Auteur
Tristan Tzara
Biographie

Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock, est né en Roumanie dans une famille aisée. Il apprend le français très tôt, et s’intéresse précocement à la France et à la littérature française.
À 19 ans, il part vivre en Suisse. C’est à Zurich qu’il prend le pseudonyme de Tristan Tzara. Avec Hugo Ball, il crée la revue Dada, qui donne naissance au courant littéraire du même nom. Tristan Tzara et Hugo Ball fondent le cabaret Voltaire, haut lieu de l’avant-garde berlinoise. De nombreux artistes s’y produisent et jouent de petites pièces burlesques, tout à fait à contre-courant des mœurs bourgeoises de l’époque. Tristan Tzara fait paraître les Manifestes Dada, qui posent les grandes lignes du dadaïsme.
En 1920, il s’installe à Paris, où il fait la connaissance d’André Breton, de Paul Éluard et de Picabia, et se joint aux surréalistes. En 1925, il épouse Greta Knutson, poète suédoise. Il écrit et publie de nombreux poèmes, s’intéresse à l’art contemporain, sur lequel il écrit.
En 1936, Tristan Tzara adhère au parti communiste, où il restera jusqu’en 1956, c’est-à-dire jusqu’à l’invasion soviétique de la Hongrie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fait partie de la Résistance.

Bibliographie sélective

Vingt-cinq poèmes - (1918)
Sept manifestes Dada - (1924)
L’Homme approximatif - (1931)
La Rose et le Chien - (1958)

Œuvre

Tristan Tzara a marqué la littérature et les arts du XXe siècle par l’invention du mouvement Dada. Le dadaïsme veut entreprendre une critique et un renversement des conventions aussi bien esthétiques que politiques. Moins poétique que le surréalisme, le dadaïsme est avant tout un jeu avec les formes, assortie d’une vision lucide et pessimiste du monde moderne. La poésie de Tristan Tzara se situe dans cette lignée. On peut y voir avant tout une tentative de provocation systématique, d’opposition irrespectueuse à l’égard des valeurs dominantes. Mais l’écriture de Tzara est également marquée par une grande recherche formelle et l’invention de nouvelles formes poétiques, par lesquelles il cherche sans cesse de déconstruire le langage, non par volonté nihiliste, mais pour en exploiter toutes les dimensions jusque-là inconnues.

Citations

« Je vous dis : il n’y a pas de commencement et nous ne tremblons pas, nous ne sommes pas sentimentaux. Nous déchirons, vent furieux, le linge des nuages et des prières, et préparons le grand spectacle du désastre, l’incendie, la décomposition. Préparons la suppression du deuil et remplaçons les larmes par les sirènes tendues d’un continent à l’autre. Pavillons de joie intense et veufs de la tristesse du poison. DADA est l’enseigne de l’abstraction; la réclame et les affaires sont aussi des éléments poétiques. »
Sept manifestes Dada , 1924

« La poésie est-elle nécessaire ? Je sais que ceux qui crient le plus fort contre elle, lui destinent sans le savoir et lui préparent une perfection confortable ; - ils nomment cela futur hygiénique.
On envisage l’anéantissement (toujours prochain) de l’art. Ici l’on désire un art plus art. Hygiène devient pureté mondieu mondieu.
Faut-il ne plus croire aux mots ? Depuis quand expriment-ils le contraire de ce que l’organe qui les émet, pense et veut ?
Le grand secret est là :
La pensée se fait dans la bouche.
Je me trouve toujours très sympathique. »
Sept manifestes Dada , 1924

« Pour faire un poème dadaïste.

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement. Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire. »
Sept manifestes Dada , 1924

« Je pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau de rêve qu’on appelle nous. »
L’Homme approximatif , 1931