l’Afrique australe résulte de flux migratoires divers qui remontent à l’époque moderne. Ces flux sont complexes : exil, transit ou installation de migrants internationaux, migrations volontaires ou contraintes. Parallèlement, les mobilités touristiques se développent et participent à la structuration des territoires. Ces mobilités transforment les territoires et jouent un rôle dans le maintien d’inégalités socio-spatiales à toutes les échelles. L’impact de la colonisation se lit encore dans l’organisation du territoire, notamment en Afrique du Sud après le régime d’apartheid. Dans une première partie, nous nous intéresserons aux causes principales des logiques migratoires à l’œuvre en Afrique australe. Dans un second temps, nous verrons comment ces mobilités recomposent les territoires.

Des mobilités aux causes multiples

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Rappel

La migration est le fait de changer de domicile pour une durée longue voire définitive. Ainsi, une personne qui quitte son domicile pour déménager au sein d’un même pays est un migrant résidentiel. Les migrations internationales concernent donc les personnes qui quittent leur domicile pour s’établir dans un autre pays.

Les mobilités contraintes : des effets sur la longue durée

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Définition

Mobilité contrainte :

On désigne par « mobilité contrainte » les déplacements de population qui ne résultent pas d’un choix de la part du migrant : danger pour sa vie ou son intégrité physique, persécutions, exils, guerres, etc.

En Afrique australe, les mobilités contraintes sont anciennes et ont des effets qui se lisent encore aujourd'hui :

  • Au début du XIXe siècle, le roi Zoulou Shaka opère de violentes razzias sur les ethnies ennemies, entrainant des mouvements de population massifs. Cet épisode guerrier explique le sous-peuplement de l’intérieur de l’Afrique du Sud et le peuplement des marges du pays (espaces peu développés, exclus du dynamisme économique).
  • À partir du XVIe siècle et l’arrivée des Portugais, les Européens fondent des colonies et les peuplent avec des populations importées depuis d’autres colonies : l’Inde ou encore l’Indonésie. Ainsi, les premiers métissages se produisent et des groupements de population s’établissent le long des côtes.
  • Aux XXe et XXIe siècles, les mobilités contraintes prennent la forme de flux de réfugiés.
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Définition

Réfugié :

Les réfugiés sont des migrants qui s’installent dans un pays pour fuir un danger dans leur pays d’origine. Les raisons de leurs migrations sont multiples :

  • la guerre ;
  • la persécution pour raisons politiques, religieuses ou encore d’orientation sexuelle ;
  • une catastrophe naturelle, un risque écologique. On parle alors de « réfugiés climatiques » ou d’« écoréfugiés ».
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Rappel

Si une personne parvient à faire reconnaitre son statut de « réfugié » dans un pays, elle peut obtenir un « droit d’asile ». Cela signifie que le pays d’accueil facilite son entrée sur son territoire en lui donnant des papiers d’identité, un titre de séjour et parfois des aides matérielles ou financières. Ce statut est protégé par la Convention de Genève de 1951.

L’Afrique du Sud, moteur économique de la région et seul pays émergent du sud de l’Afrique, est logiquement le pays le plus attractif. D’après le gouvernement sud-africain, le pays compterait 65 000 réfugiés et 230 000 demandeurs d’asile en 2015 en provenance de Somalie, de République démocratique du Congo, d’Angola ou d’Ethiopie.
D’après l’association Amnesty International, les demandeurs d’asile et les migrants illégaux en Afrique du Sud sont davantage exposés à des violations des droits humains. Il existe ainsi une forte xénophobie dans le pays. En 2008, des attaques de grande ampleur ont eu lieu contre des réfugiés dans plusieurs provinces du pays.

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Définition

Xénophobie :

La xénophobie désigne la peur des étrangers.

Un camp de réfugiés en 2008 à Johannesburg - géo - 2de - SchoolMouv Un camp de réfugiés en 2008 à Johannesburg, lors des épisodes d’émeutes xénophobes. ©NJR ZA – CC BY-SA 3.0

Cependant, d’un point de vue légal, l’Afrique du Sud respecte ses obligations : les réfugiés bénéficient d’une totale liberté de mouvement et un accès libre à la santé et à l’éducation. En revanche, les permis de travail restent difficiles à obtenir.

