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Les fondements de la puissance et les économies-monde : un regard historique

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Ce cours est en cours de création par nos équipes et il sera prêt pour la rentrée 2019 💪

Introduction :

Les grandes puissances, de par leur influence territoriale et leur importance dans les relations internationales, constituent un sujet d’étude géopolitique à part entière.
Par jeu de la domination, des puissances émergent, s’affirment, perdurent ou déclinent au fil des siècles.
Il apparaît alors essentiel d’analyser les ressorts et les caractéristiques de ces puissances afin de mieux appréhender leurs dynamiques.

Dans un premier temps, nous analyserons les fondements traditionnels de la puissance à travers les exemples de l’Empire ottoman et de la France. Puis, toujours dans une perspective historique, nous nous intéresserons aux puissances britannique et américaines qui se sont imposées comme économies-monde à partir au XIXe siècle et au XXe siècle.

Les fondements traditionnels de la puissance

L’exemple de l’Empire ottoman

L’Empire ottoman est l’un des plus grands empires qui ait existé.
Il est créé à la fin du XIIIe siècle, en 1299, au nord-ouest de l’Anatolie occidentale par un clan turcique oghouze dirigé par Osman Ier.

Osman Ier, alors le premier sultan de l’Empire, entreprend des conquêtes territoriales.
Dès 1354, les Ottomans entrent en Europe et conquièrent les Balkans. L’Empire devient ainsi transcontinental.

Cette expansion se poursuit avec les successeurs d’Osman Ier, l’âge d’or débutant avec la chute de Constantinople en 1453 sous le commandement du sultan Mehmed II dit « le Conquérant », qui met fin à l’Empire byzantin.
Au XVIe siècle, sous le règne de Soliman le Magnifique, les armées ottomanes parviennent jusqu’à Vienne. Cette avancée marque la limite de l’expansion de l’Empire en Occident.

Empire ottoman

  • À son apogée, l’Empire ottoman s’étend sur trois continents et comprend toute l’Anatolie, le haut-plateau arménien, les Balkans, le pourtour de la mer Noire, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, la péninsule Arabique et une grande partie de l’Afrique du Nord.
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À retenir

La conquête de territoires par les armes est une illustration du hard power puisqu’il constitue un moyen d’imposer sa puissance par la force.

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Définition

Hard power :

Concept utilisé dans les relations internationales qui désigne la capacité d'un État ou d’une organisation à imposer sa volonté par la contrainte, à l'aide de moyens militaires et économiques.

Cette puissance militaire et territoriale est donc un empire multinational et multilingue.

Avec Constantinople comme capitale et le contrôle des terres autour du bassin méditerranéen, l’Empire ottoman est également au centre des interactions entre les mondes oriental et occidental pendant six siècles.
L’Empire maintient une économie, une société et une armée puissantes tout au long du XVIIe siècle et d’une grande partie du XVIIIe siècle.

Les Ottomans subissent toutefois de graves défaites militaires à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, marquant le déclin de l’Empire.
Au XIXe siècle, il perd son autorité sur les territoires en Afrique et dans les Balkans à la suite de guerres et de révoltes.

Cette situation conduit au lancement d’un vaste processus de réforme et de modernisation (réformes administratives visant à plus de centralisation, adoption d’une Constitution et d’un Code civil, abolition de l’esclavage, etc.).

L’Empire s’allie à l’Allemagne au début du XXe siècle, espérant échapper à l’isolement diplomatique qui avait contribué à ses récentes pertes territoriales et s’engage ainsi dans la Première Guerre mondiale du côté des puissances de la Triplice (Triple-Alliance).
Cependant, il est toujours en lutte avec la dissidence interne, en particulier dans ses possessions arabes, avec la révolte arabe de 1916-1918. Durant cette période, des exactions sont commises par le gouvernement ottoman, notamment le génocide arménien.
La défaite de l’Empire et l’occupation d'une partie de son territoire par les puissances alliées au lendemain de la Première Guerre mondiale entraînent le démantèlement de l’Empire.

Le succès de la guerre d’indépendance turque contre les occupants Alliés conduit enfin à l’abolition de la monarchie ottomane et à l'émergence de la République de Turquie en 1923 sous l’impulsion de Mustafa Kemal Atatürk, alors le premier président de la Turquie.
L’Empire ottoman prend ainsi fin à cette date, soit presque 624 ans après sa création.

L’exemple de la France

La France est la principale puissance européenne durant la seconde moitié du XVIIe siècle.

