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Villes et développement durable : l’exemple de Mexico

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Introduction :

Lorsqu’on parle de Mexico, deux images peuvent venir en tête : celle d’une ville pauvre, désorganisée et anarchique, ou bien celle d’une grande capitale développée, qui joue un rôle majeur en Amérique du Nord. Paradoxalement, Mexico, c’est à la fois l’une et l’autre.

Capitale du Mexique, la ville est en effet soumise à un développement économique rapide, propre aux pays émergents. Mais elle est également soumise à une croissance démographique gigantesque, qui favorise une désorganisation anarchique. La ville est en effet confrontée a de sérieux problèmes quant à son aménagement : les problèmes sociaux et écologiques sont considérables.

Contrairement aux villes du Nord, les besoins de Mexico sont également des besoins élémentaires, tels que l’accès à l’eau potable pour l’intégralité de la population. Un géographe, Alain Musset, a d’ailleurs écrit à propos de Mexico : « Elle est aujourd’hui le symbole de ces villes géantes qui, partout dans le monde, accumulent tous les problèmes d’une urbanisation incontrôlée ». Un autre géographe, dans les années 1980, qualifie même la ville de « fille de l’Apocalypse ».

Dans ce cours, nous allons donc voir, à partir de l’exemple de Mexico, quels sont les défis que les villes des pays émergents doivent relever pour organiser leur aménagement. Pour cela, nous étudierons tout d’abord les caractéristiques principales de l’augmentation de la population à Mexico. Ensuite, nous présenterons dans le détail les inégalités sociales au sein de la ville. Nous terminerons par une étude des perspectives de développement durable.

Caractéristiques principales de Mexico

Présentation de Mexico

Le site de la ville de Mexico a été occupé dès la fin du Moyen Âge par les Aztèques. La ville actuelle été fondée par les Espagnols en 1521, sur les ruines de l’ancienne capitale de l’Empire aztèque, à la suite de la chute de Tenochtitlan.

Divisions administratives de la ville de Mexico Géographie seconde Divisions administratives de la ville de Mexico

La ville est actuellement divisée en plusieurs ensembles :

  • la ville de Mexico ;
  • le district fédéral de la ville, divisé en 16 arrondissements ;
  • et la zone métropolitaine de Mexico. Il s’agit d’une conurbation constituée des 16 arrondissements du district fédéral, ainsi que de 28 communes appartenant à l’État de Mexico.
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Définition

Conurbation :

Une conurbation est une agglomération urbaine composée de plusieurs petites villes qui ont fini par se rejoindre en raison de l’étalement urbain tout en conservant leur statut administratif.

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À retenir

Le territoire métropolitain chevauche donc plusieurs régions du Mexique, ce qui complique la gestion des données administratives.

C’est un peu comme si l’agglomération parisienne débordait sur la Champagne et sur le Centre. Si l’on prend en compte les trois divisions administratives, la ville de Mexico compte plus de 19 millions d’habitants.

Une métropole au poids national et mondial

La ville joue un rôle important au niveau national mais aussi au niveau international. Mexico concentre en effet des activités économiques, financières et politiques, en particulier dans le quartier de Santa Fe.

Santa Fe, le quartier d’affaire de Mexico Santa Fe, le quartier d’affaire de Mexico

On parle alors de la macrocéphalie mexicaine.

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Définition

Macrocéphalie :

La macrocéphalie d’une ville signifie qu’elle a une importance qui écrase les autres villes du pays.

Au niveau démographique, on peut également souligner plusieurs phases dans le développement de Mexico.

  • Dans les années 1950-1970, la zone métropolitaine triple sa population. Cette croissance est non seulement due à un taux de croissance naturelle élevé, mais aussi par une vague d’immigration massive, en provenance des campagnes et des petites villes.
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À retenir

L’exemple de Mexico représente en réalité un phénomène qui se répète dans toutes les grandes villes des pays émergents : elles ont en effet toutes vu leur population massivement augmenter en raison de l’exode rural et de l’installation désorganisée des paysans en ville.

