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Qu'est-ce que la mobilité sociale ?

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Introduction :

La société se compose de différents groupes, qu’il s’agisse de classes sociales, de catégories socioprofessionnelles ou d’autres formes d’ensembles liés à l’âge, au genre etc. Ces groupes conditionnent la position sociale des individus qui les composent, en fonction de leurs revenus, de leur capital culturel, social ou symbolique et ce indépendamment du fait de savoir s’ils ont conscience ou non d’appartenir à leur groupe de référence.

La constitution de ces groupes n’est pas figée  il arrive que certains individus, au cours de leur vie, voient évoluer leur position sociale. C’est ce que nous allons analyser ici : quelle est la proportion d’individus qui parviennent à passer d’un groupe social à un autre et comment ils y parviennent. Ce concept a un nom particulier en sociologie : on parle de mobilité sociale. Après avoir expliqué de quoi il s’agit, nous étudierons plus particulièrement le cas de la société française d’aujourd’hui.

La notion de mobilité en sociologie

La mobilité sociale

La notion de mobilité sociale a un sens bien spécifique en sociologie. Il est par exemple différent de celui de mobilité géographique, que l’on emploie pour caractériser les mouvements de lieux des populations.

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Définition

Mobilité sociale :

La mobilité sociale désigne le passage d’un individu ou d’un groupe d’individus d’une catégorie sociale à une autre. Elle peut donc être individuelle ou collective.

Parler de mobilité pose deux questions :

  • celle de l’ascenseur social tout d’abord, autrement dit savoir si une société permet à ses membres d’améliorer leur situation sociale ;
  • celle du destin ensuite, c’est-à-dire se demander si les individus sont seuls responsables de leur propre trajectoire sociale, en termes d’évolution professionnelle par exemple.

Elle permet donc de caractériser la circulation des individus entre les différentes positions sociales : celles qu’ils occupent à un moment précis, celles qu’ils occupaient au début de leur vie, celles qui pourront occuper plus tard et celles qu’ils auraient pu occuper. La mobilité sociale peut avoir plusieurs dimensions.

  • Il peut arriver qu’un individu change de statut social au cours de sa carrière, on parle alors de mobilité intragénérationnelle, puisqu’elle concerne les évolutions d’une seule génération.
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Définition

Mobilité intragénérationnelle :

La mobilité intragénérationnelle est le changement de statut social d’un individu au cours de sa carrière professionnelle.

  • Il peut aussi changer de position par rapport à celle qu’avaient ses parents quand ils avaient son âge. On parle alors de mobilité intergénérationnelle, puisqu’elle concerne les évolutions entre deux ou plusieurs générations.
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Définition

Mobilité intergénérationnelle :

La mobilité intergénérationnelle est le changement de position sociale d’un individu par rapport à son origine sociale.

  • Quand la position sociale constatée est supérieure à la position d’origine, on parle de mobilité ascendante.
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Définition

Mobilité ascendante :

Position sociale d’un individu supérieure à son origine sociale.

  • Quand en revanche elle est inférieure à son origine sociale, on parle de mobilité descendante.
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Définition

Mobilité descendante :

Position sociale d’un individu inférieure à son origine sociale.

Parfois, la mobilité peut aussi dépendre directement de l’évolution de la société. Si de moins en moins de fils d’agriculteurs deviennent à leur tour des agriculteurs, cela s’explique essentiellement par le recul du secteur primaire au profit du secteur secondaire et surtout du secteur tertiaire. Dans les faits, il y a bien ici une mobilité, mais c’est une mobilité structurelle : elle dépend des évolutions de la structure socio-économique.

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Définition

Mobilité structurelle :

La mobilité structurelle est une mobilité naturellement observée qui est liée aux changements de la structure socio-économique.

