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Inégalités et structure sociale

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Introduction :

La société s’organise en groupes sociaux, autrement dit en plusieurs ensembles d’individus qui échangent les uns avec les autres, qui partagent des centres d’intérêts et qui agissent de façon sensiblement similaire. L’existence de ces groupes sociaux a des incidences sur la structure sociale, sur les relations sociales qu’entretiennent entre eux les individus selon qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre de ces groupes. Cela peut impliquer par exemple des inégalités entre groupes sociaux, mais aussi des conséquences quand une personne va passer d’un groupe à un autre.

La raison de la hiérarchisation sociale (autrement dit ce qui fait que les différents groupes sociaux n’occupent pas la même place dans la société et que certains en dominent d’autres) est la persistance des inégalités. Des inégalités qui peuvent revêtir diverses formes, évoluent de façon originale et contribuent à renforcer les groupes sociaux.

Nous allons donc aborder dans un premier temps cette notion d’inégalités, voir à quoi elle fait référence en sociologie, et quelles sont ses caractéristiques. En étudiant les résultats de plusieurs outils statistiques, nous étudierons ensuite leur évolution depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais surtout depuis le milieu des années 2000, en France.

Les inégalités au fondement de la hiérarchisation sociale

La notion d’inégalités

Pour les sociologues, une inégalité est un déséquilibre d’accès à une ressource socialement valorisée. Cela signifie que deux individus, en fonction de l’environnement dans lequel ils naissent ou grandissent, n’auront pas les mêmes chances d’accéder aux outils d’émancipation sociale, c’est-à-dire d’accéder à une position sociale meilleure que celle du milieu dont ils sont issus. Prenons l’exemple du logement : l’accès au logement est inégal en France, puisqu’il est conditionné au niveau de revenus. L’accès à l’emploi est lui aussi inégal puisqu’il dépend du niveau d’études, lui-même inégal puisqu’il dépend de la capacité de l’environnement familial à valoriser la réussite scolaire.

Pourtant, en sociologie, quand on parle d’inégalités, il ne s’agit pas de « différences » : il n’est pas question de ce qui fait la spécificité individuelle de chacun (comme les particularités physiques ou intellectuelles, les goûts et les envies). Il ne s’agit pas non plus d’inégalités juridiques ou légales puisque dans les sociétés démocratiques l’égalité de tous est garantie par la loi.

bannière attention

Attention

Il existe tout de même des inégalités de droit, aujourd’hui encore, en France : le droit de vote est par exemple réservé aux citoyens français, mais aussi aux personnes majeures. De même, il faut ne pas avoir eu de casier judiciaire pour passer un concours de la Fonction Publique.

Les inégalités abordées en sociologie sont le résultat d’une histoire politique et sociale qui a généré ses propres normes et valeurs. Les rapports entre les individus se sont progressivement organisés autour de ces inégalités, en favorisant l’émergence de groupes particuliers.

Des inégalités cumulatives et évolutives

Pour bien comprendre cette notion d’inégalités, nous allons étudier deux de leurs caractéristiques.

  • Elles sont tout d’abord cumulatives.

Quand on parle d’inégalités, on pense en premier lieu aux inégalités de salaires. Mais les inégalités économiques ne sont pourtant pas seulement liées aux revenus ! Elles concernent notamment l’accès au logement, le patrimoine ou les héritages.

Elles sont aussi sociales, puisque nous ne connaissons pas tous les mêmes conditions de vie (le milieu familial, éducation, le choix du cursus scolaire…).

Elles sont politiques, en termes d’accès au pouvoir et aux responsabilités électives : par exemple il n’y a plus d’ouvriers élus à l’Assemblée nationale, ou encore, la proportion de députés non-diplômés est quasi-nulle.

Elles sont enfin symboliques : par exemple, en fonction de notre milieu social, la pratique d’une langue étrangère ou de nos espaces de loisirs ne sera pas valorisée de façon identique.

Au-delà de toutes ces inégalités, on peut en rajouter encore d’autres : les inégalités devant la maladie ou les inégalités devant la mort.

Parmi toutes celles que nous avons évoquées, les inégalités économiques ont bien sûr une place particulière, puisque ce sont elles qui conditionnent entre autre l’accès au logement, au savoir ou à la culture mais elles sont toutes multidimensionnelles ;

  • La seconde caractéristique est qu’elles sont évolutives.