Elle compte, d’une part, le plus grand nombre d’habitants avec environ 20 millions de Français.
De plus, son territoire n’a cessé de s’agrandir. À la fin du règne de Louis XIV, il est déjà très proche de l’hexagone actuel et se complète de la Nouvelle France. Cette colonie encore méconnue comprend les deux tiers des États-Unis et une bonne partie du Canada actuels.

Le XVIIe siècle est aussi connu comme le Grand Siècle, l’une des périodes les plus riches de l’histoire de France, du règne d’Henri IV à la fin du règne de Louis XIV.
Durant cette période, la culture et la langue françaises, largement diffusées dans les élites européennes (Angleterre, Pays-Bas, Allemagne, Italie) et jusqu'en Russie, servent de référence.

  • Partout sont érigés des châteaux sur le modèle de Versailles, des pièces de théâtre et des opéras français sont joués ou adaptés. Les gens cultivés parlent le français, qui restera longtemps la langue des diplomates.
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À retenir

Ainsi, en plus de sa puissance démographique et de sa puissance militaire, la France s’affirme aussi comme une puissance culturelle, exerçant par ce biais une influence sur les États voisins.

Cette influence énorme, prémices du soft power, se fera encore sentir même lorsque la France aura perdu son importance sur la scène internationale.

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Définition

Soft power :

Concept utilisé dans les relations internationales pour désigner la capacité d'un État ou d’une organisation à imposer sa volonté en influençant le comportement d’autres acteurs à l’aide de moyens qui n’utilisent pas la contrainte (moyens culturels, idéologiques, etc).

Progressivement, au XVIIIe siècle, la puissance française décline. La France et la Grande-Bretagne se disputent l’hégémonie des mers et du commerce maritime et la possession des colonies en Amérique du Nord ainsi qu’aux Indes.

La guerre de Sept Ans (1756-1763) éclate entre les deux puissances et devient, par le jeu des alliances, un conflit européen.
La Grande-Bretagne déclenche les hostilités et finit par vaincre. La France perd la presque totalité de ses possessions coloniales.

La Grande-Bretagne s'affirme alors comme la nouvelle puissance dominante, sur les plans économique, militaire et même culturel, puisque l'anglomanie (admiration et imitation de l’Angleterre), soutenue par les philosophes, se propage rapidement en France.

Les économies-monde britannique et américaine des XIXe et XXe siècles

La domination britannique au XIXe siècle

Le XIXe siècle s’ouvre avec une période de courte domination française durant le Premier Empire (1804-1814) sous le règne de Napoléon Ier.
La France domine alors l’Europe continentale du fait de son vaste territoire, conquis grâce aux campagnes militaires. Elle bénéficie également d’alliances stratégiques, notamment avec la Prusse et l'Autriche.
Toutefois, la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815 ouvre la voie à la domination britannique.

  • Un Empire étendu et une influence importante

L’Empire britannique, constitué au fil des victoires, est considérable.
En 1915, il compte plusieurs États/territoires placés sous des statuts différents qui leur octroient plus ou moins d’autonomie :

  • les dominions (Canada, Inde) qui sont des États autonomes mais reconnaissant la souveraineté de l’Empire britannique ;
  • les colonies de la Couronne (principalement situées en Afrique) ;
  • les protectorats (Égypte, Malaisie) qui sont des États « protégés » par l’Empire ;
  • les condominiums (Soudan) qui sont des états sur lesquels plusieurs puissances exercent une autorité conjointe.
  • Viendront s’ajouter à ce territoire les mandats au nom de la Société des Nation Unies après la Première Guerre mondiale (Palestine).
  • Le territoire constitué atteint ainsi 33 millions de km2 et 400 millions de personnes en 1915.

Par ailleurs, l’Empire britannique exerce également une influence sur d’autres territoires d’importance parmi lesquels on peut citer l’Empire ottoman, l’Irak ainsi qu’une partie de l’Amérique latine et de la Chine.

La Grande-Bretagne compte aussi de par le poids important de sa démographie florissante : sa population fait plus que tripler au XIXe siècle pour passer de 10,5 millions en 1801 à 37 millions en 1901.

Enfin, le mode de vie britannique devient un modèle avec la lutte contre l’esclavage et les missions britanniques réalisées un peu partout dans le monde.
La suprématie est aussi technique avec le développement des transports (chemin de fer, navire à vapeur) et des outils de communication (télégraphe).
La création des fuseaux horaires à partir du méridien de Greenwich en 1880 symbolise cette suprématie.

  • Une puissance militaire et économique

Le Royaume-Uni dispose pour relier ses colonies et les autres territoires de la plus grande flotte mondiale.
La marine marchande britannique contrôle 60 % du trafic mondial avec des ports situés sur les principaux flux maritimes.

