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« Demain, dès l'aube... », Victor Hugo

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Introduction :

Victor Hugo est considéré comme l’un des plus grands écrivains du XIXe siècle. De la poésie engagée au roman réaliste, Victor Hugo a su marquer l’histoire littéraire par son œuvre monumentale et incroyablement diverse. Il est l’auteur qui avait le vocabulaire le plus vaste de la littérature française !

Extrait des Contemplations, recueil paru en 1856, « Demain, dès l’aube… » est un poème d’amour et de deuil. Victor Hugo l’a écrit en hommage à sa fille Léopoldine, décédée le 4 septembre 1843. Il y évoque son pèlerinage annuel sur sa tombe.

Pour expliquer ce poème, nous étudierons dans un premier temps l’énonciation mise en place ici, puis nous verrons en quoi il s’agit d’un poème d’amour. Enfin nous nous interrogerons sur les fonctions du voyage qu’effectue le poète.

« Demain, dès l’aube… »

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Astuce

Lors d’une étude de texte, avant même de lire, il faut numéroter les vers du poème ou les lignes du texte, cela fait gagner du temps ! Ensuite, il faut lire le texte dans son ensemble.

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

3 septembre 1847 »

Une énonciation trouble

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Définition

Énonciation :

L’énonciation est l’acte par lequel est produit le texte. Autrement dit, on parle d’énonciation pour identifier plusieurs éléments : qui parle ? À qui ? Dans quel lieu ? À quel moment ?

  • Pour analyser ce poème, on peut reprendre chacune des questions de la situation d’énonciation. Tout d’abord : qui parle ?

Dans ce poème, Victor Hugo s’adresse clairement à quelqu’un avec « vois-tu ». Mais cette personne reste mystérieuse.

Le poème est écrit à la première personne du singulier. Le « je » du poète s’adresse à quelqu’un directement. Le destinataire est représenté par la deuxième personne du singulier. L’alternance entre le « je » et le « tu » donne alors l’impression d’un dialogue.

  • Deuxième question de l’énonciation : à qui ?

La première strophe du poème laisse penser que le poète part à la rencontre d’une amante. Cette femme semble l’attendre et le poète paraît impatient de la retrouver. L’anaphore de « j’irai », au vers 3, insiste sur la volonté du poète de se rendre dans un lieu encore inconnu du lecteur :

« J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. »

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Définition

Anaphore :

Une anaphore est une figure de style. C’est une répétition d’un même mot ou d’une même expression au début de plusieurs vers, propositions, phrases ou paragraphes.

  • Troisième question de l’énonciation : où ? Dans quel lieu ?

L’évocation de la « campagne » au vers 1, puis la « forêt » et la « montagne » au vers 3, ne donne que des informations floues sur le lieu. L’imprécision laisse le lecteur imaginer un lieu de rencontre idéal, comme pour une rencontre amoureuse.

C’est à la troisième et dernière strophe que le lecteur obtient une information explicite sur celui-ci. Au vers 10, Victor Hugo précise le nom de la ville d’Harfleur, ce qui donne une indication géographique.

  • Enfin, on peut répondre à la dernière question de la situation d’énonciation : quand ? À quel moment ?

Le poème est écrit au futur de l’indicatif, ce qui peut dénoter l’empressement du poète à rejoindre la femme aimée. Le terme « demain », qui est le premier mot du poème, donne avec précision la date du rendez-vous. Le poème étant daté du 3 septembre 1847, il s’agira donc du 4 septembre 1847, date anniversaire de la mort de Léopoldine.

C’est le dernier mot du vers 11 qui révèle que l’être aimé est mort. Véritable chute du poème, la fin surprend le lecteur. L’enjambement « Je mettrai sur ta tombe/Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur » clôt le poème en douceur, dévoilant l’information que le poète avait jusque-là retenue.

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Définition

Enjambement :

Il s’agit d’un débordement de la phrase sur le vers suivant.

La situation d’énonciation se fait alors plus claire.

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À retenir

Il ne s’agit pas d’un poème galant, mais d’un poème d’amour funèbre, à tonalité élégiaque certes, mais sobre.

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Définition

Élégie :

C’est l’expression d’une douleur, par exemple du malheur amoureux ou du deuil. La tonalité élégiaque est empreinte de tristesse ou de mélancolie plaintive.

Après avoir vu la situation d’énonciation du poème, voyons maintenant pourquoi on peut parler de poème d’amour, malgré le deuil.