  • À partir des années 1970, la ville de Mexico a toutefois freiné sa croissance. La ville a cessé d’attirer du monde. Il s’agit d’une politique de décentralisation qui a provoqué un solde migratoire négatif à Mexico.
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Définition

Solde migratoire :

Le solde migratoire d’un territoire est la différence entre le nombre de personnes entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties.

  • La ville s’est développée dans la seconde partie du XXe siècle autour des maquiladoras, ces usines situées à la frontière avec les États-Unis dont les objets fabriqués sont destinés à l’exportation.
  • Ces maquiladoras ont modifié les flux internes des migrants mexicains, c’est-à-dire qu’au lieu de migrer du Sud ou du Nord (des régions rurales vers la capitale Mexico) les migrants s’installent désormais dans les villes frontières ou tentent directement de s’installer aux États-Unis.

Une ville soumise aux aléas naturels

Une autre caractéristique de la ville est à souligner : il s’agit de son emplacement naturel. En effet, la ville se trouve dans une sorte de cuvette, entourée de montagnes. Les multiples travaux d’assèchement des cours d’eau entraînent régulièrement des catastrophes comme des inondations. La ville traverse également de longues périodes de sécheresse.

Par ailleurs, Mexico est soumise à de nombreux aléas sismiques et volcaniques, qui la menacent en permanence. La ville est en effet située à 2 000 mètres d’altitude, adossée à la cordillère néovolcanique.

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À retenir

Il s’agit d’un des endroits les plus exposés aux risques sismiques du monde.

Carte de la cordillère néovolcanique Géographie seconde Carte de la cordillère néovolcanique

En 1985, un terrible séisme a d’ailleurs secoué la ville et provoqué des dégâts matériels énormes, en raison précisément d’un aménagement urbain inadapté à l’environnement sismique.

Un aperçu des dégâts après le séisme de 1985 Un aperçu des dégâts après le séisme de 1985

Inégalités sociales à Mexico

L’expansion de la ville

Au niveau spatial, et afin de faire face à l’explosion démographique des années 1950-1970, la ville a dû s’étendre bien au-delà de ses frontières historiques.

Au début du XXe siècle, la ville ne s’étendait que sur 27 km2 : elle s’étend désormais sur près de 1 700 km2. Mais la croissance urbaine de la ville a été très mal gérée par les autorités publiques, qui n’ont pas suffisamment anticipé les risques d’une ségrégation socio-spatiale.

  • Cela signifie que rapidement, des quartiers riches isolés ont fait face à la multiplication de quartiers pauvres.

Les autorités n’ont pas planifié l’arrivée des paysans en provenance des campagnes mexicaines : leur installation s’est alors réalisée de manière informelle et illégale. Le schéma est le suivant : les paysans débarquent en ville, occupent un terrain, y construisent un habitat précaire, et dès qu’ils ont un peu plus de moyens, l’arrangent, l’améliorent et le modifient.

  • Tout ceci se réalise souvent sans permis de construction et les autorités ferment les yeux.

Les réseaux de transport

Les autorités mexicaines ne semblent pas non plus avoir mis en place une stratégie de développement et d’uniformisation des réseaux de transports : le réseau du métro ne couvre que le centre historique de la ville, et dessert très mal les zones situées en périphérie, où les populations les plus précaires sont pourtant installées.

  • Les zones périphériques, éloignées du centre, possèdent néanmoins un réseau de transport efficace composé de « microbus » que l’on appelle en général simplement les « micros ». Ce mode de transport est d’ailleurs commun à la plupart des pays d’Amérique du Sud.
  • Il existe également des « trolleys », qui sont des bus qui roulent grâce à l’énergie électrique.

Ces politiques ont des conséquences directes sur les modes de transports que les Mexicains utilisent quotidiennement : il s’agit de l’augmentation du poids des voitures à Mexico et de la diminution du rôle des transports en commun. On estime qu’il y a à Mexico 6 millions de voitures pour 19 millions d’habitants… On peut facilement imaginer les conséquences quotidiennes de cette pollution atmosphérique monstrueuse.

