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L’évolution du lien social dans le monde du travail

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Le travail : une source d’intégration sociale

  • Les liens sociaux permettent d’assurer l’intégration sociale des individus en renforçant les valeurs communes et en permettant aux individus d’acquérir une identité sociale
  • Dans les sociétés industrialisées, le travail continue d’occuper une place prépondérante dans la création et le maintien du lien social.
  • À la fin du XIXe siècle, le sociologue Émile Durkheim (1858-1917) constate la transformation de la société et, simultanément, l’émergence d’un individu qui se pense autonome et libre d’agir comme bon lui semble.
  • C’est l’individu de nos sociétés modernes.
  • Selon Durkheim, l’individu qui se pense autonome est le résultat d’une conscience individuelle qui a pris le pas sur la conscience collective.
  • Au contraire, dans les sociétés traditionnelles, la conscience collective recouvre presque la totalité de la conscience individuelle.
  • Les membres du groupe sont solidaires entre eux car ils se ressemblent.
  • Durkheim appelle cette solidarité, la solidarité mécanique.
  • Au moment où Émile Durkheim décrit la société, celle-ci est en pleine évolution : la population des villes est en pleine expansion.
  • Et pour trouver sa place dans cette société et subvenir à ses besoins, il faut que chacun·e ait une activité économique : la division du travail apparaît alors comme la solution.
  • Ainsi, selon Durkheim, la division du travail a permis le développement de la conscience individuelle et l’affirmation des singularités.
  • Les individus sont désormais solidaires car ils sont interdépendants et ont besoin des uns et des autres pour réaliser la production et subvenir à leurs besoins.
  • C’est la solidarité organique.
  • Le travail permet, via la rémunération qu’il procure, de répondre à des besoins primaires comme se nourrir, se laver, dormir dans de bonnes conditions ou encore se soigner.
  • Mais le travail permet aussi de participer à la vie sociale : le lien économique entretient le lien familial et matrimonial, le lien aux structures administratives mais aussi le lien aux institutions locales et nationales.
  • Le travail peut en outre être pourvoyeur de protection face à l’isolement et la solitude et ne représente pas qu’un gain économique.
  • Le reflet de l’importance du travail dans nos sociétés se lie dans les critères retenus pour définir les PCS, ou encore dans la manière dont les individus se définissent lors d’une première rencontre.

Fragilisation du lien social au travail

  • Le chômage de masse qui se développe depuis la fin des années 1970 vient menacer la protection et la reconnaissance fournies par le travail.
  • Bien que l’expérience du chômage varie selon les ressources familiales, amicales, scolaires et selon le montant d’indemnisation que perçoit la personne au chômage, il reste perçu négativement car il marginalise les individus.
  • Le chômage est un facteur de pauvreté puisqu’il diminue les revenus obligeant l’individu à modifier ses dépenses.
  • Il est alors difficile pour cet individu de continuer à acheter selon les normes de consommation propres au groupe social auquel il appartient.
  • L’individu s’éloigne alors des normes de consommation propre à son groupe social d’appartenance.
  • Ainsi, l’expérience du chômage est marquée par l’affaiblissement des liens sociaux.
  • Serge Paugam décrit ce mécanisme : la rupture progressive des appartenances a des conséquences sur toute la construction identitaire amenant la perte d’estime de soi et la stigmatisation.
  • Le sociologue appelle ce phénomène : le processus de disqualification sociale.
  • Ce mécanisme, mis en lumière pas Serge Paugam, montre aussi que l’expérience du chômage est liée aux représentations qu’en donnent les politiques sociales.
  • Les politiques de retour à l’emploi cherche à maintenir un taux d’activité élevé et favoriser un retour rapide à l’emploi.
  • Cependant, ces politiques peuvent justement fragiliser le rôle intégrateur du travail.
  • En voulant éviter l’allongement du temps de chômage pour un individu, elles peuvent avoir deux effets négatifs :
  • donner une représentation négative du chômage ;
  • pousser les individus à occuper des emplois peu valorisants.
  • Les formes atypiques d’emploi se sont développées pour permettre aux entreprises de faire face à la volatilité de la demande et afin de résorber le chômage.
  • Ces formes correspondent à une plus grande flexibilité dans la quantité de facteur travail employée.
  • La flexibilité de l’emploi renvoie à :
  • une mobilité professionnelle accrue (les individus alternent chômage et emplois) ;
  • la flexibilité horaire ;
  • la variation des tâches de travail (polyvalence).
  • La flexibilité de l’emploi a pour conséquence de fragiliser la création et l’entretien du lien social au travail.
  • Le travail est certain pour le·la titulaire du C.D.I. qui peut avoir intérêt à s’investir dans l’entreprise et à tisser des liens avec les autres salarié·e·s, alors qu’il est incertain pour le C.D.D. ou l’intérimaire.
  • Ainsi, la cohésion entre les salarié·e·s employé·e·s en C.D.I. et ceux·celles employé·e·s en C.D.D. ou en intérim n’est pas garantie.
  • Les identités au travail et les intérêts sont donc différents : il devient plus difficile de tisser des liens et défendre des intérêts communs par l’action collective.
  • Serge Paugam soutient que l’intégration par le travail n’est plus assurée. Il propose une typologie des niveaux d’intégration par le travail :
  • l’intégration assurée ;
  • l’intégration incertaine ;
  • l’intégration laborieuse ;
  • l’intégration disqualifiante.