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L'intégration sociale

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Introduction :

Nous avons vu dans un cours que la division du travail social provoque de la solidarité. Cette solidarité permet de créer du lien social et donc de l’intégration. L’intégration sociale est le processus d’incorporation d’un individu à un groupe. Elle est indispensable au maintien de la cohésion de ce groupe, et au vivre ensemble de la société. Pourtant, le lien social, ce qui lie les individus membres d’un même groupe, n’est pas quelque chose qui se décrète, il se construit à partir des groupes dans lesquels l’individu évolue.

La mise en œuvre du lien social passe donc par ce qu’on appelle des instances d’intégration. Les instances d’intégration sont les lieux où naissent et s’entretiennent les liens sociaux qui permettent l’intégration sociale. Les sociétés modernes ont tendance à s’individualiser. Une tendance qui a des incidences sur les trois grandes instances d’intégration sociale que sont la famille, l’école et le travail.

Nous allons donc à présent analyser les évolutions de ces instances, en nous demandant si elles ne risquent pas d’entraîner avec elles un affaiblissement du lien social.

Famille et intégration sociale

Le modèle familial s’est complètement métamorphosé en un demi-siècle. Et ce sont avec lui ses règles de fonctionnement social qui s’en trouvent bouleversées. Pour beaucoup, cela signifie que la famille n’est plus en capacité d’intégrer efficacement les individus. Nous allons voir que ce n’est pas forcément exact.

Les transformations de la famille

Les transformations de la famille sont essentiellement liées au développement de l’individualisme.

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Définition

Individualisme :

L’individualisme est la tendance à privilégier les intérêts et l’éthique de l’individu par rapport au groupe.

Pendant des siècles, le modèle familial prédominant était celui de la famille nucléaire, autrement dit un couple composé de deux personnes de sexes différents, accompagné ou non d’enfants. Il s’agissait d’une norme sociale, qui a même été soutenue par les pouvoirs publics à l’aide de politiques d’aides aux familles (les allocations familiales) ou au logement (les APL).

L’objectif était alors de permettre aux couples d’avoir des enfants pour encourager les familles nombreuses. Le mariage était presque incontournable. Il intervenait très tôt dans la vie et n’était globalement pas remis en question par la suite. Ce modèle est remis en cause depuis une trentaine d’années, comme le montre par exemple l’augmentation du nombre de divorces.

En 1960, on comptait par exemple 30 000 divorces prononcés, ce qui en faisait environ 3 pour mille mariages. En 2010, ils étaient 130 000, 100 000 de plus, soit environ 11 pour mille mariages ! Ces chiffres prouvent une chose : que le mariage n’est plus aussi stable qu’il ne l’était, et que son maintien n’est plus un objectif prioritaire pour les couples mariés.

On dit que c’est la structure du couple qui a changé : il n’est plus aujourd’hui nécessaire de se marier pour vivre ensemble ni pour avoir des enfants, et il est normal de divorcer quand on ne s’entend plus avec son conjoint. La remise en cause du modèle de la famille nucléaire a conduit à une multiplication des formes de ménages, ou mosaïque familiale. Elle comprend toujours ce modèle historique de famille, mais aussi des familles recomposées, monoparentales ou homoparentales. Les familles nombreuses sont également plus rares : alors qu’une femme avait en moyenne 3 enfants au cours de sa vie en 1950, elle n’en a plus que 2 en 2012.

Durkheim avait mis en lumière un phénomène naturel des familles modernes, leur contraction. Il expliquait que, traditionnellement, la famille s’entendait de façon large, en englobant les oncles et les tantes, les parents éloignés. Avec le progrès, elle a plutôt tendance à se contracter autour d’un nombre plus limité de parents. Par exemple : la mère, le père, les enfants et les grands-parents.

Ces évolutions s’expliquent par plusieurs facteurs. Le plus important d’entre eux est le fait que l’on privilégie davantage aujourd’hui ses sentiments et son épanouissement personnel. Ils deviennent les objectifs de la vie de chacun puisqu’on se soucie moins des contraintes sociales. On parle en sociologie de primat de l’affection et de l’autonomisation des acteurs. Autrement dit, on n’hésite plus à se couper de certains membres de sa famille quand les relations deviennent conflictuelles.

