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Sujet bac – annale géopolitique – 21 mars 2023 – corrigé – dissertation 2
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Corrigé bac

Sujet bac : annale 21 mars 2023

Dissertation d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques

Sujet 2 – Protection et valorisation du patrimoine en France

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Astuce

Remarques préliminaires :

Il s’agit d’un sujet de cours assez classique, ce qui n’empêche pas la démarche réflexive. Il faut particulièrement travailler la définition des mots et la problématisation pour donner un sens au sujet et éviter le « par cœur ».
Il s’agit d’un vaste sujet. Il faut donc faire des choix. La difficulté est de synthétiser le propos tout en sélectionnant soigneusement des exemples parlants pour illustrer vos idées.
Le sujet doit toujours mobiliser les grilles de lecture propres à la Spécialité HGGSP : l’histoire (à savoir l’histoire du patrimoine en France) ; la géographie (le patrimoine est ancré dans des territoires, et rayonne au-delà de son territoire d’origine, l’emboîtement d’échelles permet de l’étudier) ; la géopolitique (avec le soft power, le rayonnement de la France dans le monde et la construction du patrimoine européen) ; enfin la science politique (avec le rôle des différents acteurs, notamment de l’État).

Introduction :

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Astuce

L’introduction doit comprendre 4 parties :

  • L’accroche : il s’agit d’amener le sujet en donnant envie au correcteur de lire la copie, une manière de lancer l’hameçon. Pour cela, il est pertinent par exemple de proposer une citation qui correspond bien au sujet, comme proposé ici. Mais cela peut aussi être un fait d’actualité, une donnée particulière qui sert de support à la réflexion.
  • La définition du sujet : c’est-à-dire la définition des termes du sujet mais aussi des interactions entre les termes du sujet : ici, nous avons 3 mots-clés qui sont « patrimoine » (le sujet porte sur le patrimoine national français, vu en tant qu’héritage), « protection », « valorisation », mais aussi le lien entre « protection » et « valorisation » à prendre en compte.
  • La problématique : reprendre ou reformuler le sujet sous forme de question problématisée.
  • L’annonce du plan (les points autour desquels s’organise l’argumentation) : ici, un plan à la fois chronologique et thématique. Allier les deux démarches peut être une bonne solution, mais ce n’est pas obligatoire. Le corrigé propose une première partie axée sur la notion de protection et de sauvegarde (XIXe siècle jusqu’aux années 1960), une deuxième partie sur la valorisation et réhabilitation avec une diversité de patrimoines et d’enjeux (années 1980-1990-2000), enfin, une troisième partie sur le patrimoine protégé et valorisé à diverses échelles de nos jours et qui devient un outil toujours politique et aussi géographique et géopolitique.

« Le patrimoine est destiné en priorité à des générations futures. En le conservant nous extériorisons et rendons visible le lien qui nous unit à celles-ci », écrit Krzysztof Pomian.
Le terme latin patrimonium désigne les biens appartenant à une famille, transmis et entretenus par héritage. Propriété transmise par les ancêtres, le patrimoine en France est donc un héritage dans lequel tous les Français peuvent se reconnaître. Depuis 1978, le ministère de la Culture français est doté d’une direction générale des patrimoines à qui il incombe de multiples tâches : recenser, étudier, protéger, conserver et valoriser le patrimoine, ou plutôt les patrimoines, qu’ils soient de nature architecturale, urbaine, archéologique, ethnologique, immatérielle, photographique ; qu’ils concernent les monuments historiques ou les sites patrimoniaux, les parcs et jardins, toutes les richesses artistiques de la France. La protection implique avant tout la conservation, la sauvegarde, la restauration du patrimoine. La valorisation, quant à elle, va de pair avec la diffusion, la sensibilisation des publics, l’éducation au patrimoine, la transmission d’une culture patrimoniale. Le patrimoine est en quelque sorte revivifié.
Comment concilier protection et mise en valeur du patrimoine français ?
Après avoir montré les politiques de patrimonialisation de l’État français depuis la Révolution française en vue de protéger et conserver le patrimoine, nous verrons que la mise en valeur du patrimoine prend toute son ampleur à partir des années 1980. Enfin, nous présenterons le rayonnement de la France dans le monde grâce à sa richesse patrimoniale à la fois protégée et valorisée.

