Exercices Les Faux-Monnayeurs : les sujets du roman
Entrainement
« Pour obtenir cet effet, […] j’invente un personnage de romancier, que je pose en figure centrale ; et le sujet du livre, […] c’est précisément la lutte entre ce que lui offre la réalité et ce que, lui, prétend en faire. »
D’où cette citation est-elle extraite ? Qui le pronom « je » représente-t-il ?
« Monsieur,
J’ai compris à la suite de certaine découverte que j’ai faite par hasard cet après-midi, que je dois cesser de vous considérer comme mon père, et c’est pour moi un immense soulagement. En me sentant si peu d’amour pour vous, j’ai longtemps cru que j’étais un fils dénaturé ; je préfère savoir que je ne suis pas votre fils du tout. Peut-être estimez-vous que je vous dois la reconnaissance pour avoir été traité par vous comme un de vos enfants ; mais d’abord j’ai toujours senti entre eux et moi votre différence d’égards, et puis tout ce que vous en avez fait, je vous connais assez pour savoir que c’était par horreur du scandale, pour cacher une situation qui ne vous faisait pas beaucoup honneur – et enfin parce que vous ne pouviez faire autrement. Je préfère partir sans revoir ma mère, parce que je craindrais, en lui faisant mes adieux définitifs, de m’attendrir et aussi parce que devant moi, elle pourrait se sentir dans une fausse situation – ce qui me serait désagréable. Je doute que son affection pour moi soit bien vive ; comme j’étais le plus souvent en pension, elle n’a guère eu le temps de me connaître, et comme ma vie lui rappelait sans cesse quelque chose de sa vie qu’elle aurait voulu effacer, je pense qu’elle me verra partir avec soulagement et plaisir. Dites-lui, si vous en avez le courage, que je ne lui en veux pas de m’avoir fait bâtard ; qu’au contraire, je préfère ça à savoir que je suis né de vous. (Excusez-moi de parler ainsi ; mon intention n’est pas de vous écrire des insultes ; mais ce que j’en dis va vous permettre de me mépriser, et cela vous soulagera.)
Si vous désirez que je garde le silence sur les secrètes raisons qui m’ont fait quitter votre foyer, je vous prie de ne point chercher à m’y faire revenir. La décision que je prends de vous quitter est irrévocable. […]
Je signe du ridicule nom qui est le vôtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu’il me tarde de déshonorer.
Bernard Profitendieu
P.S. – Je laisse chez vous toutes mes affaires qui pourront servir à Caloub plus légitimement, je l’espère pour vous. »
André Gide, Les Faux-Monnayeurs, partie I, chapitre 2
Commentez la relation entre Bernard et son père telle qu’elle apparaît dans cette lettre.
Évaluation
« Nécessaire d’abréger beaucoup cet épisode. La précision ne doit pas être obtenue par le détail du récit, mais bien, dans l’imagination du lecteur, par deux ou trois traits, exactement à la bonne place. Je crois du reste qu’il y aurait intérêt à faire raconter tout cela par l’enfant ; son point de vue est plus significatif que le mien. […]
Le petit déclara soudain que “ce qu’il aimait le mieux”, c’était “la géographie”. Je soupçonnai que derrière cet amour se dissimulait un instinct de vagabondage.
“- Tu voudrais aller là-bas ? lui demandai-je.
- Parbleu !” fit-il en haussant un peu les épaules.
L’idée m’effleura qu’il n’était pas heureux auprès des siens. Je lui demandai s’il vivait avec ses parents. – Oui. – Et s’il ne se plaisait pas avec eux ? – Il protesta mollement. Il paraissait quelque peu inquiet de s’être trop découvert tout à l’heure. »
André Gide, Les Faux-Monnayeurs, partie I, chapitre 11
Qui est le narrateur de cet extrait ? Expliquez.