Corrigé Bac Sujet bac – Humanités – 2025 – Corrigé – Littérature – Essai

Épreuve d’humanités, littérature et philosophie

Essai littéraire : Que nous apprennent la littérature et les arts sur la complexité du moi ?

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Astuce

  • Le texte d’Alain peut vous servir de point de départ (voir introduction) mais votre analyse dépassera nécessairement le champ du texte. Il faudra mobiliser toutes les connaissances vues en classe pour poser une problématique et répondre à la question posée en utilisant des arguments et des exemples.
  • Ces arguments peuvent être puisés dans les idées des auteurs étudiés, dans les textes analysés en classe, dans les notions abordées en cours et dans vos lectures personnelles. Comme le précise le sujet (« que nous apprennent la littérature et les arts… ? »), vous devez mobiliser votre culture artistique et élargir votre panel d’exemples aux autres arts que l’art littéraire (peinture, sculpture, cinéma…).
  • Au cours de l’année, élaborez et mémorisez pour chaque chapitre une fiche récapitulative regroupant des références pertinentes que vous pourrez exploiter de manière efficace le jour de l’épreuve.
  • N’oubliez pas que le sujet est obligatoirement en lien avec les thèmes que vous avez abordés dans votre programme de terminale. Ici, le sujet est en lien avec le sous-thème « Les métamorphoses du moi ». Cela peut vous aider à vous souvenir des références à mobiliser.

Introduction :

Le moi désigne la conscience que l’individu a de lui-même : l’ensemble des pensées, des émotions et des souvenirs qui font son identité, mais qui ne cessent d’évoluer et de se transformer au fil du temps. (Définition des termes) Selon Alain, « tout change en moi sous mon regard et par mon regard » (l. 1) : le moi détermine donc mon regard sur le monde ainsi que sur le moi lui-même, dans une attitude réflexive. Mais Alain met en lumière un paradoxe: le moi est à la fois unifié (même quand je me dédouble, il s’agit encore de moi) et se transforme sans cesse. Cette réflexion sur l’identité a toujours été un sujet de prédilection, sinon le sujet principal de la littérature et des arts. (Légitimation du sujet, amorce qui permet d’annoncer la problématique) Par définition, le moi est donc mouvant, parfois ambivalent. « Je est un autre », écrit Rimbaud dans sa lettre à Paul Demeny (dite Lettre du Voyant, 1871). Dans les œuvres d’art, comme dans la vie, l’identité personnelle n’est ni stable – elle fluctue – ni transparente – il arrive qu’elle demeure mystérieuse, aux autres comme à nous-mêmes. Comment la littérature et les arts nous permettent-ils de mettre en lumière cette complexité ? (Problématique) Nous verrons dans un premier temps qu’en mettant en scène son caractère problématique, les artistes, dans ce qui s’apparente à une quête, cherchent d’abord à révéler son caractère insaisissable. Nous nous interrogerons ensuite sur les failles que ces domaines mettent en relief dans leur exploration du moi. Enfin, nous intéresserons au caractère pluriel, multiple du moi à travers ses différentes métamorphoses. (Annonce du plan)

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Rappel

Le jour de l’examen, aucun titre de partie ne doit apparaître. Vous devez expliquer clairement de quoi vous parlez. Néanmoins, choisir des titres au brouillon peut vous aider dans votre réflexion.

L’art au service de l’exploration d’un moi insaisissable

L’écriture de soi permet d’abord à l’écrivain d’appréhender la complexité de son propre moi. En se racontant, il ne cherche pas seulement à livrer des faits, mais à comprendre ce qui le constitue intérieurement et qui demeure, pour une large part, mystérieux. De Saint-Augustin à Montaigne puis à Rousseau, plusieurs écrivains ont inauguré cette démarche introspective et ont donné ses lettres de noblesse au genre autobiographique. Plus tard, Proust, dans À la Recherche du temps perdu, s’est interrogé sur les pouvoirs de la mémoire sensorielle, capable de faire ressurgir le passé à l’aide du simple goût d’une madeleine trempée dans du thé. Ce passé enfoui permet à Proust de retrouver ses différents moi, les différentes strates de l’identité qu’il renferme. Sarraute, dans Enfance, poursuit cette quête de manière totalement novatrice en mettant en scène un dialogue avec son double, dévoilant ainsi le dédoublement d’un moi qui se cherche. Construction de soi à partir de la mémoire et de l’introspection, la littérature apparaît donc bien comme un moyen puissant d’explorer la complexité du moi.