Illustration de la pollution à Mexico Illustration de la pollution à Mexico

Mexico et le développement durable

Une nouvelle politique des transports

Étant donné que l’air de la ville était devenu difficilement respirable, la mise en place de modes de transports alternatifs est devenue urgente.

  • Depuis un peu plus de cinq ans, la ville se transforme, et s’est positionnée en véritable modèle de lutte contre la pollution atmosphérique, à tel point que le New York Times, le fameux journal nord-américain, affirme que « la ville de Mexico s’est positionnée parmi les villes exemplaires en matière d’écologie environnementale ».

La ville a en effet massivement investi dans un programme écologique, notamment à travers la mise en place d’un système de vélo en location (comme on en trouve dans la plupart des villes de France). Elle a également aménagé des couloirs réservés spécifiquement aux bus qui fonctionnent à l’énergie électrique.

Ces informations peuvent paraître surprenantes car en France, cela fait longtemps que ce genre de pratiques est réalisé. Cette réflexion est intéressante car elle permet de mesurer les différences entre les enjeux d’aménagements des villes du Sud et ceux des villes du Nord.

  • Les efforts et les objectifs ne peuvent pas être les mêmes étant donné que les villes du Sud doivent également répondre à des besoins élémentaires.

Une nouvelle gestion des déchets urbains

19 millions d’habitants provoquent une quantité quotidienne de déchets impressionnante. La gestion des déchets de Mexico est d’ailleurs particulièrement problématique, en raison de l’absence d’infrastructures suffisantes pour évacuer les déchets générés quotidiennement. L’un des principaux centre de traitement des déchets annonce d’ailleurs qu’il est arrivé à un niveau de saturation historique.

Par ailleurs, le problème d’approvisionnement en eau potable de la ville de Mexico est également une source de préoccupation majeure. La plupart des eaux usées sont rejetées directement dans les fleuves alentours, qui réutilisent directement ces eaux pour l’agriculture.

  • Il s’agit encore une fois d’un problème d’absence d’infrastructures qui ne permet pas à la ville de se développer aussi durablement qu’elle le prétend.

Et même si la notion de tri sélectif est en train de faire son chemin parmi les autorités, elle n’est pas encore suffisamment diffusée dans la société mexicaine en général.

Des efforts mais pas encore d’effets concrets

Au niveau de l’urbanisme, la ville de Mexico réalise de gros efforts pour réduire la pollution, qui est à un taux parmi les plus élevé au monde.

  • La ville a notamment mis en place une dizaine de jardins suspendus, c’est-à-dire d’espaces végétaux, sur quelques immeubles.
  • Mexico a également mis en place des zones de conservation qui permettent de réaliser des travaux d’aménagements et d’assainissements des lacs ainsi que des investissements pour développer un tourisme plus écologique.
  • Mais ces politiques sont encore beaucoup trop ponctuelles et isolées pour provoquer un changement véritable.

Conclusion :

La ville de Mexico doit faire face à une série de défis d’envergure. D’une part, elle n’a pas été capable d’anticiper sa croissance démographique et n’a pas su organiser l’étalement urbain consécutif. D’autre part, le niveau de pollution de la ville, conséquence d’une désorganisation profonde des réseaux de transports mais aussi de l’absence d’infrastructures élémentaires, a atteint des pics historiques dans les années 1990. Un plan vert a été mis en place à partir des années 2000, et bien que de réels efforts aient été réalisés dans le domaine des transports, aucun plan de réduction des inégalités sociales n’a encore été évoqué.

Et pourtant, le développement durable ne concerne pas seulement le domaine environnemental, car il possède également une dimension sociale. Mexico, comme toutes les grandes villes des pays en développement (Buenos Aires et Santiago du Chili sont deux exemples similaires), doit nécessairement mettre en place des politiques de réduction des inégalités. Cependant, à l’heure de la mondialisation, ces luttes ne se concentrent plus à l’échelle urbaine ou même régionale, mais surtout nationale et internationale.