Corrigé Bac Sujet bac - 2025 - Français - Corrigé - Dissertation - Sujet B
Sujet bac : Annale 2025
ÉPREUVE DE FRANÇAIS OBJET D’ÉTUDE – Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle DISSERTATION N°2 SUJET – « J’ai eu tort de parler », dit Camille à Perdican (Acte II, scène 5). |
Introduction
La comédie-proverbe de Musset, On ne badine pas avec l’amour, raconte comment Perdican et Camille, deux jeunes gens pourtant promis l’un à l’autre, se blessent mutuellement par orgueil et fierté jusqu’à compromettre un amour véritable et entraîner la mort d’une jeune fille innocente. La réplique de Camille, « J’ai eu tort de parler » prend place à la scène 5 de l’acte II, lors de leur deuxième entrevue, au moment crucial où le masque de Camille s’effrite. Cette scène, centrale dans l’économie de la pièce, constitue le point de bascule qui va inverser les rapports de force et plonger la pièce dans le tragique. Comment cette simple réplique permet-elle d’éclairer les enjeux de la pièce de Musset ? Nous analyserons dans un premier temps la parole amoureuse comme jeu et enjeu du discours. Pourtant, nous verrons que cette parole n’est pas anodine et qu’elle laisse affleurer une sincérité dangereuse. Nous nous interrogerons ensuite sur la portée tragique de cette parole.
La formulation du sujet vous invite à construire un plan thématique. Contrairement au plan dialectique, qui oppose des thèses contraires, le plan thématique est un plan qui organise les arguments autour de grands thèmes ou aspects du sujet. Chaque partie doit aborder un des aspects de la courte citation de l'œuvre, de manière progressive (idéalement : I. Causes — pourquoi dit-elle cela ? II. Manifestations — à quels moments de la pièce les personnages ont-ils eu tort de parler ? III. Conséquences — de ce refus de parler). Autrement dit, c’est un plan expositif ou explicatif souvent adapté aux sujets composés de citations, qui demande une analyse approfondie. Ici, il s’agit de montrer comment une citation a de multiples retentissements à l’échelle de l'œuvre. Soyez attentifs aux tournures du type « cette réplique/citation éclaire-t-elle… ? » ou « comment cette réplique/citation éclaire-t-elle… ? » qui induisent souvent ce type de plan.
Lorsque le sujet vous demande d’analyser une citation extraite de l'œuvre, il faut pouvoir approximativement la placer dans la pièce. Ici L’acte II scène 5 était indiqué, ce qui vous permettait de situer la réplique dans la scène la plus célèbre de l'œuvre, celle où Perdican déclame la longue tirade qui ferme l’acte II. Les clôtures d’actes sont d’ailleurs des endroits stratégiques, souvent porteurs des enjeux essentiels de la pièce.
Parler, ne pas parler : la parole amoureuse comme jeu et enjeu du discours
La réplique de Camille éclaire le sens de la pièce dans la mesure où toute l’intrigue repose sur les résistances et les travestissements du langage amoureux : dire ou ne pas dire l’amour devient l’enjeu principal de la pièce.
Toute l’intrigue repose en effet sur des dialogues où chaque personnage essaie de sonder et de dominer l’autre. La parole devient un outil de mise à l’épreuve : Perdican cherche à savoir si Camille l’aime, Camille veut tester la sincérité de Perdican. Le langage devient alors un jeu de miroirs où chacun attend que l’autre se dévoile sans jamais le faire. Lorsque Camille, dans l’acte II scène 5, dit « j’ai eu tort de parler », elle réagit à « tu es en colère en vérité » de Perdican de la réplique précédente, qui montre que l’émotion a envahi son discours au moment où elle lui parle de Louise, son amie du couvent. Perdican voit alors poindre son émotion et s’engouffre dans la brèche, mettant la froide et calculatrice Camille dans une position de vulnérabilité extrême.
La parole fonctionne donc comme un masque dans la pièce. Pour Camille, elle est un bouclier qui lui permet de se protéger par orgueil, froideur, contrôle, distance. Elle se méfie des illusions de l’amour. La réplique fameuse « je veux aimer mais je ne veux pas souffrir », expose les termes de son dilemme face à Perdican. Lorsque le masque de Camille tombe, Perdican reprend le pouvoir sur elle. Le duo verbal devient duel.
Cette scène, la plus longue de la pièce, est donc centrale et décisive et aura des conséquences funestes sur les trois jeunes gens. L’affrontement verbal va mener à la contre-offensive de Perdican qui renvoie la jeune fille à ses nonnes et entame une célébration désenchantée de l’amour humain, pour faire contrepoint à la volonté de Camille de prendre le voile. Le badinage amoureux apparaît bien comme un enjeu de pouvoir au lieu d’être l’instrument de la vérité du cœur.
