Fiche méthode BAC L'interprétation de texte en spécialité Humanités

Conditions de l’épreuve

Durée de l'épreuve et consignes

L’épreuve du bac spécialité HLP dure 4 heures, à l'issue desquelles il faudra proposer deux copies distinctes. En effet, deux compositions sont attendues :

  • une interprétation du texte proposé par le sujet, orientée par une question-guide ;
  • un essai à partir des thématiques présentes dans le texte.
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À retenir

  • Si le texte du sujet est de nature philosophique, le travail d’interprétation sera de nature philosophique et l’essai sera de nature littéraire : il sera corrigé par un professeur de littérature.
  • À l’inverse, si le texte du sujet est de nature littéraire, le travail d’interprétation sera de nature littéraire et l’essai sera de nature philosophique : il sera corrigé par un professeur de philosophie.
  • Ces orientations seront indiquées sur le sujet, et chacun de ces travaux sera dirigé par une question explicite.

Barème

L’interprétation de texte est notée sur 10 points.
L’essai, sur 10 points également.

L'exercice de l'interprétation : qu’est-ce que c’est ?

Généralités

Qu’elle soit philosophique ou littéraire, l’interprétation de texte attendue lors de l’épreuve HLP est une réponse à une question explicite, celle qui est indiquée sur le sujet. Cette réponse doit être « complexe », ce qui ne veut pas dire « compliquée ». Proposer une réponse complexe, c’est proposer plusieurs réponses possibles à la même question, raison pour laquelle au moins deux parties sont attendues : chaque partie correspond à une réponse argumentée.

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Attention

La clarté et la cohérence des réponses sont plus importantes que leur nombre, le correcteur étant conscient de la contrainte du temps imparti. Deux réponses bien construites valent donc mieux que trois moins bien soutenues.

Que veut dire « interpréter » ?

« Interpréter » signifie donner du sens, et notamment par la traduction verbale de ce qui est implicite dans le texte. Ce qui est implicite, c’est ce qui apparaît dans le texte, mais pas sous une forme verbale, ou sous une formule verbale détournée qu’il convient d’exprimer plus clairement. Un implicite peut donc s’entendre, se ressentir et même se déduire dans un texte.

Les premiers gestes de l’exercice

L’exercice d'interprétation est un exercice d’explication de texte, guidé par une question. Il est donc absolument nécessaire de commencer par bien comprendre le texte. Pour cela, la lecture doit être lente et s’accompagner de la représentation mentale de ce qui se passe dans le texte, pour garantir l’adéquation entre ce qui est écrit et ce qui est compris.

Être capable de rédiger une courte synthèse du texte au brouillon permet de vérifier s’il est compris dans son intégralité, dans sa finalité, ou si quelques passages seulement ont été compris sans qu’ils permettent d’en saisir l’intérêt global. Dans ce cas, il faut encore ralentir la lecture, valider les passages compris et s’attarder sur ceux qui sont moins clairs. S’ils restent obscurs, il faudra avancer dans le texte pour tenter d’expliquer les passages épineux grâce au sens des passages bien compris, afin de garder du temps pour la suite de l’exercice.

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Astuce

L’exercice de l’interprétation consiste à rendre compte du sens d’un texte à un correcteur, à partir des éléments qu’il contient. Dans un souci de clarté de la communication, votre premier réflexe doit être de numéroter les lignes du texte afin que le correcteur puisse s'y référer pour suivre votre analyse.

Analyser la question du sujet

Les principaux éléments à identifier dans une question d’interprétation sont :

  • la forme de la question ;
  • la ou les notions du programme en jeu dans la question.

La forme de la question

On peut distinguer deux grandes formes de question : identifier cette forme spécifique permet de mieux définir la relation entre les parties du développement que l'on s'apprête à construire, c’est-à-dire de mieux structurer la progression de sa réflexion, et donc, de maîtriser la présentation que l’on en fait.

  • Les questions fermées

Une question fermée est une question pour laquelle il n’y a que deux orientations possibles de réponse.

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Exemple

Question : « Selon Hannah Arendt, est-il souhaitable pour l’être humain d’échapper à sa condition ? »

En respectant le sujet tel qu’il est, les deux orientations possibles sont donc les suivantes :

  • selon Hannah Arendt, il n’est pas souhaitable pour l’être humain d’échapper à sa condition ;
  • mais elle enjoint tout de même à se poser la question, car cela peut dépendre de la nature de cette émancipation.

