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La perception - Partie 1

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Introduction :

Si l’on s’en tient à l’étymologie, le mot « perception » vient du latin percipere, qui est « l’action de recueillir ».

Ce sont donc nos sens qui « recueillent » des informations permettant de percevoir le réel qui nous entoure. Par exemple, en voyant cette masse longue, sombre et immobile près d’un arbre de mon jardin, je l’identifie comme un anaconda. Je ressens alors de la peur et je fuis. Ou encore, en approchant ma main du feu, je ressens une brulure et je recule. À première vue, percevoir consisterait exclusivement à ressentir, c’est-à-dire à mobiliser nos sens, à les déployer afin de nous connecter au monde extérieur et à nous-même. Je vois un anaconda : ma vue me connecte à un objet extérieur tout en prenant conscience d’un ressenti intérieur, la peur. Les sensations nombreuses qui nous affectent sont donc la source première de connaissances nécessaires à l’orientation et la survie de l’Homme dans son environnement.

À présent, supposons qu’en m’approchant de l’arbre, je constate que ce que je prenais pour un anaconda est, en réalité, une énorme racine. Ma vue m’aurait-elle trompé ? Le problème devient plus évident : la perception s’apparente t-elle seulement à la sensibilité ? Si nous voulons connaître réellement le monde, suffit-il de nous fier exclusivement à nos sens ? Ne faut-il pas plutôt leur faire subir une sorte d’examen pour s’assurer qu’ils nous apportent bien une connaissance véritable du réel ?

Nous verrons donc dans ce cours ce qui distingue la perception de la sensation, puis comment il est possible d’envisager une approche scientifique du réel.

La perception n’est pas la sensation

Sentir et percevoir

La sensation se distingue de la perception même si nous les confondons dans le langage ordinaire.

  • D’abord, il y a sensation lorsque mon corps reçoit une impression directe et brutale par l’intermédiaire de mes cinq sens : la vue, le toucher, l’ouïe, l’odorat et le goût. L’information sensorielle est tout de suite transmise à mon cerveau par l’intermédiaire des nerfs, ce qui me permet d’avoir un contact rapide et immédiat avec le réel qui m’entoure : ma main s’approche du feu, j’en ressens la morsure sur mon doigt et le retire machinalement.
  • Ensuite, l’expérience sensible est relative à chacun. En effet, je peux trouver le goût de l’oignon délicieux, alors que ma sœur le déteste.
  • En outre, la sensibilité est instable et changeante : je peux avoir détesté le goût de l’oignon lorsque j’étais enfant, et l’apprécier aujourd’hui, excepté lorsque je suis enrhumé.
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Définition

Expérience sensible :

L’expérience sensible est le ressenti immédiat, subjectif et instable qui affecte le corps au contact d’une chose ou d’un événement.

Ainsi à l’égard de l’oignon, il existe autant d’expériences sensibles qu’il existe d’individus le goûtant.

Pour autant, quelles que soient les particularités et les fluctuations de notre sensibilité, nous continuerons de percevoir un oignon s’il s’en présente un.

Autrement dit, le ressenti que j’éprouve à l’égard de l’oignon ne change rien à la nature intrinsèque de l’oignon. J’ai beau le haïr ou l’idolâtrer, je continue de percevoir un oignon lorsque j’en reconnais un. C’est pourquoi le propre de la perception, contrairement à la sensation, est précisément de nous fournir des informations objectives et stables nous permettant de reconnaître un objet, quel que soit ce que nous ressentons pour lui. En l’occurrence, un oignon est une plante herbacée comestible appartenant à la famille des Amaryllidaceae, utilisée dans bon nombre de recettes, que nous appréciions son goût ou pas.

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À retenir

La perception a donc pour caractéristique fondamentale de prendre de la distance avec la sensation subjective et fluctuante de chacun. Cette mise à distance de la sensation nous permet d’identifier objectivement le réel afin d’offrir un espace de communication et d’action commun aux hommes.

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Définition

Sensation :

La sensation est une réception passive et subjective d’un objet extérieur par l’intermédiaire de nos sens.

La perception, elle, est un travail actif qui nous donne une connaissance objective du même objet. Autrement dit, voir un serpent n’est pas le même processus que de le percevoir.

  • En quoi consiste donc le processus de perception ?
  • Dans quelle mesure la perception nous donne t-elle davantage une connaissance véritable du réel que ne le fait la sensation ?

La perception est une représentation mentale du réel

La perception est un effort intellectuel

Contrairement à la sensation qui relève d’un mécanisme purement passif et corporel, la perception fournit un travail objectif d’identification. Comment s’opère ce travail plus précisément ? Faisons une expérience simple. Regardez ce dessin. Que voyez-vous ?

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Ce que nous voyons, ce que notre sensation nous offre visuellement, c’est 3 surfaces planes avec 9 arêtes. Pourtant, à la question « Que voyez-vous ? », nous répondrons spontanément : « un cube », et ce même si un cube comporte, en réalité, 6 surfaces planes et 12 arrêtes.

De même, si nous regardons cet objet personne n’hésitera.

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Même en ne voyant qu’un partie de l’objet nous serons d’accord pour dire qu’il s’agit d’un dé à jouer.

De manière immédiate, nous passons de la sensation du cube, ce que nous en voyons, à la perception du cube c’est-à-dire à l’image mentale que nous en avons, au concept de cube. On peut en conclure qu’une perception fait nécessairement intervenir un travail intellectuel, puisque par la sensation seule, la vue, nous n’avons qu’une vision, en l’occurrence partielle, du cube. Il faut bien qu’une déduction intellectuelle s’opère afin que nous reconnaissions un cube dont le concept est inscrit, au préalable, dans notre entendement.

