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Villes et développement durable : l’exemple de Londres

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Introduction :

En 1900, 98 % de la population mondiale vivait dans les campagnes. En 2015, ce taux est descendu à 50 %. En 1950, il y avait à peine deux aires urbaines de plus de dix millions d’habitants. En 2025, il y en aura au moins vingt-cinq. L’essor des villes depuis un siècle et demi est donc impressionnant.

L’exceptionnelle croissance urbaine à l’échelle du globe est un phénomène qu’il faut comprendre afin de saisir les différents enjeux liés au développement. Ce cours traitera des notions nécessaires pour appréhender le thème de la croissance urbaine, afin de pouvoir le mettre en relation avec le principal enjeu de société du XXIe siècle : le développement durable. En effet, il est important de souligner que ce sont les pays en développement qui concentrent la majorité des villes du monde. C’est pour cela que l’aménagement des villes des pays développés ne se réalise pas de la même manière, ni avec les mêmes objectifs, que l’aménagement des villes des pays en développement.

Pour illustrer ce propos nous étudierons l’exemple de la ville de Londres. La capitale du Royaume-Uni, l’un des pays les plus puissants au monde, a en effet beaucoup investi dans le domaine du développement durable. Toutefois, les inégalités sociales n’ont jamais été aussi présentes.

Afin d’étudier les enjeux liés à l’aménagement d’une ville développée, nous présenterons en première partie les caractéristiques de Londres, une « ville-monde ». Nous présenterons ensuite les aménagements centraux de Londres et ses conséquences sociales. Nous terminerons ce chapitre par une analyse des défis relevés pour aménager durablement les villes des pays développés.

Conséquences de la croissance urbaine de Londres

Londres, un centre de commandement mondial

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Définition

Ville-monde :

Une ville-monde est une métropole (on peut aussi dire une « mégapole ») qui possède des fonctions de commandement à l’échelle mondiale.

La capitale du Royaume-Uni est un parfait exemple de ville-monde, étant donné qu’elle est l’un des trois centres financiers les plus puissants au monde, avec New York et Tokyo. Le PIB de la seule ville de Londres dépasse d’ailleurs celui de la Suède, qui est pourtant un pays très développé.

  • Elle doit sa puissance à son rôle dans les marchés financiers : la City est en effet un agent fondamental de leur activité.

La City, quartier d’affaire de Londres La City, quartier d’affaire de Londres

  • C’est également la première place bancaire au monde, avec plus de 550 sièges de banques étrangères.
  • Dans le domaine du commerce, Londres a développé ses activités notamment autour des assurances, qui lui assurent un poids mondial dans les prises de décisions.
  • Le niveau culturel de la ville de Londres est aussi un acteur majeur du rayonnement de la ville, tout comme ses capacités d’innovations scientifiques et technologiques.

La division spatiale de Londres

Dans son agglomération, Londres compte 9 millions d’habitants. La ville est composée :

  • du centre de Londres, composé d’un peu moins de 3 millions d’habitants ;
  • et du « Grand Londres », composé de la périphérie qui entoure le centre, et qui comprend 6 millions d’habitants.

Le centre de Londres est appelé « Inner London », tandis que sa périphérie se nomme « Outer London ». L’agglomération de Londres est entourée par l’aire métropolitaine.

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À retenir

Il y a donc trois niveaux d’analyse lorsque l’on parle de Londres : le centre urbain, la périphérie et l’aire métropolitaine.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville est soumise à un phénomène d’étalement urbain. Ce dernier est dû aux politiques publiques d’aménagement de la ville : afin de décongestionner le centre-ville, les politiques ont largement favorisé la création d’emplois en périphérie.

  • Les conséquences concrètes de cet étalement urbain sont tout d’abord liées aux transports : cette politique a en effet provoqué l’utilisation massive des voitures comme moyen de transport quotidien.

Les autorités publiques ont alors mis en place un plan d’aménagement important pour réduire la congestion du centre-ville de Londres. Ce plan prévoyait non seulement la mise en place de villes nouvelles autour des périphéries, mais aussi l’aménagement de ceintures vertes.

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Définition

Ceinture verte :

Une ceinture verte, ou green belt, est un espace qui permet de contrôler l’étalement urbain par la mise en place d’une zone-tampon dans laquelle les constructions sont interdites, et qui permet alors de maintenir des activités rurales et de préserver des milieux naturels.