Chacune de ces thèses devra être étayée dans une partie indépendante, et consacrée à celle-ci.

Lorsque la question est fermée, il est plus adapté de proposer un développement de type « critique ». Cela signifie que l’enjeu de la seconde partie est d’apporter une limite, une réserve à la première partie, avant de proposer une alternative. On appelle aussi ça un développement « dialectique », parce que c’est comme si deux personnes aux points de vue différents échangeaient sur la même question.

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Attention

Il n’est pas question de fabriquer une contradiction stricte de type « Oui, parce que blanc. » et « Non, parce que noir. ». Il s’agit précisément de montrer que les choses ne sont jamais toutes noires ou toutes blanches, et donc d’être capable de mesure, sans rejeter totalement ce que l’on vient d’argumenter.

  • Les questions ouvertes

Une question ouverte est une question pour laquelle le nombre de réponses possibles n’est pas limité à deux, car les réponses alternatives à la première ne représentent pas des objections : les différentes parties constituent davantage une même réponse décomposée en plusieurs points qu’on appelle des thèmes : c’est donc un développement thématique.
Pour mieux identifier ces thèmes, attendus dans une question ouverte, il faut être attentif au mot interrogatif de cette question, car il détermine en partie ce qu’il faut trouver dans le texte.

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Exemple

« Pourquoi peut-on dire que Triboulet éprouve une intense souffrance ? »

  • Ce sujet appelle à donner des raisons qui permettent de dire que Triboulet souffre intensément.

« Comment ce texte nous fait-il entendre "la mélodie du monde" ? »

  • Ce sujet appelle à identifier les moyens par lesquels ce texte fait entendre une mélodie, celle du monde.

« Dans quelle mesure pouvons-nous redevenir nous-mêmes ? »

  • Ce sujet appelle à distinguer ce qui est possible de ce qui ne l’est pas dans un but de retour vers soi.

« Quels sont les effets du travail à l’usine sur le personnage ? »

  • Ce sujet appelle à identifier les différentes conséquences imputables au travail à l’usine sur le personnage.
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Attention

Si la question d'interprétation présente une citation, il ne faudra pas oublier de l'expliquer dans le contexte de l'extrait dans l'introduction.

Les notions au programme

  • Interpréter, c’est moins inventer du sens que le reconnaître.

Les différents sens que l’on peut donner aux éléments d’interprétation du texte ont déjà été vus en cours à l’occasion de l’étude des notions du programme HLP. Il est donc possible de se représenter par avance les différentes interprétations possibles, avant d’en chercher les traces dans les éléments du texte qui les évoqueraient.
Pour avoir ces outils en tête et ne pas partir de rien, il faut repérer la notion du programme que la question interroge. Cette notion peut apparaître explicitement, ou être un implicite du sujet.

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Exemple

Question : « Dans ce texte, quelle réalité Nietzsche attribue-t-il au moi ? »

Texte : extrait de Fragments posthumes (1880), Fragment 6 [70], Friedrich Nietzsche – Sujet bac HLP 2021, jour 2

Ici, la notion du programme est presque explicite : s’interroger sur ce qu’est le moi, c’est s’interroger sur la notion « La recherche de soi », qui est au programme de Terminale. Les éléments de réponse à rechercher dans le texte évoqueront donc a priori des axes d’interprétation déjà vus en cours à l’occasion du chapitre sur ladite notion. Dans ce chapitre, on parle d’un moi qui peut être tantôt :

  • un moi stable, constant, qui forme une unité cohérente en toutes situations ;
  • un moi en évolution constante, mouvant selon son contexte ;
  • un moi en relation aux autres ;
  • un moi illusoire, sur lequel on se trompe car on le perçoit mal, etc.

Retrouver ces éléments du programme sur la notion en jeu permet donc de mieux comprendre la question, et notamment ce que signifie « une réalité attribuée » au moi. Au vu des éléments du cours, il s’agit de comprendre les caractéristiques du moi. Il est donc plus facile de répondre à la question, que l’on peut interpréter ainsi : « Pour Nietzsche, quelles sont les caractéristiques du moi ? »

  • La lecture du texte devient une lecture avertie : on cherche des éléments du texte qui pourront être interprétés par des éléments du cours.
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Exemple

Question : « À quels obstacles se heurte, selon Tocqueville, l’exigence de sincérité ? »

Texte : extrait de Souvenirs (1850-1851), Alexis de Tocqueville – Sujet bac HLP 2021, jour 1

Ici, la notion du programme est implicite. Sans le texte, la question de la sincérité comme « valeur humaine » pourrait se rapporter tout autant à la notion de « L’humain et ses limites », qu’à celle de « La sensibilité », et pourquoi pas à celle de « La violence ». C’est la lecture du texte qui déterminera quelle(s) notion(s) du programme s’y rapporte(nt).