La mobilité peut être brute, ou nette :

  • on dit qu’elle est brute quand elle correspond à la mobilité observée ;
  • la mobilité nette correspond à la mobilité qui dépend uniquement de la capacité d’une société à permettre aux individus de changer de position sociale, au-delà des changements socio-économiques. Pour la calculer, on prend la mobilité brute, la mobilité observée donc, et on y soustrait la mobilité structurelle. On l’appelle aussi fluidité sociale.
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Définition

Mobilité brute, mobilité nette :

  • mobilité brute = mobilité observée dans la société
  • mobilité nette = mobilité brute – mobilité structurelle

Il peut aussi arriver qu’un individu change de profession sans que cela modifie sa position dans la hiérarchie sociale. On parle alors de mobilité horizontale.

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Définition

Mobilité horizontale :

Mobilité qui n’affecte pas la position dans la hiérarchie sociale (due à un changement de profession).

La mobilité horizontale s’oppose à la mobilité verticale, qui se produit quand le changement de profession implique un changement de statut.

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Définition

Mobilité verticale :

Mobilité qui affecte la position dans la hiérarchie sociale (due à un changement de profession).

La mobilité verticale peut être ascendante, quand on progresse socialement, ou descendante, quand le changement de position provoque une régression sociale.

La mobilité revêt donc plusieurs aspects qu’il faut impérativement retenir. Pour avoir une idée de l’état de mobilité d’une société, pour la mesurer, on utilise des outils particuliers qui s’appellent les tables de mobilité.

La mesure de la mobilité : les tables de recrutement et de destinée

Une table de mobilité est un outil statistique. Elle permet d’interroger un échantillon représentatif de personnes pour généraliser les tendances de la société. On choisit pour cela de caractériser un individu :

  • par rapport à sa position, c’est-à-dire au regard de la place qu’il occupe dans la hiérarchie sociale à un instant donné ;
  • par rapport à son origine sociale, à partir de la profession de son père.

Les tables de mobilité se construisent donc à partir des PCS. Il en existe deux types : les tables de destinées, et les tables de recrutement.

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Rappel

Professions et catégories socioprofessionnelles (PCS)

Données ici pour rappel, les PCS sont au nombre de huit :

  • Agriculteurs exploitants ;
  • Artisans, commerçants et chefs d’entreprise ;
  • Cadres et professions intellectuelles supérieures ;
  • Professions Intermédiaires ;
  • Employés ;
  • Ouvriers ;
  • Retraités ;
  • Autres personnes sans activité professionnelle.

Ci-dessous, cette table de mobilité est une table de destinée : elle permet de mesurer le devenir des individus.

table de destinée ses terminale

Le tableau reprend les six PCS correspondant à la population active. La première colonne représente la PCS des fils, la première ligne celle des pères. La lecture du tableau s’effectue en colonnes : par exemple, le chiffre 37 signifie que parmi 100 personnes dont le père était agriculteur, 37 sont devenus ouvriers. Ou encore le chiffre 8 signifie que parmi 100 personnes dont le père avait un travail assimilé aux professions intermédiaires, 8 sont devenues artisans, commerçants ou chefs d’entreprise.

Le second type de table est une table de recrutement : elle permet d’illustrer l’origine des personnes actives qui appartiennent à une catégorie sociale particulière.

Comme la table de destinées, les PCS sont représentées en lignes et en colonnes. Mais la lecture se fait cette fois en lignes. Le 1,2 de la première ligne signifie par exemple que 1,2 % des ouvriers avaient en 2010 un père artisan, commerçant ou chef d’entreprise ou, sur la troisième ligne, que 15,2 % des cadres avaient un père employé.

Les tables de mobilité permettent donc d’avoir une photographie de la mobilité sociale d’une société à un instant précis. Grâce aux tables qui ont été élaborées à des périodes différentes, on peut se rendre compte des évolutions qui ont eu lieu dans la société.