Les mobilités volontaires sont généralement le fait de personnes cherchant à obtenir un emploi dans un autre pays dans lequel les conditions professionnelles (salaire, protection sociale) sont meilleures que dans son pays d’origine. On parle alors de « mobilité de travail » ou de « migration économique ».

Les mobilités de travail

Les migrants économiques sont des personnes qui quittent leur pays d’origine pour obtenir un emploi dans leur nouveau pays de résidence.
En Afrique australe, les mobilités de travail sont majoritairement dues à la mise en place du système minier. En effet, les colons européens ont mis la main sur les différentes richesses minières (surtout les diamants), dès le XIXe siècle.

Exploitation à ciel ouvert d’une mine de diamants en Afrique du Sud avant 1903 - 2de - SchoolMouv - géo Exploitation à ciel ouvert d’une mine de diamants en Afrique du Sud, avant 1903

La présence de mines dans des États peu développés et offrant peu de possibilité d’évolution sociale par le travail entraine des flux migratoires spécifiques. En Afrique du Sud, ces migrations sont généralement temporaires et masculines. Issus des campagnes, ces hommes viennent se fixer pendant un temps dans les nouvelles zones minières. Au fur et à mesure, l’origine des migrants s’est diversifiée. Les mines recrutent dans les États voisins : le sud du Mozambique ou encore le Malawi.

Comme on l’a vu, la différence de développement économique entre l’Afrique du Sud et les autres États d’Afrique australe génère une forme de xénophobie parmi la population. Certains Sud-africains craignent, avec la venue de travailleurs pauvres, des pressions sur le salaire et une concurrence sur le marché du travail. Dès lors, cela explique en partie les résistances à la mise en place d’une organisation de libre-échange comme la SADC.

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Rappel

En 1980, neuf États ont fondé la SADC (Southern African Development Community). Cependant, la SADC n’est pas une zone de libre-échange totalement aboutie. En 1996, certains ont proposé de mettre en place la libre circulation des personnes. Or, cela a été refusé par l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie par crainte de voir se développer des flux migratoires incontrôlés.

Le discours xénophobe est repris dans les médias et par plusieurs personnalités politiques de premier plan. Ainsi, en 2015, le chef traditionnel des Zoulous Goodwill Zwelithini, a demandé « aux étrangers de faire leurs bagages et de retourner dans leurs pays ». Parallèlement, des représentants du parti politique au pouvoir, l’ANC (African National congress), appelaient à durcir l’application des lois sur l’immigration. Les violences de 2015 contre les étrangers ont causé la mort de 7 personnes.

L’Afrique australe connait également des mobilités touristiques, notamment en Afrique du Sud. Ces flux temporaires sont le fait de populations favorisées, issues en majorité des pays développés occidentaux.

Les mobilités touristiques

Le tourisme se distingue de la migration par son but (les activités de loisirs) et sa temporalité (moins d’une année).

  • Le tourisme est donc une mobilité choisie et temporaire.

En Afrique australe, les mobilités touristiques sont liées, dans leur majorité, au tourisme de safari et aux réserves. En effet, les ressources naturelles et culturelles du continent africain sont énormes mais le manque d’infrastructure dans certains territoires peut faire obstacle au développement de l’offre touristique. Il existe des formes de tourisme de masse (voyages organisés par des tour operator) mais aussi de l’écotourisme.

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Définition

Écotourisme :

L’écotourisme vise à réduire son empreinte écologique et/ou à apporter une aide au développement dans le pays de destination.

À nouveau, on constate que la bonne intégration de l’Afrique du Sud aux logiques de la mondialisation est un atout pour capter de nouvelles richesses. Ainsi, le pays était la première destination touristique du continent africain en 2017.
Cependant, elle n’est que 55e sur le plan mondial. La Namibie se place en 82e position et le Mozambique est 122e.