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Attention

Lorsque la notion au programme est implicite à la question du sujet, il convient d’identifier la notion en jeu par hypothèse, et de vérifier cette hypothèse par les « preuves » qu'en donnera le texte.
Parfois, plusieurs notions sont en jeu en même temps, ce qui représente plutôt une aide à la construction d’un développement complexe, qu’une difficulté supplémentaire.

Construire ses parties : argumenter ses réponses

Grâce à l’analyse de la question et la lecture attentive du texte, les différents types de réponses possibles à la question sont maintenant connus. La relation entre ces réponses – critique ou thématique, l’est aussi. Ces différentes réponses, présentées en différentes parties, doivent maintenant être soutenues par des arguments.

Les arguments de l’interprétation

Dans une partie d’interprétation, un argument est un élément du texte qui permet de soutenir la réponse de partie. Mais il ne se suffit pas à lui-même. Pour un argument complet, il faudra :

  • annoncer la réponse à la question que cette partie soutient (en début de partie) ;
  • citer et situer l’élément du texte qui permet de proposer cette réponse ;
  • expliquer pourquoi cet élément peut être interprété ainsi ;
  • relier l’interprétation avec la réponse proposée dans la partie.
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Astuce

  • Les éléments d’interprétation choisis pour expliquer le texte ne doivent pas être présentés dans l’ordre où ils apparaissent dedans, mais plutôt selon la façon dont vous avez organisé vos réponses.
  • Tout ne doit pas être expliqué, seulement ce qui répond à la question. Il est donc possible de ne pas utiliser certains passages, tant que suffisamment d’éléments sont recueillis pour construire les parties.
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Exemple

Exemples d'arguments d'interprétation littéraire

Question : « Quelle image ce poème donne-t-il de la relation amoureuse ? »

Texte : « Colloque sentimental », Fêtes galantes (1869), Paul Verlaine – Sujet bac HLP 2022, jour 1

  • Ce poème prête à la relation amoureuse un caractère mortel : elle passe avec le temps.
  • Dès le premier vers, en effet, l’auteur plante le décor, celui d’un « vieux parc solitaire et glacé ».
  • Un parc ne peut pourtant pas, comme les hommes, être « solitaire ». Il s’agit donc d’une personnification du paysage. Ce procédé stylistique est employé pour exprimer poétiquement ce que peuvent ressentir les personnages en jeu dans l’extrait, des personnages qui furent amoureux, mais qui semblent ne plus partager le même sentiment.
  • Si des personnages qui ont été amoureux se sentent solitaires et ne ressentent plus la chaleur de l’amour, c’est que l’amour n’est pas éternel.
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Astuce

Explicitement, le vers 1, « Dans le vieux parc solitaire et glacé », évoque le lieu de la scène décrite dans le poème. Ce n’est qu’implicitement qu’il traduit l’émotion des personnages du poème, car Verlaine n’a pas écrit « l’amour des personnages présents dans le parc n’est plus partagé, si bien qu’ils se sentent seuls ».

Interpréter, c’est expliciter les implicites par le verbe, en indiquant et en expliquant le procédé d’écriture employé. C’est pour cela qu’il faut connaître les divers procédés et figures stylistiques, pour justifier le sens qu’on leur donne. C’est cette justification qui distinguera une interprétation d’une surinterprétation.

Les implicites spécifiques de l’interprétation littéraire

[Le texte de référence que nous prenons ici pour recueillir des exemples est celui de l'épreuve HLP du bac 2022 : « Colloque sentimental », Fêtes galantes (1869), Paul Verlaine.]

Que le texte soit extrait d’un poème, d’un roman ou de tout autre genre littéraire, les éléments implicites à relever pour une interprétation littéraire tiennent principalement de la forme et du style. Il faudra donc y être particulièrement attentif. On relèvera ainsi :

  • Les champs lexicaux : les thèmes évoqués par les mots choisis par l’auteur
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Exemple

Verlaine parle de « yeux morts », d’un « parc glacé », de « spectres » qui évoquent « le passé », soit un champ lexical qui figure l’absence de vie.