Dans l’Histoire récente, depuis la révolution industrielle et même depuis la Seconde Guerre mondiale, les inégalités n’ont pas progressé de façon homogène. Leur évolution est relative aux transformations de la société qui affectent les modes de vie, les habitudes de consommation et les relations entre les individus. Il peut s’agir d’évolutions technologiques, comme l’arrivée d’Internet qui permet d’accéder au savoir chez soi, ou de rester connecté avec des amis virtuels, à distance mais qui exclut de la vie sociale contemporaine les personnes vivant dans des zones qui ne sont pas couvertes par l’ADSL et la 3G. Nous avons là un exemple-type d’inégalités évolutives.

L’existence de ces inégalités participe à la formation de groupes sociaux. Ces groupes ne sont pas identiques, ils ne sont pas non plus juxtaposés. On dit qu’ils sont hiérarchisés, c’est-à-dire qu’ils sont organisés selon le degré de domination que les uns exercent sur les autres : c’est parce que les individus n’ont pas accès à une quantité égale de richesse, de pouvoir ou de prestige que se constituent ces groupes.

bannière à retenir

À retenir

On peut donc affirmer que les inégalités sont au fondement de la hiérarchisation sociale.

À partir des années 1960, on a constaté que les inégalités se réduisaient, mais elles s’accroissent pourtant à nouveau depuis les années 1980. Pour s’en rendre compte, il faut construire des outils statistiques permettant de les mesurer.

Une société inégale

L’évolution historique des inégalités

On considère généralement quatre phases d’évolution des inégalités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale :

  • la première s’étend de l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1950 : c’est une période de prospérité économique (les Trente Glorieuses) avec de la croissance, du plein-emploi et une élévation générale des niveaux de vie. Mais la croissance n’est pourtant pas également répartie, il n’existe pas de salaire minimum ni de pension de retraite et les inégalités s’accroissent ;
  • la deuxième période débute dans les années 1960 et s’achève au tout début des années 1980 : les inégalités ont alors tendance à se réduire nettement. Il faut dire que cela correspond à une période où se mettent en place toute une série de mesures sociales : un salaire minimum, le SMIC, l’augmentation des retraites, un revenu minimum… La massification scolaire commence à produire ses effets avec de plus en plus d’élèves qui accèdent au baccalauréat ;
  • entre 1984 et jusqu’aux années 2000, la réduction des inégalités ralentit. C’est la troisième période durant laquelle même si les inégalités moyennes diminuent, les différences entre les personnes qui gagnent le plus d’argent et ceux qui en gagnent le moins augmentent peu à peu ;
  • depuis 2004, on constate un retour d’un niveau rapide d’accroissement. Cela s’explique surtout par une augmentation beaucoup plus forte des plus hauts revenus. Un économiste français, Thomas Piketty, né en 1971, explique qu’alors qu’on constate que le pouvoir d’achat des Français s’améliore sur une longue période, l’écart entre les individus qui gagnent le plus et ceux qui gagnent le moins reste important, et même, s’accroît.

Le retour des inégalités

La perception des inégalités est un phénomène intéressant à analyser. Il s’agit de se demander si les individus ont conscience ou non que leur société est inégalitaire, dans quelle mesure elle l’est, puis de comparer leurs impressions avec la réalité. Voici les résultats d’une étude publiée en 2014 par l’Observatoire des inégalités.

Quand on demande aux Français s’ils pensent que les inégalités ont augmenté, ils sont, en 2013, 87 % à considérer que oui, contre 80 % en 2008 et 69 % en 2000. Quand on leur demande s’ils pensent que ces inégalités vont augmenter, on se rend compte qu’ils étaient 65 % à penser que oui en 2000, contre 83 % en 2013. Ainsi, la perception des inégalités s’est accrue de façon considérable en à peine moins de 15 ans : les individus sont persuadés que la société produit aujourd’hui de plus en plus d’inégalités.

Pour pouvoir établir si un décalage existe entre cette perception et la réalité, il faut faire appel à des outils d’analyse statistiques plus fiables que les sondages. Il existe plusieurs indices, en fonction du type d’inégalités que l’on veut mesurer et des populations que l’on veut comparer. Le premier est le BIP 40, le baromètre français des inégalités et de la pauvreté.

On le voit sur le graphique ci-contre, hormis deux baisses légères, il n’a cessé d’augmenter depuis 1980 pour atteindre son pic le plus important en 2005.