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Attention

Pour vous aider à visualiser le corrigé, nous allons mettre des titres aux différentes parties : vous ne devez bien sûr pas les écrire sur votre copie le jour de l’épreuve, mais vous pouvez les noter sur votre brouillon pour vous aider à structurer vos idées (travail sur le plan détaillé de votre rédaction).

La portée politique du rôle de l’État, acteur majeur de la conservation du patrimoine (de la Révolution française aux années 1960)

Depuis la Révolution française, l’État est l’acteur majeur de la conservation du patrimoine en France. La gestion du patrimoine a, en effet, une portée éminemment politique.

De la protection à la restauration du patrimoine

Durant la Révolution, les destructions des symboles d’Ancien Régime sont dénoncée par l’abbé Grégoire qui utilise le terme de « vandalisme » en 1794. L’idée de « patrimoine » émerge donc de la dénonciation de ceux qui ne le respectent pas, de la confrontation entre des révolutionnaires qui veulent faire table rase du despotisme monarchique et ceux qui pensent que l’État doit confisquer les biens du clergé et des nobles émigrés afin qu’ils appartiennent au patrimoine national et puissent être protégés de la destruction. Cette volonté de protection s’épanouit au XIXe siècle avec l’Inspection générale des monuments historiques qui est dirigée par Prosper Mérimée de 1834 à 1860. Ce dernier opère un classement des monuments à restaurer en priorité. Il fait appel à l’architecte Viollet-Le-Duc dont le premier chantier est la restauration de la basilique de Vézelay, mais bien d’autres suivront comme la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ce grand architecte a une idée bien précise de la restauration. Il écrit, dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture que « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ».

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Astuce

Il est pertinent d’avoir un panel de citations à utiliser, soit en accroche, soit pour illustrer un argument dans le corps de la dissertation. Il en va de même pour les exemples, que vous pouvez répartir sur votre brouillon pour les utiliser à l’endroit qui vous paraît le plus pertinent dans votre rédaction.

Cette définition de la restauration, qui peut être qualifiée de créative, est controversée, mais a le mérite de prendre en considération la complexité de l’acte de restaurer.

Protection et valorisation du « grand » et du « petit » patrimoine à Paris puis dans la France entière

Si le début du XXe siècle est marqué par des lois protégeant le patrimoine – loi de 1913 sur les biens immobiliers classés et loi de 1930 sur la protection des sites, paysages et monuments de caractères artistiques –, la deuxième moitié du XXe siècle est l’âge d’or des politiques patrimoniales publiques centralisées. André Malraux, ministre d’État des Affaires culturelles de 1959 à 1969, sous la présidence du général de Gaulle, orchestre la restauration de grands monuments symboliques de l’histoire de France, un tout petit nombre d’édifices, comme le château de Versailles, la cathédrale de Reims, le Louvre et les Invalides en 1962. L’action publique en matière de patrimoine connait un véritable tournant à cette époque. André Malraux crée des secteurs sauvegardés dans les centres-villes historiques afin de les protéger d’un urbanisme sauvage. De plus, en 1964, une commission nationale est chargée de préparer l’inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Il s’agit de faire connaitre l’ensemble des éléments patrimoniaux du pays, « de la petite cuillère à la cathédrale » disait Malraux. C’est une prise de conscience de la richesse et de la diversité du patrimoine.

Des enjeux complexes autour de la valorisation et réhabilitation des patrimoines (des années 1980 aux années 2010)

Dans les années 1980, la démocratisation patrimoniale s’approfondit. L’enjeu politique se maintient, mais les enjeux sociétaux et économiques l’accompagnent. La transmission d’une culture patrimoniale nécessite une réhabilitation et d’une revivification du patrimoine.

