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La mise en abyme dans Les Faux-Monnayeurs

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Introduction :

Si le roman de Gide s’intitule Les Faux-Monnayeurs, c’est en premier lieu parce que le personnage d’Édouard projette d’écrire un roman portant ce titre. C’est ce que nous apprenons d’Édouard lui-même après qu’il a reçu de Bernard une fausse pièce de 10 francs achetée à son épicier. Les Faux-Monnayeurs de Gide repose donc sur le principe d’une mise en abyme.

Nous allons d’abord définir ce procédé, en peinture et en littérature, puis montrer comment il est mis en œuvre dans le roman d’André Gide.

Qu’est-ce que la mise en abyme ?

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Définition

Mise en abyme :

La mise en abyme désigne en premier lieu un procédé utilisé en peinture : dans un tableau, un miroir reproduit la scène en miniature ou la reflète selon un autre point de vue que celui du peintre. Plus généralement, une mise en abyme désigne la représentation d’une œuvre au sein d’une œuvre du même type.

André Gide, dans son Journal, exprime son goût pour cette technique :

« J’aime assez qu’en une œuvre d’art, on retrouve ainsi transposé, à l’échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre. Rien ne l’éclaire mieux et n’établit plus sûrement toutes les proportions de l’ensemble. Ainsi, dans tels tableaux de Memling ou de Quentin Metsys, un petit miroir convexe et sombre reflète, à son tour, l’intérieur de la pièce où se joue la scène peinte. […] c’est la comparaison avec ce procédé du blason1 qui consiste, dans le premier [tableau], à en mettre un second “en abyme” ».

1 Art des armoiries ou emblèmes.

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Astuce

Gide cite ici le « procédé du blason » car l’expression « en abyme » désignait à l’origine la représentation d’un petit élément vide placé au milieu de l’écu (bouclier sur lequel sont placées les armoiries).

Par exemple, les armoiries des seigneurs de Brandenbourg représentent un petit écu blanc en abyme au centre de l’écu rouge.

Armoiries des seigneurs de Brandenbourg ©Caranorn Les Faux-Monnayeurs André Gide littérature terminale Armoiries des seigneurs de Brandenbourg ©Caranorn

Le tableau de Quentin Metsys auquel Gide fait référence s’intitule Le Prêteur et sa femme.

Quentin Metsys, Le Prêteur et sa femme, 1514 Les Faux-Monnayeurs André Gide littérature terminale Quentin Metsys, Le Prêteur et sa femme, 1514

Le miroir posé sur la table révèle un endroit de la pièce que le peintre, étant donné sa position par rapport à ses modèles, n’aurait pu, sans ce moyen, inclure dans sa toile.

L’Autoportrait de Johannes Gumpp (1646) joue sur ce procédé en démultipliant l’image de l’artiste en train de se peindre. Celui-ci se trouve ainsi représenté selon différents points de vue.

Johannes Gumpp, Autoportrait, 1646 Les Faux-Monnayeurs André Gide littérature terminale Johannes Gumpp, Autoportrait, 1646

La mise en abyme dans Les Faux-Monnayeurs

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À retenir

En littérature, la mise en abyme consiste à inclure dans une œuvre littéraire une autre œuvre qui partage le même sujet. C’est, par exemple, un roman qui partage le même sujet que le roman dans lequel il est inséré.

Le roman de Gide s’intitule Les Faux-Monnayeurs. Or, il met en scène un personnage de romancier, Édouard, occupé depuis un an à composer un roman portant le même titre. C’est dans la deuxième partie (partie II, chapitre 3) qu’Édouard explique son projet littéraire et ses difficultés : son roman présentera d’une part la réalité et d’autre part l’« effort pour la styliser ».

  • Le roman sera donc à la fois le roman lui-même et, en même temps, l’histoire de sa fabrication et l’histoire du romancier en train de le fabriquer.

Édouard précise :

« Pour obtenir cet effet, […] j’invente un personnage de romancier, que je pose en figure centrale ; et le sujet du roman, si vous voulez, c’est précisément la lutte entre ce que lui offre la réalité et ce que, lui, prétend en faire. »

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À retenir

Édouard est donc un reflet de Gide : Gide met au cœur de son roman Les Faux-Monnayeurs un personnage de romancier, Édouard, qui lui-même met au cœur de son roman Les Faux-Monnayeurs un personnage de romancier, etc.

De plus, Édouard, qui n’a, à ce moment précis de l’action, encore rien écrit, possède un « carnet » ou « une sorte de journal » dans lequel il note au jour le jour l’état de ce roman dans son esprit. Mais comme on peut le voir en partie I, chapitre 8, ce carnet n’est pas le journal d’Édouard dont le roman de Gide offre par ailleurs de nombreux extraits, par exemple en partie I, chapitre 11 à 13. Ce carnet est, toujours selon le principe de la mise en abyme, le reflet du Journal des Faux-Monnayeurs de Gide.

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À retenir

L’existence du carnet d’Édouard permet de préciser la fonction du Journal des Faux-Monnayeurs : il prépare et accompagne le roman et, en même temps, il rend compte de la théorie, de l’idéal romanesque de l’auteur.

Conclusion :

Le roman Les Faux-Monnayeurs de Gide repose donc sur une mise en abyme qui concerne aussi, par ricochet, le Journal des Faux-Monnayeurs. On n’oubliera pas cependant que lorsqu’Édouard indique le titre de son futur roman, celui-ci n’est pas encore écrit, alors que celui de Gide est déjà terminé.