Tous ces bouleversements des rapports conjugaux et familiaux opèrent ce que certains qualifient de « désinstitutionalisation familiale ». Mais qu’en est-il vraiment ?

Les conséquences sur le lien social

La famille reste une instance de socialisation primaire puisqu’elle intervient au tout début de la vie. Elle façonne durablement les individus : on dit qu’elle stabilise la personnalité adulte puisque c’est par elle que se définissent nos passions, notre métier, nos projets ou notre style de vie. La famille est le lieu d’apprentissage des rôles sociaux.

C’est au sein de la famille que l’enfant apprend inconsciemment le comportement qu’il devra suivre dans la société, en observant celui de ses parents, au travers de ses jeux ou dans les relations et les échanges qu’il a avec les autres membres de la famille.

La famille permet d’acquérir tout un système de valeurs, c’est-à-dire les idéaux et les convictions que partagent les individus membres d’un même groupe (comme la liberté, l’égalité ou la fraternité). Elle inculque des normes, les règles de conduites auxquelles on doit se conforter. C’est elle qui transmet le langage qui est la base de toute culture.

Elle transmet aussi l’habitus, les façons de penser, d’agir et de se comporter, qu’avait mises en évidence Pierre Bourdieu. D’après ce dernier, elle a aussi un rôle sur la scolarisation. Elle crée enfin des liens de filiation, le fait que l’on se sente l’héritier d’un nom de famille, d’une histoire familiale, d’un groupe social.

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À retenir

Par toutes ces dimensions, la famille conditionne donc l’appartenance sociale. Elle reste un groupe régulateur d’intégration : c’est elle qui, en premier lieu, va permettre de créer les conditions de l’intégration sociale.

En se penchant sur ses évolutions, on constate d’ailleurs que les modèles anciens d’organisation familiale n’ont pas complètement disparu. Il s’agit en fait davantage d’une évolution vers des modèles de comportements plus hétérogènes. Par exemple, bien que l’intégration des membres d’une famille éclatée soit compliquée, ils gardent la notion de famille et lui accordent une place essentielle.

Prenons le contre-exemple avec celui des SDF, les sans domicile fixe ; ce sont très majoritairement des individus en rupture familiale. Et c’est cette absence de liens familiaux qui alimente le basculement dans la disparition du lien social.

Bien que l’entraide familiale diminue, on constate qu’elle existe toujours, sous de nouvelles formes qui sont notamment liées à l’augmentation de l’espérance de vie. Il s’agit par exemple des échanges financiers entre générations, comme les donations, ou de soutiens sociaux, en activant ses réseaux pour permettre l’embauche d’un enfant ou d’un cousin.

  • Globalement, la famille reste donc une structure assez souple où les membres sont en confiance. Elle est accessible à tout moment, même en cas d’urgence, et son action est gratuite.

Les évolutions de la famille bouleversent donc les modèles traditionnels mais elles ne remettent pas en question sa fonction essentielle d’intégration. En revanche, il est vrai qu’elle ne doit pas être la seule instance, elle doit se combiner avec d’autres. La réduction du temps familial, c’est-à-dire le fait que les enfants passent moins de temps qu’auparavant dans leur famille, nous pousse à étudier le rôle d’une seconde instance d’intégration : l’école.

École et intégration sociale

La question de la place de l’école à déjà été abordée dans d’autres chapitres du programme de sociologie. Nous allons donc ici simplement rappeler que l’école est un élément essentiel de lutte contre la ségrégation culturelle et sociale. Mais elle accomplit cette mission de façon partielle, en raison de la multitude de défis auxquels elle fait face.

L’école vise à lutter contre la ségrégation culturelle et sociale

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Définition

Ségrégation :

La ségrégation est le processus par lequel des individus ou des groupes d’individus se trouvent socialement séparés du reste de la société en fonction de leur origine sociale ou culturelle.

La société se compose en plusieurs groupes, qu’il s’agisse de groupes sociaux, ethniques ou même religieux. Nous l’avons vu, ces groupes ne sont pas tous égaux : en effet, des inégalités sociales ou économiques subsistent entre les uns et les autres.

L’école de la République a pour mission de gommer ces inégalités, en créant pour chacun les conditions pour s’intégrer socialement. Elle est donc censée contribuer à la cohésion sociale. Comme la famille, elle permet tout d’abord la transmission de normes et de valeurs. Elle socialise en confrontant des enfants à d’autres enfants, leur inculquant comment se comporter avec les autres. Elle leur apprend à être autonomes tout en faisant partie d’un groupe.