Ces outils posent cependant plusieurs problèmes :

  • ils s’établissent à partir d’échantillons de population. On peut donc supposer que les personnes interrogées ne représentent pas forcément l’ensemble de la société ;
  • ils ne prennent pas en compte les évolutions récentes dans les parcours de vie : de nos jours, peu de personnes gardent le même emploi tout au long de leur vie active. Ils peuvent changer de secteur ou même de métier et ce plusieurs fois ;
  • la nomenclature des PCS ne permet pas de regrouper la population en classes homogènes. Donc, les disparités qui existent à l’intérieur de chacune d’entre elles n’apparaissent pas ;
  • ces tables sont basées sur la seule place de l’homme dans la famille : on considère que seules les situations du père de famille et des fils peuvent illustrer la destinée et le recrutement social. Les positions des femmes ne sont absolument pas prises en compte, ce qui pose quand même un sacré problème.

Toutes les sociétés humaines ne sont pas mobiles. Le contraire de la mobilité est la rigidité sociale. Historiquement, on se rend compte que les sociétés traditionnelles avaient par exemple tendance à être très rigides (on peut penser aux castes, en Inde, ou aux ordres sous l’Ancien Régime, qui imposaient les positions sociales aux individus dès leur naissance, sans qu’ils ne puissent plus évoluer). Le statut social était alors héréditaire et il n’y avait aucune mobilité.

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Définition

Rigidité sociale :

La rigidité sociale est la situation dans laquelle un individu occupe la même situation que ses parents.

Avec l’avènement de la démocratie et de la révolution industrielle, la transmission héréditaire du statut social a été abolie et une égalité de droits a été imposée. Désormais, le statut social est donc quelque chose qui s’acquiert. Nous allons pourtant regarder ce qu’il en est en France.

La société française est-elle mobile ?

Pour déterminer si la société française est toujours mobile, il nous faut étudier les différentes tables de mobilité française et analyser socio-économiquement la société actuelle. On peut constater que le modèle social en place a tendance à davantage se reproduire qu’il y a quelques années, même si des mobilités subsistent malgré tout.

Une tendance à la reproduction sociale

La période des Trente Glorieuses était une période très prospère, au cours de laquelle les niveaux de vie se sont accrus, et où les conditions d’accès aux études ont été facilitées. La situation de quasi plein emploi permettait aux actifs d’accéder à une situation professionnelle stable et d’évoluer sur leur poste. Il s’agissait ainsi d’une période où les mobilités se sont accélérées.

Depuis la fin des années 1970, cette situation semble terminée. On parle d’hérédité sociale pour qualifier une situation dans laquelle les enfants occupent les mêmes positions sociales que leurs parents, avec des professions similaires. Pour de nombreuses raisons, la plupart des hommes occupe aujourd’hui une position proche de celle de leur père : certainement parce qu’il est plus difficile d’accéder à un meilleur capital économique ou culturel. Si le phénomène se développe, cela signifie que les groupes sociaux ont tendance à se reproduire, à autorecruter leurs membres. C’est le cas parmi les agriculteurs par exemple, puisque 88 % d’entre eux avaient un père qui l’était aussi.

De l’avis des sociologues et des démographes, la France d’aujourd’hui est moins fluide socialement qu’il y a une quarantaine d’années. Quand on calcule les chances pour un enfant d’accéder à une position différente et mieux valorisée de celle de son père ou de sa mère, on se rend compte qu’elles avaient fortement augmenté de 1977 à 2003. Mais depuis 2003, elles diminuent à nouveau.

Cela signifie concrètement que les enfants d’aujourd’hui ont moins de chances d’accéder à des positions sociales plus confortables que celles de leurs parents, par rapport aux enfants d’il y a 30 ou 40 ans. Pour bien comprendre, il nous faut reprendre la table des destinées. Voici celle de 2003 :

table des destinées ses terminale

Pour mesurer le degré de l’immobilité sociale, et savoir si une société est mobile ou non, on observe les données sur la diagonale du tableau. On constate plusieurs choses :

  • 21 % des fils d’agriculteurs sont eux-mêmes agriculteurs ;
  • 12 % des fils d’artisans, commerçants et chefs d’entreprise le deviennent aussi ;
  • 45 % des fils de cadres deviennent eux-mêmes cadres ;
  • 33 % des fils d’employés sont à leur tour employés.