  • Les figures de style : métaphores, anaphores, personnifications, hyperboles, etc.
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Exemple

Comparer les personnages à des spectres sans expliciter la comparaison est une métaphore qui exprime une relation fantomatique, morte.

  • Le genre littéraire, qui peut également donner des indications d’interprétation : poésie, roman, essai, nouvelle, théâtre, épistolaire, biographique, etc.
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Exemple

Le texte de Verlaine est un poème, qui a par nature vocation à mettre les émotions en exergue.

  • Le registre littéraire, qui peut également être porteur de sens : lyrique, épique, tragique, polémique, etc.
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Exemple

Chez Verlaine, le registre est lyrique au premier chef, car il met au premier plan des sentiments intimes. Mais d’une façon imagée, il peut aussi être conçu comme tragique si l’on interprète que l’amour, objet principal du texte, est destiné à mourir.

  • C’est la combinaison de plusieurs de ces caractéristiques littéraires du texte, extraites de celui-ci, interprétées et utilisées comme arguments de réponse, qui composeront un paragraphe argumenté satisfaisant.
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Attention

Ce qui distingue une interprétation philosophique d’une interprétation littéraire, c’est la nature des implicites que l’on choisit d’expliciter pour proposer du sens.

Les implicites spécifiques de l’interprétation philosophique

[Le texte de référence que nous allons prendre ici pour recueillir des exemples est celui de l’épreuve HLP du bac 2021 : extrait de Souvenirs (1987), Alexis de Tocqueville.]

Les éléments implicites à expliciter pour une interprétation philosophique relèvent principalement du fond, c’est-à-dire d’un travail conceptuel, et des éléments de démonstration logique. Il faudra donc être particulièrement attentif aux éléments de texte suivants, et aller les chercher activement.

  • Chercher les concepts à définir

Définir les concepts importants dans le texte, c'est expliciter les implicites et donc produire une interprétation, qui sera philosophique si elle s’appuie sur la raison. Il n’est pas nécessaire de tous les définir dans l’exercice de l’interprétation, mais de cibler ceux qui serviront les réponses à la question.

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Exemple

« la sincérité » : la sincérité, c’est être prêt à énoncer ou à reconnaître ce qui est vrai, ou ce que l’on croit vrai.
« des Mémoires » : des mémoires sont des écrits dans lesquels les auteurs se racontent, parlent d’eux-mêmes.

  • Chercher les expressions à synthétiser en concept

Définir un concept est l’opération la plus courante du travail conceptuel, mais il est aussi possible de recourir à l'opération inverse. Car dans un texte, on pourra aussi trouver des périphrases qui expriment un concept implicite, qu’il vous reviendra d’expliciter.

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Exemple

Dans le texte, Tocqueville parle de « mauvaises actions », de « penchants » et de « travers de l’esprit », de « vices du cœur », desquels on ne témoignerait pas spontanément en parlant de soi, ce qui ne permettrait pas d’établir la sincérité de l’auteur. Ces expressions peuvent être synthétisées par le seul concept de « défauts ».
De la même manière, il parle de « prouesses ou de bons instincts » que l’on peut synthétiser par le concept de « qualités », pour mieux comprendre les enjeux du texte autour de la sincérité.

  • Chercher les expressions du texte qui évoquent la même chose

Si des concepts demandent à être définis, et que des périphrases demandent à être synthétisées par le concept qu’elles évoquent, il arrive que le concept à définir soit déjà exprimé sous forme de périphrase ailleurs dans le texte, pour éviter des répétitions inélégantes. Repérer ces expressions fait partie du travail conceptuel et permet de faire des liens dans le texte.

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Exemple

Dans le texte, Tocqueville exprime « qu’il est difficile de bien parler de soi ». Après quoi, il donne des exemples et arguments de ce qui manque aux discours autobiographiques – les « Mémoires » – pour bien parler de soi. Il exprime que « ce n’est pas l’amour du vrai qui fait parler, ce sont les travers de l’esprit ».
$\rightarrow$ On peut donc en déduire que, pour Tocqueville, « bien parler de soi » c’est « parler par amour du vrai ». La sincérité ne saurait donc être un qualificatif que l’on attribue lorsque la vérité a été dite par accident.

