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Les classes sociales

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Introduction :

La société produit des inégalités sociales entre les individus qui la composent. Ces inégalités conduisent à la constitution de groupes sociaux plus ou moins homogènes et qui partagent des caractéristiques communes. Pour analyser la structure sociale, les relations qu’entretiennent ces groupes sociaux les uns avec les autres, on utilise en sociologie la notion de classes sociales. C’est une notion assez complexe à manier, puisque sa définition dépend avant tout du point de vue que l’on souhaite adopter.

Dans ce cours, nous définirons ce qu’est une classe sociale et nous nous interrogerons sur la pertinence de parler encore de « classes » aujourd’hui en France. Pour cela, nous partirons des théories de Karl Marx et Max Weber, les premiers à avoir abordé l’analyse de la structure sociale à travers cette notion de classe. Nous aborderons ensuite les arguments de ceux qui ont remis en question ces théories. Puis, nous en déduirons ce qui, de nos jours, peut constituer un critère de différenciation entre les groupes sociaux.

Les théories des classes sociales

Les théories traditionnelles des classes sociales sont celles de Karl Marx et de Max Weber, établies dès la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Plus récemment, des sociologues comme Pierre Bourdieu ou Henri Mendras ont tenté de corriger ces premières théories, pour les adapter aux réalités contemporaines.

La conception réaliste (Marx) et la conception nominaliste (Weber)

Karl Marx

Karl Marx ses terminale

Karl Marx est surtout connu comme étant le philosophe allemand qui a théorisé le communisme, mais il faut savoir qu’il était également économiste, sociologue et historien. C’est lui qui, le premier, a introduit la notion de classes sociales.

Il faut savoir que son analyse donne une place centrale à la dimension économique. Pour lui, la révolution industrielle du XIXe siècle a bouleversé l’organisation des sociétés. La concentration du capital a abouti à une bipolarisation de la société et des relations conflictuelles entre deux classes : les bourgeois (qu’il appelle aussi les capitalistes) et les prolétaires.

Les bourgeois sont ceux qui détiennent le capital et les moyens de production (la terre, les usines, l’argent pour investir), et qui font travailler les prolétaires qui ne sont, eux, propriétaires que de leur seule force de travail.

La définition d’une classe répond à trois critères :

  • le premier est qu’il faut être dans la même position dans le processus productif, autrement dit détenir ou non les moyens de production ;
  • le deuxième est qu’il faut partager des valeurs communes, une culture collective ;
  • le troisième est pour Marx le plus important : il faut avoir une conscience collective, autrement dit défendre les mêmes intérêts et avoir conscience qu’on appartient à une même classe. Cette conscience collective marque le passage d’une « classe en soi » à une « classe pour soi ».
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Définition

« Classe en soi » et « classe pour soi » :

La « classe en soi » est une situation où des individus partagent des conditions de vie identiques. En prenant conscience qu’ils peuvent agir ensemble pour défendre leurs intérêts et qu’ils peuvent améliorer leur situation, en s’organisant, ces individus deviennent alors une « classe pour soi ».

Bourgeois et prolétaires partagent chacun des intérêts de classe :

  • les bourgeois cherchent à exploiter les prolétaires pour augmenter leur quantité de capital,
  • les prolétaires de leur côté cherchent à améliorer leurs conditions de vie et à bénéficier du capital produit par leur force de travail.

Pour Marx, les rapports sociaux sont donc des rapports de production. On dit qu’ils sont liés aux conditions matérielles de l’existence, c’est-à-dire qu’ils dépendent de la situation matérielle dans laquelle on vit. D’après cette vision, toutes les sociétés sont des sociétés de classes, antagonistes. Cet antagonisme est à l’origine de la lutte des classes, qui est une lutte contre le modèle capitaliste : en changeant de façon de produire, on pourra alors renverser les rapports sociaux.

On dit que l’analyse des classes chez Marx est une analyse réaliste, dans le sens où le concept de classe sociale traduit une réalité objective, que chacun peut constater : on détient ou on ne détient pas les moyens de production.

Max Weber

Max Weber

Max Weber, lui aussi économiste et sociologue allemand, va s’opposer à cette vision marxiste. Sa critique de Marx va porter essentiellement sur deux points :

  • il remet tout d’abord en question l’idée que la société soit totalement bipolarisée entre deux groupes qui s’opposent ;
  • il conteste le fondement exclusivement économique de la structure sociale.

