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États et religions : des religions d’État à l’État laïque

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Introduction :

À l’Époque moderne, comme au Moyen Âge, le religieux et le politique sont étroitement liés par des liens complexes. Structurant la vie des sujets et la société, le religieux constitue un également un objet de légitimation du pouvoir politique.
Bien que parcourue par différents courant, l’Église catholique romaine unifie ainsi l’Occident.
Cependant, à partir du XVIe siècle, l’unité de l’Occident éclate. Cette période voit alors évoluer les liens entre le politique et le religieux.

Afin de définir les relations entre l’État et les religions depuis XVIe siècle jusqu’à nos jours, nous nous intéresserons dans un premier temps au passage des religions d’État à l’État laïque. Ensuite, nous aborderons le caractère inégal de la laïcisation des États.

Des religions d’État à l’État laïque

« Tel prince, telle religion »

Les réformes protestantes du XVIe siècle et les conflits qui ont suivi en Europe jusqu’au milieu du XVIIe siècle (guerres de Religion et notamment guerre de Trente Ans en Europe entre les catholiques et les protestants), ont fait éclater l’Église romaine qui unifiait l’Occident chrétien.

Désormais, une nouvelle conception de l’État émerge : le prince détermine la religion de ses sujets et l’État contrôle l’organisation de l’Église.
Ce principe selon lequel chaque souverain impose nécessairement sa religion à son peuple est résumé par la maxime latine Cujus regio, ejus religio, traduite approximativement par « Tel prince, telle religion ».

  • Ainsi, au morcellement politique correspond un morcellement des confessions religieuses.
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Définition

Confession religieuse :

Groupe religieux à l’intérieur d’une grande religion.

Les États de différentes confessions se tolèrent entre eux mais ils sont généralement intransigeants sur l’unité religieuse du pays : « Une foi, une loi, un roi ».

  • L’unité n’est plus transnationale, mais nationale et la religion du souverain constitue la religion d’État.
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Définition

Religion d’État :

Il s’agit de la religion officiellement adoptée par un État.

Les minorités religieuses et les dissidents – c’est-à-dire ceux qui n’adhèrent pas ou plus à la religion officielle – sont parfois tolérés, comme par exemple les protestants en France au temps de l’édit de Nantes (1598-1685).
Mais ils sont plus généralement pourchassés, à l’exemple des morisques d’Espagne au début du XVIIe siècle ou des juifs d’Europe centrale victime de pogroms.

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Définition

Morisque :

Musulman d’Espagne (ou descendant) converti au christianisme par la contrainte.
Les morisques furent expulsés d’Espagne au début du XVIIe siècle, certains, comme l’archevêque de Valence, les considérant comme des hérétiques et des traîtres.

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Définition

Pogrom :

Violences sanglantes, destructions et pillages dirigés contre les juifs et, par extension, contre une minorité ethnique ou religieuse.

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À retenir

Au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, le principe de religion d’État est donc toujours de mise et les conflits religieux se multiplient en Europe du fait du morcellement de l’Occident chrétien.

La séparation des Églises et de l’État

Cependant, l’idée de tolérance religieuse progresse en même temps que s’affirment celles de liberté individuelle et d’égalité.

Cette idée de tolérance est notamment défendue par les philosophes des Lumières qui dénoncent le fanatisme religieux et les violences commises au nom de la religion.
En France, Voltaire par exemple, auteur du Traité sur la tolérance en 1763, se bat sur le terrain des idées pour plus de tolérance, vecteur de paix sociale.

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À retenir

À la fin du XVIIIe siècle, les révolutions américaine et française instaurent le principe de liberté religieuse pour tous les individus et, par suite logique, celui d’égalité civile des citoyens devant la loi et la justice.

La Constitution des États-Unis proclamée en 1787 est celle d’une république laïque, fondée sur le régime de séparation de l’État et des religions.

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Définition

Laïcité :

Neutralité de l’État à l’égard des religions et séparation des pouvoirs politique et religieux.

