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Le monde urbain

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Introduction :

À l’époque moderne, le monde urbain connaît à la fois une expansion et des mutations spatiales et sociales très importantes. C’est un monde à la fois plus complexe et plus mobile que le monde rural.

Il s’agira de voir dans ce cours quel est le moteur du dynamisme des villes aux XVIIe et XVIIIe siècles et les principales évolutions et transformations que ce dynamisme entraine. On s’intéressera tout d’abord à l’expansion démographique et économique des villes avant d’étudier les caractéristiques et les contrastes de la population citadine. On verra enfin les importantes transformations culturelles et sociales que le monde urbain connaît ainsi que les crispations qu’elles entraînent.

L’expansion des villes

Une forte croissance démographique

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À retenir

Au XVIIIe siècle, les villes connaissent une importante croissance démographique, liée notamment au solde migratoire (différence entre le nombre de personnes parties et le nombre arrivées, ici dans les villes).

Avec la croissance démographique que connaît la France, de plus en plus de femmes et d’hommes quittent leur village pour venir travailler en ville, notamment comme domestiques, ouvriers ou journaliers (travailleurs payés à la journée) pratiquant de petits métiers. La part du monde urbain augmente ainsi sensiblement et les villes abritent aux alentours de 20 % des habitants du royaume en 1789.

L’essor du commerce et de l’administration

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À retenir

Ce sont tout d’abord les ports de la façade atlantique (Nantes, Bordeaux, La Rochelle) qui connaissent la plus forte expansion. Ils profitent principalement de l’essor du commerce avec l’Afrique et les Amériques, et notamment de la traite négrière.

Avec le développement de l’économie de plantation dans ses colonies antillaises, et l’établissement du Code noir, les échanges ont fortement augmenté : le commerce de produits coloniaux (indigo, café, tabac, sucre) et d’esclaves a été multiplié par dix au XVIIIe siècle.

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Définition

Code noir :

Ensemble d’ordonnances royales de 1635 autorisant et réglementant l’esclavage dans les colonies françaises.

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Rappel

L’économie de plantation était le modèle de développement économique des sociétés coloniales, surtout en Amérique du Nord, Antilles et Amérique du Sud. C’étaient des plantations avec des cultures intensives telles que la canne à sucre, le café, le coton, le caoutchouc, et le tabac. Pour cultiver, il fallait de la main-d’œuvre, ce qui a entrainé le développement de la traite négrière (ou commerce d’esclaves noirs africains) vers les Antilles et l’Amérique.

IMG01 : Joseph Vernet, Deuxième vue du Port de Bordeaux prise du château Trompette, 1759

D’autres ports, comme Le Havre ou Marseille profitent aussi de cet essor du commerce maritime. Les villes portuaires attirent donc un nombre croissant de migrants ruraux. Les centres de l’administration royale connaissent également une croissance importante avec le renforcement de l’État. C’est le cas de Paris mais aussi des villes sièges des intendants dans les provinces du royaume comme Rouen, Valenciennes, Nancy, Lyon, etc.

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Rappel

Les intendants sont les agents du pouvoir royal en province, nommés par le roi et chargés de missions de justice, police et finance dans les généralités (divisions administratives du royaume).

Ainsi, Paris double sa population entre 1600 et 1789 et compte désormais plus de 600 000 habitants à la veille de la Révolution. Lyon, Marseille et Bordeaux, elles, dépassent les 100 000 habitants au cours des années 1780.

Un embellissement urbain

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À retenir

La plupart des villes débordent désormais de leurs remparts et voient leurs faubourgs s’étendre.

Les nobles et riches bourgeois se font construire de vastes hôtels particuliers (grande maison habitée par une seule famille). Leurs façades majestueuses et leur luxe intérieur servent à témoigner de la fortune et du rang social de leur propriétaire. C’est particulièrement le cas à Paris où vit la haute noblesse quand elle n’est pas à la cour et dans les grandes villes portuaires. IMG02 : L’hôtel de la famille de Rohan à Paris, construit à partir de 1705

Les villes connaissent aussi d’importants réaménagements : au cours du XVIIIe siècle, plusieurs zones d’habitat insalubre sont détruites et réaménagées dans le centre de Paris (comme les maisons du Pont-au-change rasées ou les anciennes fortifications de Charles V remplacées par des boulevards plantés d’arbres). La rive gauche, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, ou le faubourg Saint-Honoré accueillent désormais les hôtels particuliers des plus riches tandis que les habitants modestes migrent vers des quartiers populaires des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel.