Pour Weber, la structure sociale est multidimensionnelle, elle s’organise en trois dimensions :

  • la première dimension est celle des classes sociales. Mais le sens est ici différent de la vision marxiste : pour exister, les individus qui partagent une situation de classe n’ont pas besoin de partager une conscience de classe, d’avoir conscience d’appartenir au même groupe. Le simple fait qu’ils aient des caractéristiques économiques communes suffit à les qualifier ainsi. Les classes n’ont donc pas besoin de devoir s’organiser ou lutter les unes contre les autres ;
  • la deuxième dimension est celle des groupes de statut. Un groupe de statut se définit par le degré de prestige ou d’honneur que les individus membres du groupe se reconnaissent mutuellement. Il s’agit par exemple du clergé, des SDF, des médecins ou des juges : tous ces individus qui ont conscience de partager un statut social identique ;
  • la troisième dimension est enfin celle des partis politiques, c’est-à-dire des individus qui se regroupent pour défendre un même projet de société.

Les classes sociales ne sont ainsi ici qu’une catégorie de groupe social parmi d’autres. Elles n’ont pas besoin d’avoir conscience d’elles-mêmes pour exister. Il n’y a pas de bipolarisation. On dit que l’analyse de Weber est nominaliste : cela signifie que les classes sont des concepts théoriques, abstraits qui sont « nommés » et mis au point par le sociologue pour étudier la société, mais qui ne correspondent pas à une réalité observée.

Ces analyses de Marx et de Weber sont souvent qualifiées de fondatrices, puisque ce sont elles qui posent les bases d’une analyse en classes de la structure sociale. Elles datent pourtant de plus d’un siècle, et ont été mises à jour depuis par de nouvelles analyses. On retrouve parmi elles la tentative de dépassement entre conception réaliste et conception nominaliste, opérée par Pierre Bourdieu, et l’analyse en termes de moyennisation, comme celle proposée par Henri Mendras.

Tentative de dépassement (Pierre Bourdieu) et moyennisation (Henri Mendras)

Pierre Bourdieu

Pierre Bourdieu ses terminale

Pierre Bourdieu est un sociologue français contemporain décédé en 2002. Son étude de l’espace social repose sur plusieurs dimensions, plusieurs critères qui permettent de comprendre comment les individus se différencient et établissent entre eux des rapports de forces.

Chez Bourdieu, les classes sociales se caractérisent par la structure et le volume du capital global de leurs membres.

Ce capital global est composé de quatre dimensions :

  • le capital économique tout d’abord : c’est-à-dire l’ensemble des revenus d’un individu, mais aussi son patrimoine (ses biens immobiliers, ses biens matériels comme les bijoux ou les objets précieux par exemple) ;
  • le capital culturel ensuite ou l’ensemble des pratiques cultuelles qu’a assimilé cet individu (sa façon de parler ou ses goûts artistiques) ;
  • le capital social encore, c’est-à-dire l’ensemble des relations sociales dont il peut disposer : il s’agit des personnes ou des réseaux qu’il connait et qu’il peut mobiliser ;
  • et enfin, le capital symbolique (sa réputation, son honneur ou son prestige).

C’est en fonction de la quantité de capital économique, culturel, social et symbolique de chacun que des regroupements s’opèrent entre individus. Bourdieu distingue alors deux types de classes : les classes théoriques, qu’il appelle « classes sur le papier » et les classes concrètes, dites « classes réelles », qui ont conscience d’elles-mêmes. Il dénombre alors trois classes différentes :

  • la classe dominante ;
  • la classe moyenne ;
  • la classe populaire.

La classe dominante est celle qui possède le plus de capital culturel, le plus de capital social, le plus de capital symbolique et le plus de capital économique. Chacune de ces classes adopte des stratégies de distinction : elle cherche à imposer sa domination sur les autres en adoptant des comportements spécifiques (des attitudes, des façons de parler, de s’habiller ou de se divertir). Il explique que les individus membres d’une même classe possèdent un habitus de classe identique.

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Définition

Habitus :

Bourdieu définit l’habitus comme un ensemble de manières de faire, de penser, d’agir, d’être propre à chaque individu et qui découle de l’apprentissage lié à son groupe d’appartenance.

Avec cette analyse, Bourdieu cherche à dépasser l’opposition entre analyse théorique et réelle des classes sociales. Il va au-delà de l’analyse de Marx en insistant sur l’importance des critères non-économiques, et en particulier celle du facteur culturel. Un autre phénomène va lui aussi remettre en question les analyses traditionnelles : c’est la tendance à la moyennisation de la société.