BIP 40 – Évolution des inégalités depuis 1980 BIP 40 – Évolution des inégalités depuis 1980

Parmi les autres outils, on retrouve l’IPH, l’indicateur de pauvreté humaine ou les ISS qui mesurent les inégalités sociales et de santé.

Une autre méthode consiste à utiliser les analyses entre déciles de population : on choisit de la diviser en dix groupes identiques découpés selon leur niveau de revenus ou tout autre critère retenu. On obtient alors des « déciles ». Dans le cas des revenus, en comparant le premier décile, soit les 10 % de la population qui gagnent le moins, et le dernier décide, soit les 10 % de la population qui gagnent le plus, on obtient un coefficient de rapport. Si ce coefficient est faible, cela signifie que les différences entre les deux groupes sont peu marquées. S’il est fort, cela signifie en revanche que les inégalités de revenus sont particulièrement importantes.

On a représenté sur ce graphique le rapport interdécile de 1970 à 2007 en France.

rapport interdécile de 1970 à 2007 en France inégalités ses terminale Rapport interdécile 1970 à 2007

Comme nous l’avons vu tout à l’heure, les inégalités entre les deux groupes ont quasiment toujours diminué depuis les Trente Glorieuses. La baisse est particulièrement importante des années 1970 au début des années 1990. Elle se poursuit plus faiblement jusqu’en 2004, date à partir de laquelle les inégalités recommencent à augmenter. Aujourd’hui encore, en 2015, le coefficient est à la hausse : l’écart entre ceux qui gagnent le plus et ceux qui gagnent le moins s’accentue fortement.

Dans les années 1950, l’économiste Simon Kuznets, développait une théorie qui stipulait que mécaniquement, le développement allait engendrer la fin des inégalités.

Il y avait selon lui trois étapes, représentée sur la courbe suivante nommée Courbe de Kuznets :

Courbe de Kuznets ses terminale Courbe de Kuznets

  • une première étape au cours de laquelle les pays entraient dans le développement : l’exode rural, l’industrialisation entrainaient une forte progression des inégalités ;
  • une deuxième étape au cours de laquelle elles restaient importantes, mais cessaient de croître ;
  • une dernière étape, celle du développement avancé, au cours de laquelle la croissance devait entrainer la quasi-éradication des inégalités.

Les évolutions que nous avons abordées juste avant contredisent néanmoins cette théorie : même si, sur une longue période, on constate une réduction des inégalités dans la plupart des pays de l’OCDE, celles-ci recommencent à se renforcer et de façon assez préoccupante.

L’ouvrage de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, confirme cette tendance. Selon l’économiste, les inégalités de patrimoine suivraient davantage une courbe en U, et ceci dans le monde entier : très fortes jusqu’au début du XXe siècle, elles ont ensuite baissé du fait de la destruction de capital pendant les guerres, de l’impôt progressif, de l’inflation, et d’une forte croissance qui défavorisent les patrimoines déjà constitués. Elles redeviennent de plus en plus fortes à partir des années 1980, notamment du fait d’une croissance et d’une inflation faibles, et d’un taux d’épargne élevé.

inégalités des revenus au Étas-Unis ses terminale

Conclusion :

En sociologie, la notion d’inégalités renvoie à plusieurs dimensions : sociale, économique, culturelle, etc. Ces inégalités peuvent s’additionner : elles sont cumulatives et dépendent des diverses évolutions sociales, technologiques, médicales, politiques, etc. Elles sont également évolutives à travers l’histoire.

Pour les sociologues, une inégalité est une différence d’accès à une ressource socialement valorisée. Les inégalités sont ce qui permet aux individus membres d’une société de se distinguer. Ce sont elles qui conditionnent et qui organisent les rapports qu’entretiennent entre eux les groupes sociaux. Elles sont au fondement de la hiérarchisation sociale.

Les inégalités existent depuis toujours. Avec le développement économique, elles ont eu tendance à s’atténuer lors des années 1970, mais depuis une quinzaine d’années, elles recommencent à s’accroître en France et dans le monde, une progression confirmée par tous les outils statistiques. Cela montre selon Thomas Piketty que le mouvement de baisse des inégalités connu au XXe siècle était une parenthèse dans l’histoire du capitalisme.

L’existence de ces inégalités structure la société en groupes sociaux qui se différencient les uns des autres. Elles sont à l’origine de la stratification sociale qui est un objet d’étude pour le sociologue.