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Définition

Régime de séparation des Églises et de l’État :

Situation juridique dans laquelle l’État n’interfère pas dans l’activité des cultes et, inversement, les cultes n’interfèrent pas dans le fonctionnement de l’État et des pouvoirs publics.

Le premier amendement entré en vigueur en 1791 confirme la neutralité religieuse de l’État.

C’est également ce principe de séparation des Églises et de l’État qui prévaut en France, proclamé une première fois en 1795, puis institué depuis 1905.

Une inégale laïcisation

Des religions reconnues par l’État

La laïcité n’est généralement pas instaurée d’un coup et elle peut rester incomplète.
Des liens sont alors conservés entre État et Églises et la séparation se fait par étapes.

Au XIXe siècle, en France, quatre confessions bénéficient du statut de cultes reconnus :

  • le catholicisme obtient ce statut en 1801 comme « religion de la majorité des Français » ;
  • le luthérianisme et le calvinisme en 1802 ;((liste2)) *le judaïsme en 1808.
  • Le pluralisme des cultes est donc accepté, avec cependant une prédominance donnée au catholicisme.
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Définition

Culte :

Ensemble des rites et des pratiques (cérémonies, prières, etc.) d’une religion.

La loi de séparation de l’Église et de l’État met fin à tout cela en 1905, en actant le processus de sécularisation de l’État.
La sécularisation de l’État signifie que l’État se soustrait à l’influence de la religion, les institutions et les fonctions étatiques passant exclusivement aux mains des pouvoirs publics laïcs.

Ailleurs en Europe, certains pays accordent un statut particulier au personnel ecclésiastique (Belgique, pays scandinaves dont la Suède jusqu’en 2000 et la Norvège jusqu’en 2017) ou instituent un impôt ecclésiastique (Allemagne, Espagne, Hongrie).
En Grèce, le christianisme orthodoxe conserve le statut de « religion dominante ».

La diversité de ces situations dans l’Union européenne est confirmée par le traité de Lisbonne, en 2007 :

« L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres. »

En Inde, la Constitution indienne instaure officiellement depuis 1976, une forme particulière de laïcité, le sécularisme : l’État garantit l’égalité des religions et reconnaît aux religions minoritaires leurs particularismes ; il finance les établissements d’enseignement religieux.

Dans la plupart des États modernes, les compétences jusqu’alors exercées par les institutions religieuses (enseignement, santé, assistance publique) sont transférées à l’État, mais les organisations religieuses peuvent aussi recevoir des délégations de service public dans ces domaines.

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Les religions d’État aujourd’hui

Les États musulmans établissent généralement l’Islam comme religion d’État, mais avec de nombreuses variantes et avec une plus ou moins grande tolérance pour les autres religions.

Par exemple, l’Indonésie, premier État musulman du monde par le nombre, institue une sorte de sécularisme en reconnaissant six religions officielles.

La Turquie fait quant à elle exception en se proclamant laïque depuis 1937.
Dans les faits, l’Islam sunnite, majoritaire dans le pays, reste la religion reconnue par l’État en bénéficiant de financements publics, à la différence des autres cultes musulmans (le chiisme par exemple) et non musulmans, reconnus ou non.

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À retenir

La laïcisation, établie à des degrés très variables selon les pays, est non pas une construction achevée mais un processus et un équilibre qui varie au gré des fluctuations politiques dans chaque État.

Conclusion :

De nos jours, plus de la moitié des pays du monde sont considérés comme des pays laïques, le politique étant officiellement séparé du religieux.
Toutefois, la sécularisation n’est pas homogène dans les diverses régions du monde, puisqu’elle tient compte de l’histoire et des particularités de chaque pays, ce qui explique la variété des situations des relations entre le pouvoir politique et les religions.

Par ailleurs, il existe de nombreux États qui conservent une religion officielle. Cependant, là encore, les situations sont variées, allant de l’État dans lequel seule la religion officielle est autorisée, à l’État dans lequel l’instauration d’une religion officielle n’empêche pas la pratique d’autres religions.