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Entreprises et internationalisation de la production

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Introduction :

Les échanges internationaux se sont accrus depuis les années 1950 pour atteindre un volume sans précédent à l’échelle planétaire. La mondialisation est à l’œuvre : les biens de consommation, les modes de vie et les services sont accessibles partout dans le monde.

Cependant cette homogénéisation de la consommation mondiale n’est pas systématiquement synonyme de standardisation et d’uniformisation. Ce phénomène met en lumière le rôle particulier d’acteurs majeurs de la globalisation des échanges : les firmes multinationales (FMN).

Nous verrons dans un premier temps que l’apparition des FMN est fortement liée au développement des échanges. Nous aborderons ensuite la façon dont leurs stratégies influencent les marchés et ont des répercussions directes sur les politiques des États.

Les firmes multinationales (FMN) au cœur de la mondialisation

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Définition

Firme multinationale :

Une firme multinationale (FMN) est une entreprise ou un groupe créé dans un pays (où se situe sa maison mère) qui détient ou contrôle une ou plusieurs entreprises implantées dans divers pays (ses filiales).

Les FMN contribuent fortement au développement du commerce international. En élargissant leur domaine d’activité à l’échelle internationale, elles se positionnent en tant qu’acteur majeur de la mondialisation.

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Définition

Mondialisation :

La mondialisation est le processus à échelle planétaire de rapprochement et d’interdépendance des marchés, de libre circulation des hommes, résultant notamment de la libéralisation des échanges et du développement des moyens de transport de marchandises, de personnes et d’information.

Les FMN sont à l’origine du développement du commerce international

Les FMN sont aujourd’hui les premiers acteurs de la mondialisation : leur influence sur la globalisation dépasse celle des États et du seul cadre économique.

Les firmes multinationales sont presque toutes issues des pays riches. Plus de 95 % d’entre elles appartiennent aux pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), qui regroupe les principaux pays industrialisés. Parmi les premières on peut retrouver Apple ou Google pour les nouvelles technologies, Nestlé pour l’agro-alimentaire ou encore Walmart pour la grande distribution.

Si on classe les plus grandes entreprises selon leur nationalité, on se rend compte que sur les 500 premières, 128 sont Nord-américaines, 95 chinoises. La France, avec 31 FMN se situe au 4e rang mondial dans ce top 500.

Ces FMN ne se contentent pas de commercer avec l’ensemble du monde. Elles ont réparti leur production sur différents pays, à l’aide d’investissements spécifiques : les investissements directs à l’étranger (IDE).

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Définition

Investissements directs à l’étranger (IDE) :

Le Fonds monétaire internationale définit les IDE comme les « engagements de capitaux effectués en vue d’acquérir un intérêt durable, voire une prise de contrôle, dans une entreprise exerçant ses activités à l’étranger ».

En clair, pour pouvoir qualifier un investissement à l’étranger d’IDE, le critère retenu est celui de la prise de participation au capital. Autrement dit, si une entreprise veut prendre le contrôle d’une entreprise étrangère, elle doit acquérir au moins 10 % du capital de cette même société.

Il y a plusieurs formes possibles d’investissements directs à l’étranger :

  • dans le cas où l’acquisition s’effectue à hauteur de 100 %, il s’agit d’un rachat,
  • quand la firme acquiert plus de 50 % du capital de la société étrangère, celle-ci devient alors sa filiale,
  • si elle acquiert une part inférieure à 10 %, on ne parlera plus d’IDE mais de participation, cette part étant trop faible pour exercer un contrôle sur la stratégie de développement.

On le voit sur ce graphique, les investissements directs à l’étranger n’ont cessé de croître depuis l’après-guerre et plus encore depuis le milieu des années 1970.

Montant des IDE (en milliards de dollars) entre 1950 et 2002 Montant des IDE (en milliards de dollars) entre 1950 et 2002

Ces IDE sont néanmoins très inégalement répartis. Ils concernent avant tout les pays développés, Europe et Amérique du Nord en tête, ainsi que l’Asie. Ailleurs, des pays comme le Brésil s’accaparent une très grande partie des investissements du continent sud américain. On notera la faible représentation du continent Africain.