Plus tard dans le texte, l'auteur écrit : « La sincérité devient […] un métier fort ingrat, où l’on n’a que des pertes à faire ». En effet, Tocqueville dit que lorsque l’on se loue, on est perçu comme un « vaniteux », et lorsque l’on s’accable, on est perçu comme un naïf.
$\rightarrow$ On peut en déduire que, pour Tocqueville, « bien parler de soi », être sincère, est mal récompensé. Pour justifier cette interprétation, il faut repérer que « Les pertes » dont il parle expriment ces jugements de valeur « vaniteux, naïf », attribués à ceux qui parlent d’eux-mêmes sincèrement.

  • Être attentif à la rhétorique

Interpréter philosophiquement un texte, c’est également ramener toutes les expressions formulées au second degré au premier pour en éclaircir le sens.

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Exemple

« La sincérité devient […] un métier fort ingrat où l’on a peu de pertes à faire et point de gains ».
Un métier ingrat est, par définition, un métier plus coûteux que ce qu’il rémunère. Ici, cette expression est définie par Tocqueville lui-même, qui parle de la sincérité comme d’un métier qui ne rapporte rien et où il n’y a que des pertes à faire. Les pertes, au premier degré, ce sont les jugements desquels on écope lorsque l’on est sincère. Le gain dont on serait privé, ce serait la reconnaissance de l’effort moral qu’exige la sincérité.
$\rightarrow$ Cette interprétation ne se trouve pas dans le texte, elle ne demande donc pas de rapprocher des expressions qui évoquent la même chose, mais bien de donner un sens concret à l’image qu’il utilise.

  • Être attentif à la grammaire

Il convient généralement de ne pas utiliser de synonyme pour interpréter un concept ou la phrase qui le contient, mais plutôt de formuler une périphrase qui le définit, ou une antonymie qui dit « ce qu’il n’est pas ».

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Exemple

« J’ai observé que la plupart de ceux qui ont laissé des Mémoires ne nous ont bien montré leurs mauvaises actions ou leurs penchants que quand, par hasard, ils les ont pris pour des prouesses ou de bons instincts ».
$\rightarrow$ Grâce au travail précédent, on peut reformuler la phrase ainsi :
« J’ai observé que la plupart de ceux qui ont parlé d’eux n’ont montré leurs défauts que lorsqu'ils les ont pris pour des qualités »

« […] ceux qui ont parlé d’eux ont montré leurs défauts par accident. »
$\rightarrow$ C’est-à-dire qu’ils n’ont pas montré leurs défauts par volonté de dire leurs défauts, ils n’ont pas montré leurs défauts par volonté de dire le vrai.

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Astuce

  • Lorsqu’un passage du texte paraît difficile d’accès, c’est souvent du fait de la longueur de la phrase, et par conséquent d’une grammaire complexe. Cet outil d’explicitation d’implicites est donc particulièrement intéressant, puisqu’il permet non seulement d’expliciter son sens en réalisant une interprétation propre à l’exercice, mais surtout de clarifier son sens pour votre propre compréhension du texte.
  • Pour une lecture sans contresens, n’oubliez pas de vérifier que les pronoms utilisés dans les phrases pour éviter les répétitions renvoient bien au sujet que vous aviez spontanément imaginé.
  • Être attentif à la valeur démonstrative des éléments

Il faut bien distinguer les passages qui relèvent de l’argument, de l’exemple, de la thèse ou de la référence.

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Exemple

« […] Le cardinal de Retz, pour atteindre à ce qu’il considère comme la gloire d’avoir été un bon conspirateur, nous avoue ses projets d’assassiner Richelieu, et nous raconte ses dévotions et ses charités hypocrites […] »
$\rightarrow$ La fonction de cet extrait est d’illustrer l’argument suivant : « on ne montre ses défauts que par accident, pas par amour de la vérité ». Cet argument a lui-même vocation à soutenir l’idée selon laquelle il est difficile de bien parler de soi. Cet extrait doit donc être identifié comme un exemple.

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Rappel

Si un exemple n’est pas explicite dans un texte d’interprétation philosophique, illustrer par vous-même l’argument concerné par un fait concret ou une référence littéraire constitue un élément d’interprétation philosophique, à condition qu’il soit formulé au premier degré.

Le plan détaillé du développement au brouillon

Pour construire votre plan détaillé, indiquez les différentes réponses qui composeront votre développement comme différents titres.

Sous ces titres de parties, listez vos références au texte et l’interprétation qui en est faite (assurez-vous qu’elle constitue bien une réponse à la question). Vous aurez ainsi une visibilité optimale pour évaluer l’équilibre de vos parties.