Un équilibre difficile entre protection et valorisation du patrimoine

La médiatisation de l’action patrimoniale a pour point de départ l’« année du patrimoine » décrétée par le gouvernement français en 1980. À partir de 1984, Jack Lang, ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand, est à l’origine de l’institution des journées du patrimoine qui sont des journées porte-ouvertes dans les monuments historiques. En 1985, des labels attribués par le ministère de la Culture renforcent la visibilité et l’attractivité des sites patrimoniaux. Commence alors une course aux labels avec le risque d’une marchandisation du patrimoine. En effet, si les labels ont pour objectif premier de protéger les sites et de faciliter les financements afin de les préserver, ils ont aussi une dimension publicitaire et le tourisme de masse peut fragiliser le patrimoine. L’équilibre entre protection et valorisation devient alors un exercice périlleux. Parallèlement à ces décisions ministérielles, la territorialisation du patrimoine entraîne une gestion de plus en plus décentralisée. Les collectivités territoriales participent à la valorisation du patrimoine, ainsi que des associations de protection du patrimoine, comme l’association « Maisons paysannes de France », soutenue par des bénévoles, qui œuvre à sauvegarder le patrimoine rural bâti et paysager. Il s’agit bien de montrer que le territoire français est le patrimoine commun de la nation. Mais le budget de l’État est en baisse, aussi le mécénat finance de plus en plus la sauvegarde du patrimoine. Ainsi, le groupe LVMH, qui détient de nombreuses marques de luxe, notamment Dior, initie depuis 1991 une action de mécénat en faveur de la préservation et du rayonnement du château de Versailles. Les acteurs de la valorisation du patrimoine sont donc de plus en plus nombreux. Cela s’explique par les difficultés de l’État à financer la sauvegarde du patrimoine et sa réhabilitation.

Réhabiliter et revivifier le patrimoine industriel

En effet, valoriser le patrimoine, c’est aussi le réhabiliter, le revivifier. Pierre Mauroy, ancien premier ministre, milite, dans les années 1990, en faveur de la « patrimonialisation des oubliés », et notamment des ouvriers. Cette prise de position conduit à la reconnaissance du patrimoine industriel. Avec la fin de l’activité minière en France, une opération progressive de patrimonialisation du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais aboutit, d’une part, à maintenir l’identité et conserver la mémoire ouvrière du lieu, et d’autre part, à faire renaître le lieu par un processus de muséification ou de réhabilitation. L’équilibre est à trouver entre garder les traces du passé et revivifier une région désindustrialisée en crise. L’exemple de l’implantation du Louvre-Lens, inauguré en 2012, est un symbole fort, comme une courroie de transmission entre un lieu symbolique du patrimoine industriel longtemps ignoré et même méprisé, car considéré inesthétique, et un haut lieu artistique et culturel français prestigieux.

Richesse patrimoniale à différentes échelles et rayonnement de la France au XXIe siècle

Protéger et valoriser le patrimoine, c’est aussi le faire vivre, le faire rayonner à de multiples échelles. Au XXIe siècle, la richesse du patrimoine français contribue à faire de la France le premier pôle touristique mondial avec 48 millions de touristes en 2021.

La valorisation du patrimoine est un outil de prestige à l’échelle mondiale

En effet, en partant de la valorisation du patrimoine dans ses territoires, que ce soient les friches industrielles du Nord ou de l’Est de la France, la route des vins d’Alsace ou le Val de Loire pour ses châteaux, la France bénéficie d’un rayonnement mondial dont les retombées économiques sont fondamentales. L’enjeu est également diplomatique dans la mesure où le caractère exceptionnel du patrimoine français est un outil de prestige. Il faut se souvenir de la vague d’émotion en France et dans le monde après l’incendie de Notre-Dame en avril 2019, cathédrale inscrite au patrimoine de l’humanité depuis 1991. Ainsi, le patrimoine français, qu’il soit matériel ou immatériel, est un signe de puissance de la France. Par exemple, en 2010, le repas gastronomique des Français est ajouté sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. Cette reconnaissance patrimoniale ne repose pas sur un plat particulier mais sur des pratiques sociales autour du repas : le plaisir de cuisiner avant de passer à table, mais surtout le temps passé à table qui est un moment de partage et de convivialité, un moment de travail et de dialogue lors des visites de chefs d’État étrangers en France, ou lors des grands sommets comme celui du G7 à Biarritz en 2017, où la gastronomie basque est mise au service de la diplomatie.