Toutes ces stratégies accroissent les échanges en mondialisant les appareils productifs. Les FMN sont donc à l’origine du développement du commerce international.

Le développement des FMN renforce la mondialisation

Pour se développer et/ou se renforcer, les FMN ont recours à la concentration, renforçant par là même la division internationale du travail et donc la mondialisation.

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Définition

Concentration :

La concentration est un processus par lequel les entreprises deviennent moins nombreuses et plus grandes. Cette concentration permet aux FMN de mieux se classer sur le marché mondial, de concurrencer les entreprises plus fortes ou tout simplement parfois d’éviter la faillite.

La concentration peut être horizontale, verticale ou conglomérale :

  • elle est horizontale si l’entreprise absorbe ou fait disparaître ses concurrents. Par exemple, si Carrefour achetait Auchan, ce serait une concentration horizontale ;
  • elle est verticale quand une entreprise absorbe ses fournisseurs ou clients. Par exemple, si Carrefour achetait l’entreprise qui lui vend les emballages, ce serait une concentration verticale ;
  • elle est enfin conglomérale quand il s’agit de diversifier les activités d’un groupe, un exemple concret est la société Bouygues qui est spécialisée dans le BTP et la télécommunication, deux domaines très différents.

Cette concentration conduit au développement du commerce intra-firmes, c’est-à-dire aux échanges entre les entités d’une même société. Ce type de commerce permet à l’entreprise d’accéder à des produits et services à des prix inférieurs à ceux du marché en s’approvisionnant directement dans une autre entreprise de son groupe. Via les échanges intra-firmes et les partenariats entre plusieurs entreprises mondiales pour une même production finale, se dessine progressivement une division nouvelle du processus de production.

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Exemple

Airbus est une entreprise européenne. L’A380 est assemblé à Toulouse, or, ses pièces détachées sont produites dans plus de 77 pays ! Airbus collabore avec des filiales, en faisant du commerce intra-branche, mais aussi avec des entreprises sous-traitantes, des partenaires avec qui elle signe des contrats et des commandes. De cette façon, les ailes de l’A380 sont produites au Royaume-Uni, l’équipement informatique en Inde et en Thaïlande, les rivets d’assemblage en Tchéquie (République tchèque), les sièges au Brésil, en Tunisie, en Espagne, etc.

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Définition

Division internationale du travail :

La répartition des activités de production entre plusieurs états est appelée division internationale du travail, (DIT). Elle désigne la spécialisation de pays dans certaines productions complémentaires de biens et de services qu’ils s’échangent en maîtrisant l’intégralité du processus productif.

Historiquement, la DIT traditionnelle se composait d’un côté des pays développés qui produisaient services et biens manufacturés et de l’autre des pays en développement qui fournissaient les matières premières. Avec l’augmentation de ce type d’échanges, la DIT s’est progressivement transformée. Ainsi, des pays du Sud (asiatiques notamment) fabriquent des produits à très haute valeur technologique (des smartphones par exemple) pendant que les pays du Nord se concentrent plus sur la production de services et de biens exigeant le plus haut niveau de qualifications (comme les télécommunications). La stratégie d’implantation des FMN renforce encore cette nouvelle DIT.

En choisissant de s’implanter dans tel ou tel pays en fonction des coûts de transports, des conditions de salaires, des infrastructures, les FMN ont donné naissance à une DIPP, une décomposition internationale du processus productif. Aujourd’hui, les produits ne sont plus forcément échangés une fois leur production terminée, mais ils circulent aussi à l’état de composants intermédiaires. Des pièces plus ou moins achevées s’échangent entre filiales et firmes partenaires pour être assemblées dans un autre pays. L’idée pour les FMN est de tirer le maximum de profit des avantages comparés de chaque pays. Dans cette quête de profit, les firmes multinationales sont amenées à échanger toujours plus. Elles acquièrent des filiales, signent des contrats de sous-traitance et de partenariat qui transforment l’appareil productif au niveau mondial et renforçant la mondialisation.

