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L'art

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Problématique

  • Quels critères justifient d'accorder un statut d'œuvre d'art à un objet ?

Définitions à connaître : technique, l'art, Ready-made, beauté.

  • L’exemple de l’Oiseau de Brancusi

Alt texte Constantin BRANCUSI, Oiseau dans l’espace, bronze, 1923

En 1927 s'ouvre un procès original. Le plaignant, Edward Steichen, est un collectionneur américain souhaitant importer un objet aux États-Unis, mais il refuse de s’acquitter de la taxe douanière à la frontière. Pour se justifier, il affirme que l’objet qu’il transporte est une œuvre d’art, car la réglementation veut que toute œuvre d’art soit exonérée de ces taxes. L’objet en question est une sculpture nommée Oiseau dans l’espace ayant été fabriquée par le sculpteur américain Constantin Brancusi en 1923.

L’État américain ne voit pas l’objet du même oeil : l’enjeu n’est plus économique mais aussi philosophique. Comment prouver qu’un objet est une œuvre d’art ? Pendant le procès, Steichen est interrogé sur la fabrication de la statue. Voici ce qu'il en dit :

« Lorsque le bronze est sorti de la fonderie, il ne présentait qu’une très vague ressemblance avec cette chose, et c’est alors qu’avec des limes et des ciseaux M. Brancusi a taillé et travaillé cette pièce de bronze… J’ai vu ce bronze-ci au cours du processus, alors qu’il n’était qu’à moitié limé et faisait le double de sa taille actuelle. »

Steichen admet que l'oiseau est un objet qui nécessite avant tout une grande maîtrise technique, il reconnaît ainsi un point commun entre tous les objets manufacturés : une grande technique.

Pour l'avocat de la défense, la sculpture de Brancusi n'est toujours pas une œuvre d'art, elle n’est pas figurative, elle ne ressemble pas à un oiseau en vol. Par conséquent, elle est dépourvue de beauté. Steichen répond que la beauté de cet oiseau ne repose pas sur l'imitation du réel, mais sur une impression subjective ressentie par l'artiste que ce dernier tente de la communiquer aux observateurs à travers son œuvre.

  • La conception que nous avons de la beauté est ici remise en question. Le beau peut se créer autrement que par l'imitation du réel.

C'est ce qui pose problème dans l'œuvre de Brancusi : il nous invite à trouver une nouvelle façon d'observer le réel, son œuvre nous bouscule et perturbe nos codes classiques. Il faut dépasser cela si nous voulons accepter les œuvres non figuratives, voire abstraites, comme étant des œuvres d’art.

  • L’exemple de l’urinoir de Duchamp : Fontaine

Alt texte Photographie de la Fontaine de Marcel Duchamp, prise par Alfred Stieglitz en 1917

En 1917, les organisateurs new-yorkais d'un grand salon d'art affirment ne pas choisir les œuvres exposées selon leur beauté. Pour les tester, Marcel Duchamp envoie anonymement son Bouddha de salle de bain ou Fontaine (signé R. Mutt, il s'agit d'un urinoir retourné de façon à rappeler de loin la silhouette du Bouddha). Les organisateurs rejettent la pièce qualifiée d'« immorale et vulgaire », selon eux elle ne manifeste aucun travail de la part de l'artiste. Fontaine n'est pas exposé et Marcel Duchamp sort alors de l'ombre pour défendre son Ready-made et s'expliquer.

  • L'accusation d'outrage aux mœurs prouve que le comité de sélection attend d'un objet d'art qu'il soit vertueux et qu'il aille dans le sens de la morale.
  • De plus, le refus du comité de présenter l'œuvre prouve son attachement à l'idée traditionnelle de performance technique et de beauté.
  • Duchamp pointe alors du doigt le monopole de la reconnaissance artistique que s'octroient certains individus sous prétexte qu'ils sont des professionnels de l'art, qu'ils évoluent dans ce monde et en connaissent les théories.

Le Ready-made remet en question de nombreuses certitudes concernant l'art, comme les notions de virtuosité et de savoir-faire. L’artiste ne produit plus de ses mains, il choisit un objet courant de la vie – sans qualité esthétique particulière – puis fait disparaître sa signification utilitaire sous un titre qui lui donne un sens nouveau : ce n’est pas l’œuvre en elle-même qu’il faut juger, mais la performance et l’intention de l’artiste. Duchamp aurait pu exposer n'importe quel autre objet banal !

  • Duchamp ne considère pas ses objets exposés comme des œuvres d'art. La principale qualité de son urinoir n'est pas de nous émouvoir par sa beauté, mais de susciter en nous un questionnement critique.
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À retenir

  • L'objet d'art s'est longtemps distingué de l'objet banal par la virtuosité technique de l'artiste, son inutilité et sa capacité à imiter le réel. Néanmoins, le XXe siècle remet en question la conception de l'art comme simple imitation du réel. L'artiste cherche à exprimer les émotions qu'il ressent au contact du réel. Le rapport au réel devient objet d'art, davantage que le réel lui-même.
  • Marcel Duchamp nous convie à une critique du monde. Tout le monde peut-il juger qu'un objet est artistique ? Ou cette capacité est-elle réservée à quelques personnes compétentes en art ? Si un artiste décide qu'un urinoir est une œuvre d'art, devons-nous le suivre dans cette affirmation ? Tout dépend de son intention, de ce qu'il décide d'exprimer à travers l'exposition de son objet.
  • Il n'est alors pas certain que celui qui ne connaît rien aux théories de l'art ait vraiment la possibilité d'être sensible à l'art moderne. En tout cas, la majorité des œuvres nécessitent une connaissance de l'art, de son histoire et de ses théories.

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