Elle participe aussi à la transmission des fondamentaux de la société comme le vivre ensemble, le travail, l’écoute de l’autre. L’école permet enfin d’acquérir du capital humain, autrement dit tous les savoirs et les qualifications qui permettront, plus tard, de s’intégrer sur le marché du travail. Elle stimule l’assimilation d’une certaine compréhension du monde, par l’abandon d’une partie de sa propre culture pour adopter les valeurs du groupe.

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À retenir

Dans les faits, on constate pourtant que l’école a partiellement perdu sa capacité d’intégration.

Mais l’école fait face à plusieurs défis

L’école fait face à plusieurs défis.

  • La méritocratie sur laquelle elle repose a une efficacité limitée. Nous l’avions vu, en valorisant le capital culturel acquis par les familles, le système se traduit en fait par de très grands écarts de réussite en fonction de l’origine sociale des élèves.
  • La massification de l’enseignement qui a permis à la quasi-totalité des enfants d’avoir accès à une école libre et gratuite n’a pas conduit à atténuer les inégalités sociales.
  • L’école n’est pas parvenue à supplanter la famille en ce qui concerne la destinée sociale : les analyses de Bourdieu et Boudon expliquent que l’accès aux diplômes était lié au milieu social d’origine des élèves. Or, c’est encore du diplôme que dépend aujourd’hui l’emploi, donc le statut professionnel, le statut social et à la mobilité.
  • La question du décrochage scolaire reste d’actualité : chaque année, ce sont 140 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme. En 1995, 11% des 15-19 ans n’étaient pas scolarisés. Ils étaient 16 % en 2010 ! Ce phénomène met surtout en lumière l’incapacité de l’école à gérer des publics hétérogènes, des élèves différents pour qui le système n’est pas forcément adapté. Les conséquences sont l’augmentation du nombre d’exclusions d’établissement, la hausse des violences ou la recrudescence de l’absentéisme.

Pourtant, l’école reste l’un des derniers endroits où se rencontrent de jeunes individus issus de milieux sociaux et culturels différents.

La dernière instance d’intégration que nous abordons à présent concerne une autre étape dans la vie sociale d’un individu. Il s’agit du moment où il s’intègre dans la vie active et acquiert un statut professionnel. Après la famille et l’école, abordons maintenant le travail.

Travail et intégration sociale

Le statut professionnel a une importance capitale dans la construction sociale de l’individu adulte. C’est un des premiers éléments de l’identité sociale et un objectif d’accomplissement. Pourtant, nous verrons que les évolutions économiques récentes remettent en cause cette fonction intégratrice.

L’identité professionnelle comme élément de l’identité sociale

Le travail est une instance de socialisation secondaire. Comme la famille et l’école, il permet d’acquérir des normes et des valeurs propres à un groupe social donné. C’est donc lui aussi une instance clé de l’intégration sociale, et ce pour plusieurs raisons :

  • d’un point de vue économique, le travail permet tout d’abord d’accéder à la consommation. Le fait de travailler procure un revenu qui permet de satisfaire nos besoins primaires (se nourrir, se loger, s’habiller…) et nos besoins secondaires (les loisirs, ou le confort par exemple). Il aide aussi à accéder à des produits plus spécifiques, qui participent à nous construire socialement en adoptant les normes de consommation de nos semblables, ou en pouvant se distinguer socialement par nos achats ;
  • il confère une identité sociale, qui est reconnue par nos pairs (ceux qui travaillent avec nous) et les personnes extérieures (par exemple, on demandera presque toujours à une personne sa profession avant même de l’interroger sur ses goûts, ses envies ou ses croyances) ;
  • il a une fonction sociale : avoir un travail implique d’avoir des collègues, de nouer des relations. Il offre aussi la possibilité de participer à des activités, de s’investir dans un syndicat ou un comité d’entreprise. Le travail stimule donc une participation à un groupe, il donne une existence collective ;
  • il participe au brassage social et culturel, en faisant échanger des individus d’origines où d’intérêts différents, qui ne se seraient peut-être pas rencontrés naturellement ;
  • il confère enfin des droits sociaux qui permettent de se prémunir contre les risques, puisqu’en travaillant, on assure ses vieux jours en cotisant pour sa retraite et on se protège aussi en cas de maladie ou d’accident, en cotisant auprès de la sécurité sociale.