Un poème d’amour

La première strophe exprime un désir impatient de retrouvailles. Plus qu’un désir, c’est une pulsion impossible à contenir. Le poète écrit d’ailleurs au vers 4 :

« Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps ».

Ce poème possède certaines caractéristiques du poème amoureux classique.

Un poème d’amour classique

Le poète doit passer des épreuves (« J’irai par la forêt, j’irai par la montagne ») pour retrouver la femme aimée, comme dans un poème épique.

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Définition

Épopée :

C’est un récit d’aventures héroïques, que l’on retrouve principalement au Moyen Âge.

La phrase « je sais que tu m’attends » au vers 2 laisse croire que l’amour est partagé par la femme et qu’elle est bel et bien vivante.

  • La première strophe fait donc penser à un poème galant classique.

Mais la deuxième strophe est plus sombre :

« Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. »

À l’impatience des retrouvailles succèdent alors la solitude et la nuit, reflétant la tristesse du poète.

  • Le lecteur peut se demander si le poète vit un chagrin d’amour.

Les négations du vers 6 « Sans rien voir », « sans entendre » et « aucun bruit », ainsi que la posture du poète décrite au vers 7 « Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées » mettent l’accent sur cette souffrance.

Le rejet de « triste » au vers 8 permet de mettre en valeur l’adjectif et d’insister sur ce sentiment.

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Définition

Rejet :

Il s’agit, en poésie, d’un terme d’une phrase qui est rejeté au début du vers suivant. Cela permet de le mettre en relief.

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À retenir

Les thèmes de la souffrance et de la solitude sont classiques en poésie amoureuse, notamment dans la poésie lyrique.

Mais Victor Hugo se démarque des poèmes traditionnels en surprenant le lecteur et apporte ainsi une touche de modernité.

Un poème moderne

Il y a une contradiction entre l’empressement du poète dans la première strophe et sa tristesse dans la seconde strophe. C’est à la fin du poème que Victor Hugo fait la lumière sur ce mystère puisque le lecteur apprend que la femme aimée est en réalité décédée.

  • Il l’aime mais souffre de son absence.

Ce poème n’est donc pas un poème d’amour pour une amante comme on pouvait l’attendre, puisqu’il s’agit d’un poème sur l’amour d’un père pour sa fille. Ce poème se révèle funèbre à la lecture de l’avant-dernier vers. La fin est tellement surprenante qu’elle invite à une seconde lecture. La compréhension du texte est alors différente, on perçoit l’amour inconditionnel d’un père et sa souffrance, que l’on prenait pour un ardent désir jusqu’alors.

  • Cet amour et cette souffrance conduisent le poète au voyage.

Le pèlerinage du poète

Le voyage que fait Victor Hugo est un moyen pour lui de se souvenir de sa fille, de ne penser qu’à elle et de se rapprocher d’elle.

La « campagne » au vers 1, puis la « forêt » et la « montagne » au vers 3, sont autant de paysages qui défilent, un peu comme lorsqu’on fait un voyage en train et que l’on observe les paysages à travers la vitre. Cela donne l’impression que le poète fait un long voyage pour retrouver celle qu’il aime.

Ce pèlerinage se fait en solitaire. Le poète est « seul, inconnu » au vers 7. Pourtant, cela paraît être une nécessité pour ce père afin de mieux se souvenir de sa fille. Ainsi, comme il le dit au vers 5, « les yeux fixés sur mes pensées », il se place dans une bulle où tout n’est que néant puisque sa fille n’est plus.

La fin du voyage est marquée par « le soir » au vers 9 et l’expression « quand j’arriverai » au vers 11. Cependant, le terme de ce périple n’est pas une délivrance comme on pouvait l’imaginer au début du poème. Le poète est plongé dans une infinie souffrance, une nuit sans fin.

Pourtant, avec pudeur, Victor Hugo clôt son poème sur une note de douceur, en hommage à sa fille, par le bouquet de fleurs : « Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur ».

Conclusion :

C’est avec délicatesse que Victor Hugo livre un poème empreint d’amour pour sa fille. Entre tradition et modernité, il surprend le lecteur par sa chute.

  • Afin d’être en mesure de glisser ici une comparaison pertinente, il serait intéressant de lire la nouvelle à chute d’Anna Gavalda, « Happy Meal ».

Le poète évoque donc avec pudeur la perte tragique de sa fille. À travers un poème romantique, lyrique et élégiaque, il nous dévoile le récit d’un voyage. Un voyage personnel, pour se souvenir et rendre hommage.