Henri Mendras et le concept de moyennisation de la société

Pour bien comprendre le concept de moyennisation, il faut se poser cette question en apparence toute simple : les classes sociales existent-elles encore aujourd’hui en France ?

Si l’on observe la structure sociale contemporaine, on peut constater que bien que les inégalités recommencent à progresser, elles sont néanmoins nettement moins marquées qu’il y a un siècle. Les richesses sont mieux réparties, les conditions de vie se sont améliorées. Nos comportements sont de plus en plus homogènes, quel que soit notre milieu social d’origine ou nos conditions de ressources. Le développement du secteur tertiaire et des services a conduit à la réduction du nombre d’ouvriers et à la formation de cadres, de professions intermédiaires qui ne se retrouvent ni dans une classe dominante, ni dans une classe dominée. On parle alors de classe « moyenne ».

Le sociologue français Henri Mendras, mort en 2003, a étudié ce phénomène de moyennisation, en modélisant la société sous la forme d’une toupie.

La toupie d’Henri Mendras ses terminale

La société est constituée par deux grands ensembles : une constellation centrale, composée de cadres, d’enseignants et de professions supérieures, et une constellation populaire, composée des employés et des salariés. Autour de ces deux constellations en gravitent d’autres, plus petites, qui comprennent les indépendants. Le grand ensemble constitué par le « ventre » de la toupie représente la classe moyenne : ce sont en fait des individus qui appartiennent à plusieurs classes différentes, mais dont les comportements et les modes de vie se rapprochent.

Tout en haut, à l’extrémité de la toupie, se trouve l’élite. Et tout en bas, à sa base, sont les plus pauvres. L’analyse de l’évolution de la toupie de Mendras depuis la fin des années 1950 est intéressante. Comme on le voit sur ce schéma, sa forme se modifie.

évolution des classes sociales ses terminale

On se rend compte qu’à mesure que passent les années, le poids de la classe la plus pauvre et de l’élite diminue, alors que la toupie grossit en son centre : cela signifie que la classe moyenne se développe de plus en plus.

Cependant, de nombreux autres sociologues contestent cette tendance à la moyennisation : selon eux, parler de « classe moyenne » en tant que telle est infondé sociologiquement pour plusieurs raisons :

  • l’apparition des nouvelles technologies réactive en permanence la distinction au sein de cette classe moyenne (par exemple, tous les individus n’ont pas les moyens de posséder un téléviseur 3D ou le dernier IPhone), les habitudes de consommation ne sont donc pas complètement identiques ;
  • à l’intérieur de la classe moyenne, les individus ne défendent pas toujours les mêmes intérêts. Ils peuvent même s’affronter (on le voit notamment à l’occasion des débats sur les retraites ou le travail du dimanche, entre les cadres, les commerçants ou les employés) ;
  • depuis une quinzaine d’années, la progression des inégalités a aussi atteint les composantes de cette classe moyenne, avec d’un côté des individus à l’aise économiquement, de l’autre des individus pouvant à peine vivre décemment ;
  • les pratiques culturelles restent différentes, qu’il s’agisse, entre autres, des choix musicaux, des spectacles ou tout simplement des émissions que l’on regarde à la télévision.

Concrètement, on ne peut donc plus aujourd’hui analyser la structure sociale en termes de classes au sens où l’entendaient Marx et Weber, même si leurs théories permettent de mieux comprendre comment s’est organisée la société. L’analyse de Bourdieu reste quant à elle d’actualité.

Ainsi, nous pouvons déduire que le concept de « classe sociale » permet d’apporter une explication à l’analyse de l’évolution de la structure sociale, bien que cette notion soit très largement contestée en France aujourd’hui.

Les critères de différenciation

Pour définir ce que sont les critères de différenciation sociale, il suffit d’étudier quels sont les critères qui expliquent les différences sociales entre les individus. Il existe en France un outil statistique qui s’appuie sur les différences de statuts professionnels appelé les PCS, les professions et catégories socioprofessionnelles. Néanmoins, le travail n’est pourtant pas toujours à l’origine des inégalités que l’on constate.

