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Les caractéristiques des régimes totalitaires européens

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Introduction :

Le début du XXe siècle en Europe voit le développement de plusieurs régimes autoritaires qui se revendiquent d’idéologies modernisatrices et révolutionnaires. Bien que des courants idéologiques différents, ces régimes politiques présentent des similarités évidentes déjà mises en évidence par leurs contemporains. Dans son ouvrage sur le sujet, la philosophe Hanna Arendt a développé le concept de « totalitarisme » pour définir ces types de régimes (Les origines du totalitarismes, 1951). Elle fait ainsi référence tout à la fois à l’Italie fasciste, à l’Allemagne nazie et au stalinisme soviétique ; chacune de ces politiques ayant notamment pour point commun l’établissement d’un régime ne tolérant aucune opposition.

Nous verrons dans ce cours les caractéristiques communes aux totalitarismes. Pour commencer nous verrons comment, en instrumentalisant la modernité dont ils se revendiquent, les régimes totalitaires souhaitent détruire l’individu pour privilégier la construction d’une société de masse, où le collectif l’emporterait. Pour contrôler cette nouvelle société, ils développent des approches autoritaires et novatrices afin de faire adhérer le plus grand nombre à leurs idéologies. Enfin, étant d’idéologies différentes voire radicalement opposées, ces régimes peuvent parfois être en opposition frontale entre eux.

Un projet modernisateur

La violence fondatrice

Les régimes totalitaires sont fondés sur les frustrations héritées de la Première Guerre mondiale. Ils invoquent les humiliations subies ou ressenties comme la justification de leur prise de pouvoir par la violence. Celle-ci, consécutive de la brutalisation subie par les combattants au cours de la guerre des tranchées, est omniprésente et commune aux différents régimes totalitaires. Ils l’utilisent sciemment pour régler leurs différends avec leurs rivaux politiques. Mussolini, par exemple, se sert massivement des anciens combattants des tranchées pour former les chemises noires. Il en fait le bras armé de son mouvement.

Les SA - SchoolMouv - Histoire - Terminale Les SA, troupe paramilitaire au service du parti nazi. Albert Reich, Le front vivant, 1931

L’organisation de groupes paramilitaires comme les chemises noires, les brigades rouges ou les SA permettent aux mouvements totalitaires d’éliminer leurs rivaux de la scène politique. Ils les font taire, les intimident ou même les tuent. Mussolini fait assassiner son rival, le député Giacomo Matteotti et le revendique fièrement. En URSS, Staline parvient au pouvoir après avoir éliminé un à un ses rivaux à l’intérieur du Parti communiste, dont les principaux, Trotski et Kamenev. En 1936, obsédé par sa volonté d’avoir un pouvoir sans rival potentiel, Staline élimine même certains partisans tombés en disgrâce lors des procès de Moscou.

La modernité, au cœur du projet totalitaire

Les mouvements totalitaires revendiquent la légitimité de leur prise de pouvoir au nom de la nouveauté. Ils rejettent les politiques traditionnelles et revendiquent les évolutions de la société industrielle qu’ils entendent incarner. Mussolini par exemple s’appuie sur un mouvement artistique italien : le futurisme. Ce mouvement, porteur d’une fascination pour le monde moderne, cherche à figurer le bruit, la vitesse de la société dans laquelle évoluent ses artistes, et véhicule une certaine violence visuelle. En parallèle, Staline s’appuie sur le réalisme soviétique : un mouvement qui exalte le quotidien des travailleurs, prenant ainsi le contre-pied d’une tradition artistique ne valorisant que les élites sociales.

  • En appui sur ces mouvements, les deux dictateurs cherchent à impulser une politique de modernisation à marche forcée.

Le congrès annuel du Parti nazi à Nuremberg Le congrès annuel du Parti nazi à Nuremberg, 1936 © Bundesarchiv, Bild 102-16196 / CC-BY-SA 3.0

Pour ce faire, Staline adopte un plan quinquennal en 1928, tandis qu’Hitler applique un plan quadriennal en 1934. Ces plans de modernisation fixent des objectifs économiques très ambitieux à atteindre en quelques années. Ils se basent sur l’industrialisation massive et nécessitent des rythmes de travail intenables. En outre, en URSS, les plans quinquennaux comprennent une profonde réforme agraire, en appui sur la collectivisation des terres.