Dès que vous avez 3 ou 4 éléments pour chacune d’elle, ne perdez plus de temps et passez à la construction de l’introduction en vue de la rédaction.

  • Exemple de plan détaillé d’interprétation littéraire

Question : « Quelle image ce poème donne-t-il de la relation amoureuse ? »
Texte : « Colloque sentimental », Fêtes galantes (1869), Paul Verlaine – Sujet bac HLP 2022, jour 1

PARTIE 1 : L’image de la mortalité

a) Champs lexical de la mort

  • yeux morts (vers 3)
  • lèvres molles (vers 3)
  • spectres (vers 6)
  • paroles inaudibles (vers 4 et final)

b) Registre tragico-lyrique

  • Amour exalté mais amour qui meurt
  • Sentiment de solitude, de désespoir

c) Métaphore spectrale

(vers 6, vers 9-10)

d) Anaphore de la vieillesse et du froid

« Dans le vieux parc solitaire et glacé »
(vers 1 et 5)

PARTIE 2 – L’image du déséquilibre

a) Antagonisme des visions de l’amour

  • « L’extase » pour l’un $\rightarrow$ hyperbole (vers 7)
  • Non-événement pour l’autre $\rightarrow$ question rhétorique (vers 8)

b) Champs lexical : négatif pour l’un / positif pour l’autre

  • « ciel bleu » (vers 13) / « ciel noir » (vers 14)
  • « grand, l'espoir ! » (vers 13) / « L'espoir a fui, vaincu » (vers 14)

c) Déséquilibre dans l’adresse

  • L'un tutoie : « te » (vers 7), « ton » (vers 9), « tu » (vers 10)
  • L’autre vouvoie : « vous » (vers 8)

d) Déséquilibre dans la ponctuation

  • Celle du premier « vit » : il interroge, s’exclame, crée du lien et de l’émotion (vers 11, 12, 13).
  • L’autre répond sèchement, sans développement ni intérêt, même ses questions n’en sont pas de vraies, il laisse mourir même le lien du dialogue.
  • Exemple de plan détaillé d’interprétation philosophique

Question : « À quels obstacles se heurte, selon A. de Tocqueville, l’exigence de la sincérité ? »

Texte : extrait de Souvenirs (1850-1851), Alexis de Tocqueville – Sujet bac HLP 2021, jour 1

PARTIE 1 – 1er obstacle à la sincérité : On se connaît mal

a) Argument :
« On est trop proche de soi pour bien se voir » (lignes 16-17)
$\rightarrow$ Ramener le 2nd degré au 1er

b) « On se perd aisément au milieu des vues, intérêts, idées, goûts, instincts » (lignes 17-18)
$\rightarrow$ Ramener le 2nd degré au 1er

c) « Ces petits sentiers mal connus de ceux mêmes qui les fréquentent empêchent de distinguer les grands chemins qui déterminent notre volonté à agir » (lignes 18-20)
$\rightarrow$ Ramener le 2nd degré au 1er

PARTIE 2 – 2e obstacle à la sincérité : On se présente mal

a) « Difficile de bien parler de soi » (ligne 2)
$\rightarrow$ Chercher les expressions du texte qui évoquent la même chose

b) Argument : Repérage des expressions relatives à la sincérité : « bien parler de soi » (ligne 2) ; parler « par amour du vrai » (lignes 8-9) ; « être sincère » (ligne 11)

c) Exemple : cardinal de Retz (lignes 5-6)

PARTIE 3 – 3e obstacle à la sincérité : la sincérité est toujours mal reçue

a) Argument : « le public aime qu’on s’accuse mais ne souffre pas qu’on se loue » (lignes 12-13)

b) Définition de « se louer » et de « s’accuser », explicitation de leur rapport à la « sincérité »

c) Exemple et définition de la vanité et de la candeur

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Attention

Pour éviter le hors-sujet il faudra prendre trois précautions :

  • ne pas tenter d’interpréter la citation par des éléments extérieurs au texte, et de manière générale, ne pas tenter de répondre à la question par des éléments extérieurs au texte ;
  • ne pas interpréter des éléments du texte qui ne répondent pas à la question ;
  • ne pas mentionner les passages du texte sans expliquer pourquoi ils répondent à la question.

Construire l'introduction

L’introduction doit être construite après avoir réuni tous ses éléments de réponses du développement, afin de pouvoir les organiser en parties spécifiques, cohérentes, et équilibrées. Lorsque c’est fait, les réponses à la question, qui constituent les thèses des parties, serviront à annoncer le plan en introduction.