On peut donc en déduire que le développement des FMN renforce la mondialisation. Ces évolutions peuvent conduire à des stratégies de développement internes aux firmes. Ainsi, ces développements échappent en partie aux règles du marché, ce qui affecte en profondeur les fondements des échanges.

Les stratégies des firmes multinationales

Les stratégies internes : baisse des coûts et compétitivité hors-prix

L’objectif d’une entreprise est de maximiser son profit. Pour cela, elle doit gagner en compétitivité. L’entreprise a alors deux options : soit réduire ses prix de vente, soit améliorer la qualité de ses produits.

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Définition

Compétitivité :

La compétitivité d’une entreprise est sa capacité à faire face à la concurrence et à maintenir ou accroître ses parts sur un marché national ou international.

Que ce soit les achats de matières premières, les coûts du travail, mais aussi les coûts technologiques (la recherche et le développement techniques spécifiques) les coûts de transaction etc… La plupart des coûts sont indispensables à la production. En choisissant de s’internationaliser, l’entreprise peut réduire de façon très significative ces coûts. Plusieurs solutions s’offrent à elle :

  • par exemple, si elle a besoin d’aluminium pour ses ateliers, elle peut choisir de s’implanter ou d’acquérir une filiale dans un pays qui produit ce minerai. Elle passera ainsi outre les frais de transport ou des intermédiaires qui le lui revendaient dans son pays d’origine ;
  • elle peut aussi s’implanter dans des pays où les coûts salariaux sont plus faibles tout comme l’a fait le groupe Renault avec ses usines au Maroc ou en Europe de l’Est ;
  • elle peut cibler un pays où les dispositions fiscales lui sont plus avantageuses, de façon à payer moins d’impôts ;
  • elle peut choisir de se rapprocher d’un pays qui héberge soit ses clients soit ses fournisseurs, de façon à être plus efficace dans les négociations, les démarchages, et ainsi réduire ses coûts de transaction.

Toutes ces démarches s’inscrivent dans la première stratégie de développement international qui s’appelle l’amélioration de la compétitivité-prix. Bien souvent, le prix n’est pas le seul déterminant de la consommation, la qualité, l’éthique ou encore le pays de la production peuvent influencer le comportement d’achat.

La seconde stratégie est alors l’amélioration de la compétitivité hors-prix ou structurelle : parfois, les entreprises ont donc intérêt à se transformer en FMN, même si cette internationalisation ne conduit pas à une réduction de leurs coûts.

Nos sociétés sont marquées par une forte poussée de l’individualisme. Par nos consommations, nous cherchons à nous démarquer, à nous singulariser dans le groupe. Nous sommes aussi de plus en plus sensibles aux arguments marketing des firmes, à l’image de marque des produits, à leur qualité technologique.

En choisissant de s’internationaliser, les firmes vont être en mesure de proposer des produits qui se démarqueront de ceux de leurs concurrents et donc de gagner des parts de marché. Pour cela, elles peuvent choisir de s’implanter dans un pays où la demande est forte et dans lequel elles ne parviennent pas à s’imposer : en se rapprochant des consommateurs, elles seront en mesure de cerner leurs attentes et d’y répondre beaucoup plus précisément que leurs concurrents.

Ainsi, depuis quelques années, plusieurs grandes entreprises ont décidé de revenir s’implanter en France malgré des coûts de production plus élevés, afin de faire valoir le label « Fabriqué en France » auprès des consommateurs français. Les entreprises peuvent aussi choisir de se rapprocher du lieu où les technologies qu’elles utilisent sont davantage présentes. Les stratégies de compétitivité hors-prix ne se font alors plus au regard des conditions objectives du marché (des coûts notamment) mais de déterminants beaucoup plus subjectifs. Le choix de développer davantage sa compétitivité-prix ou sa compétitivité hors-prix dépend avant tout du type de produit vendu. Dans tous les cas, c’est de ce choix stratégique que vont dépendre les arbitrages de localisation de la production.