La puissance britannique est avant tout industrielle, commerciale et financière.
Le Royaume-Uni, pays pionnier de l’industrialisation, s’appuie sur les mers et le commerce pour être le centre de l’économie mondiale au XIXe siècle et devenir ainsi une économie-monde.

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Définition

Économie-monde :

Territoire autonome et autosuffisant, centralisé, à la communication interne dense, qui se vit comme un ensemble unitaire.
Ce concept a été créé par l’historien français Fernand Braudel.

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À retenir

Au cœur de l’innovation, le Royaume-Uni, avec son immense empire, est la première puissance économique mondiale au XIXe siècle.

Il s’appuie sur un important commerce extérieur mondial facilité par une politique de libre-échange.

  • Entre 1840 et 1913, il produit 40 % des produits manufacturés exportés à l’échelle mondiale. En 1860, il concentre 53 % de la production mondiale de fer et 25 % des exportations, alors qu’il ne représente que 2 % de la population mondiale.

Enfin, Londres est une capitale financière internationale (centre économique et financier de la City) assurant de nombreux investissements dans le monde.

  • À partir de 1870, la livre sterling est la monnaie internationale de référence à la fin du XIXe siècle et jusqu’à la Première Guerre mondiale.
    En 1913, près de la moitié des capitaux investis dans le monde sont britanniques.

L’émergence des États-Unis en tant que première puissance mondiale au XIXe siècle

  • L’impact de la Première Guerre mondiale

Le rôle des États-Unis durant la Première Guerre mondiale avec leur entrée en guerre en avril 1917 en fait un acteur européen.
Cette entrée en guerre constitue la première étape de leur affirmation en tant que grande puissance, puisque c’est la première fois que le pays s’engage dans un conflit qui ne se déroule pas sur son territoire.

Leur puissance s’illustre également avec la nouvelle manière de concevoir la politique internationale que va proposer le président Wilson dans ses « quatorze points » afin de mettre fin à la Première Guerre mondiale et de reconstruire l’Europe.
Cette proposition entraîne la création de la Société des nations (SDN).

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Définition

Société des nations (SDN) :

La Société des nations est une organisation internationale créée en 1920 pour préserver la paix en Europe au lendemain de la Première Guerre mondiale.
Elle est remplacée en 1945 par l’Organisation des nations unies (ONU).

Toutefois, la vision américaine n’est pas complètement adoptée puisque seuls quatre points sont finalement repris par les Européens. Les États-Unis ne signent donc pas le traité de Versailles, ce qui entraîne leur repli isolationniste.

  • L’affirmation de la domination américaine à la fin de la Seconde Guerre mondiale

De son côté, l’Empire britannique est fragilisé par les contestations anti-impériales qui aboutissent à l’officialisation du Commonwealth en 1931.
Celui-ci permet au Royaume-Uni de garder des liens avec certaines anciennes colonies de peuplement (Australie et Nouvelle-Zélande, Canada, etc.).

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Définition

Commonwealth (Commonwealth of Nations) :

Organisation intergouvernementale composée de 53 États qui sont presque tous d’anciens territoires de l’Empire britannique.
Les différents États reconnaissent symboliquement l’actuelle reine du Royaume-Uni comme chef du Commonwealth.

En 1929, les États-Unis concurrencent le Royaume-Uni sur le plan économique.
Alors que les effets de la crise de 1929 se font sentir en Europe, les États-Unis soutiennent leur économie grâce au New Deal (politique interventionniste) du président Roosevelt. Ils se maintiennent, par ailleurs, à l’écart des tensions qui conduisent à la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Ce n’est qu’à la suite de l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 que les États-Unis entrent en guerre.

  • En 1944, les accords de Bretton Woods témoignent de leur influence : le dollar remplace l’or comme référence. L’ONU, la Banque mondiale et le FMI ont leur siège aux États-Unis.
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À retenir

À la fin de 1945, les États-Unis dominent le monde : ils ont libéré l'Europe et l'Asie, occupant le Japon et une partie de l'Allemagne.
Ils sont également devenus la première économie mondiale et possèdent les deux tiers du stock d'or mondial.
Ils ont enfin le monopole de l'arme atomique.

Conclusion :

La puissance d’un État sur le plan international est le résultat de différents facteurs (démographique, militaire, économique, culturel) qui caractérisent sa domination, celle-ci pouvant être imposée par la force ou de façon plus subtile.

À partir du XIXe siècle, deux puissances mondiales majeures se sont succédées : l’Empire britannique puis les États-Unis. Ces puissances ont constitué de véritables économies-monde de par leur rayonnement international sur tous les plans.