La valorisation du patrimoine est un outil stratégique à l’échelle européenne

Ainsi, le patrimoine est un élément majeur de la stratégie du soft power français. Ce pouvoir de séduction repose sur l’idée de raffinement à la française. Outil stratégique, le patrimoine est mieux connu des Français mais aussi des Européens. En 2005, à l’initiative de la France, des États de l’Union européenne créent le label européen. Ce label désigne des sites témoins de l’héritage européen. La protection et la valorisation de ces sites renforce le dialogue interculturel et le processus d’intégration européenne. Quarante-huit sites européens ont été labellisés dont 5 en France, comme l’abbaye de Cluny ou le quartier européen de Strasbourg. La France a également inspiré les journées européennes du patrimoine, une initiative qui s’est propagée dans toute l’Europe à partir de 1999. La nuit européenne des musées, lancée en 2005, est une autre manifestation de valorisation du patrimoine à l’échelle européenne. L’intersection entre la valorisation du patrimoine français et européen montre à quel point la protection et la valorisation reposent sur un projet culturel, social et politique présent. Le sens moderne de patrimoine est de faire devenir patrimoine un lieu, un objet ou un savoir, qui fait sens dans le présent, qui relie les individus et qui est transmis aux générations futures.

Conclusion :

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La conclusion doit comprendre 3 parties :

  • Faire un bilan (et non pas un résumé) : retenir l’essentiel, mais ne pas recopier l’annonce du plan, ce qui n’aurait aucun intérêt.
  • Répondre à la problématique : Montrer que vous avez compris l’enjeu du sujet, la réponse n’est pas toujours tranchée, elle peut être nuancée.
  • Faire une ouverture : toujours à l’affirmative, sur un sujet proche qui mènerait à un approfondissement de la réflexion. Dans le cas présent, on a choisi une ouverture qui porte sur le tourisme durable, une démarche qui a le vent en poupe depuis la crise sanitaire et qui est née de la prise de conscience des effets négatifs du tourisme de masse. Il se définit par le respect, la sauvegarde et la mise en valeur durable de toutes les formes de patrimoine.

Ainsi, la démarche patrimoniale, est apparue comme une volonté de conserver les traces du passé. Néanmoins, cette démarche a toujours répondu aux besoins du présent avec toutes ses difficultés, notamment autour des problèmes de financement et des politiques d’aménagement. La protection du patrimoine s’accompagne d’une valorisation créatrice : faire des choix permettant aux sociétés de s’approprier le patrimoine en s’y reconnaissant, construire le patrimoine de l’Europe, utiliser le patrimoine à des fins de prestige national.
Les deux défis semblent inséparables : sauvegarder et protéger mais aussi valoriser et transmettre. Néanmoins, concilier protection et valorisation du patrimoine n’est pas toujours simple. La valorisation entraîne une fréquentation grandissante qui peut nuire à la protection du patrimoine.
Si la question a été résolue pour la grotte de Lascaux, la construction d’une reconstitution de la grotte avec ses peintures pariétales permettant la diffusion des connaissances de l’art préhistorique tout en protégeant l’original, le problème se pose pour de nombreux autres sites du patrimoine culturel ou naturel, les deux pouvant s’imbriquer, tant il peut exister d’interactions entre le milieu naturel et le patrimoine architectural. Le Mont-Saint-Michel, chef d’œuvre du patrimoine naturel et culturel de l’humanité, a inspiré toute une approche de tourisme durable. Cette démarche est certainement le nouveau défi à relever pour préserver le patrimoine tout en le valorisant.