Enfin, les États totalitaires se dotent d’infrastructures ultra-modernes et d’industries lourdes de qualité. Ils peuvent ainsi moderniser leurs armées et les équiper en nouveau matériel de guerre. Hitler reconstitue l’armée allemande, pourtant limitée depuis 1919 par le Traité de Versailles.

La refonte de la société

La militarisation de la société fait partie du projet totalitaire qui a pour objectif de changer en profondeur les sociétés héritées du XIXe siècle. En reprenant les concepts de standardisation fordistes appliqués aux industries, les États totalitaires souhaitent faire disparaître l’individu au profit des masses. Les citoyens doivent être des pions interchangeables dont la vie et l’individualité n’ont pas d’importance. L’idée de créer l’Homme nouveau est commune aux trois totalitarismes qui en font un des piliers de leur idéologie. Cet Homme nouveau ne doit pas craindre la violence et doit l’appliquer sans s’embarrasser de questionnements moraux. Il doit être fidèle au groupe et être capable de se sacrifier si nécessaire.

On relèvera toutefois quelques subtilités puisque, selon les régimes totalitaires, les caractéristiques de cet Homme nouveau diffèrent :

  • pour les Soviétiques, l’homme socialiste est un être enrichi des principes marxistes-léninistes, motivé par la lutte des classes et opposé au capitalisme ;
  • chez les fascistes italiens, on cultive davantage la nostalgie de l’époque romaine : il ne s’agit pas tant de façonner un nouvel individu, que de ressusciter l’esprit impérialiste.

Statue du Nouveau Colisée - SchoolMouv - Histoire - Terminale L’Homme nouveau selon Mussolini est inspiré de la beauté antique qui représente la pureté originelle. Statue du Nouveau Colisée, Rome

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Attention

C’est seulement au contact de l’Allemagne nazie, à la fin des années 1930, que le fascisme italien se convertit lui aussi à la vision raciste.

Il faut noter par ailleurs que les régimes fascistes et nazis s’opposent violemment au communisme soviétique qu’ils considèrent comme une idéologie nuisible. Staline souhaite faire de l’URSS, en tant que nation communiste, un exemple mondial.

Des méthodes autoritaires

Les régimes totalitaires s’imposent par des méthodes autoritaires, contraignant ainsi leurs citoyens à l’obéissance. Pour ce faire, ils recourent à différentes méthodes dont la censure et la propagande par exemple, mais aussi l’endoctrinement ou encore la désignation d’ennemis publics d’État.

La soumission de la société

Pour soumettre la société à leurs idéologies, les totalitarismes cherchent à abolir la démocratie, qui selon eux est l’expression d’un dangereux individualisme qui pourrait nuire au sens de la collectivité.

  • L’Union Soviétique, qui base son idéologie sur le marxisme-léninisme, souhaite une société révolutionnaire fondée sur la dictature du prolétariat : les autres classes sociales, notamment les bourgeois et aristocrates, sont persécutés par le régime de Lénine puis par celui de Staline.
  • En Italie, Mussolini persécute les communistes et les démocrates qui sont un obstacle à son pouvoir. Afin d’abolir la démocratie dans son pays, il publie les lois fascistissimes qui soumettent la société à la dictature du parti fasciste.
  • En Allemagne, Hitler utilise le danger que représenterait une hypothétique révolution communiste pour suspendre puis abolir les libertés individuelles et se proclamer dictateur à vie.

La soumission de la société s’opère toujours à l’aide d’un parti unique, qui dirige la société et n’accepte aucune contradiction. Ceux-ci intègrent les structures de l’État et deviennent des institutions incontournables de la gestion des pays. Les partis uniques instaurent systématiquement la censure pour éviter les voix dissidentes et les critiques. Ils puisent aussi dans le nationalisme pour vanter la supériorité de leur modèle et qualifier les opposants de traitres.

La propagande et l’endoctrinement

Pour convaincre la population et la contrôler, les régimes totalitaires mettent en place des services de propagande très actifs.