L’internationalisation des firmes est donc un moyen de gagner en compétitivité. Pourtant, c’est aussi un processus qui peut engendrer des effets néfastes, tant sur le fonctionnement des marchés que pour les sociétés impliquées dans le processus de production.

Les effets pervers de l’internationalisation des firmes

Les FMN assurent une partie très importante du commerce mondial. En 2010 par exemple, leur chiffre d’affaires était estimé à 16 000 milliards de dollars, soit un quart du PIB mondial ! Quand on compare ces chiffres au PIB de certains pays développés, les résultats sont impressionnants : le chiffre d’affaire d’Exon Mobil approche le PIB de la Suède, celui de Total le PIB de la Thaïlande, celui de Toyota le PIB de Hong Kong.

Ces données placent les FMN comme des acteurs du commerce international au pouvoir parfois équivalent à celui des États. Par leurs choix d’implantation, elles influent très fortement sur la création de richesses et mettent les pays en concurrence directe. Elles ont une réelle capacité de pression pour inciter à adopter telle ou telle politique qui leur serait favorable, contournant par là toute légitimité démocratique ! Lors des négociations internationales, elles participent aux rencontres, outrepassant parfois les compétences des plus grandes organisations internationales.

Pour les pays où s’implantent les FMN, les conséquences sont importantes. Une fois le choix de localisation effectué, des répercussions positives mais aussi négatives sont notées dans le pays d’accueil comme dans le pays d’origine, et ce dans de nombreux domaines tels que l’emploi, le transfert de technologies et surtout l’environnement. Les FMN contribuent par exemple fortement à la destruction de l’écosystème, avec une pollution exacerbée de l’air, des cours d’eau etc.

Dans les pays d’origine, les délocalisations et les externalisations détruisent l’emploi de très nombreux travailleurs peu ou pas qualifiés. Par exemple la plupart des entreprises françaises ont confié leurs services de plates-formes téléphoniques à des entreprises à l’étranger : elles ont externalisé ces services.

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Définition

Externalisation :

L’externalisation consiste à faire produire par une autre entreprise une de ses activités non principales.

La place des paradis fiscaux dans les choix d’implantation s’est aussi accrue, soustrayant aux pays d’origine autant de revenus potentiels provenant des impôts qui pourraient servir à financer des politiques de développement ou de réduction des inégalités.

Malgré tous ces effets négatifs, les FMN participent pourtant à la réduction des écarts technologiques entre pays riches, pays pauvres et pays émergents, grâce notamment aux transferts de technologies ou à la formation de la main-d’œuvre locale, issus des IDE. Pour améliorer leur image, elles cherchent également depuis quelques années à redéfinir les conditions de production en termes d’impacts sur l’environnement ou de droit du travail.

Conclusion :

Nous avons vu que les firmes multinationales, les FMN jouent un rôle déterminant dans le développement des échanges internationaux. Elles sont essentiellement issues des pays riches et parviennent à s’internationaliser grâce aux investissements directs à l’étranger, les IDE. Pour cela, elles se concentrent : de façon horizontale, verticale ou conglomérale. Elles alimentent de ce fait le commerce intra-firme et font émerger une nouvelle organisation du processus productif appelé division internationale du travail (IDT). Leur stratégie de développement repose sur deux quêtes qui vont définir le choix des pays d’implantation : l’amélioration de leur compétitivité-prix ou l’amélioration de leur compétitivité hors-prix.

Enfin, si cette internationalisation permet de transmettre des savoirs et des richesses aux pays qui accueillent les FMN, elle engendre aussi des effets pervers sur la gouvernance mondiale, l’utilisation des ressources naturelles, l’emploi ou les modèles sociaux propres à chacun.