IMG03 :Toile anonyme représentant la construction de l’hôtel de Salm à Paris, XVIII° siècle, Musée Carnavalet

Un monde marqué par de profondes inégalités

Un monde jouissant de privilège

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À retenir

La majorité des villes françaises bénéficient de privilèges.

Elles ont d’abord une autonomie juridique leur permettant de disposer d’un gouvernement municipal. Elles bénéficient également de leurs propres ressources financières grâce à l’octroi, une taxe sur le commerce. Elles sont par ailleurs dispensées d’une grande partie des impôts directs. Quant aux villes portuaires, elles bénéficient également du régime de l’exclusif.

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Rappel

Le régime de l’exclusif est un principe par lequel une colonie est contrainte de commercer uniquement avec sa métropole et non avec d’autres États ou colonies.

La ville est également un monde de communautés et de corporations. Chacune a son statut juridique, garanti par la ville, et est placée sous la protection d’un saint patron. Les corporations associent les gens d’un même métier, par exemple l’épicerie, l’orfèvrerie, les marchands de vin, etc. et définissent précisément les règles de production, les conditions de travail, les relations entre les membres (maîtres, compagnons et apprentis) ou l’entrée dans le métier.

Un monde entre hiérarchie traditionnelle et nouvelle

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À retenir

Il y a de très fortes inégalités sociales entre les différentes classes de la société urbaine.

Les élites urbaines sont composées de la noblesse, du clergé et de la grande bourgeoisie. La noblesse urbaine conserve une forte influence. Elle occupe les postes les plus hauts, que ce soit dans les domaines militaires, politiques, juridiques ou religieux. Avec la vénalité et la multiplication des offices, la noblesse de robe a aussi connu une forte expansion.

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Rappel

À l’époque moderne, le pouvoir royal vend et multiplie les charges publiques (offices). Certaines permettent d’accéder à la noblesse (ce sont des offices anoblissant), on parle alors de noblesse de robe.

Mais la grande bourgeoisie a désormais rattrapé la noblesse sur le plan de la richesse.

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Définition

Bourgeoisie :

À l’origine, il s’agissait d’habitants d’une ville ayant obtenu des droits et des privilèges. Au XVIIIe siècle, le terme désigne peu à peu les citadins qui ont accédé à un certain niveau de richesse et de prestige social grâce à leurs activités économiques.

Dans les villes portuaires, négociants, armateurs (personnes qui possèdent et équipent des navires) et financiers se sont constitués de grandes fortunes grâce au commerce atlantique.

D’autres familles ont investi dans les grandes manufactures (usines) et les mines.

Certains bourgeois accèdent même à la noblesse de robe en achetant des offices, d’autres par la faveur du roi. Cette grande bourgeoisie adopte les pratiques de la consommation de la haute noblesse : port de la perruque, vêtements de luxe, consommation de boissons exotiques (café, chocolat), usage de vaisselle en porcelaine, emploi de domestiques.

IMG04 : Louis-Léopold Boilly, La famille Gohin, 1787, Musée des Arts décoratifs, Paris

La petite et la moyenne bourgeoisie (avocats, médecins, boutiquiers, artisans) se développent aussi, grâce à leur travail. Mais plus de la moitié des citadins appartiennent au petit peuple, celui qui n’est propriétaire de rien : domestiques, ouvriers, apprentis, agriculteurs des faubourgs, mendiants et vagabonds. C’est une population très fragile qui peut facilement sombrer dans la misère et se montre très inquiète de sa subsistance.

Un monde traversé par des transformations culturelles et des crispations sociales

Une noblesse jalouse de son rôle dominant

Afin de rester l’ordre dominant face à l’ascension de la grande bourgeoisie, et pour compenser la diminution de ses revenus fonciers (provenant de leurs terres), la noblesse n’hésite pas à investir dans des activités en plein essor comme le commerce maritime ou l’industrie (mines, métallurgie).

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la noblesse cherche aussi à rétablir certains droits et impôts seigneuriaux plus ou moins disparus (c’est la « réaction seigneuriale »).
Elle renforce également sa participation aux affaires de l’État en monopolisant les postes au gouvernement : 72 des 75 ministres du Roi de France entre 1718 et 1789 sont d’origine noble.
Enfin, elle s’efforce de faire restreindre par le roi l’accès à la noblesse et s’oppose à toute remise en cause de ses privilèges par le pouvoir royal, qui essaye à plusieurs reprises au XVIIIe siècle de créer des impôts payables par tous. C’est par exemple le cas en 1776 quand le ministre Turgot, contre lequel la noblesse s’est liguée, est contraint de démissionner.

