Fiche de révision Semaine 5 - Comment est structurée la société française actuelle et quelles sont les caractéristiques contemporaines de la mobilité sociale ?

La structuration de l’espace social

Les catégories socioprofessionnelles (PCS)

  • L’INSEE classe la population en 8 PCS :

1. Agriculteurs exploitants
2. Artisans, commerçants et chefs d’entreprise
3. Cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS)
4. Professions intermédiaires (PI)

5. Employés
6. Ouvriers
7. Retraités
8. Autres personnes sans activité professionnelle

  • Ces catégories reposent sur l’idée que des individus partageant un même statut professionnel ont souvent des conditions de vie, revenus et capital culturel similaires.
    On peut les regrouper en classes supérieure (CPIS), moyenne (PI, patrons) et populaire (ouvriers, employés).
  • Limites des PCS :
  • hétérogénéité interne des catégories ;
  • classification datant de 1982, peu adaptée aux mutations récentes de l’emploi ;
  • le sentiment d’appartenance n’est pas automatique $\rightarrow$ écart possible entre classe objective et classe subjective (beaucoup de Français se déclarent « classe moyenne » quelle que soit leur position réelle) ;
  • les PCS sont construites à partir de la profession, ce qui tend à invisibiliser les femmes sans emploi ou dont la trajectoire est analysée à travers celle de leur conjoint.

Les autres facteurs de structuration sociale

  • La structure sociale est multidimensionnelle : plusieurs critères se cumulent pour hiérarchiser l’espace social :
  • revenu $\rightarrow$ revenus primaires (travail, capital) + revenus de transfert (allocations, retraites) ;
  • patrimoine $\rightarrow$ ensemble des actifs détenus (immobilier, financier) ;
  • diplôme $\rightarrow$ niveau de qualification et accès aux positions sociales ;
  • genre $\rightarrow$ inégalités femmes/hommes (salaires, emplois, pratiques culturelles) ;
  • lieu de résidence $\rightarrow$ accès aux services, ségrégation spatiale urbain/rural ;
  • composition du ménage $\rightarrow$ monoparentalité, ressources partagées au sein du foyer ;
  • position dans le cycle de vie $\rightarrow$ jeunesse, vie active, retraite (contraintes et ressources variables).

Les théories des classes sociales

  • Marx : deux classes antagonistes définies par leur place dans la production $\rightarrow$ le prolétariat (vend sa force de travail) et la bourgeoisie (détient les moyens de production).
  • Le conflit de classes est le moteur du changement social. La prise de conscience collective (classe en soi $\rightarrow$ classe pour soi) est nécessaire pour qu’une classe existe vraiment.
  • Weber : la stratification est multidimensionnelle $\rightarrow$ elle repose sur trois ordres distincts et partiellement indépendants :
  • la classe (position économique) ;
  • le statut (prestige social, style de vie) ;
  • le parti (pouvoir politique).
  • On peut être riche mais peu prestigieux (nouveau riche), ou prestigieux mais peu riche (artiste reconnu) : les positions ne se recoupent pas toujours.
  • Bourdieu : l’espace social est structuré par le volume et la structure du capital détenu :
  • capital économique $\rightarrow$ revenus et patrimoine ;
  • capital culturel $\rightarrow$ diplômes, savoirs, pratiques culturelles ;
  • capital social $\rightarrow$ réseau de relations mobilisables ;
  • capital symbolique $\rightarrow$ prestige et reconnaissance sociale.
  • Les individus occupent des positions dans un espace social à plusieurs dimensions, et développent un habitus (dispositions durables incorporées) qui reproduit les inégalités de génération en génération.

Le débat sur la pertinence des classes sociales

  • Thèse de la moyennisation (Henri Mendras, années 1980) : la croissance des Trente Glorieuses aurait effacé les oppositions de classes au profit d’une vaste constellation centrale (classe moyenne élargie). $\rightarrow$ Les modes de vie se seraient homogénéisés.
  • Thèse du retour des classes (Louis Chauvel, années 2000) : depuis les années 1980, les inégalités se sont re-creusées (revenus, patrimoine, accès à l’emploi stable), remettant en cause la moyennisation. Les classes sociales restent un outil pertinent pour analyser la société contemporaine.
  • Le débat porte aussi sur l’identification subjective : même si les inégalités objectives persistent, les individus s’identifient de moins en moins à une classe sociale. $\rightarrow$ L’individualisation des trajectoires et la diversité des styles de vie brouillent le sentiment d’appartenance collective, ce qui ne signifie pas pour autant que les classes ont disparu objectivement.

Les évolutions de la structure socioprofessionnelle

  • Les grandes tendances

Depuis les années 1950, la structure socioprofessionnelle française a profondément évolué :

  • salarisation $\rightarrow$ la grande majorité des actifs est aujourd’hui salariée (contre une forte proportion d’indépendants autrefois) ;
  • tertiarisation $\rightarrow$ montée en puissance du secteur des services au détriment de l’industrie et de l’agriculture ;
  • élévation des qualifications $\rightarrow$ développement des CPIS et des PI, recul des ouvriers non qualifiés ;
  • féminisation $\rightarrow$ augmentation du taux d’activité féminin, mais persistance de la ségrégation professionnelle (concentration des femmes dans certains métiers, plafond de verre).
  • Une société polarisée ?
  • La montée des emplois qualifiés coexiste avec le maintien d’emplois peu qualifiés dans les services (nettoyage, aide à domicile, restauration rapide…), tandis que les emplois intermédiaires de l’industrie disparaissent $\rightarrow$ risque de polarisation de la structure sociale.
  • Le développement des formes d’emploi atypiques (CDD, intérim, temps partiel subi) fragilise une partie des classes populaires et moyennes.