Des difficultés liées aux évolutions du monde du travail

L’emploi a en effet profondément muté, que ce soit dans ses statuts comme dans les formes d’organisation. Alors que le CDI était la règle pendant les Trente Glorieuses, les CDD, l’intérim, les stages et les emplois aidés se sont considérablement développés. On s’en rend immédiatement compte quand on observe l’évolution des différents types de contrats en France depuis une trentaine d’années.

les différents types de contrats en France entre 1982 et 2008 ses terminale

Les CDI sont les seuls types de contrats à rester stables. L’apprentissage, en jaune, a doublé, tout comme les CDD. L’intérim, représenté par la courbe verte, à lui été multiplié par 5. Pour rappel, l’intérim est un emploi pour une seule mission qui peut durer un ou plusieurs jours, mais qui ne débouche sur aucune embauche.

Chacun de ces contrats ne propose pas les mêmes garanties : le CDI est le seul contrat fixe, le seul qui, par exemple, permette d’accéder à un crédit pour acheter un bien immobilier. Cela signifie que le travail a tendance à devenir de plus en plus incertain et instable, sans garantie ni de durée, ni de renouvellement. Ce phénomène s’appelle la précarisation.

Ce phénomène est d’ailleurs à mettre en relation avec celui du chômage qui concerne aujourd’hui plus d’une personne sur dix qui souhaiterait travailler. Ce graphique présente les évolutions du chômage depuis 40 ans :

taux de chômage au sens du BIT depuis 1975 ses terminale

En 1975, le pourcentage de chômeurs était de 3 %, et d’à peine 7 % pour les jeunes de moins de 25 ans. Aujourd’hui, le taux de chômage des 15 à 24 ans atteint près de 25 % de la population en âge de travailler, soit 10 points de plus que la moyenne.

Au-delà de ces évolutions, des types de contrats et du nombre d’emplois à pourvoir, l’organisation même du travail a évolué. Les techniques de management cherchent aujourd’hui à valoriser davantage les réussites personnelles, tout en mettant en concurrence les salariés. C’est par exemple le cas des vendeurs qui reçoivent des commissions en fonction de leurs ventes ou des employés de banque qui sont régulièrement classés en fonction de leurs résultats.

En parallèle se développent des activités autonomes ne concernant qu’un seul individu : le régime d’auto-entrepreneur ou le travail à distance par exemple. Dans ces conditions, il devient particulièrement difficile d’utiliser le travail pour nouer des relations sociales.

Le dernier point concerne le nombre de cas de souffrances au travail constatés. Il s’agit principalement de cas de discriminations, en fonction de l’âge, du sexe, de l’origine, mais aussi de « burn-out », de déprime suite à des pressions trop fortes.

  • Si le travail est effectivement un lieu qui crée du lien social et de l’intégration, cette intégration reste fragile. Et, surtout, elle n’est pas la même pour tous.

Conclusion :

Dans ce cours, nous avons donc abordé trois instances d’intégration sociale.

  • La première est la famille, qui se transforme avec le développement de l’individualisme. Ses modèles se diversifient et deviennent de plus en plus fragiles. Mais elle reste cependant le lieu d’apprentissage des rôles sociaux, des normes et des valeurs, du langage, de l’habitus. Son importance reste liée aux inégalités sociales, mais elle est toujours un espace d’entraides et de conditionnement de l’appartenance sociale.
  • La seconde est l’école, qui permet de lutter contre la ségrégation sociale en inculquant les mêmes codes sociaux à des individus différents. Cependant, l’échec relatif de la massification et du modèle méritocratique, la prédominance de la famille dans les choix scolaires, l’augmentation préoccupante du décrochage et le fait que le diplôme ne garantisse plus d’accéder à un emploi exigent de la part de l’Etat de proposer de nouvelles méthodes d’intégration.
  • Le travail est la troisième instance d’intégration que nous avons étudiée. Il permet avant tout l’intégration économique par la société de consommation. Il confère une identité, a une fonction sociale, donne des droits et contribue au brassage social. Cependant, le chômage de masse, la précarisation et les évolutions dans l’organisation du travail mettent en lumière des degrés différents d’intégration possibles, et particulièrement inégalitaires.