Le statut professionnel (les PCS)

L’actuelle nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles existe depuis 1982. Elle consiste à regrouper en huit catégories des professions jugées similaires, soit en termes de domaine d’activité (par exemple l’environnement ou les nouvelles technologies), soit en termes de fonctions, de tâches accomplies par les travailleurs (par exemple des tâches d’exécution ou des tâches de décision). « Nomenclature » signifie qu’il s’agit d’un classement : on « nomme » les individus en fonction de leur profession, de leur activité, qu’ils soient salariés ou non.

bannière à retenir

À retenir

Parmi ces huit groupes, eux-mêmes subdivisés en sous-ensembles, on retrouve :

  • Agriculteurs exploitants ;
  • Artisans, commerçants et chefs d’entreprise ;
  • Cadres et professions intellectuelles supérieures ;
  • Professions Intermédiaires ;
  • Employés ;
  • Ouvriers ;
  • Retraités ;
  • Autres personnes sans activité professionnelle.

Chacun des ensembles est sensé regrouper des personnes qui partagent des comportements communs, des opinions similaires, des modes de vie identiques : on dit qu’elles sont « socialement homogènes ». Pour les regrouper, on s’est appuyé sur plusieurs critères :

  • leur métier ;
  • leur statut, à savoir s’il s’agit de personnes salariées ou indépendantes ;
  • leur niveau qualification, qui comprend la position hiérarchique, le niveau de diplôme et les compétences ;
  • leur secteur d’activité : agricole, artisanal ou industriel par exemple.

Les PCS sont un outil d’analyse de la population à un moment donné : le classement permet de savoir comment se compose la population française pour analyser ses évolutions. En parlant d’évolutions, il est intéressant d’observer comment les effectifs de chacune des catégories évolue, depuis leur création en 1982, jusqu’en 2015.

Effectifs en pourcentage
1982 2000 2015

1 et 2 : Agriculteurs, artisans, commerçants

10 5 4

3 : Cadres et professions intellectuelles supérieures

14 19 21

4 : Professions intermédiaires

14 16 17

5 : Employés

31 33 33

6 : Ouvriers

32 27 25

Source : Assemblée nationale

Le tableau ci-dessus, qui ne tient pas compte des retraités et des personnes sans activité, montre que depuis plus de trente ans, les catégories qui diminuent le plus en effectifs sont les agriculteurs, les artisans, commerçants et chefs d’entreprises : ils passent de 10 % de la population en 1982 à 4 % en 2015. Cela s’explique surtout par la baisse du nombre d’agriculteurs, due à l’amoindrissement du secteur primaire.

Les ouvriers passent eux aussi de 32 % à 25 %. Là encore, c’est le phénomène de tertiarisation de l’économie qui explique cette réduction, tout comme la hausse du nombre de cadres (qui passent de 14 à 21 %) et de professions intermédiaires (de 14 à 17 %).

La grille des PCS est donc un outil pertinent pour analyser la société française, pour comprendre ses inégalités et pour révéler ses transformations socio-économiques. Elle comprend pourtant aussi des limites, imputables au choix de classification.

Elle n’indique pas par exemple l’origine sociale de chaque individu, le type de contrat de travail qu’il a signé : s’il s’agit d’un emploi précaire, en contrat à durée déterminée (CDD) ou indéterminée (CDI) ou en intérim. Les groupes ne sont par ailleurs pas tous homogènes en leur sein (par exemple, chez les agriculteurs, certains sont de petits exploitants autonomes tandis que d’autres embauchent plusieurs personnes).

Les PCS ne rendent enfin pas compte des autres formes de discrimination, des autres critères de distinction sociale qui sont pourtant aussi des facteurs explicatifs de la stratification sociale, comme par exemple le sexe, l’origine ou l’âge.

Les autres sources de clivages

Une des premières sources de clivages entre classes est d’ordre générationnel : il s’agit d’une distinction liée à l’âge. Car de nouvelles inégalités et discriminations sont apparues, entre les jeunes et les plus âgés :

  • la massification scolaire a entrainé l’augmentation de la durée des études des jeunes. Ils entrent plus tard sur le marché du travail et sont les premiers touchés par la précarité, que ce soit au niveau de l’instabilité professionnelle, avec le chômage, les CDD ou l’intérim ou au niveau du logement par exemple ;
  • parallèlement, nous vivons de plus en plus vieux. Alors que l’on parlait de « troisième âge » dans les années 1980 pour caractériser les personnes âgées, on parle désormais de « quatrième âge » pour désigner les personnes de plus de 75 ans.