Fragmentation urbaine et ségrégation spatiale

La ville de Londres est marquée par une spécialisation des espaces : on parle alors de fragmentation urbaine. Cela signifie que les quartiers de la ville sont organisés selon les activités qui y sont pratiquées.

  • Le centre de Londres prend donc en charge les activités financières et économiques de la ville.
  • Les quartiers Est sont voués aux activités commerciales et portuaires.
  • Une partie du centre et de l’Ouest concentrent les activités tertiaires et liées à la technologie.

On note toutefois que les activités culturelles sont réparties un peu dans toute la ville, et cette fragmentation urbaine entraîne des conséquences sociales.

La ville de Londres, malgré un dynamisme économique certain, possède un taux de pauvreté impressionnant, qui contraste avec son visage de métropole mondiale.

  • Récemment, de nombreuses ONG ont souligné l’augmentation inquiétante des personnes dépendantes des aides alimentaires nationales.
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À retenir

On voit alors que la ville de Londres, extrêmement développée sur le plan financier, centre de décision à échelle mondiale, possède également un autre visage, d’une très grande pauvreté. Selon les dernières études, 28 % de la population londonienne vit en dessous du seuil de pauvreté.

  • L’est et le sud de la ville représentent les anciens quartiers industriels du XIXe siècle. Peuplés en général d’immigrés, ils souffrent de la désindustrialisation du XXe siècle.
  • Le nord et l’ouest sont, quant à eux, peuplés d’habitants aux niveaux de vie très élevés, parmi les plus élevés au monde.

Londres est donc un parfait exemple des inégalités sociales que le développement durable dénonce et combat. L’exemple de cette ville-monde permet également de remarquer qu’il y a toujours plusieurs échelles à prendre en compte : si l’Angleterre est un pays du Nord, développé et riche, elle n’en reste pas moins parsemée d’inégalités internes, qui ne sont ni à négliger ni à oublier.

Consciente de ses faiblesses, la ville de Londres a entrepris de nombreuses politiques de rééquilibrage : une dans le domaine des transports, l’autre dans la redynamisation de quartiers sensibles.

Aménagements de Londres

Les transports à Londres

L’étalement urbain a évidemment entraîné des conséquences dans les logiques de transports. Le réseau a dû être étendu et densifié afin de permettre aux populations périphériques de rejoindre le centre et d’en revenir :

  • c’est ce que l’on appelle les migrations pendulaires.

Le Grand Londres est organisé à partir d’une série de routes et d’autoroutes qui relient la capitale aux petites villes alentours. La M25 est une autoroute périphérique qui entoure le Grand Londres, et qui permet d’accéder rapidement à son centre. Londres dispose également de cinq aéroports internationaux : Heathrow, Luton, Stansted, l’aéroport de la City et Gatwick.

  • Cette grande accessibilité permet à Londres de se présenter comme l’un des hub les plus dynamiques du globe.
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Définition

Hub :

Un hub est une zone privilégiée grâce à ses infrastructures qui la connectent au monde entier.

Les aéroports de Londres Géographie seconde Les aéroports de Londres

À partir des années 2000, et dans une perspective de durabilité, la ville de Londres a rénové son centre-ville et a aménagé ses transports urbains de telle manière qu’il se densifie à nouveau : on parle d’une nouvelle densification du centre-ville, pour dire qu’il regagne des habitants.

Le projet Thames Gateway

Afin de rééquilibrer la ville, le projet Thames Gateway propose des solutions urbanistiques et économiques. Le sud et l’est de la ville sont particulièrement défavorisés, notamment en ce qui concerne les infrastructures. Ce sont des zones mal desservies par les transports en commun, ce qui accentue davantage l’enclavement des populations déjà fragiles. Le projet propose de revoir le réseau de transports en commun mais également de construire de nouveaux logements nécessaires à la croissance de la ville.

  • Mais ce projet a été dénoncé pour ses risques de « gentrification ».
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Définition

Gentrification :

On parle de gentrification lorsque des populations issues de la classe moyenne s’installent dans des anciens quartiers populaires ; les populations pauvres sont alors obligées, face à l’augmentation des loyers, de s’éloigner un peu plus.

Il faut également noter que ce projet de ré-urbanisation de l’est de la ville est lié aux Jeux Olympiques de 2012, qui ont eu lieu à Londres.

