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Journal des faux-monnayeurs, André Gide
Fiche de lecture

Contexte

Ce journal a été écrit entre 1919 et 1925, et couvre donc à la fois la période préparatoire du roman Les Faux-Monnayeurs, et sa rédaction proprement dite. Divisé en deux « cahiers », avec l’ajout d’appendices comprenant notamment des coupures de presse qui relatent des faits divers dont Gide s’est inspiré, ce journal est l’occasion de comprendre comment l’auteur a élaboré son œuvre, mais aussi de découvrir ses réflexions sur la nature même du roman.

Pour Gide, l’écriture des Faux-Monnayeurs a été une entreprise très prenante et difficile. En juillet 1919, il se dit « furieux contre [lui]-même de ne pas assez travailler », et en août 1929, il avoue être « exaspéré par les difficultés de [son] entreprise ». Le roman final est issu d’une vaste réflexion, et l’objet de constantes transformations et évolutions que l’on peut retracer à la lecture du journal, à mesure que les ambitions prennent forme.

De plus, le Journal peut servir à interpréter le roman, il peut être vu comme son extension ou comme son miroir. À l’instar de son personnage romancier, Édouard, Gide écrit un journal de bord qui reflète son processus créatif. Il est intéressant d’y lire les points de vue et réflexions qui apparaîtront ensuite sous la plume d’Édouard, un personnage qui fonctionne comme une sorte d’alter ego de l’auteur, sans pour autant s’y substituer : dans le roman, Édouard n’achève jamais son projet de livre, qu’il a lui aussi intitulé Les Faux-Monnayeurs.

André Gide

1927

Journal des faux-monnayeurs

Genre

Journal

Personnages

Thèmes

Le roman : Le Journal est tout entier centré sur le roman en tant que tel, celui que Gide est en train d’écrire, mais aussi le roman en tant que forme littéraire. Dans son Journal, l’auteur annonce son intention de révoquer les codes esthétiques traditionnels et rêve d’une forme plus moderne et plus accomplie qui, si elle ne parle pas à ses contemporains, trouvera sans doute un écho dans la postérité.

Le processus créatif : Le Journal est également l’occasion pour l’auteur de parler de son expérience en tant qu’écrivain, de relater les doutes et difficultés qui accompagnent le processus de création. Gide voit la création artistique comme un phénomène proche de l’inspiration telle qu’elle est décrite par les romantiques, mais peut-être avec à l’esprit une notion plus moderne de l’inconscient.

« Le livre, maintenant, semble parfois doué de vie propre ; on dirait une plante qui se développe, et le cerveau n’est plus que le vase plein de terreau qui l’alimente et la contient. Même, il me paraît qu’il n’est pas habile de chercher à “forcer” la plante ; qu’il vaut mieux en laisser les bourgeons se gonfler, les tiges s’étendre, les fruits se sucrer lentement, qu’en cherchant à devancer l’époque de leur maturité naturelle, on compromet la plénitude de leur saveur. »

Résumé

Composé de manière erratique, avec des entrées tenant parfois sur quelques lignes, parfois sur quelques pages, séparées entre elles de quelques jours ou plusieurs mois, le Journal est une œuvre hétéroclite impossible à résumer de manière structurelle. Il est cependant possible d’en dégager les idées directrices.

Le projet d’une forme novatrice

En s’opposant au réalisme, Gide espère écrire un roman qui rende compte de l’aspect foisonnant et aléatoire de la vie. Pour lui, plus on essaie de faire du réalisme, plus on s’éloigne de la réalité : les réalistes ne font que rendre l’illusion romanesque plus visible avec des romans trop précis, documentés, ancrés dans des descriptions et un cadre spatio-temporel qui musellent l’imagination et appauvrissent la complexité du drame psychologique. Au contraire, Gide préfère toucher à l’essentiel. Cela passe par un certain flou du cadre spatio-temporel, par des descriptions minimalistes et une importance accordée à la parole qui véhicule la vision subjective de chaque personnage. Ainsi, on obtient davantage de profondeur psychologique : « Un caractère arrive à se peindre admirablement en peignant autrui, en parlant d’autrui », écrit-il en août 1921.

Les personnages

André Gide accorde à ses personnages une vie autonome, et s’étonne souvent de les voir évoluer et prendre des directions inattendues. Ainsi, il écrit le 27 mai 1924 : « Le mauvais romancier construit ses personnages ; il les dirige et les fait parler. Le vrai romancier les écoute et les regarde agir ».

Un roman totalisant

Dans son Journal, André Gide montre son désir de créer une œuvre qui inclut tous les aspects de la vie. Le foisonnement et la multiplicité des intrigues doivent montrer la complexité de la vie, se faire la synthèse des expériences et des réflexions de l’auteur. C’est cette même volonté qui conduit Gide à choisir des narrateurs multiples, qui ont des points de vue différents et se complètent les uns les autres, tout en poussant le lecteur à reconstituer la réalité à partir du filtre posé sur les événements par les différents narrateurs et leurs points de vue subjectifs. De même, cette ambition totalisante conduit à la multiplication des formes narratives, de l’épistolaire au monologue intérieur en passant par le journal d’Édouard, grâce auquel s’opère une mise en abyme à travers laquelle le travail de l’écrivain devient visible au sein même du récit.

L’inspiration

Sans adhérer complètement au motif romantique de l’inspiration comme force extérieure, mystique, parfois divine, Gide élabore son roman au fur et à mesure, sans coller à un plan qui pourrait gâcher la spontanéité et les imprévus. Il se méfie même un peu de cette inspiration, conscient qu’elle ne peut remplacer le travail, même si celui-ci n’est pas complètement méthodique : « J’attends trop de l’inspiration ; elle doit être le résultat de la recherche ; et je consens que la solution d’un problème apparaisse dans une illumination subite ; mais ce n’est qu’après qu’on l’a longuement étudié. »

Citation

« Ce qu’on appelle un “esprit faux” […] – eh bien ! je m’en vais vous le dire : c’est celui qui éprouve le besoin de se persuader qu’il a raison de commettre tous les actes qu’il a envie de commettre ; celui qui met sa raison au service de ses instincts, de ses intérêts, ce qui est pire, ou de son tempérament. »

« Je tâche à enrouler les fils divers de l’intrigue et la complexité de mes pensées autour de ces petites bobines vivantes que sont chacun de mes personnages. »

« La vie nous présente de toutes parts quantité d’amorces de drames, mais il est rare que ceux-ci se poursuivent et se dessinent comme a coutume de les filer un romancier. Et c’est là précisément l’impression que je voulais donner dans ce livre. »

« Ce qui manque à chacun de mes héros, que j’ai taillés dans ma chair même, c’est ce peu de bon sens qui me retient de pousser aussi loin qu’eux leurs folies. »