Une bourgeoisie ambitieuse mais déçue

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À retenir

La grande bourgeoisie aspire, elle, à un plus grand accès aux affaires de l’État et à une plus grande facilité d’accès à la noblesse.

Or, au cours du XVIIIe siècle, la mobilité sociale se ferme et la noblesse monopolise les postes prestigieux. La bourgeoisie commence alors à remettre en cause les privilèges accordés à la noblesse par la société d’Ancien Régime et se montre très sensible aux idées développées par les philosophes des Lumières : séparation des pouvoirs, souveraineté nationale, égalité juridique, libéralisation économique.

L’influence des femmes

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À retenir

À l’exception de la cour, autour du roi et de la reine, les femmes ne participent pas du tout au pouvoir politique.

Néanmoins, des femmes s’illustrent en ville dans les arts et les sciences. D’autres sont les hôtesses de salons où artistes, savants et écrivains sont reçus pour des rencontres. Elles sont issues de la noblesse comme Mme de Tencin ou de la bourgeoisie comme Mme Geoffrin à Paris. Cette dernière illustre parfaitement l’influence qu’ont eu certaines femmes de la grande bourgeoisie en Europe à la fin du XVIII° siècle.

IMG05 : Gabriel LEMONNIER, Lecture de la tragédie de "l'orphelin de la Chine" de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin à Paris en 1755. 1812, Musée des Beaux-Arts de Rouen

Mme Geoffrin est ainsi reçue à la cour du roi de Pologne et accueillie avec enthousiasme par l’empereur à Vienne.
Elle tient salon dans son hôtel particulier rue Saint-Honoré et reçoit d’illustres savants et intellectuels comme Montesquieu, Diderot, D’Alembert, Buffon ou encore Rousseau ainsi que des personnalités politiques.

Le salon de Mme de Tencin est aussi un des plus réputés de Paris au XVIIIe siècle. Dans un premier temps, ce sont surtout des personnalités politique ou des financiers (comme le banquier Law) qu’elle reçoit tous les mardis dans son appartement, lui aussi situé rue Saint-Honoré. Mais elle tient par la suite un salon littéraire, tandis qu’elle publie quelques romans à succès. Sont notamment reçus chez elle Marivaux, l’abbé Prévost, Fontenelle ou encore Montesquieu, mais aussi Mme Geoffrin elle-même.

Un peuple fragile mais sous assistance

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À retenir

Les émeutes populaires sont moins fréquentes en ville que dans le monde rural.

Mais en période de hausse des prix, notamment du pain, le peuple peut aussi se révolter comme lors de la Guerre des farines en 1775. C’est parfois, comme dans les campagnes, contre une nouvelle taxe que le peuple se soulève, comme lors de la révolte des Bonnets rouges en Bretagne en 1675.

Il peut y avoir aussi des émeutes d’ouvriers réclamant une augmentation des salaires. Cependant existe en ville un système de charité qui rend les tensions sociales moins fortes qu’à la campagne : les populations les plus pauvres sont nombreuses mais souvent prises en charge par l’Église et la municipalité. Les hôpitaux permettent ainsi d’accueillir les pauvres et les mendiants (mais aussi de les mettre à l’écart afin qu’ils ne viennent pas troubler l’ordre public).

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Définition

Hôpital :

Lieu d’assistance publique à l’origine tenu par l’Église, l’hôpital est destiné à accueillir les pauvres malades, infirmes, orphelins. À l’époque moderne, il sert aussi à enfermer des catégories jugées nuisibles comme les mendiants, les prostituées et les personnes atteintes de troubles mentaux.

IMG06 : Gravure de Jacques Rigault représentant l’hôpital de la Salpêtrière à Paris au XVIII° siècle. Construit à partir de 1656 sur ordre de Louis XIV, l’hôpital de la Salpêtrière est encore le plus grand hôpital d’Europe en 1789. Il sert essentiellement à « renfermer » les mendiants de Paris mais abrite aussi une maison de détention pour femmes.

Conclusion :

En définitive, le monde des villes connaît d’importantes mutations au cours de l’époque moderne : expansion démographique et spatiale, essor économique, embellissement urbain et ascension sociale de la bourgeoisie. Mais c’est aussi un monde traversé par des tensions sociales et politiques : fragilité du petit peuple inquiet pour sa subsistance, crispation de la noblesse sur ses privilèges face aux ambitions grandissantes de la bourgeoisie et frustrations bourgeoises face aux blocages politiques, économiques et sociaux de la société d’Ancien régime. Ces différentes crispations sociales seront ainsi une des causes majeures du déclenchement puis des différentes étapes de la Révolution française qui débute lors de l’été 1789.