En Afrique du Sud, l’offre touristique se diversifie avec le développement récent d’offres de « scalpel-safari » ou « chirurgie-vacances ». Ces nouvelles dynamiques de tourisme cherchent à capter des flux touristiques en provenance de pays développés à fort pouvoir d’achat. L’Afrique du Sud est pionnière dans ce domaine, avec des agences comme Surgeon & Safari (« Chirurgien et Safari ») créée en 1999. Son produit le plus vendu consiste en un séjour de 12 jours avec opération de chirurgie esthétique (lifting), hébergement en hôtel de luxe et un safari. La prestation complète revient à environ 10 000 dollars.
Il existe également un tourisme de chasse dans les réserves pour les clients très fortunés.

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À retenir

Les flux touristiques en Afrique du Sud restent peu développés comparativement à d’autres régions du monde.

Ils sont également très localisés. Pour que cela continue à grandir, les états doivent tenter de développer la construction d’infrastructures d’accueil et de transport.

Ces différentes mobilités ont des effets sur les territoires. Certains espaces bénéficient des effets des migrations quand d’autres cumulent les contraintes. Ainsi, les mobilités sont directement liées au renforcement des ségrégations socio-spatiales à différentes échelles.

Les effets des mobilités sur les territoires

Un renforcement des ségrégations socio-spatiales

Les États d’Afrique australe connaissent des inégalités socio-spatiales à toutes les échelles. On a vu que les inégalités de richesses entre les pays d’Afrique australe expliquent les flux migratoires, qu’ils soient contraints ou économiques.

À l’échelle des pays, le territoire est aussi organisé selon des logiques socio-économiques et laisse apparaitre des inégalités marquées.

  • On a vu que l’histoire pouvait expliquer le moindre peuplement du centre de l’Afrique du Sud.
  • De même, la colonisation explique en partie le nombre important de métropoles en Afrique australe : Luanda (Angola), Le Cap, Durban (Afrique du Sud) ou Maputo (Mozambique) sont d’anciens comptoirs coloniaux.
  • D’autres métropoles doivent leur existence à leurs industries particulièrement développées, comme Johannesburg en Afrique du Sud ou Lusaka (Zambie).

Plus généralement, les territoires à l’intérieur des États restent fortement marqués par les logiques ethniques. La carte ci-dessous permet d’observer la répartition ethnique de la population en Afrique du Sud en 2011. On y distingue 4 ensembles de peuplement majoritaire :

  • les populations noires (env. 80 % de la population), elles-mêmes divisées en de nombreuses ethnies dont la plus nombreuse est l’ethnie zouloue.
  • les populations blanches (env. 9 % de la population)
  • les Coloured, c'est-à-dire les personnes issues d’ethnies mélangées (ni Noires, ni Blanches, ni Asiatiques)
  • les populations asiatiques (Indiens en majorité)

Répartition ethnique en Afrique du Sud selon le recensement de 2011 - schoolmouv - 2de - géo

Cette organisation communautariste et ethnique de l’espace se lit à l’échelle de la ville. Les métropoles sont marquées par une importante fragmentation. C’est d’autant plus le cas en Afrique du Sud en raison de l’héritage de l’apartheid. Les populations non-blanches déplacées dans les bantoustans sont devenues dépendantes d’un système et placées à l’écart des services et des infrastructures (santé, éducation, eau, etc.).

Cela a abouti à la destruction de la paysannerie africaine qui ne pouvait pas être compétitive face à l’agriculture blanche. Ainsi, l’Afrique du Sud et la Namibie subissent encore aujourd'hui les conséquences de cette politique en devant faire face à des poches de pauvreté et de sous-développement au sein de leurs territoires. En Afrique du Sud, les bidonvilles ou « townships » restent aujourd'hui des quartiers habités par les populations noires, comme Soweto à Johannesburg.

Le bidonville ou <em>township</em> de Soweto, à Johannesburg, Afrique du Sud - géo - 2de - SchoolMouv Le bidonville ou township de Soweto, à Johannesburg, Afrique du Sud (2005) ©Medpro – CC BY 2.0

Plus généralement, c’est le cas des nombreuses zones d’habitat informel, bidonvilles ou townships qui fleurissent à proximité des grandes villes et contre lesquelles l’État cherche à lutter.