Les anneaux olympiques sur le Tower Bridge, en 2012 Les anneaux olympiques sur le Tower Bridge, en 2012

Dans cette perspective, les JO ont été pensés comme une vitrine de la ville. C’est à cette occasion que la banlieue de Stratford a été profondément modifiée. Alors qu’elle était en déclin, cette banlieue a réussi en une décennie à se transformer d’une manière telle qu’elle a non seulement accueilli les JO 2012, mais qu’elle est désormais prête à accueillir les investisseurs internationaux. Cependant, cette redynamisation se fait au prix de l’éloignement des populations marginalisées :

  • elle ne résout en rien le problème de la pauvreté à Londres.

Jeux Olympiques 2012  : les sites sur le territoire du grand Londres Géographie seconde Jeux Olympiques 2012  : les sites sur le territoire du grand Londres

Londres, ville durable ?

Mise au point

L’étalement urbain possède un coût élevé :

  • non seulement au niveau écologique, puisque l’augmentation des trajets en voiture accroît la pollution,
  • mais également au niveau social, puisqu’il provoque une fragmentation et une ségrégation importantes.

Depuis les JO 2012, Londres a donc cherché à densifier à nouveau son centre-ville, au prix d’une gentrification très élevée.

Malgré des politiques de dissuasion de l’utilisation de l’automobile, comme par exemple l’augmentation du coût du péage, ou encore l’amélioration des transports en commun, la fragmentation sociale n’a pas diminué en ville. Pourtant, Londres est souvent présentée comme le modèle de la ville durable.

  • Comment comprendre ce paradoxe ?

Aménagements durables

Tout d’abord, on remarque que le site entier des JO de 2012 a été pensé sur une logique de durabilité. Il n’a pas été question, par exemple, de construire des infrastructures gigantesques seulement pour les JO mais, au contraire, de les réutiliser par la suite.

Le site a également été pensé de manière à n’accueillir aucune voiture. D’ailleurs, aucun parking n’a été construit. Il a même été prévu que les logements construits pour les JO soient transformés en logements à loyers modérés. Par ailleurs, les JO ont également stimulé la restauration de cours d’eau naturels.

Mis à part les aménagements liés aux Jeux Olympiques, Londres a également investi dans la construction d’écoquartiers, construits sur d’anciennes friches industrielles.

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Définition

Écoquartier :

Un écoquartier est un quartier qui possède des caractéristiques écologiques.

  • Le quartier de Bedzed en est un exemple.

Bedzed, un écoquartier de Londres Bedzed, un écoquartier de Londres

  • Toutefois, le second exemple de quartier durable, Greenwich Millenium Village, démontre que les ambitions écologiques et sociales ne servent bien souvent qu’à être une vitrine destinée à vendre davantage l’image de Londres. En effet, malgré l’importance des espaces verts dans la conception du quartier, les logements construits sont destinés aux familles les plus riches : encore une fois le développement durable apparaît comme un luxe.

Que nous apprend l’exemple de Londres sur l’aménagement des villes du Nord ?

L’exemple de Londres a permis de soulever de nombreuses problématiques autour de l’aménagement durable des villes du Nord.

  • Tout d’abord, la croissance démographique se traduit par une augmentation de la population urbaine. Londres a connu un processus d’étalement urbain qui a augmenté les migrations pendulaires et par conséquent la pollution atmosphérique.
  • Ensuite, la ville de Londres accueille des quartiers extrêmement riches, qui côtoient des quartiers très pauvres : la ségrégation sociale et spatiale des villes du Nord est un réel problème qui ne trouve aucune solution durable à l’heure actuelle. Malgré la mise en œuvre de politiques d’aménagements qui se voulaient durables, le développement se réalise toujours à deux vitesses, creusant encore plus les inégalités. Les écoquartiers, bien qu’ils soient apparemment une solution viable, ne sont en réalité pas vraiment pensés pour les classes populaires.
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À retenir

Le processus de métropolisation, c’est-à-dire des fonctions de commandement dans les grandes villes, se fait donc au prix d’une ségrégation socio-spatiale.

Conclusion :

Londres est une ville-monde parmi les plus importantes de la planète. Intégrée aux flux de la mondialisation, elle rayonne financièrement, culturellement et politiquement. Mais la spécialisation des quartiers, l’augmentation des prix des loyers ainsi que les récentes politiques d’aménagements durables provoquent l’augmentation de la pauvreté urbaine. Les inégalités sont en effet de plus en plus visibles à Londres. Cet exemple permet de comprendre que les villes du Nord, bien que riches et très développées, n’ont pas encore su s’adapter correctement aux logiques de durabilité qu’elles ont pourtant définies.