Par ailleurs, il s’agit parfois de reconstruire un moi disloqué, abîmé, troué par les expériences traumatiques. Ainsi, dans W ou le souvenir d’enfance, Perec tente de reconstruire son identité brisée par la guerre et la perte de ses parents. En alternant récit autobiographique et fiction allégorique, il montre que la mémoire est fragmentaire et incertaine. L’histoire imaginaire de l’île de W reflète symboliquement la violence et le désordre du monde réel, tandis que le récit personnel cherche à combler les silences du passé. Par cette écriture éclatée, Perec parvient à redonner forme à son moi, non en restituant fidèlement ses souvenirs, mais en acceptant les manques qui le constituent. L’écriture devient ainsi un moyen de se réapproprier son identité et de transformer la perte en création.

De même, dans les arts visuels, l’art de l’autoportrait révèle la complexité du moi en montrant qu’il est impossible de se saisir tout entier. L’observation attentive de l’évolution des autoportraits de Picasso de ses 15 ans à un âge avancé en disent long sur l’artiste : même s’il est vrai que cette évolution va de pair avec son cheminement artistique et l’avènement du cubisme, le spectateur est frappé par la diversité des visages que le peintre montre de lui-même, comme si les différentes facettes de son moi étaient intarissables. De plus, l’aspect fracturé des dernières œuvres montre bien à quel point il lui est difficile (et sans doute impossible) de se représenter dans toutes ses dimensions. En se représentant, l’artiste doit donc faire des choix et ne mettre en lumière qu’une partie de lui-même. En travaillant cela, il découvre un moi ambigu, fait de zones d’ombre, de contradictions et de doutes, mais aussi construit à partir des expériences qui ont jalonné son existence. Frida Kahlo, par exemple, dans La Colonne brisée, cherche à saisir la partie d’elle-même qui l’a poussée à peindre et l’a menée à la résilience. L’autoportrait devient alors une quête de soi, voire une tentative de réappropriation de soi.

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Astuce

Pensez à utiliser des mots connecteurs afin de mettre en valeur l’articulation de vos idées et leur bon enchaînement : d’abord, alors, ensuite, de plus, donc, en effet… Cela vous permettra aussi de mieux vous repérer et de vous rassurer sur la cohérence de votre axe et des sous-parties qu’il comporte.

L’art : une voie d’accès vers la part obscure du moi

Dans le cadre de cette quête, la littérature et les autres arts explorent souvent les tréfonds du moi, ses blessures et ses contradictions. Au début du XXe siècle, la découverte de la psychanalyse fournit un outil majeur pour comprendre de manière plus fine les oeuvres d’art : Sigmund Freud montre que le moi est influencé par l’inconscient, une part obscure de nous-même à laquelle nous n’avons qu’un accès limité (dans les rêves et les lapsus par exemple). Les artistes surréalistes vont alors tenter par plusieurs moyens d’accéder à cette part sombre du moi : via les collages, l’écriture automatique, les cadavres exquis, la photographie… Les arts visuels traduisent particulièrement bien ces failles identitaires. Par exemple, les œuvres de Joan Miro ou de Magritte tentent de donner une forme à l’inconscient, au rêve, à la folie ou au trouble. Ce que la pensée rationnelle ne peut formuler clairement, les images le donnent à voir : désordre d’éléments symboliques, diversité des interprétations, corps morcelés, espaces oniriques sont autant de visages d’un moi éclaté.

Dans le domaine littéraire et plus particulièrement dans le genre théâtral, cette dislocation du moi peut s’inscrire au fil de l’intrigue au cœur même du personnage : par exemple, dans Lorenzaccio, Musset révèle l’écartèlement du moi à travers le personnage éponyme, déchiré entre ses idéaux de justice et les compromis moraux imposés par la cour. Cette dualité montre ici encore un moi fragile et complexe, tiraillé entre deux élans contradictoires.