Pour schématiser, si pour chaque colonne le chiffre le plus important se situe au niveau de la ligne de la même PCS, alors cela signifie que la tendance à la reproduction est forte pour cette catégorie. Plus les chiffres positionnés sur la diagonale sont élevés, plus la société toute entière est soumise à ce phénomène. On le voit, c’est quasiment le cas ici mais en regardant dans le détail, on se rend pourtant compte que la situation est en fait bien plus complexe, puisqu’elle dépend de chaque PCS, mais surtout aussi des évolutions structurelles de la société.

Une certaine mobilité

Globalement, la mobilité totale (ou mobilité brute), reste en progression. En 1977 par exemple, 57 % des hommes de 40 à 59 ans (et seulement des hommes, puisqu’on ne comptabilise toujours pas les femmes dans les tables de mobilité) n’occupaient pas la même position professionnelle que leur père. En 2003, ils étaient 65 %, soit 7 points de plus. On estime que ce chiffre est aujourd’hui de l’ordre d’une personne sur trois. En d’autres termes, de plus en plus d’individus ont des chances d’avoir un emploi différent de celui de leurs parents.

La différence avec la mobilité nette s’explique par l’importance de la mobilité structurelle : c’est la modification du marché du travail qui a alimenté les mouvements de positions. La tertiarisation de l’économie est une des explications, mais il y a aussi l’ouverture européenne, le développement des nouvelles technologies qui ont bouleversé à la fois la façon de produire et les besoins de main-d’œuvre.

En 2003, la mobilité structurelle représentait 40 % de la mobilité sociale brute. Cela signifie que la mobilité sociale est aussi liée à la croissance économique et au développement, puisque, avec cette croissance, certaines catégories socioprofessionnelles se développent et d’autres régressent.

En observant à présent le détail de chaque PCS, des différences importantes apparaissent :

  • seuls 9 % des fils d’agriculteurs deviennent cadres ;
  • 4 % des fils d’ouvriers deviennent artisans, commerçants ou chefs d’entreprise.

La mobilité semble plus facile quand les PCS sont proches : on passe plus simplement de profession intermédiaire à cadre, que de profession intermédiaire à artisan. Il en est de même d’ouvrier à employé, par rapport à ouvrier vers cadre. En fait ce sont surtout les accès aux statuts supérieurs qui sont inégaux : les ouvriers, les agriculteurs et les employés en sont quasiment exclus.

La mobilité brute se maintient donc, mais les chances pour les enfants d’avoir accès à des positions sociales plus élevées que celles de leurs parents ne sont pas du tout équivalentes selon la position qu’ils occupent au départ.

Conclusion :

La mobilité revêt un sens particulier en sociologie. Il en existe plusieurs formes : intergénérationnelle ou intragénérationnelle, horizontale ou verticale, ascendante ou descendante, brute ou nette, ou encore structurelle. Pour la mesurer, on utilise des tables de mobilité qui sont de deux sortes :

  • les tables de destinées indiquent le devenir des individus, elles se lisent en colonnes ;
  • les tables de recrutement se lisent en lignes et illustrent l’origine des personnes actives, par PCS. Ces outils ont des avantages et des inconvénients, mais ils permettent d’avoir une photographie à peu près représentative de la fluidité sociale d’une société.

Depuis une quarantaine d’années, certains considèrent que la France fait face à une situation d’immobilité sociale, qui conduit à des situations de reproduction et d’auto recrutement. La réalité est plus compliquée, car c’est en fait la mobilité structurelle qui est importante, ainsi que les différences entre chaque catégorie sociale.