Deux posters de propagandes sur le culte du chef, montrant Hitler et Staline - SchoolMouv - Histoire - Terminale Deux posters de propagandes sur le culte du chef, montrant respectivement Hitler et Staline ©Earlyspatz - CC BY-SA 4.0

Permanente et omniprésente dans la vie des citoyens, la propagande vante le développement du parti, ses résultats et déifie véritablement le dirigeant. Le culte de la personnalité du chef est un des éléments les plus importants : le dirigeant est dépeint comme la meilleure personne sur Terre, à laquelle on n’attribue que des qualités valorisant son action.

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Exemple

En Italie, on invoque l’imaginaire antique à travers l’architecture pour vanter un retour aux sources de la civilisation, un idéal de pureté. On instrumentalise aussi l’art, en témoigne le Palais de la civilisation italienne, initialement édifié pour accueillir en 1942 l’Exposition universelle de Rome.

Le Palais de la civilisation italienne, à Rome - SchoolMouv - Histoire - Terminale Le Palais de la civilisation italienne, à Rome ©OperaJoeGreen – CC0 1.0

Ce martellement idéologique massif s’accompagne d’un endoctrinement massif de la société. Les travailleurs notamment sont strictement encadrés : le parti unique exerce ainsi un contrôle sur les différentes activités de production économique. Mais cet encadrement ne se limite pas à la sphère du travail et s’étend à toute la société : les loisirs et sports sont encadrés avec le même soin que le lieu de travail. La jeunesse est également encadrée par la mise en place de camps de jeunesse destinés à l’endoctrinement idéologique des jeunes générations : Les Ballila dans l’Italie fasciste, les Jeunesses hitlériennes en Allemagne et les Komsomol dans l’URSS.

La société du silence : répression et élimination des ennemis publics d’État

Les régimes totalitaires s’imposent à leurs sociétés en exigeant le silence : les opposants disparaissent, arrêtés, déportés ou même exécutés. Au service des partis, des milices paramilitaires sont chargées de contrôler la population et d’intimider les voix dissidentes : les chemises noires en Italie, les SA et les SS en Allemagne et les brigades rouges en URSS. Ils vont aussi créer des polices politiques (OVRA en Italie, Gestapo en Allemagne et NKVD en URSS), qui font régner la terreur à l’intérieur du parti unique, pour éviter toute contestation du dirigeant. Les dictateurs totalitaires n’hésitent pas en effet à régner par la terreur au sein de leur propre formation politique et à éliminer ceux qui seraient trop critiques.

Un commerce juif frappé d’interdiction de vendre - Histoire - SchoolMouv - terminale Un commerce juif frappé d’interdiction de vendre. Allemagne, 1935

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À retenir

Ainsi, lors de la nuit des Longs Couteaux (30 juin 1934), Hitler élimine les SA, un groupe paramilitaire qui l’accompagnait depuis dix ans, afin d’avoir le contrôle absolu sur son parti. De même, Staline commande des purges massives contre ses opposants : les procès de Moscou. Régnant par la terreur, Staline impose même des quotas de personnes à éliminer, sans aucune preuve de dissidence.

En déterminant arbitrairement des ennemis publics, les dirigeants totalitaires orientent les priorités nationales. Les boucs émissaires sont désignés comme responsables des échecs politiques et des situations de crise, justifiant ainsi l’usage de la violence. Les régimes totalitaires mettent en place des camps d’internement pour confiner tous les soi-disant « nuisibles » de la société. C’est ainsi que des camps de concentration ou des camps de travaux forcés, comme les goulags en URSS, voient le jour.

Conclusion :

Les régimes totalitaires fasciste, nazi et soviétique, bien qu’ayant des idéologies différentes, ont des points communs évidents. Ils se sont formés plus ou moins à la même période et répondent à des frustrations héritées de la première Guerre mondiale. Se revendiquant modernisateurs, ils établissent des dictatures qui ont pour but de détruire l’individualisme et de privilégier la vision d’une société de masse. Par le biais d’une intense propagande et d’un déchaînement systématique contre les réfractaires, et souvent arbitraire, ils façonnent des sociétés violentes tournées vers la guerre et l’accomplissement de leurs idéologies.