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La place des populations de l’Europe dans le peuplement de la Terre : étude de cas

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Introduction :

Ce cours s’intéresse aux mouvements de populations des Européens à partir du XIXe siècle. C’est à cette époque que les Européens vont massivement se déplacer vers d’autres continents : ce sont plus de 60 millions d’européens qui vont émigrer de manière définitive entre 1800 et 1900. On parle même d’une « européanisation du monde ». Nous allons étudier ensemble, dans ce cours, les raisons de ces migrations d’une ampleur jamais vue auparavant. Nous allons également étudier l’exemple d’un peuple en particulier : celui des Irlandais. Nous terminerons ce chapitre par une présentation des processus d’installation et d’intégration des migrants.

Voici deux notions qui seront capitales pour expliquer les raisons du départ des Européens à l’étranger : celle d’émigration et celle d’immigration. Émigrer, c’est quitter son pays d’origine, pour s’installer dans un pays étranger. Immigrer, c’est le fait de s’installer dans un nouveau pays. Maintenant, plongeons-nous dans l’Europe du XIXe siècle.

Raisons et modalités de ces migrations

Une croissance démographique

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À retenir

L’Europe connaît forte croissance démographique au XIXe siècle. Les historiens parlent même de « révolution démographique ».

On estime que la population européenne (Russie comprise) passe de 180 millions d’habitants en 1800 à 455 millions en 1914.

Cette croissance s’explique par :

  • les progrès majeurs de la médecine. En particuliers ceux liés à la vaccination, qui permet de faire chuter le taux de mortalité infantile de manière impressionnante ;
  • la diminution des famines, en raison de meilleures conditions climatiques mais aussi de l’amélioration des techniques agricoles à partir de la révolution Industrielle ;
  • étant donné que la natalité se maintient elle aussi à un niveau très élevé, l’Europe connaît donc une révolution démographique.

Qui émigre ?

Jusque dans les années 1880, ce sont les Britanniques, les Irlandais et les Allemands qui émigrent massivement.
À partir des années 1880, on remarque que ce sont plutôt des Italiens, mais aussi des Scandinaves qui quittent leur terre d’origine pour tenter leur chance à l’étranger.

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Attention

La France est une exception : elle est, tout au long du XIXe et d’une partie du XXe siècle, une terre d’immigration, contrairement à ses voisins européens.

Migrations européennes au XIX<sup>e</sup> siècle Migrations européennes au XIXe siècle

Les pays de destination privilégiés sont principalement les États-Unis et le Canada : 23\frac23 des migrants européens s’installent en effet en Amérique du Nord. L’Amérique latine est le second foyer récepteur de migrants européens : il est d’ailleurs fréquent, de nos jours, de rencontrer des latino-américains aux noms de famille allemands ou italiens. Finalement, l’Afrique, l’Australie et la Nouvelle-Zélande constituent le dernier foyer d’émigration.

Pour quelles raisons émigre-t-on ?

On peut distinguer :

  • les facteurs économiques : c’est notamment le cas des Italiens, qui émigrent d’abord vers la côte atlantique de l’Amérique latine (Uruguay, Argentine), puis dans un second temps, aux États-Unis. En manque de main d’œuvre depuis l’abolition de l’esclavage, ces pays embauchent massivement les étrangers. Pour comprendre de manière plus précise ces facteurs économiques, il est important de rappeler que l’Europe entre dans une période de crise économique profonde à partir des années 1870. C’est la Grande Dépression. Étant donné que le taux de chômage augmente en Europe, l’émigration apparaît comme étant une alternative intéressante ;
  • les facteurs religieux ou politiques : certains migrants espèrent échapper aux persécutions politiques ou religieuses. C’est le cas notamment des Juifs de l’Europe de l’est. En effet, à la fin du XIXe siècle, un climat profondément antisémite règne en Russie et de nombreuses émeutes éclatent. Ces émeutes, dirigées contre une communauté religieuse mais parfois aussi contre une communauté ethnique, portent un nom particulier : les pogroms ;
  • et la propagande des pays récepteurs de migrants : les pays d’immigration, tels que les États-Unis, ont mis en place au XIXe siècle une campagne de propagande incitant les Européens à s’y installer, en mettant notamment en avant l’espoir d’une vie meilleure, et la possibilité de repartir de zéro. Les pays d’immigration cherchent à mettre en valeur leur territoire et ont donc crucialement besoin des migrants.

Étude de cas : l’exemple irlandais

Origines des migrations

Le départ des Irlandais vers d’autres pays ne date pas du XIXe siècle. Déjà, dès le XVIe siècle, les Irlandais avaient fui leur pays pour des raisons religieuses : alors qu’ils sont majoritairement catholiques, ils craignent les représailles des Anglais protestants.

Ces migrations se massifient au XIXe siècle, en raison notamment des améliorations des transports. Depuis la création de la navigation à vapeur, les États-Unis sont à peine à 3 semaines de l’Irlande, contre des mois avec un voilier traditionnel.