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Définition

Habitat informel :

L’habitat informel désigne les constructions d’habitations en-dehors de la légalité. Ce sont donc des logements bâtis sans l’autorisation des autorités, dans des zones interdites à la construction.

À l’inverse, les quartiers blancs ont tendance à chercher l’isolement, ce qui est perçu comme une forme de protection vis-à-vis de l’extérieur. C’est ainsi que se développent les gated communities, aussi bien en Afrique du Sud qu’au Mozambique ou d’autres États voisins.

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Définition

Gated communities :

Les gated communities sont des quartiers aisés, isolés du reste de la ville par des barrières ou des systèmes de surveillance. Ce sont des lieux de « l’entre-soi » au sein desquels les populations riches souhaitent éviter le contact avec la pauvreté environnante.

Les logiques ethniques jouent donc un rôle particulièrement fort dans l’organisation du territoire en Afrique australe. De même, il existe des conflits d’usage sur ces espaces entre plusieurs populations aux intérêts divergents : populations locales (riches ou pauvres) et touristes.

Les tensions entre tourisme, populations locales et protection de l’environnement

Les mobilités touristiques sont des mobilités choisies qui sont majoritairement le fait de populations aisées et occidentales. Les États d’Afrique australe comptent sur cette manne financière importante pour accompagner leur développement économique. Aujourd’hui, le tourisme est un des facteurs majeurs de croissance économique en Afrique australe.
Cependant, en raison d’impératifs économiques, les mobilités des touristes ne sont pas celles des populations locales. L’exemple de la chasse permet de montrer que l’accès à certains lieux n’est pas le même pour tous.

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Exemple

  • Dans de nombreuses réserves, la chasse est interdite. Plusieurs espèces animales sont protégées. Or, les populations locales dénoncent cette interdiction (« apartheid vert »). C’est un conflit d’usage typique entre un mode de vie traditionnel fondé sur la chasse et la protection de la faune.
  • Le braconnage est un fléau en Afrique du Sud, au point que le gouvernement a déjà opéré des déplacements massifs d’animaux vers des réserves plus sûres. Les braconniers appartiennent souvent à des organisations criminelles internationales.
  • À l’inverse, il existe des agences de voyage pour touristes fortunés qui organisent des chasses de gibier (buffles, lions…) de façon déclarée et légale, malgré l’impact sur la faune.

De plus, au sein même des mobilités touristiques, certains lieux restent mieux intégrés économiquement et profitent de davantage de visiteurs. Malgré la création des parcs transfrontaliers (TPP), les espaces de réserves sauvages restent plus ou moins accessibles.

  • Ainsi, l’économie touristique continue de sélectionner les lieux.

Le parc Kruger, en Afrique du Sud, reste plus facile à visiter pour un touriste occidental qu’une réserve en Angola ou même dans la partie mozambicaine du Parc du Limpopo. Les raisons sont multiples :

  • une meilleure accessibilité en transport (liaisons en avion, qualité des routes) ;
  • de meilleurs relais publicitaires ;
  • une meilleure image du pays hôte : l’Afrique du Sud bénéficie d’une image plus positive à l’étranger que les autres pays d’Afrique australe (risques sanitaires, risques de violences réels ou supposés).

Conclusion :

Depuis l’époque moderne, le sud de l’Afrique a connu des mouvements de population aux causes multiples. De nos jours, il existe deux facteurs de mobilité économique : l’attractivité de l’Afrique du Sud, moteur de la région, et la présence de l’industrie minière qui attire les travailleurs au-delà des frontières des États. Cependant, l’histoire particulière et violente de cette région est une des causes majeures de l’organisation de l’espace. Les logiques ségrégatives ont marqué le territoire, à l’échelle des États comme à celle des villes et villages. Les inégalités entre populations se lisent dans l’existence de quartiers séparés. De même, les États doivent gérer de nombreux conflits d’usage liés à l’espace et aux finalités que chaque acteur souhaite lui attribuer.