Une sincérité dangereuse ?
À force de badiner avec les mots et avec l’amour, le langage trahit la sincérité des personnages parfois malgré eux. En effet, après avoir prononcé la réplique « j’ai eu tort de parler », le mal est fait et la parole sincère a émergé du discours de Camille : ses réticences, ses résistances ont été perçues comme de la colère et de la peur dans ce moment de crise et de lucidité. Son aveu d’avoir eu « tort de parler » sonne paradoxalement comme un signal de sincérité : elle a baissé sa garde. Camille est lucide sur la faiblesse qu’elle montre à Perdican : elle perçoit que cela va se retourner contre elle. Le langage, qui jusqu’à présent l’a protégée d’elle-même et de l’autre, l’a trahie et devient dangereux pour elle.
Dans cette scène, Camille n’est pas la seule à montrer son vrai visage et à laisser la parole devenir le reflet de sentiments vrais. Dans cette scène finale de l’acte II, la célèbre tirade de Perdican (« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards… ») peut être lue non seulement comme une invective mais comme un aveu douloureux : il ne parvient plus à cacher sa blessure affective et en cela sa tirade fait écho à la « colère » de Camille qui avoue qu’elle a eu « tort de parler ».
Malgré les tentatives des deux personnages, la parole échoue donc à dire pleinement l’amour. Les quiproquos, les silences et les malentendus finissent par causer la mort de Rosette et le désespoir des deux amants. Ce constat rejoint une vision romantique du langage : il est faillible, incapable de traduire l’absolu des émotions. La parole ne peut tout dire, et c’est parfois son échec qui produit la tragédie.
Du comique au tragique
Les regrets de Camille sont donc bien plus que de simples remords qui disent son orgueil. Ils sont le point de bascule qui fait glisser la pièce de la comédie à la tragédie. L’acte II se clôt sur deux positions inconciliables et un renversement des rapports de force : « Adieu Camille, retourne à ton couvent » assène Perdican à la jeune fille dont le masque vient pourtant, certes malgré elle, de tomber. Perdican est maintenant celui qui dit non à sa cousine et qui la renvoie à son choix de prendre le voile. L’acte III va donc être celui des manipulations tragiques. La jeune fille, blessée dans son orgueil, va lui rendre la monnaie de sa pièce. Comprenant qu’il est victime d’une manipulation à la suite de la lecture de la lettre adressée à Louise par Camille, il réplique en attirant Camille dans le piège qu’il lui tend au travers de Rosette. On voit bien comment la réplique de Camille, qui a entraîné l’affrontement verbal de la scène 5, se transforme au fil de la pièce en élément déclencheur d’un drame irréversible. La jeune Rosette est en effet la victime au sens propre des stratégies manipulatoires des deux jeunes gens : elle en mourra à la fin de la pièce.
Dans On ne badine pas avec l’amour, Le spectateur est donc d’abord entraîné sur les pistes annoncées (caractéristiques de la comédie) de l’amour, du badinage, de l’orgueil, de l’innocence, pour assister ensuite à la catastrophe finale causée par deux personnages, qui ne savent pas au fond ce qu’est l’amour, ce qu’ils veulent et quel est leur pouvoir.
Conclusion
Ainsi, le refus d’être sincère, dont la réplique de Camille se fait l’écho (« j’ai eu tort de parler »), porte en lui l’issue tragique de la pièce. Les mots qu’on a dit ou qu’on n’a pas dit, ou qu’on a dit trop tard, vont mener à la séparation définitive des deux amants et à la mort d’une innocente. Quand les mots ne disent pas ce que le cœur éprouve sincèrement, le drame est inévitable.
La première partie de votre conclusion doit être un bilan de la réflexion : répondez à la problématique (rapidement) à l’aide des éléments de réponse figurant dans vos trois parties.
Alors que chez Marivaux, même si le langage trompe et manipule l’autre le spectateur assiste à une fin heureuse, chez Musset, c’est le contraire : la pièce bascule dans le tragique. En ce sens, Musset propose une vision nuancée et profondément romantique de la parole : à la fois arme et cri, masque et miroir de l’âme.
Ouverture : cherchez dans les textes complémentaires lus en classe ou plus généralement dans votre culture littéraire des textes qui pourront être rapprochés de la pièce de Musset et de cette problématique en particulier (dire ou ne pas dire mène-t-il toujours au drame ?). Ici, l’exemple de Marivaux tend à montrer que même si le mensonge et la manipulation sont présents dans Les Fausses confidences ou dans Le Jeu de l’amour et du hasard, l’issue est heureuse pour les personnages, contrairement au dénouement de la pièce de Musset.
Ce rapprochement rapide permet d’ouvrir la réflexion et de définir de manière plus précise l’esthétique romantique, teintée de tragique, de Musset.