La Grande Famine

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À retenir

Entre 1845 et 1849 l’Irlande connaît une période de crise agricole particulièrement violente, incitant alors les populations à s’exiler. Cette crise est causée par un champignon qui affecte la culture de la pomme de terre : le mildiou.

  • Or, la pomme de terre est la nourriture de base de la majorité de la population irlandaise. La production de pomme de terre chute alors de presque 50 %, pendant trois années consécutives, entraînant une famine violente.

Un problème économique et politique aggrave considérablement la crise : face à la pression des négociants protestants, le pays continue à exporter de la nourriture vers l’Angleterre. Alors qu’une majorité de paysans souffre et meurt de faim, des convois de nourriture produite en Irlande partent vers l’Angleterre. À cela, s’ajoute la mauvaise gestion de la crise par les autorités, qui ne mettent en place des services de soupe populaire que très tardivement, ou qui refusent de distribuer gratuitement des vivres. Les ressentiments des Irlandais envers les Anglais seront profonds et durables : un leader irlandais écrira d’ailleurs en 1860 : « Le Tout-Puissant, en effet, a envoyé le mildiou, mais les Anglais ont créé la famine ».

Le nombre de victimes de cet épisode est impressionnant : on estime que plus d’1,5 million d’Irlandais sont morts entre 1845 et 1851. Ces morts sont non seulement dues à la famine, mais aussi et surtout aux épidémies consécutives, notamment celles du choléra.

L’émigration irlandaise vers les États-Unis

Le voyage

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À retenir

Les émigrants embarquent sur des bateaux dont le nom anglais est révélateur : les coffinships ou « bateaux-cercueils ». L’état de ces bateaux est tel que beaucoup font naufrage lors de la traversée de l’Atlantique.

Les conditions de voyage sont déplorables : entassés par centaines dans ces bateaux, les migrants « pataugent dans la saleté et respirent un air fétide », selon un texte du XIXe siècle.

S’ils survivent à la traversée, les migrants doivent ensuite passer les formalités administratives. À partir de 1892, l’île d’Ellis, que l’on nomme plutôt en anglais Ellis Island, devient le lieu de réception administrative et médicale des migrants de tous les pays, qui doivent alors répondre à un questionnaire, se soumettre à un examen médical, être mis en quarantaine lorsqu’ils sont malades, voire même être renvoyés chez eux.

L’installation

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À retenir

Les migrants irlandais se sont installés sur la côte est des États-Unis : à Boston et à New York principalement. Regroupés dans des quartiers insalubres, ils occupent tout d’abord des emplois précaires, notamment dans la construction ferroviaire pour les hommes, et dans l’emploi domestique pour les femmes.

La majorité de la population des États-Unis est protestante alors que les Irlandais sont catholiques : c’est pourquoi leur intégration au sein de la population est difficile, au moins pour la première génération d’immigrés. Par ailleurs, ils conservent dans un premier temps leur langue : le gaélique, ce qui freine également leur assimilation.

  • Les Irlandais sont souvent victimes de xénophobie de la part des « Américains de souche », qui les décrivent comme étant alcooliques, bagarreurs et peu intelligents.

Ce ne sont finalement que la deuxième et la troisième génération d’Irlandais qui parviendront à s’intégrer plus ou moins facilement. La pression démographique que les Irlandais font peser sur certaines villes de la côte est des États-Unis explique leur intégration progressive.

À partir des années 1860, ils possèdent même la possibilité de faire pression au niveau politique. Ils peuvent en effet créer des syndicats ou même proposer des candidats à la mairie. Les Irlandais vivant aux États-Unis parviennent, à la fin du XIXe siècle, à créer un groupe politique de soutien aux mouvements indépendantistes irlandais restés en Europe : c’est le groupe des Fenians.

Conclusion :

La population européenne augmente rapidement au XIXe siècle, grâce aux progrès de la médecine notamment.

C’est dans ce contexte de croissance démographique que débute une phase d’émigration massive des Européens vers d’autres continents. En effet, 60 millions d’Européens vont progressivement s’installer aux États-Unis et au Canada principalement, mais aussi en Amérique du Sud ou sur le continent africain.

Les raisons de cette européanisation du monde sont multiples : il s’agit non seulement de fuir la misère en Europe, surtout lorsqu’elle atteint des conditions historiques, comme ce fut le cas en Irlande en 1845, mais aussi de fuir les actes xénophobes et racistes.

L’espoir d’une vie meilleure se trouve néanmoins confronté aux difficultés de débarquement dans le nouveau pays : que ce soit en raison d’une traversée difficile de l’Atlantique, qui se réalise dans des conditions particulièrement précaires, ou bien l’intégration difficile dans le Nouveau Monde, le migrant qui souhaite débuter une nouvelle vie le fait souvent dans la douleur.