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Des enjeux géostratégiques qui se déplacent vers les mers et les océans

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Mers et océans : une importance géostratégique redéfinie aux échelles régionale et mondiale

  • Plus les ports sont nombreux et accueillent des marchandises transportées par porte-conteneurs, plus l’insertion de la façade maritime dans la mondialisation est grande (et inversement). Pour être compétitifs dans les échanges mondiaux, les ports doivent charger et décharger les conteneurs le plus vite possible.
  • Ces dernières années, la façade maritime de l’Asie orientale a connu un essor sans précédent qui va de pair avec la croissance chinoise (13 des vingt premiers ports mondiaux sont chinois, contre 4 en 2000). Les autres principales façades maritimes mondiales sont les façades est et ouest des États-Unis et la Northern Range européenne.
  • Les installations portuaires sont vues par les États comme des moyens d’affirmer leur puissance aux échelles régionale et mondiale.
  • L’Inde et la Chine développent actuellement des bases portuaires en dehors de leurs territoires pour continuer à développer leurs économies, afin de sécuriser au maximum l’acheminement des marchandises mais aussi pour affirmer leur domination.
  • L’océan Indien est le lieu de la rivalité sino-indienne. À la stratégie chinoise dite du « collier de perles » (2004) répond la stratégie indienne qualifiée par certains géographes (Dennis Rumley) de « pépites indiennes ».
  • La présence chinoise dans l’océan Indien se traduit par l’octroi de facilités militaires dans ces ports ou simplement d’autorisations de présence données à la Chine par les pays étrangers. La carte de ces points d’appui révèle une réelle volonté politique mais, de l’avis des spécialistes, leur présence sur le terrain reste encore aujourd’hui très discrète.
  • À l’inverse de la Chine, l’Inde accuse un retard de développement dans le domaine maritime qu’elle essaie de combler aussi vite que possible en développant sa marine.
  • Le pays est pourtant présent en de nombreux endroits (Iran, Maldives, Seychelles, île Maurice, Sri Lanka, Indonésie, Singapour), et possède des îles dans l’océan Indien, ce qui l’avantage. L’Inde a conclu un accord en 2017 avec les États-Unis et la France par lequel ces derniers autorisent l’accès de la marine indienne à ses propres bases militaires dans la zone.
  • L’Inde multiplie donc les accords régionaux et internationaux.
  • La situation de l’océan Indien met donc en évidence les différents moyens géostratégiques des deux grandes puissances asiatiques : modernisation de la flotte, multiplication des bases portuaires, accords entre pays. Les deux puissances ont d’ailleurs entamé la production de porte-avions sur leur territoire.
  • Au fond des mers et océans repose dorénavant l’essentiel de nos communications, grâce aux câbles sous-marins. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de millions de communications téléphoniques simultanées sont désormais possibles.
  • Leur géographie ressemble à celle des grandes routes commerciales (les câbles les plus nombreux relient les pays les plus développés). Ces faisceaux de câbles rejoignent des points littoraux situés à proximité des plus grandes métropoles mondiales.
  • Une flotte de navires câbliers sillonne le monde pour les poser et assurer leur maintenance. La France est pour l’instant leader dans ce domaine (Orange Marine et Alcatel Submarine Networks).
  • En France, la marine nationale surveille le dispositif, car les câbles sont vulnérables : accidents, possibilités de sabotage et d’espionnage (refus de l’Australie d’un câble chinois passant par leur pays, intervention de la marine française pour faire face aux russes trop proches de câbles européens etc.).
  • La coupure d’informations ou l’appropriation d’informations sensibles par le biais de ces câbles sont donc des risques pris très au sérieux. La géostratégie est à l’œuvre pour contourner ces menaces.
  • La Chine et la Russie ne sont pas sensibles aux risques liés à la coupure de câbles sous-marins car ils localisent leurs données sur leurs territoires. Ce n’est pas le cas de l’Europe où une grande partie des données générées par Internet part aux États-Unis pour y être stockée.
  • Les enjeux géostratégiques liés à la présence des câbles sous-marins renforcent donc l’attention mondiale pour les profondeurs océaniques.