Construire l’annonce du plan

Il est temps d’annoncer le plan dans l’introduction dès lors que la question du sujet a été énoncée. Annoncer le plan consiste seulement à énoncer l’ordre dans lequel les différentes réponses vont être traitées, et idéalement, justifier ce choix de présentation par la relation entre les parties.

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Exemple

Question : « Quelle image ce poème donne-t-il de la relation amoureuse ? »
Texte : « Colloque sentimental », Fêtes galantes (1869), Paul Verlaine

D’abord, l’image de la relation amoureuse que le texte donne à voir le plus immédiatement, c’est celle de quelque chose qui passe, qui vieillit et qui meurt. Mais l’on pourra toutefois analyser que ce n’est peut-être pas la seule caractéristique qui transparaît dans ce poème : la mortalité de la relation amoureuse ne tient peut-être pas tant à la relation d’amour elle-même qu’au caractère de l’un des personnages de ce « Colloque sentimental ». Car après cette première impression, une autre image de la relation amoureuse apparaît, plus discrètement mais de façon moins équivoque : celle de la discordance entre les deux personnages. Si bien que l’aspect flagrant de « mortalité » de l’amour pourrait finalement ne concerner qu’un des deux personnages.

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Attention

Il ne faut pas introduire le plan détaillé dans l’introduction : les éléments de textes utilisés comme des arguments de réponses ne doivent pas y apparaître, ils serviront le développement.

Construire l’amorce

Si l’amorce est la première partie de l’interprétation, elle se construit en dernier, au brouillon, et juste avant de passer à la rédaction. Elle n’est pas nécessairement longue, mais elle sert à présenter le contexte de l’extrait, avant d’introduire la question du sujet, qui doit alors apparaître comme légitime, naturelle. Il faut donc avoir achevé l’analyse et organisé ses réponses pour s’y attaquer avec une vue d’ensemble.

Pour contextualiser l’extrait, on peut se servir :

  • du paratexte (auteur, titre, date de publication de l'œuvre) ;
  • des connaissances vues en classe au sujet de l’œuvre, de l’auteur ou de son mouvement ;
  • éventuellement de la connaissance d’événements historiques contemporains de l’auteur ;
  • et surtout de la question du sujet.
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Exemple

Question : « Quelle image ce poème donne-t-il de la relation amoureuse ? »

Ce qu’on sait grâce au paratexte :

  • l’auteur est Paul Verlaine et il s’agit d’un poète de la fin du XIXe siècle ;
  • le recueil au sein duquel paraît l’extrait a pour titre Fêtes galantes.

Ce qu’on peut avoir appris en cours :

  • Verlaine est un poète qui appartient au Romantisme, un mouvement littéraire très attaché à l’expression des sentiments et de la vie intérieure.
  • Il compte parmi les auteurs que l’on appelle les « Poètes maudits », avec Baudelaire et Rimbaud, c’est-à-dire des poètes marqués par l’échec, la solitude, la marginalité et parfois, les excès.

Exemple d’amorce rédigée :

Paul Verlaine est un poète romantique du XIXe siècle. Il donne donc une place centrale à l’expression des émotions dans ses poèmes, et la mélancolie y est très présente. Poète « maudit », sa perception du monde est marginale, et cette solitude traverse sa vie et ses textes par intermittence. Pourtant, « Colloque Sentimental » est un texte issu d’un recueil qui porte un nom qui évoque plus de légèreté – Fêtes Galantes. Quelle image de la relation amoureuse Verlaine peut-il donner à voir dans ce poème ?

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Astuce

Afin de s’assurer de trouver une formule qui permette d’introduire naturellement la question du sujet, il est plus prudent de fixer une forme rédigée de l’amorce au brouillon, avant de se lancer dans la rédaction au complet sur la copie.

Les étapes de l’introduction

Dans leur ordre de présentation, les étapes d’une introduction d’interprétation sont les suivantes :

  • l’amorce ;
  • la question du sujet qu’elle amène ;
  • l’annonce du plan du développement.

Il n’est pas nécessaire de rédiger une introduction complète au brouillon avant de passer à la rédaction au propre. En effet, à ce stade, tous les éléments sont déjà connus : la formulation de l'amorce a déjà été travaillée, la question est donnée par le sujet, et les grands axes du développement à annoncer sont fixés dans le plan détaillé.