Le sociologue français Louis Chauvel étudie cette fracture générationnelle depuis une trentaine d’années. Il a établi que le pouvoir d’achat des jeunes par rapport aux seniors s’était considérablement réduit. Il a aussi souligné que les jeunes sont aujourd’hui exclus d’une multitude de segments de la vie sociale, comparativement à leurs aînés.

L’ascension sociale leur est par exemple moins facilement accessible, tout comme l’accès immédiat à des emplois stables et bien rémunérés. Il a aussi mis en évidence leur mise à l’écart du pouvoir politique, dont les représentants sont plus sensibles à l’électorat plus âgé, et qui sont d’ailleurs pour la plupart eux-mêmes assez âgés aussi. Sa conclusion est radicale et un peu provocatrice : il estime que la « lutte des classes », telle que Marx l’expliquait, n’a plus lieu d’être, mais qu’elle a par contre laissé la place à une nouvelle lutte : la lutte des âges.

Le genre est aussi une source de discriminations. Le fait d’être un homme ou une femme entraine des conséquences sur l’accès à certains métiers, sur les évolutions de carrière, lors des recrutements et même au niveau des rémunérations. On estime par exemple que les femmes touchent environ 20 % de moins que les hommes pour des emplois identiques. Les inégalités de genre touchent les femmes également dans l’univers domestique, puisque le travail domestique, non rémunéré, reste encore aujourd’hui largement exécuté par les femmes.

Cette forme d’exploitation domestique a des répercussions en terme de travail partiel (occupé à 80 % par les femmes), de pensions de retraite, de perspective de carrière, et donc de pauvreté (80 % des travailleurs pauvres sont des femmes). Deux explications complémentaires peuvent être données: une explication en terme d’habitus de genre (la dévalorisation du travail féminin, et la sur-valorisation du rôle de mère), et une explication en terme de discrimination (qui explique une partie des inégalités salariale et de carrière).

L’origine ethnique ou la religion sont, elles aussi, à l’origine d’inégalités. C’est un fait avéré dans le milieu professionnel et c’est pour ça que certains souhaitent que soit instauré le CV anonyme pour les recrutements, c’est-à-dire un CV sans le nom ni la photo du candidat (afin d’éviter, par exemple, qu’il puisse être évincé à cause de sa couleur de peau ou de la sonorité de son nom). On le sait moins, mais des discriminations ont aussi régulièrement lieu pour l’accès au logement locatif, aux services ou aux espaces de loisirs.

L’urbanisation et la croissance démographique sont également source d’inégalités ; elles ne permettent pas à tous l’accès aux mêmes services (par exemple, la différence entre les habitants de la région parisienne, qui monopolisent l’essentiel des offres culturelles, des services administratifs et ceux de la « province » qui ne bénéficient que de certains, ou, plus largement, entre les habitants de milieux urbains et ceux de milieux ruraux.)

Au-delà de l’âge, du genre, de l’origine, du lieu de vie, on pourrait rallonger la liste pour trouver encore d’autres formes de critères qui clivent la société française contemporaine en plusieurs groupes. Ces critères ne sont cependant pas suffisants pour parler de classes sociales, tant les modes de vie, les aspirations et habitus des individus qui les composent sont divers. D’autant qu’ils n’entrainent pas de « conscience de classe » à proprement parler.

Conclusion :

Traditionnellement, l’analyse de la structure sociale se fait en termes de classes sociales. Il faut distinguer l’analyse réaliste de Marx, fondée sur l’antagonisme entre capitalistes et prolétaires, qui différencie les « classes en soi » des « classes pour soi » et repose sur l’analyse du modèle économique, de l’analyse nominaliste de Weber, qui conçoit la structure sociale en trois dimensions (les classes sociales qui n’ont pas nécessairement conscience d’elles-mêmes, les groupes de statuts et les partis politiques). En introduisant les notions de capital (social, culturel, symbolique et économique) et d’habitus, Bourdieu tente de dépasser cette opposition. Mendras, avec son étude de la société en « toupie » remet lui aussi en question ces théories traditionnelles en mettant en valeur l’importance croissante de la classe moyenne.

Pour comprendre ce qui aujourd’hui explique la structuration de nos sociétés, on tient moins compte de cette notion de classe sociale et on considère en général le statut professionnel, puisque c’est lui qui génère des revenus et un statut social. En France, ce sont les PCS qui servent d’outil statistique pour appréhender les évolutions sociales et les inégalités. Mais il existe aussi d’autres types de critères, comme l’âge, le genre, l’origine ethnique ou même le lieu de vie.