Rivalités et tensions dans les mers et océans

  • Les principaux passages stratégiques mondiaux sont les détroits et les canaux. Il s’agit essentiellement :
  • du canal de Suez et du détroit de Gibraltar en Méditerranée ;
  • des détroits de Malacca, d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb dans l’océan Indien ;
  • et du canal de Panama qui permet de relier l’océan Atlantique et l’océan Pacifique.
  • Toutes sortes de nombreux navires circulent dans les détroits et canaux. Ces passages stratégiques de transports sont qualifiés de « goulets d’étranglement » ou de « choke points ».
  • Le canal de Suez a été ouvert en 1869 et celui de Panama en 1914.
  • Le canal de Panama, étroit, a longtemps imposé aux navires la norme « Panamax », et la charge maximale par navire était de 4 800 conteneurs. Il a été agrandi pour accueillir des navires de 14 000 conteneurs (9 ans de travaux, réouverture en 2016).
  • Le canal de Suez a été agrandi et modernisé en 2015 pour les mêmes raisons.
  • 8 % du commerce maritime mondial transite chaque année par le canal de Suez contre 5 % pour le canal de Panama.
  • Les détroits d’Ormuz (golfe Arabo-Persique) et de Malacca (point de passage entre l’océan Indien et l’océan Pacifique) sont complémentaires : plus de la moitié des flux de pétrole mondiaux y transite.
  • Le détroit de Bab-el-Mande relie l’Afrique et la péninsule arabique. Du pétrole y transite essentiellement.
  • Ces détroits et canaux sont des passages stratégiques pour le commerce international. Bloquer l’accès à ces passages serait synonyme de difficultés économiques mondiales. Ce sont des zones extrêmement sensibles qui font l’objet d’une surveillance internationale et nationale.
  • Toutes les grandes puissances se sont accordées sur le principe d’une liberté de circulation dans les détroits internationaux. Il est interdit d’imposer des péages. La sécurité de la navigation doit être assurée.
  • Pour la garantir, la Ve flotte des États-Unis est présente en permanence dans l’océan Indien et la VIIe flotte stationne dans l’océan Pacifique. Des îlots appartenant aux États-Unis ou des accords avec certains pays leur permettent de maintenir des bases militaires à proximité. La France, les États-Unis et la Chine ont successivement installé des bases à Djibouti pour surveiller le détroit de Bab-el-Mandeb. Les États limitrophes sont aussi concernés par cette surveillance.
  • La piraterie et le terrorisme représentent aussi un danger pour ces points de passage.
  • Les détroits et canaux s’affirment donc comme des passages stratégiques, objet d’attentions, de surveillance constante car la circulation maritime mondiale en dépend. Les tensions présentes sur ces lieux sont aussi révélatrices de leur importance.
  • Les mers et océans ont fait l’objet d’un découpage international à la conférence de Montego Bay en 1982. Or, ce découpage n’est pas toujours accepté et donne lieu à plusieurs conflits maritimes dans le monde. Ils sont souvent le résultat de la présence de ressources.
  • Les zones principales de revendications se situent en Arctique et en mer de Chine méridionale.
  • En Arctique, le réchauffement climatique a fait apparaître de nouvelles potentialités : routes maritimes accessibles plusieurs mois par an, permettant un trajet plus rapide entre Rotterdam et Shanghai qu’en passant par le canal de Suez, hydrocarbures et minerais exploitables.
  • Beaucoup de pays limitrophes (Russie, Norvège, Danemark, États-Unis et Canada) ont donc fait des demandes d’extension de leur zone maritime, au prétexte que cet espace correspond au prolongement de leur plateau continental, pour pouvoir exploiter ces ressources. La limite de ces zones d’exploitation, les ZEE est fixée à 200 milles marins, soit 370 km.
  • Les tensions sont un peu plus vives en mer de Chine méridionale où l’on trouve du pétrole et du gaz. Les États concernés sont la Chine, Taïwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie et Brunei. Les disputes portent sur un certain nombre d’îlots et d’archipels car les pays qui les possèdent peuvent exploiter la zone maritime qui se situe autour.
  • Les îles des archipels de Spratly et Paracel sont âprement disputées, car on y trouve des ressources halieutiques et pétrolières, et qu’une partie du commerce chinois transite par la mer de Chine. Les Paracel (37 îles) sont occupées par la Chine depuis 1974 mais revendiquées par le Vietnam. Les Spratly sont un ensemble d’îles réparties sur 180 000 km2 et revendiquées par la Chine, Taïwan, la Malaisie, les Philippines, Brunei et le Vietnam, c’est-à-dire par la totalité des États. Actuellement, la Chine occupe une partie des ilots, de même que les Philippines, Taïwan et le Vietnam.
  • La Chine mène aussi une active politique d’expansion maritime qui passe par l’affirmation de sa présence en mer de Chine méridionale. L’espace maritime revendiqué par ce pays est immense. Des îles artificielles sont construites dans l’archipel des Spratly. La surveillance chinoise s’opère à partir de l’île de Hainan, car il est plus facile de contrôler la mer de Chine méridionale depuis ce point. Les États-Unis répliquent par des patrouilles navales au nom de la liberté de circulation et les États de l’ASEAN dont la Chine ne fait pas partie, protestent.