La conclusion

La conclusion doit être une véritable synthèse. Elle ne rappelle pas tous les éléments de texte sur lesquels l’interprétation s’est appuyée, mais elle rappelle les étapes principales du raisonnement, à commencer par la question elle-même.

Les étapes de la conclusion de l’interprétation

Il n’est pas absolument nécessaire de préconstruire sa conclusion au brouillon, car elle reprend – à une étape près – toutes les étapes que l’introduction présente. Ces éléments devront toutefois être mentionnés au titre du récapitulatif et pas celui de la présentation. Proposer une ouverture sur un point de vue qui n’aura pas été développé par le texte peut également être apprécié.

Étapes de la conclusion :

  • Rappel de la situation du texte : titre, recueil, époque, auteur, tout élément de situation qui peuvent éclairer l’écriture, sans répéter nécessairement tous les éléments de l’amorce ;
  • Rappel de la question d’interprétation ;
  • Rappel de la réponse de partie 1 ;
  • Dire pourquoi une autre réponse était possible et la citer aussi ;
  • Ouverture éventuelle

Comment réaliser une ouverture

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Astuce

Si le texte est littéraire, l’interprétation sera littéraire aussi, car il contiendra naturellement les procédés d’écriture attendus en littérature. De même, si le texte est d’ordre philosophique, l’épreuve d’interprétation sera également de nature philosophique.
Dans ce cadre, ouvrir sur par une problématisation philosophique lorsque l’interprétation aura été littéraire, ou par une référence littéraire lorsque le travail a été philosophique peut être une approche appréciée.

Une ouverture doit être de nature à permettre d’envisager d’autres types de conceptions que celles que le texte développe, afin de souligner qu’il est seulement question de point de vue, tout légitime soit-il. Il est apprécié, et parfois plus aisé, de s’appuyer sur la question d’essai pour réaliser son ouverture, pour laquelle elle peut représenter une direction sûre : elle a été conçue pour cela.

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Exemple

Question d’interprétation : « Quelle image ce poème donne-t-il de la relation amoureuse ? »

Question d’essai : « Nos sentiments résistent-ils au temps ? »

Exemple d’ouverture d'interprétation littéraire

[…] Il peut être facile de dire que l’amour ne résiste pas au temps, et qu’il est aussi mortel que les hommes le sont. Mais dans le texte, ce n’est pas l’amour qui est mort, c’est un homme qui a cessé de le regarder comme une réjouissance. Ce ne sont peut-être pas nos sentiments qui ne résistent pas au temps, mais l’amour qui a besoin de toute notre attention pour exister, lui aussi, comme les hommes.

Les étapes de l’interprétation au complet

INTRODUCTION

  • Amorce : situer rapidement l’auteur et le texte
  • Thème du texte
  • Question du sujet
  • Problématisation
  • Annonce du plan

DÉVELOPPEMENT

PARTIE 1 : Réponse 1
$\rightarrow$ Éléments du texte qui soutiennent la réponse 1 :

  • Argument
  • Exemple + Référence
    (= le même élément dans une interprétation littéraire)
  • Rappel de la réponse à la question pour conclure la partie 1

PARTIE 2 : Réponse 2
$\rightarrow$ Éléments du texte qui soutiennent la réponse 2 :

  • Argument
  • Exemple + Référence
    (= le même élément dans une interprétation littéraire)
  • Rappel de la réponse à la question pour conclure la partie 2

PARTIE 3 éventuelle :
$\rightarrow$ Éléments du texte qui soutiennent la réponse 3 :

  • Argument
  • Exemple + Référence (= le même élément dans une interprétation littéraire)
  • Rappel de la réponse à la question pour conclure la partie 3

CONCLUSION

  • Rappel du thème et de la situation du texte
  • Rappel de la question du sujet
  • Rappel du problème
  • Rappel des réponses
  • Ouverture éventuelle
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Rappel

Il ne faut pas oublier que dans un tel travail de composition, aucune partie ne saurait être annoncée par un titre, ou un numéro : seules l’annonce du plan en introduction, les indications en début et en fin de partie, ainsi que la gestion des espaces sur la copie doivent permettre de se repérer dans le développement.
Par convention, les espaces sur la copie se présentent ainsi :

  • Un alinéa au début de chaque paragraphe (introduction, parties, conclusion) ;
  • Un saut de ligne entre l'introduction et la première partie ;
  • Un saut de ligne entre la fin de la première partie et le début de la deuxième ;
  • Un saut de ligne entre la dernière partie et la conclusion.