Document : Le point de vue d’un historien sur l’impuissance de la SDN
« Après la plus terrible des guerres qui ait jamais ravagée l’humanité, les vainqueurs de la Première Guerre mondiale, l’Américain Woodrow Wilson en tête, s’accordent en 1919 pour créer une Société des nations (SDN), à la fois parlement international et cour d’arbitrage. Après le règne de la force, voici poindre celui du droit. Après le temps des alliances militaires et de la voie nationale de la sécurité, voici l’apparition de la sécurité collective. […] La SDN restera un projet de bonne volonté où les engagements sont moraux. Mais à aucun moment on ne se demande ce que l’on fera si une puissance refuse d’honorer sa parole. Il faut dire qu’aux États-Unis, Wilson a entamé un bras de fer qui conduit le Sénat à repousser la ratification en mars 1920. Il a manqué 7 voix pour que la majorité des deux tiers soit atteinte au Congrès. Les États-Unis, la première puissance au monde, ne participeront donc pas à l’ordre nouveau qu’ils ont pourtant grandement contribué à écrire, et la SDN ne sera pas dotée d’une force militaire qui lui aurait donné les moyens de se faire respecter.
On sait ce qu’il en a été […]. Le Japon, qui siégeait comme membre permanent au conseil, aux côtés de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de l’Allemagne, a été le premier à en claquer la porte. Il avait fait le choix de s’emparer de la Mandchourie et bientôt de toute la Chine. Puis c’est l’Allemagne qui s’en retire, peu après l’accès d’Hitler au pouvoir, parce que la conquête de l’espace vital pour la race des seigneurs et le droit du plus fort à dominer s’accommodent mal des parlotes et des délibérations dans une enceinte parlementaire et internationale. Le droit, c’est l’arme des faibles ! En 1937, enfin, c’est au tour de l’Italie fasciste de déserter Genève, siège de l’Assemblée des nations, car elle n’a pas appréciée d’avoir été – très légèrement – sanctionnée pour son invasion de l’Éthiopie. La cause est entendue : la SDN est devenue subitement inutile à partir du moment où les nations bellicistes n’ont plus joué le jeu. »
Jean-Yves Le Naour, Sud – Ouest, le 29 janvier 2020
Définissez la notion de « sécurité collective ».