III. La mobilité sociale

Définitions et types de mobilité

  • La mobilité sociale désigne le changement de position d’un individu dans la hiérarchie sociale.
  • Mobilité intergénérationnelle : comparaison de la position d’un individu à celle de ses parents
    Mobilité intragénérationnelle : évolution de la position d’un individu au cours de sa propre vie active
    Mobilité verticale : changement de position vers le haut (ascendante) ou vers le bas (descendante)
    Mobilité horizontale : changement de profession sans changement de statut social

Les tables de mobilité

  • Une table de mobilité est un tableau croisant la PCS du père (en ligne) et la PCS du fils ou de la fille (en colonne).
  • Elle permet de construire deux lectures complémentaires :

Table

Question posée

Lecture

Table de destinée

Que sont devenus les enfants d’une PCS donnée ?

En ligne (%)

Table de recrutement

D’où viennent les membres d’une PCS donnée ?

En colonne (%)

  • Limites des tables de mobilité :
  • elles ne concernent longtemps que les hommes, rendant la mobilité des femmes invisible ;
  • elles reposent sur les PCS, qui ont leurs propres limites ;
  • elles comparent des positions à deux moments distincts, sans retracer la trajectoire complète ;
  • elles ne distinguent pas mobilité structurelle et fluidité sociale.

Mobilité structurelle et fluidité sociale

  • La mobilité structurelle (ou mobilité forcée) est liée aux transformations de la structure des emplois : si les emplois qualifiés se multiplient, certains enfants d’ouvriers deviennent cadres mécaniquement, sans que les chances relatives aient changé.
  • La fluidité sociale (ou mobilité nette) mesure l’égalité réelle des chances : à structure des emplois constante, les enfants de toutes les origines sociales ont-ils les mêmes probabilités d’accéder à une position donnée ? On utilise pour cela les odds ratios (rapports de chances relatives).
  • Une société peut être plus mobile (grâce à la mobilité structurelle) sans être plus fluide : les inégalités de chances selon l’origine sociale peuvent persister.

Les facteurs de la mobilité sociale

  • La structure des emplois
  • Les Trente Glorieuses ont produit une forte mobilité structurelle ascendante grâce à la tertiarisation et à l’élévation des qualifications : de nombreux enfants d’ouvriers ou d’agriculteurs ont pu accéder à des professions supérieures à celles de leurs parents.
  • Depuis les années 1980, la croissance ralentit $\rightarrow$ les trajectoires ascendantes se raccourcissent, la reproduction sociale s’accentue et les phénomènes de déclassement se multiplient.
  • Le diplôme
  • La démocratisation scolaire a élevé le niveau général, mais l’inflation des diplômes a conduit au déclassement : à diplôme égal ou supérieur, les générations récentes accèdent parfois à des emplois moins valorisés que leurs parents (paradoxe d’Anderson).
  • Les ressources et configurations familiales
  • Le capital culturel et le capital social transmis en famille influencent fortement les trajectoires scolaires et sociales $\rightarrow$ reproduction sociale (Bourdieu).
  • La configuration familiale (monoparentalité, niveau d’études des parents, revenus du ménage) amplifie ou atténue ces effets.
  • Le genre
  • Les femmes connaissent davantage de mobilité horizontale que verticale : elles changent de métier sans nécessairement changer de statut.
  • Leur trajectoire sociale a longtemps été analysée à travers celle de leur conjoint, ce qui minore leur mobilité propre.
  • La ségrégation professionnelle et le plafond de verre limitent leur accès aux positions les plus élevées, même à diplôme équivalent.

Ce qu’il faut maîtriser pour le bac

  • Notions incontournables :
  • PCS, classes sociales, espace social, stratification sociale ;
  • capital économique, culturel, social, symbolique ; habitus (Bourdieu) ;
  • classe objective / classe subjective, identification subjective ;
  • salarisation, tertiarisation, féminisation, élévation des qualifications, polarisation ;
  • mobilité inter/intragénérationnelle, verticale/horizontale ;
  • table de destinée / recrutement, odds ratios ;
  • mobilité structurelle, fluidité sociale ;
  • reproduction sociale, déclassement, paradoxe d’Anderson.
  • Mécanismes à maîtriser :
  • expliquer les limites des PCS et le débat sur la pertinence des classes sociales ;
  • distinguer classe objective et classe subjective, et comprendre pourquoi l’identification subjective ne reflète pas toujours la position réelle ;
  • distinguer mobilité structurelle et fluidité sociale ;
  • lire et interpréter une table de mobilité (destinée et recrutement) ;
  • expliquer comment le diplôme, la famille, la structure des emplois et le genre influencent la mobilité.
  • Arguments clés :
  • la structure sociale est multidimensionnelle $\rightarrow$ PCS, revenus, diplôme, genre, lieu de résidence se cumulent et s’articulent ;
  • les classes sociales restent pertinentes objectivement (Bourdieu, Chauvel), mais l’individualisation brouille le sentiment d’appartenance subjective ;
  • l’ascenseur social a fonctionné durant les Trente Glorieuses grâce à la mobilité structurelle, mais il ralentit depuis les années 1980 ;
  • une société plus mobile n’est pas nécessairement plus fluide $\rightarrow$ l’égalité réelle des chances reste limitée ;
  • les inégalités de genre traversent toute la structure sociale et la mobilité $\rightarrow$ ségrégation professionnelle, plafond de verre, invisibilisation dans les tables de mobilité.
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