De manière encore plus explicite, L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde de Stevenson montre que l’art peut révéler la part obscure du moi dans la mesure où le roman donne une forme visible et narrative à ce que l’être humain cache en lui. Docteur Jekyll est le personnage principal du roman : il incarne le type du savant fou, dominé par l’hybris (un orgueil démesuré), qui cherche à rivaliser avec Dieu en voulant trouver l’origine du bien et du mal. Le personnage va mettre au point une potion qui révèlera son double maléfique, Mister Hyde, identité dont il n’a pas conscience et qu’il n’endosse que la nuit venue. La fiction apparaît ainsi comme apte à révéler le caractère ambivalent et inquiétant du moi : Jekyll incarne l’homme respectable, rationnel, conforme aux normes sociales, tandis que Hyde (to hide signifie « cacher » en anglais) représente ses pulsions violentes, immorales et instinctives. À travers la figure monstrueuse de Hyde, Stevenson montre que l’art a le pouvoir de révéler la face cachée de l’être humain : ses pulsions, ses contradictions et son inquiétante complexité. Le roman fait ainsi de la fiction un outil de connaissance du moi, paradoxalement plus éclairant que la morale ou la science.

Les œuvres d’art : projection/reflet des métamorphoses du moi

L’artiste dispose d’un outil de choix pour explorer les mystères du moi et en interroger les différentes métamorphoses : l’imagination. Dans le cadre fictionnel, la construction du personnage permet ainsi aux écrivains d’explorer de manière approfondie la complexité du moi humain. Par ses pensées, ses choix, ses doutes et ses réactions face aux autres, le personnage devient le reflet d’une conscience mouvante et fragmentée, incapable d’être réduite à une seule identité. Les procédés d’écriture mobilisés par certains romanciers permettent d'explorer ces méandres de l’intériorité des personnages. Joyce, dans Ulysse, ou Albert Cohen, dans Belle du Seigneur, donnent à lire des monologues sans ponctuation dans lesquels le flux de pensée ininterrompu des personnages permet de creuser plus profondément la complexité du moi et d’exposer au lecteur les tensions qui l’habitent. La poésie est également un genre littéraire particulièrement propice à l’exploration des métamorphoses du moi. Lautréamont, dans Les Chants de Maldoror, a recours à une écriture poétique et fragmentaire qui reflète l’instabilité intérieure du personnage éponyme, révélant un moi paradoxal, à la fois cruel et sensible, révolté et mélancolique.

Cette complexité peut également être révélée par des motifs littéraires : c’est le cas de la métamorphose. L'œuvre de Kafka, La Métamorphose, montre la complexité du moi à travers la transformation au sens propre de Gregor Samsa en insecte : son corps change radicalement, mais sa conscience et ses émotions restent humaines. Cette tension entre identité intérieure et apparence extérieure révèle les contradictions du moi. De plus, la réaction de sa famille et de son employeur montre que le moi est aussi social, dépendant du regard des autres. Kafka illustre ainsi un moi multiple, vulnérable et en perpétuelle négociation avec lui-même et avec le monde.

En peinture et dans les arts visuels en général, cette tension est traduite graphiquement par un éclatement des formes. Le cubisme de Picasso ou de Braque morcelle les objets et les visages pour représenter simultanément plusieurs points de vue, reflétant les multiples visages du moi. La peinture ne se limite pas à copier le réel ; elle transforme, interprète, recrée. Dans Le Portrait de Dora Maar (1937), Picasso donne à voir un moi fragmenté, éclaté : le visage du modèle semble composé de plans différents, comme s’il était vu sous plusieurs angles à la fois. Ainsi, chez les surréalistes, la peinture ne cherche pas à être fidèle au réel : elle exprime un moi complexe, multiple et en perpétuelle transformation.

Conclusion :

La littérature et les arts montrent que le moi est une instance insaisissable, en mouvement perpétuel, toujours mystérieuse. Les artistes donnent une forme à cette complexité, soit en la mettant en scène dans le récit de soi (genre autobiographique, autoportrait), soit en la dépassant, en créant ses multiples visages dans la fiction et dans la peinture, mais toujours en la questionnant. En cela, ils nous invitent non seulement à l'introspection, mais aussi à considérer la littérature et les arts comme la voie royale pour accueillir en nous ces multiples facettes qui font toute la richesse de l’être humain.