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Définition

Perception :

La perception est un processus intellectuel permettant de passer de la sensation partielle et insuffisante d’un objet à la représentation mentale, complète et immuable du même objet.

Sans ce travail, nous ne pourrions jamais nous accorder sur ce que nous identifions des objets extérieurs. Pour le comprendre reprenons l’exemple de l’oignon.

La perception est un processus mental complexe

  • Lorsque je perçois un oignon quels mécanismes mentaux se mettent en place dans mon cerveau ?

Sensation Perception
Vue, goût et odeur de l’oignon. Langage : le mot « oignon ».

Jugement : j’apprécie/je n’apprécie pas le goût/la vue…

Raisonnement : je fais une relation entre l’oignon et une recette de cuisine.

La sensation gustative permet de ressentir un goût. La perception permet d’identifier le goût de l’oignon, de nommer en conséquence « oignon » l’objet que nous goûtons, et de l’apprécier ou pas. Mais elle permet aussi d’établir un lien entre l’objet « oignon » et une recette de cuisine ou une connaissance plus abstraite le classant dans la famille des Amaryllidaceae.

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À retenir

La perception est donc un travail intellectuel complexe faisant intervenir d’autres processus mentaux eux-mêmes complexes comme le langage, le jugement et le raisonnement mental.

La perception scientifique du réel

L’erreur et l’illusion

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À retenir

La perception suppose toujours un travail de la raison, l’erreur ne vient donc jamais de nos sens mais de la perception.

Ainsi, mes sens ne se trompent pas lorsqu’ils me montrent un anaconda qui rampe à deux mètres de moi dans mon jardin. C’est lorsque je tire des informations sensorielles la conclusion précipitée qu’il s’agit bel et bien d’un anaconda que je commets l’erreur : je nomme l’objet « serpent », je le juge dangereux et j’en déduis qu’il faut fuir. En réfléchissant, je peux raisonnablement me convaincre que je me trompe en voyant un anaconda car ce serpent vit exclusivement dans les régions tropicales d’Amérique du Sud.

Une fois rassuré par mon raisonnement, je sais que je me trompe, ce que mes sens me confirment lorsque je me rapproche davantage.

  • L’erreur peut donc se corriger par un effort intellectuel.

En revanche, une illusion persiste même lorsque j’ai conscience d’être trompé. Par exemple, j’ai beau savoir qu’il s’agit d’une illusion d’optique, je continue de voir le bâton plongé dans l’eau se tordre alors que je sais pertinemment qu’il est droit.

  • Le raisonnement ne parvient pas à dissoudre l’illusion même s’il en tient compte, qu’il n’en est plus dupe.
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Réflexion

La perception selon Descartes

Descartes, grand penseur du XVIIe siècle, conclut que les sens sont bel et bien une source d’informations, mais qu’ils doivent, pour être crédibles, passer au crible du doute et de la critique. C’est là que commence une nouvelle manière de concevoir le monde. Grâce à Descartes, on ne considère plus la connaissance comme une simple accumulation d’observations, mais comme le travail de l’esprit sur les informations que nous donnent nos sens. Descartes est, pour cette raison, le père de la science moderne.

La perception scientifique du réel ne peut pas se fier aux sens

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Réflexion

Le morceau de cire de Descartes

Au moyen d’une expérimentation simple, Descartes parvient à expliquer ce qu’est la perception scientifique du réel.

Considérons un morceau de cire. La perception sensible de la cire nous renseigne sur ses caractéristiques : la cire possède une couleur, une certaine consistance, une odeur. Mais supposons que nous chauffions la cire. Très rapidement, elle perd ses qualités d’origines. Sa couleur change, ainsi que sa consistance puisqu’elle se liquéfie. Pourtant nous ne cessons pas de penser qu’il s’agit encore de cire et pas d’autre chose. Si nous persistons à penser qu’il s’agit toujours de cire, ce n’est en aucun cas de part ses qualités sensibles, puisqu’elles se modifient au contact de la chaleur.

Derrière notre sensation, il y a un acte de raison percevant toujours la cire indépendamment des qualités sensibles qu’elle a perdues en fondant.

La science construit les lois de la nature

Le scientifique ne croit donc pas à ce qu’il voit. Les sens lui donnent accès aux qualités sensibles des choses qui sont, par nature, changeantes et éphémères. Ce qui arrive précipitamment à la cire arrive à toutes choses. Elles changent, se modifient rapidement ou au fil du temps. C’est pourquoi, pour le scientifique, connaître le réel engage à une « inspection de l’esprit », termes cartésiens signifiant la nécessité de douter des informations sensibles. Derrière le réel sensible, qui est mobile et changeant, il existe un réel intangible et immuable que le scientifique doit percevoir par toute la force de son intelligence.

Connaître le réel consiste à rechercher, derrière la réalité sensible, les lois mécaniques intangibles qui régissent les phénomènes naturels de manière universelle et immuable. La science moderne a pour objectif de dégager les lois opérant dans la nature car leur connaissance permet d’intervenir sur eux pour faire progresser l’humanité.

Par exemple en soulageant le travail des hommes dans l’exploitation des ressources naturelles par l’invention d’outils, de machines, ou bien encore en guérissant les maladies physiques et mentales. Autant de buts qui sont encore les nôtres aujourd’hui.

Conclusion :

On a coutume, depuis notre plus jeune âge, de se fier à nos sens pour percevoir et comprendre ce qui nous entoure. Cependant, l’expérience sensible n’est pas suffisante pour connaître le réel. La connaissance du réel se construit, elle ne s’impose pas spontanément aux sens de l’homme. Le travail de la perception consiste à prendre ses distances avec l’expérience sensible et à produire des jugements rationnels sur le réel. Ainsi, le scientifique pense objectivement le monde en opérant un détachement provisoire à l’égard de l’expérience sensible.